Chapitre 140
Chapitre 140
Traducteurs – LN & LL
Relecture – Nymeria
Note : Les deux jeunes chevaliers apparus au chapitre 65 s’appelaient Yurixion Lobar et Garow Livacon. Nous changeons désormais leurs noms enYulysion Rovar et Garrow Livakion, car nous pensons que cette traduction est plus fidèle.
« Mes respects, ma Dame. »
Le garçon la salua d’un ton désinvolte, qui ne convenait guère à son état pitoyable. Maxi observa froidement son visage abîmé et demanda aux serviteurs de préparer un linge propre et de l’eau chaude. Sir Gabel, qui l’avait suivi dans la cuisine, vit la scène et poussa un profond soupir.
« La pluie hivernale a détrempé le terrain, et ces jeunes gens devaient s’entraîner à monter à cheval aujourd’hui. Il était en selle quand il a roulé par terre, tout simplement. »
« Je ne suis pas le seul à avoir roulé et à m’être blessé… »
Sir Karon gémit en se frottant les cheveux. Yulysiongrattait son cuir chevelu ensanglanté, l’air absent.
« C’est ma faute… Je suis vraiment désolé, Sir Karon. »
« Tu es le troisième à me mettre à terre, gamin. »
Sir Karon grommela et se planta devant la cheminée pour sécher ses vêtements trempés. Maxi fronça les sourcils, un peu contrariée par l’attitude du garçon, qui ne semblait pas s’inquiéter alors qu’il était couvert de sang.
« Y-Yulysion, ne touchez pas à votre t-tête ! Vous saignez encore. Allez… asseyez-vous. Je vais vous s-soigner avec ma magie de g-guérison. »
« Ça en a l’air, mais ce n’est pas si grave, ma Dame. Le sang s’est déjà arrêté. Je ne voudrais pas vous déranger… »
« N-Ne dites pas de bêtises… asseyez-vous. »
Maxi lui prit le bras, un peu brusquement, et le fit asseoir sur une chaise près du feu. Le garçon ouvrit de grands yeux, surpris par son geste, mais Maxi s’inquiétait sincèrement pour Yulysion, qui ressemblait à un chien sauvage blessé.
Maxi se pencha au-dessus de sa tête et examina soigneusement la blessure. Sir Gabel lui tendit une serviette propre imbibée d’eau chaude.
« Je crois que mon cuir chevelu s’est déchiré quand je suis tombé, parce que ma selle n’était pas à ma taille. Je ne pense pas que l’os soit touché, mais… la plaie est assez longue. Est-ce que ça ira ? »
« S-Si vous êtes blessé comme ça… ma m-magie peut vous guérir. »
Maxi essuya soigneusement le sang avec la serviette et examina la blessure. Une longue entaille barrait ses cheveux argentés, maculés de sang. Elle posa la main dessus et canalisa le mana. Grâce à ses réserves de mana, qu’elle avait patiemment accumulées, elle était désormais capable de lancer des sorts de guérison à un rythme comparable à celui de Ruth. Elle passa de ses cheveux à son front et vérifia attentivement que la plaie se refermait.
« O-Où d’autre… Vous allez bien, maintenant ? »
« Je vais bien, ma Dame. »
Il répondit, les joues pâles et couvertes de taches de rousseur teintées de rouge. Maxi retira maladroitement sa main, craignant de l’avoir touché avec trop de familiarité. Yulysionétait un garçon à la silhouette élancée, dont le visage était aussi joli que celui d’une femme, mais il allait bientôt intégrer les Chevaliers du Dragon rouge. Il ne convenait pas de le traiter comme un enfant. Elle lui adressa un sourire gêné et lui tendit une serviette propre.
« Euh, le s-sang sur votre visage… vous d-devez tout essuyer. »
« Oh ! Merci, ma Dame. »
Yulysions’essuya le visage en grimaçant un sourire.
