Chapitre 139
Chapitre 139
Traducteurs – LN & LL
Relecture – Nymeria
Après ce jour-là, Maxi descendit souvent à la cuisine pour lancer des sorts de guérison sur ses serviteurs. Il lui arrivait aussi de soigner les blessures des chevaliers. À force de s’asseoir chaque jour dans la cuisine et de répéter ses incantations cinq ou six fois par jour, elle progressait régulièrement et parvenait désormais à traiter des blessures assez graves. Pourtant, son bégaiement ne montrait aucun signe d’amélioration. Chaque jour, elle s’enfermait seule dans une pièce pour s’exercer à parler clairement ou essayait de discuter avec les gens qu’elle croisait, assis devant la cheminée de la salle commune, mais sa langue lui semblait toujours aussi engourdie.
Maxi continuait de s’entraîner à mémoriser les signes de prononciation dans l’ordre et à réciter chaque jour les paroles d’un ménestrel dans le vide, tâchant de ne pas se décourager. Ce n’était pas aussi facile qu’elle l’avait cru : elle devait s’exercer en secret, quand elle était seule, car elle ne voulait pas montrer un spectacle aussi lamentable à Riftan ni aux serviteurs. Maxi ne pouvait pas non plus négliger l’étude de la magie ni la gestion du château. En outre, il faudrait aménager le jardin dès la fin de l’hiver ; elle se creusait déjà la tête pour établir les plans et le budget avec Rodrigo et le marchand Aderon. À l’approche de la fin de l’hiver, elle avait tant de choses à faire qu’elle aurait voulu doubler la durée des journées.
« Tu as l’air d’avoir maigri, ces derniers temps. »
Riftan lui caressa la joue en enfilant une tenue propre après son bain. Elle lui adressa un sourire gêné. Elle avait voulu s’atteler à trop de choses nouvelles à la fois, et cela avait fini par la dépasser. Depuis quelques semaines, elle se levait à l’aube et ne se couchait qu’en même temps que lui. À force de suivre le rythme effréné du chevalier, des cernes s’étaient même creusées sous ses yeux. Maxi fronça les sourcils quand il effleura ses paupières du pouce.
« Tu en fais trop avec la magie, n’est-ce pas ? Tu t’entraînes aux sorts de guérison, ces derniers temps, et c’est pour ça… »
« Je v-veux m’entraîner… Il faut que je le fasse r-régulièrement pour p-progresser… Tout le monde m’aide. Je le fais pour vous. Je… je ne dépense pas tant de mana… Je vous soignerai si vous êtes blessé. »
Elle scruta son expression, s’efforçant de parler calmement. Riftan travaillait trois ou quatre fois plus qu’elle, mais son visage ne trahissait aucune fatigue.
Comment pouvait-il ne pas bâiller alors qu’il ne dormait que trois ou quatre heures par nuit, et pas seulement un jour ou deux, mais tous les jours ? Elle l’observa avec une pointe de curiosité.
Riftan discutait de la fabrication quotidienne de nouvelles armes dans les forges et la supervisait, entraînait les gardes et les apprentis, et s’était récemment mis à préparer le lancement des travaux de construction des routes, qui commenceraient à la saison des pluies.
Même en se dédoublant ou en se triplant, Maxi n’aurait pas réussi à accomplir la moitié de ce qu’il faisait. Pourtant, Riftan avait bonne mine et son corps musclé débordait d’énergie. Il l’enlaça de ses bras chauds, l’installa sur ses genoux et lui caressa doucement les oreilles et la nuque.
« Personne ne te manque de respect ? »
« Euh, non. »
« … Et qu’est-ce qui te fatigue ? »
« Ce n’est p-pas fatigant… »
Une légère ride se creusa entre les sourcils de Riftan, qui poursuivit d’un ton un peu nerveux.
« Tu ne me parlais jamais de rien, mais ces derniers temps, je n’entends que ce genre de réponse. »
« M-Mais, vraiment… tout le monde est gentil avec moi. Personne ne me manque de respect… »
Incapable de deviner quelle réponse il attendait, Maxi lâcha la fin de sa phrase, puis se tut. Riftan s’adossa au coussin et la contempla longuement.
« J’ai appris que tu avais commencé à aménager le jardin. »
« Q-quand le printemps arrivera… Les visiteurs vont v-venir, alors je pense qu’il faudrait l’embellir avant… »
« Ça ne te donne pas trop de travail ? Ça doit être difficile de superviser les serviteurs… »
Maxi lui adressa un sourire amer. Qui donc lui avait dit qu’elle avait trop de travail ?
« Comparé à R-Riftan… ce n’est rien. »
« Hé, à qui est-ce que tu me compares ? Je m’entraîne depuis toujours. J’ai plus d’endurance que les autres chevaliers. Toi, en revanche, tu es plus faible que la plupart des femmes. »
« Je… je ne suis pas faible. Je suis en b-bonne santé. »
Maxi s’évanouissait rarement quand son père lui fouettait le dos jusqu’au sang. Elle se croyait donc en meilleure santé que ces dames qui hurlaient et perdaient connaissance à la vue d’une petite souris. Riftan renifla, comme s’il venait d’entendre une absurdité.
« Qu’est-ce que tu racontes ? Tu as passé toute ta vie enfermée dans un château. »
Il lui saisit la taille de sa grande main hâlée et fronça les sourcils, inquiet.
