Chapitre 141
Chapitre 141
Traducteur – LL
Correctrice – Nymeria
« Tu manques d’expérience, mais tu es déjà aussi doué que n’importe quel autre chevalier. Surtout, tu as autant de talent que le seigneur Riftan. »
Aux paroles de Hebaron, Yulysion bondit aussitôt sur ses pieds.
« Qu’est-ce que tu racontes ? Je ne lui arrive même pas à la cheville ! »
« … Ce serait vraiment utile que tu corriges au moins ce manque de sincérité. »
Hebaron soupira profondément, puis demanda aux serviteurs qui se tenaient derrière lui de resservir les chevaliers. Riftan était assis juste à côté de Maxi et ignorait toutes les conversations. Elle lui adressa un sourire gêné en voyant son visage sévère. Vêtu d’une tunique noire et d’une ceinture dorée, il dégageait un charme séduisant, tel le diable de la Bible, tout en ayant l’air glacial. Depuis l’incident de l’autre jour, Riftan se montrait aussi vigilant qu’un garde dès qu’il la voyait en compagnie des chevaliers. Il semblait craindre que quelqu’un ne lui fasse du mal, comme Uslin.
« Tu ne t’es pas dépêchée pendant le repas, au moins ? »
« Oh, non. L-les chevaliers… Ils m’expliquaient la c-cérémonie d’initiation… »
Sir Gabel ne se laissa pas impressionner par l’attitude flamboyante de Riftan et prit la parole en souriant.
« Rovar et Livakion ne doivent-ils pas faire une déclaration avant la cérémonie ? Les Banryong sortent de leur léthargie juste avant la saison des eaux. »
Riftan se caressa le menton, l’air pensif.
« Vous les entraînez à chasser les bêtes ? »
« J’essaie, tant bien que mal. Mais je pense qu’ils devraient acquérir davantage d’expérience sur le terrain avant la cérémonie d’initiation. Sinon, ils ne seront pas fiables. »
À ces paroles sévères de Sir Karon, Yulysion fit la moue en signe de protestation. Mais lorsque Riftan posa les yeux sur lui, il redressa aussitôt les lèvres et se tint droit. Riftan examina les deux apprentis d’un regard perçant.
« Vous participerez à la prochaine reconnaissance. La chasse au marmul n’a rien à voir avec un combat ordinaire ; l’expérience du terrain vous sera utile. »
« D’accord ! »
Riftan eut un sourire en coin devant leur réponse immédiate. Les yeux des garçons, qui l’admiraient, brillaient de respect et d’émerveillement. Il semblait lui aussi éprouver une certaine affection pour ces jeunes chevaliers.
Maxi enviait le lien qui les unissait. Elle était avec eux, mais n’appartenait pas vraiment à leur monde. De leur côté, Yulysion et Garrow allaient devenir chevaliers dans quelques mois et partager tous les dangers avec Riftan. Elle se sentait reléguée dans un coin, persuadée qu’ils étaient plus proches de lui qu’elle ne l’était.
« Qu’est-ce qu’il y a ? Tu n’aimes pas le repas ? Je demande aux serviteurs de te préparer autre chose ? »
Riftan fronça les sourcils en remarquant que sa cuillère ne bougeait plus. Maxi secoua la tête.
« Oh, non. J’ai assez mangé. »
« Mange encore un peu. »
« J-je n’ai plus faim… »
Avec un sourire gêné, elle prit le livre qu’elle avait posé de côté.
« J-je vais me lever. Je suis un peu f-fatiguée. »
« Tu n’as pas fini. »
« Je t-te dis que j’ai b-beaucoup mangé. »
Riftan la regarda, puis acquiesça en soupirant. Maxi quitta lentement la cuisine. Après l’hiver, il devrait probablement repartir en expédition. Cette pensée lui serra le cœur : elle devrait de nouveau l’attendre seule au château. Nerveuse, Maxi se mordit les lèvres. *Si je maîtrisais une magie puissante, Riftan déciderait-il de m’emmener avec lui ?* Après avoir laissé naître cet espoir un instant, elle secoua la tête, se rappelant son obstination. En réalité, elle ne savait même pas si elle aurait le courage de lui demander une chose pareille. Elle poussa un long soupir en passant les mains dans ses cheveux en désordre.