« J’ai une bosse sur la tête. Vous pourriez regarder ? »
Sir Karon, qui se tenait encore devant le feu, lui demanda d’examiner l’arrière de son crâne. Maxi lui lança aussitôt un sort de guérison, à lui aussi. Pendant ce temps, les chevaliers qui se séchaient avec des serviettes s’installèrent devant la table et commencèrent à manger ce que les servantes avaient apporté. Maxi n’eut d’autre choix que de partager leur repas. Il était rare qu’elle s’assoie à la même table qu’eux à cette heure-là : les chevaliers déjeunaient d’ordinaire dans leurs quartiers, près du terrain d’entraînement, tandis qu’elle restait presque toujours confinée à la bibliothèque. Elle prit une cuillerée de ragoût presque froid et observa la longue table, autour de laquelle s’entassaient de grands chevaliers à la présence intimidante.
« Le s-seigneur est… sorti du c-château ? »
« Il est dans son bureau ovale, en réunion avec le seigneur Hebaron, le seigneur Uslin, le seigneur Lombardo… et le magicien. »
« Une réunion… ? »
« Ils préparent la prochaine saison des pluies. »
Sir Gabel, assis en face d’elle, prit la parole en mangeant sa soupe fumante.
« Il y a une hiérarchie parmi les chevaliers. Plus un chevalier est fort, plus sa voix compte. À la fin de l’hiver, le commandant les réunit souvent pour parler des projets à venir. Récemment, les monstres du nord se rapprochent, alors nous devons aussi ériger une barrière pour les arrêter. »
« Est-ce que je pourrai participer à la prochaine expédition punitive ? »
Yulysion, qui engloutissait son repas, se mêla à la conversation, les yeux brillants. Sir Karon ne chercha pas à cacher son exaspération.
« Vu ta grosse erreur d’aujourd’hui, ta nomination au rang de chevalier va devoir attendre l’année prochaine. »
« Je suis d’accord. Tu as roulé dans les montagnes pendant le siège des gobelins, non ? Tu es tellement maladroit que tu ne passeras même pas l’épreuve d’initiation. Tu as déjà du mal à attraper un lézard-taureau, alors un demi-dragon… »
Les sarcasmes de Gabel irritèrent Yulysion, qui s’écria :
« Je ne referai plus jamais cette erreur ! J’en attraperai non pas un, mais deux demi-dragons ! Je peux même en avoir trois ! »
Maxi ne parvenait pas à suivre leur échange. Sir Karon, qui mangeait tranquillement à côté d’elle, lui expliqua d’un ton courtois, comme s’il avait compris ce qu’elle voulait savoir.
« L’épreuve d’initiation des Chevaliers du Dragon rouge consiste à chasser une sous-espèce de dragon. Il faut obtenir une pierre de mana de dragon avant la cérémonie pour être reconnu comme membre de l’ordre. C’est la tradition des Chevaliers du Dragon rouge. »
« En vérité, n’importe quel démon doté d’une pierre de mana ferait l’affaire. Mais les demi-dragons sont parfaits pour les débutants. »
Un jeune chevalier aux cheveux brun foncé intervint pour compléter l’explication avec enthousiasme.
« Chasser un bulldozer serait ridicule, et un jeune chevalier aurait du mal à s’attaquer à des créatures de valeur comme les wyvernes, les hydres ou les basilics. »
« L-Les demi-dragons… C-C’est quel genre de… démon ? »
« Ce sont des démons qui ressemblent beaucoup aux dragons. Ils mesurent en moyenne vingt à trente pieds cubes, ont le corps couvert d’écailles dures et possèdent des crocs et des griffes acérés. Mais contrairement aux dragons, ils n’ont pas d’ailes et ne peuvent pas cracher de flammes. »
« Mais ce ne sont pas des proies faciles. Pour compenser leur incapacité à voler, ils sont agiles et ont les jambes rapides. S’ils se mettent à vous poursuivre, vous ne pouvez pas leur échapper, même à cheval au galop. Ils ont aussi un odorat très développé et retrouvent la moindre cachette. »
« Ils ont une poigne puissante, alors la plupart des sorts ne fonctionnent pas sur eux. »
Les chevaliers se mirent à ajouter leurs commentaires les uns après les autres, comme s’ils cherchaient à effrayer l’apprenti.
