Chapitre 146
Chapitre 146
Traducteur – LN
Relectrice – Nymeria
Maxi ouvrit la fenêtre du carrosse et regarda au-dehors. Des bouleaux blancs bordaient la route avec régularité, tandis que la lumière chaude du soleil filtrait entre leurs feuilles. Agnes souriait sereinement, au milieu du pépiement des oiseaux.
« Je suis contente qu’il fasse beau. Hier, je m’inquiétais en voyant les nuages de pluie approcher, mais ils ont dû dériver vers l’ouest. »
Elle passa la tête par la fenêtre, inspira profondément, puis se tourna vers Maxi.
« Où allons-nous d’abord ? »
« D-d’abord, nous irons sur la p-place du marché. »
La place du marché était l’endroit le plus animé de la ville. Près des étals, les commerçants encombraient les rues de leurs marchandises. Agnes sourit et acquiesça.
« Quand je suis venue à Anatol pour la première fois, je suis passée par la place. Il y avait beaucoup de bars et d’étals intéressants. »
« Princesse, vous n’espérez tout de même pas retourner dans un bar cette fois-ci ? » demanda doucement son intendant d’un ton sévère. Ses vêtements étaient repassés et impeccables. Il toussota et caressa sa barbe soigneusement taillée.
« La princesse adore l’alcool, au point de ne pas pouvoir s’en passer, » expliqua-t-il à Maxi. « Dans chaque ville où elle se rend, elle trouve le moyen de s’arrêter dans un bar. »
« Dame Agnes, v-vous voudriez a-aller dans un b-bar du village ? » demanda Maxi.
Elle regarda Agnes d’un air alarmé. Elle avait entendu dire que les chevaliers s’arrêtaient parfois dans les bars fréquentés par les gens du peuple, mais jamais qu’une dame s’y rendait.
Agnes répondit avec sérieux :
« Oh, je n’aime pas l’alcool. Si je vais dans ce genre d’endroit, c’est pour recueillir des informations. Beaucoup de voyageurs s’arrêtent dans les auberges et les bars. C’est là qu’on entend le mieux ce que pense le peuple. »
« Vous pouvez laisser ce genre de collecte d’informations à vos gardes. La princesse, elle, aime simplement l’alcool. La dernière fois que vous avez fait un concours de boisson avec vos gardes… Quand je repense à votre comportement, j’ai trop honte pour me présenter devant Sa Majesté ».
« Je n’ai rien fait de honteux », répliqua Agnes, contrariée. « Je déteste être privée de bons moments. Je devrais pouvoir rire, me vanter de mes exploits et m’amuser avec tout le monde. C’est comme ça que je tisse des liens avec mon équipe. » Elle releva fièrement le menton. « Je suis convaincue que la confiance entre nous nous permettra de surmonter ensemble toutes les épreuves. »
« Quel rapport entre boire à l’excès et la confiance ? » fit remarquer son intendant, avant de laisser tomber.
Agnes pinça les lèvres, comme si elle allait bouder, puis lui fit signe de la main d’un air désinvolte.
« Pff, toujours à me faire la morale, Seville. Je n’allais pas demander à dame Calypse de m’accompagner dans un bar, de toute façon. »
Maxi eut un rire nerveux, ne sachant comment réagir. La princesse vivait à la dure, comme un chevalier. Sans doute son statut de magicienne lui permettait-il de mener une vie différente de celle des nobles dames ordinaires.
Peut-être que si Maxi maîtrisait une magie plus puissante, elle pourrait voyager comme Agnes et découvrir des endroits passionnants, comme les bars. Le monde était si vaste, et elle en avait à peine vu une infime partie ! Partir où bon lui semblait devait être exaltant, mais Riftan accepterait-il de lui accorder autant de liberté ?
Soudain, le carrosse se mit à trembler.
« La route est accidentée. Tenez-vous bien ! » lança le cocher en ouvrant la fenêtre du siège avant. Tous les passagers s’agrippèrent aux poignées des portières.