« Regarde-toi, tu ne pèses pas lourd. Tu es à peine deux fois moins épaisse que moi. »
« Ri-Riftan… c’est vous qui êtes immense… Moi, je suis normale. »
Riftan plissa le nez.
« Je ne connais aucune femme aussi maigre que toi. Te voir me rend nerveux. »
À ces mots, Maxi le dévisagea, perplexe. Elle n’était ni très grande ni épaisse, mais elle n’était pas aussi maigre qu’il le prétendait. Pourtant, il semblait sincèrement inquiet. Existait-il une femme assez grande et robuste pour tenir tête à Riftan ? La princesse Agnes, sans doute, était assez forte et énergique pour participer à une expédition. Maxi imagina une femme imposante et belle se tenant à ses côtés. Rien qu’à se figurer un couple aussi assorti qu’une image de livre, elle sentit son cœur se serrer comme si on le poignardait.
À cet instant, Maxi ne comprit pas pourquoi elle se comparait à une femme qu’elle n’avait jamais vue.
« Vous exagérez. À ce point… vous savez, au point de vous inquiéter… »
Quand elle parla d’un ton légèrement plus ferme, la gorge serrée, la main de Riftan, qui lui caressait le dos, tressaillit. Il pinça les lèvres et répondit d’une voix inquiète :
« Mais je m’inquiète quand je te vois rester dans les courants d’air. »
Riftan la serra un peu plus contre lui et posa fermement le menton sur le sommet de sa tête. Maxi appuya la joue contre son torse puissant et écouta en silence les battements de son cœur. Dehors, par la fenêtre, le grésil voltigeait comme un fantôme.
Maxi percevait l’étrange tension qui s’installait dans le silence : à un moment donné, de fines fissures avaient commencé à se creuser entre eux. Riftan s’efforçait de se montrer tendre avec elle et veillait excessivement sur elle, mais il n’arrivait pas à le lui dire. Parfois, elle avait l’impression qu’il ne voulait rien partager avec elle au-delà de leur chambre, mais il ne serait pas juste de lui reprocher à lui seul son attitude. Elle aussi, en vérité, peinait à s’ouvrir à lui ; elle ne parvenait pas à être naturelle devant lui et ne voulait jamais lui montrer son côté le plus pitoyable. Maxi était plus nerveuse quand elle parlait devant Riftan que devant n’importe qui d’autre, et elle craignait de le décevoir. Ironiquement, plus elle le plaçait haut dans son estime, plus le mur qu’elle dressait entre eux s’épaississait. À cause de cette barrière, leur relation ne parvenait plus à s’approfondir.
Maxi voulait croire que cette idée n’était qu’un délire excessif. Après tout, une relation plus profonde que la leur n’existait pas : ils partageaient déjà le même lit, et il la protégeait et la soutenait sans jamais faillir. Elle s’occupait du Château de Calypse pour lui et, un jour, lui donnerait un héritier. À sa connaissance, c’était tout ce qu’un couple pouvait espérer. De plus, son père les avait forcés à s’unir par égoïsme ; espérer davantage était peut-être même présomptueux. Ces pensées l’aidèrent à chasser de son cœur ce sentiment de malaise.
« Je ne te demanderai rien aujourd’hui. Je sais que tu es fatiguée, alors repose-toi. »
Riftan lui effleura soudain les épaules crispées. Il avait dû deviner qu’elle était nerveuse à l’idée de devoir travailler dans la chambre. Maxi voulut répondre, mais se contenta de refermer la bouche. Elle avait envie de se blottir dans ses bras, mais elle était réellement épuisée et avait honte de faire le premier pas. Riftan frotta ses lèvres contre son front et murmura d’un ton sérieux :
« Tu as besoin de repos. »
Il l’allongea sur le lit et éteignit la lampe de chevet. Puis il s’allongea naturellement à ses côtés et glissa un bras sous sa tête. Maxi se blottit contre lui en remuant un peu. Son corps dégageait une odeur douce et masculine ; tandis qu’elle la respirait à pleins poumons, Riftan s’agita, mal à l’aise, poussa un léger soupir et lui tapota l’épaule. Maxi savourait ses caresses. Elle sentit son corps ferme contre ses cuisses, mais Riftan ne la toucha pas davantage. Bercée par le confort et la tranquillité de ses bras puissants, elle s’endormit peu à peu.
***
Le lendemain, la pluie hivernale se mit à tomber. L’entraînement sembla se terminer plus tôt que prévu et, tandis que Maxi lisait un livre de magie en déjeunant tard, des chevaliers trempés se précipitèrent dans la cuisine.
Maxi les salua avec prudence. Ces derniers temps, les chevaliers qui l’ignoraient auparavant sans détour avaient commencé à lui parler volontiers, grâce à ses fréquentes conversations avec eux et à ses sorts de guérison. Elle était ravie de ce changement. Les chevaliers attrapèrent la nourriture qu’elle leur avait apportée et se mirent à raconter des anecdotes, tandis que le pain tout juste sorti du four fondait dans leur bouche. Maxi souriait en écoutant ces histoires sans intérêt. Soudain, elle aperçut Yulysion qui s’approchait de la cuisine et se précipita vers lui, stupéfaite. Le visage du garçon était couvert de sang.
« Q-Qu’est-ce qui se passe ? Q-Qu’est-ce qui est arrivé… ? »
Traductrice – Mon cœur s’est serré quand Maxi a parlé de son père qui la fouettait… Pauvre chérie ! Et Riftan se débattait aussi, pauvre chéri, mais d’une autre façon, mdr.