***
La vague de froid s’était dissipée et le printemps approchait peu à peu d’Anatol. Maxi se mit alors à apprendre de nouveaux sorts défensifs et s’efforça patiemment de corriger son bégaiement. Elle remarqua d’abord quelques progrès ; à force de s’exercer avec persévérance et calme, elle parvint à lire un vers sans bégayer. Certes, il ne s’agissait pas des poèmes anciens et difficiles qu’elle avait appris dans son enfance, mais de chansons aux phrases simples et faciles que les ménestrels itinérants aimaient interpréter. Elle versa pourtant des larmes de joie lorsqu’elle réussit à prononcer sa première phrase sans la moindre hésitation. Comme Ruth le lui avait dit, se détendre et s’entraîner à parler lentement l’aidait. Les mots difficiles à prononcer et les longues phrases lui posaient encore problème, mais son bégaiement s’atténuait peu à peu, sans doute parce qu’elle s’efforçait consciemment de parler davantage.
Maxi avait également commencé à lire à voix haute les phrases que Ruth composait pendant son temps libre. Elle s’exerçait à détendre sa langue raide, qui lui faisait mal comme si elle avait mâchonné une aiguille pendant des heures. Peut-être utilisait-elle des muscles qu’elle ne sollicitait pas d’ordinaire. Quoi qu’il en fût, elle s’entraînait chaque matin sans jamais manquer une séance. Si cela pouvait corriger son bégaiement, elle le ferait même s’il lui fallait garder un couteau dans la bouche. En revanche, elle s’était mise à parler trop lentement, à force de vouloir articuler avec précision. Ruth lui avait dit que cela s’arrangerait avec le temps, mais elle en restait consciente, craignant que sa façon de parler n’impatiente les autres.
« Au deuxième étage… sous la t-terrasse… je voudrais aménager un jardin de fleurs… Combien de temps cela prendra-t-il ? »
Maxi, qui examinait attentivement le plan du jardin, leva les yeux vers Aderon, assis en face d’elle, et observa son expression. Le marchand lui répondit avec politesse, révélant ainsi son savoir-faire.
« Il n’est pas facile de se procurer autant de jeunes plants en ce moment. Pourquoi ne pas commencer par planter de petits arbustes ? Nous pouvons facilement vous fournir des plants d’azalées. De belles fleurs rouges s’épanouiront. »
« M-mais… je voudrais aussi remplir le parterre… »
« Pour les modifications, nous pouvons nous en charger tout de suite. Je vais prévenir les serviteurs qui s’occupent du jardin. »
Rodrigo, qui les suivait, lui vint en aide de quelques mots. Maxi essaya de se représenter le résultat : si elle recouvrait le jardin désolé de terre fertile, y plantait des herbes et des arbustes, puis l’ornait de fleurs et de décors variés, l’endroit en deviendrait méconnaissable.
Mais Maxi ne pouvait s’empêcher de penser au coût. Il faudrait embaucher davantage de serviteurs pour entretenir le jardin, et les fleurs comme les arbres coûtaient cher. Elle posa le plan sur la table, se disant qu’il valait mieux demander à Ruth de l’examiner une nouvelle fois avant de signer le bon de commande.