« Le pire, c’est qu’ils vivent en groupe. Ils ne sont pas très intelligents, mais ils savent parfaitement coopérer. Quand ils repèrent une proie, ils se signalent les uns aux autres et la traquent sans relâche. Un chevalier novice ne peut pas en chasser trois ou quatre. »
« Ah ! Je vois déjà comment ça va finir : le maladroit Rovar va foncer sur un demi-dragon et finir dans son estomac ! »
« Tu veux déjeuner ? Il ne te restera rien à mâcher, petit. »
Mais ce fut Maxi qui blêmit devant leurs plaisanteries. Elle regarda avec inquiétude le garçon au visage innocent et à la silhouette frêle. Pour un jeune homme de dix-sept ans, l’épreuve était terrible.
« Mais… vous n’allez p-pas vraiment partir à la chasse… n’est-ce pas ? »
Garrow, qui avait jusque-là mangé en silence dans un coin, prit la parole.
« Il partira avec moi. Yulysion et moi sommes les deux seuls chevaliers à passer l’épreuve cette année. »
Maxi entrouvrit les lèvres, incrédule. Garrow n’avait qu’un an de plus que Yulysion. Il était plus grand et mieux bâti, mais il n’avait pas encore tout à fait perdu son allure de garçon. Elle se sentit de plus en plus honteuse de sa propre réaction.
« V-Vous allez y aller tous les deux ? Ce n’est pas t-trop dangereux ? »
« Si tu ne peux pas prendre ce risque, tu ne mérites pas d’être membre des Chevaliers du Dragon rouge. »
Sir Karon répondit d’un ton ferme.
« Et Rovar comme Livakion ont le niveau requis, à condition qu’ils ne commettent pas une bêtise comme aujourd’hui. »
« Il va devoir en ramener un plus gros que les autres pour rétablir sa réputation. »
Yulysionreleva le menton et hocha la tête.
« Vous verrez. Je vous ferai de nouvelles bottes avec les écailles du demi-dragon que j’aurai tué. »
« Oh, tâche surtout de ne pas finir en cure-dent pour demi-dragon. »
Les chevaliers gloussèrent et éclatèrent de rire. Maxi resta stupéfaite devant leurs plaisanteries cruelles, lancées avec tant de désinvolture.
Est-ce qu’ils ne s’inquiètent pas de voir ces garçons innocents se jeter dans le danger ?
Elle fronça les sourcils et les regarda d’un air réprobateur. Sir Gabel, qui gloussait, se tint soudain le ventre et lança depuis l’autre bout de la pièce : « Hé, ne racontez pas de cochonneries devant ma Dame. »
Le mot « cochonneries » faisait lui aussi partie des grossièretés qu’on ne devait pas prononcer devant une dame. Mais au lieu de le lui faire remarquer, Maxi continua de s’inquiéter pour les apprentis chevaliers.
« Ce n’est pas comme si v-vous deviez y aller seuls, n’est-ce pas ? Yulysion et Garrow, v-vous êtes jeunes, vous pourriez être en danger. Et si vous étiez b-blessés ? Quelqu’un devrait vous aider… »
« Nous ne sommes pas des enfants dont il faut s’occuper, ma Dame. Nous n’avons pas besoin d’un gardien pour prouver que nous sommes dignes d’être chevaliers ! »
« Oui, c’est insultant. »
Yulysionet Garrow protestèrent d’un air boudeur. Maxi les regarda, perplexe.
Est-ce qu’ils n’ont pas peur de mourir ou d’être blessés ?
Les garçons n’avaient pas l’air le moins du monde effrayés ou intimidés par l’épreuve qui les attendait. Au contraire, ils affichaient une assurance proche de l’arrogance, ce qui stupéfia encore davantage Maxi. Elle avait vécu quatre ou cinq ans de plus qu’eux, mais n’avait même pas la moitié de leur courage.
« Je… Je ne voulais p-pas vous insulter. Je m’inquiète, c’est t-tout… »
« Vous n’avez pas à vous inquiéter, ils ont tous les deux un talent exceptionnel pour l’épée. »
Maxi leva soudain les yeux en entendant cette voix et vit Hebaron et Riftan entrer dans la cuisine.
Note des traducteurs – J’adore voir Maxi si proche des chevaliers, rire et discuter avec eux… Si ça, ce n’est pas une évolution du personnage ! Et je suis sûre qu’il y en aura encore beaucoup <3