Comme le cocher les en avait avertis, le carrosse se mit à tanguer dangereusement. De l’intérieur, on aurait cru qu’un tremblement de terre venait de se produire. Maxi se redressa et posa fermement les pieds au sol pour ne pas glisser de son siège.
Le sentier forestier déboucha bientôt sur un ruisseau au courant rapide et un moulin à eau. Le carrosse entama la descente sur un pont en arche.
Bientôt, des routes très fréquentées, des bâtiments de bois et des tentes apparurent à l’horizon. Maxi fut impressionnée : la ville était plus animée qu’elle ne l’avait imaginé. Sur la route principale, des gens poussaient leurs ânes et leurs chevaux à tirer des charrettes et des chariots.
« Je l’avais déjà remarqué hier, mais les bâtiments sont plutôt hauts, ici », observa Agnes, admirative.
C’était vrai. Les bâtiments s’élevaient si haut qu’on ne pouvait plus considérer ce lieu comme une petite ville perdue aux confins du continent. La construction des édifices de trois étages était achevée et les rues débordaient de visiteurs et de marchands.
« Avec l’arrivée de davantage de marchandises grâce aux Léviathans, les boutiques se sont multipliées », dit doucement Ludis. « Autrefois, la venue des mercenaires faisait prospérer non seulement les restaurants et les auberges, mais aussi les marchands d’armes et les forgerons. »
« Je savais que cette ville grandissait, mais pas à ce point », murmura Agnes.
En voyant son air pensif, Maxi s’inquiéta. Sa réaction était étrange. Elle ne comprenait toujours pas pourquoi la princesse était venue à Anatol. Elle détourna le regard pour observer le paysage du village.
« J’ai entendu dire que Riftan était à la carrière depuis l’aube. Vous comptez agrandir le domaine ? » demanda Agnes.
« I-il prévoit de construire une r-route qui r-reliera le p-port au reste du t-territoire. C’est, du moins, c-ce que j’ai entendu. »
La princesse ouvrit de grands yeux et s’intéressa à l’entreprise.
« Si vous élargissez la route pour accueillir davantage de trafic et réorganisez l’itinéraire jusqu’au port, ce sera le chemin le plus court entre les continents méridional et occidental. Anatol deviendra alors une grande cité commerçante. » Elle ne semblait pas tout à fait ravie par cette perspective.
Le cœur de Maxi se serra. Riftan avait peut-être agi contre les intérêts de la famille royale. Elle ignorait s’il était surveillé. Alors que leur visite venait à peine de commencer, elle sentit une sueur froide lui couler dans le dos.
Comme si Agnes avait remarqué le malaise de Maxi, elle changea aussitôt d’attitude et reprit d’un ton plus affable :
« Bien sûr, les monstres restent un problème. Tant que vous n’aurez pas éliminé les repaires qui entourent Anatol, il ne sera pas facile de convaincre le continent méridional de commercer par cette route. »
« La réputation de Lord Calypse pourrait convaincre le continent méridional », dit l’intendant.
Maxi le regarda en silence, ainsi qu’Agnes, qui observaient toutes deux les rues complexes et les bâtiments bondés, où circulaient des voitures tirées par des chevaux.
Agnes avait-elle raison de croire qu’Anatol deviendrait une nouvelle métropole ? Malgré l’agitation des rues, Anatol restait un petit domaine proche de la campagne. Entre la porte du château et le centre-ville, on se servait encore de vieilles maisons. Leurs habitants entretenaient de petits vergers ou élevaient des moutons, des chèvres, des poules et des oies dans des enclos. Maxi éprouva un peu de tristesse à l’idée que l’industrialisation puisse faire disparaître cette paisible campagne.