« Je vais devoir y réfléchir encore un peu… »
« Très bien. En attendant, je vais essayer de me procurer autant d’espèces de fleurs que possible. »
« Je vous en prie… faites donc. »
Maxi sourit et se leva. À mesure que les jours s’allongeaient, le marché d’Anatol reprenait peu à peu ses activités et les marchands affluaient. D’après les chevaliers, un repaire de Banryong se trouvait au nord des monts d’Anatol, et les mercenaires arrivaient à temps pour leur réveil. Cette sous-espèce de dragon était très dangereuse, mais ses écailles, ses pierres de mana et ses os valaient cher et servaient à fabriquer des armes élémentaires.
Les mercenaires, toujours à l’affût de trésors à vendre à prix d’or, et les marchands, désireux d’acheter les pierres de mana et les os qu’ils rapporteraient, commencèrent à affluer à Anatol. En pleine saison des eaux, les visiteurs seraient sans aucun doute encore plus nombreux.
J’aimerais que tous les travaux du jardin soient terminés d’ici là…
Au printemps, un banquet serait organisé et l’on inviterait parfois des musiciens itinérants et des troupes de théâtre. Elle voulait éviter qu’ils répandent la rumeur selon laquelle le château du seigneur Calypse, pourtant célèbre dans tout le continent, était sinistre.
Mais surtout, Maxi craignait que les aristocrates ne méprisent Riftan. Elle était donc déterminée à embellir le jardin autant que possible, car c’était un lieu important qui donnait aux visiteurs leur première impression du château.
« Madame, vous voilà. »
Alors qu’elle descendait l’escalier en réfléchissant aux arbres et aux fleurs qui conviendraient le mieux, une servante l’interpella. Maxi leva vers elle un regard interrogateur, et la vieille servante s’adressa à elle avec déférence.
« Ma dame, le seigneur Riftan vous demande dans son bureau. »
« Il y a… un problème ? »
« Le seigneur Riftan ne m’a pas précisé la raison, ma dame. »
Il était rare que Riftan se trouve dans son bureau en plein jour, et plus rare encore qu’il la fasse appeler ainsi. Maxi remonta les escaliers à la hâte, se demandant ce qui se passait. Le bureau de Riftan se trouvait à l’étage supérieur de la bibliothèque, de l’autre côté de l’escalier. Elle pressa le pas sur le tapis brun foncé, puis s’arrêta devant la large porte en acajou. Elle attendit que la servante qui l’avait suivie frappe pour annoncer son arrivée.
« Entrez. »
Sa voix grave retentit derrière la porte. La servante tourna délicatement la poignée, et Maxi entra avec prudence dans une vaste pièce au tapis moelleux. Un puissant battement d’ailes retentit quelque part. Elle promena un regard curieux dans la pièce baignée de lumière. Près de la grande fenêtre qui lui faisait face, une cage était suspendue assez haut pour qu’elle ne puisse pas l’atteindre. De petits pigeons blancs s’y serraient les uns contre les autres en roucoulant. À gauche, des boucliers et des épées si énormes qu’elle se demanda si quelqu’un pouvait vraiment les soulever étaient entreposés.
« Entre. Pourquoi restes-tu là sans t’asseoir ? »
Alors qu’elle demeurait près de la porte, absorbée par la découverte du bureau, Riftan, assis devant son bureau à écrire quelque chose, la pressa d’avancer. Maxi s’approcha lentement et observa son visage sévère. Ses cheveux noirs étaient en bataille, comme s’il les avait ébouriffés plusieurs fois ou qu’il avait été décoiffé par le vent, et ses avant-bras musclés, sous les manches retroussées, étaient tendus. Maxi rougit, anxieuse.
« Q-qu’est-ce qu’il y a… Il s’est passé quelque chose ? »
« J’ai reçu un message du palais de Drachium. Je pense qu’il vaut mieux t’en informer à l’avance. »
« Drachium ? »
Note – Eh bien, quelle façon de décrire le charme de Riftan : le diable de la Bible ?! Haha. Je vous prie aussi de m’excuser si ce chapitre vous a paru un peu bizarre ; je ne sais pas pourquoi, mais j’ai eu particulièrement du mal à le corriger 😮