« J’aimerais voir le marché. Pourquoi ne pas commencer par nous promener ici ? » proposa Agnes. Maxi acquiesça, ouvrit la fenêtre avant et demanda au cocher de s’arrêter. Un moment plus tard, le carrosse s’immobilisa dans une rue à l’écart et le cocher ouvrit la portière.
« Souhaitez-vous tout de même vous arrêter ici pour voir le marché ? » demanda le valet.
Maxi acquiesça et descendit du carrosse, suivie par Hebaron et Uslin.
« Laissez les chevaux près du carrosse. J’escorterai les dames », dit Hebaron.
« Pourquoi moi ? » commença Uslin, mais il se tut en voyant Maxi. Puis il conduisit les chevaux sur le côté, où ils pourraient se reposer, sans rien ajouter.
Hebaron donna une pièce au cocher pour qu’il se restaure, organisa les gardes, puis conduisit Maxi et Agnes jusqu’au marché bondé.
Il y avait encore plus de monde que la dernière fois que Maxi y était venue avec Ruth. De chaque côté de la route, des marchands s’entassaient sous d’épais auvents, tandis que des mercenaires échangeaient des os de démon et des pierres précieuses. Agnes contemplait tranquillement la scène quand elle désigna soudain un étal au bout de la rue.
« Et si nous déjeunions là-bas ? » proposa-t-elle.
L’endroit comptait plusieurs tables en bois grossièrement fabriquées, autour desquelles quelques vieux voyageurs fatigués mangeaient et jouaient aux cartes, près d’un tonneau. S’asseoir pour manger là…
Maxi observa l’endroit, trop misérable pour mériter le nom de restaurant. Une femme qui faisait griller de la viande au-dessus d’un brasero posa un poulet bien vivant sur une planche, sans doute pour le rôtir à la broche, puis leva son couteau au-dessus du cou du coq. Maxi paniqua et détourna vivement les yeux, mais les cris de l’animal continuèrent de résonner. Bientôt, le coq décapité fut suspendu la tête en bas à une corde. Maxi jeta de nouveau un coup d’œil et tressaillit en le voyant tourner. La femme, elle, resta calme : elle plaça un bol sous le cou du coq pour recueillir le sang, puis s’essuya les mains sur son tablier. Choquée, Maxi porta la main à sa bouche et se tourna vers Agnes.
« C-c’est peut-être un peu t-trop tôt pour déjeuner. »
« Ne dites pas ça, » répondit Agnes. « Mangez au moins un peu. Regardez comme le poulet grillé a l’air frais et délicieux. »
La cuisinière et son savoir-faire sanglant ne semblaient pas la rebuter. Maxi se mit à transpirer, mais l’intendant intervint, fort heureusement.
« Vous pensez vraiment qu’une princesse peut manger dans la rue, au milieu du marché ? »
Il secoua la tête et passa devant cette cuisine improvisée.
« Princesse, nous ne sommes pas venus ici pour nous amuser, mais pour inspecter Anatol au nom du roi. Finissons notre visite et rentrons vite au château. »
« Pff, rabat-joie », protesta Agnes, mais elle céda et dépassa l’étal. Maxi poussa un soupir de soulagement avant de les suivre.
La princesse examinait attentivement le marché. Elle vérifiait la qualité et le prix des marchandises, ainsi que la compétence des commerçants. De temps à autre, elle posait des questions sur la ville à Maxi.
« Comment assurez-vous la sécurité ici ? »
« Les g-gardes viennent p-patrouiller dans le village trois ou q-quatre fois par jour. Des s-sentinelles veillent le long du mur. Il y a aussi des p-postes de contrôle pour e-entrer dans le domaine. Personne ne peut y entrer sans une c-carte d’identité délivrée par le t-temple. »
« Que se passe-t-il si quelqu’un désobéit ? » demanda Agnes.
Maxi ne connaissant pas la réponse à la question de la princesse, elle resta silencieuse, déconcertée.
Note : Nymeria : Le serviteur d’Agnes qui la balance… Je suis fan, sans déconner.