Chapitre 14
Chapitre 14 : Chapitre
Riftan couvrit Maxi de baisers avides. Coincée entre le tronc d’un arbre et le torse de Riftan, elle peinait à respirer. Il lui empoigna les fesses et l’attira contre lui, frottant son érection contre son ventre. Une chaleur s’embrasa entre leurs corps. Effrayée par sa propre réaction, Maxi tenta de se dégager de son étreinte.
« N-non… P-pas ici… »
« Tu vas finir par me tuer, bon sang. »
En gémissant, il cogna la tête contre l’arbre. Son corps se tendit à la vue de ses épaules qui se soulevaient au rythme de sa respiration saccadée. Elle se prépara à essuyer sa colère, persuadée que son refus lui avait déplu, mais il recula lentement.
« Je ne peux pas m’en empêcher quand je suis près de toi. Tu ferais donc mieux de dormir seule dans la voiture. Tu comprends ? »
Il lui caressa doucement la joue. Elle hocha la tête. Une fois encore, il l’entraîna par la main, cette fois en direction du campement. Un chevalier corpulent était juché sur un rocher, se réchauffant près du feu. En les voyant revenir, il leur adressa un sourire entendu.
« Déjà fini, commandant ? Ça fait trop longtemps que vous n’avez pas brandi votre épée ! Elle est rouillée ? »
Riftan s’immobilisa et lui lança un regard meurtrier. Imperturbable, le chevalier continua de ricaner. Un autre, qui s’appuyait contre un arbre tout en polissant son épée, marmonna :
« Quel rustre vulgaire. »
« Et que vaut donc la vertu du jeune rejeton de la maison de Ricaydo ? »
« Je suis plus vertueux que tu ne le seras jamais. »
« Ha ! La langue qui vante son maître débite souvent des mensonges. Les coincés dans ton genre sont les pires coureurs de jupons dès qu’ils ne sont plus observés… Aïe ! Petit… ! »
Après avoir reçu un coup de pied du chevalier blond, le grand gaillard bondit sur ses pieds et dégaina son épée. Sous le choc, Maxi s’agrippa à Riftan tandis que le blond pointait la lame acérée vers son rival. Passant un bras autour de ses épaules, Riftan foudroya les deux hommes du regard.
« On dirait que vous avez tous les deux assez d’énergie pour monter la garde à tour de rôle cette nuit. »
« Commandant ! »
Mais leurs protestations restèrent sans effet. Riftan passa devant eux et se dirigea vers la voiture. Maxi lança un regard inquiet aux deux hommes, qui continuaient à se dévisager avec des envies de meurtre. Riftan la fit pivoter vers lui.
« Ne fais pas attention à eux. Ils sont toujours à couteaux tirés. »
Elle hocha la tête, l’esprit ailleurs. À l’évidence, les chevaliers d’un même ordre ne s’entendaient pas tous.
Riftan l’aida à monter dans la voiture, puis retourna achever le montage de sa tente. Assise près de la porte, Maxi lui tendit une lanterne pendant qu’il travaillait. Il jeta un rouleau de couchage dans la tente, puis s’installa sur une grosse racine pour polir son épée.
Peu après, deux chevaliers de retour de patrouille arrivèrent avec trois oiseaux noirs, gros comme des oies. Les tenant par les ailes, ils les tordirent et les arrachèrent au niveau des articulations, puis les jetèrent au sol. D’un geste rapide, ils dépouillèrent ensuite les bêtes. Maxi resta figée, horrifiée. Les chevaliers leur coupèrent les pattes avec un poignard avant de les jeter sans façon sur le tas de plumes. La nausée lui monta à la gorge ; elle se réfugia en hâte dans la voiture.
Riftan revint bientôt avec de la viande rôtie, dorée à point. Il insista pour qu’elle mange, mais elle refusa catégoriquement, incapable de se résoudre à en goûter ne serait-ce qu’une bouchée. Elle préféra le pain sec comme de la pierre, qu’elle avala avec quelques morceaux de fromage. Riftan mordit dans la viande dégoulinante de graisse grésillante et lui lança un regard désapprobateur.
« Il nous faudra encore une journée pour sortir d’ici. Tu dois garder des forces pour le voyage. »
« J-je mange à ma f-faim. »
Elle s’empiffrait bel et bien, sachant qu’il ne cesserait pas de la réprimander si elle s’arrêtait. Il haussa un sourcil, comme s’il allait ajouter quelque chose, mais renonça bientôt et reporta son attention sur la nourriture qu’il tenait. Maxi termina son repas et regagna la voiture, s’efforçant d’ignorer le tas de plumes près du feu.
À mesure que la nuit avançait, l’air froid s’alourdit. Les chevaliers regagnèrent leurs tentes, l’un après l’autre. Maxi étendit son rouleau de couchage sur le siège de la voiture et s’allongea. Elle entendait de temps à autre le hurlement des bêtes sauvages et le bruissement des feuilles.
Le froid lui pénétra jusqu’à la moelle. Elle ouvrit discrètement la porte et baissa les yeux vers la tente de Riftan. Pour une raison qu’elle ne s’expliquait pas, la vue de ses longues jambes qui dépassaient de la tente la rassura. Elle se rallongea et tenta de s’endormir, mais les cris des oiseaux la hantaient, comme s’ils pleuraient le sort atroce de leurs congénères. Elle se couvrit la tête de sa couverture et se boucha les oreilles avec les doigts.
***
Maxi se retourna toute la nuit. Elle parvint à s’endormir juste avant l’aube, mais l’agitation ne tarda pas à la réveiller. Dans la lumière grise du petit matin, les chevaliers enfilaient leur armure. Elle se passa rapidement de l’eau sur le visage et se peigna les cheveux avec les doigts. Les chevaliers avalèrent un repas sommaire de pain et d’eau, puis donnèrent le signal du départ. Maxi mangea à sa faim, elle aussi, avant de monter dans la voiture.
La voiture se mit à rouler à vive allure. Malgré les cahots, Maxi s’assoupit. Contrairement à ce qu’elle avait craint, le voyage jusque-là s’était déroulé sans encombre. Les chevaliers semblaient même déçus par l’absence de monstres et grommelaient qu’ils n’avaient pas aperçu le moindre gobelin des forêts. Maxi se dit que les gobelins étaient bien la dernière chose qu’elle souhaitait rencontrer.
Ils chevauchèrent une demi-journée sans faire de pause. Après s’être arrêtés pour déjeuner près d’une petite source, ils reprirent la route. À force de s’agripper toute la journée à la poignée pour ne pas être ballotée dans la voiture cahotante, Maxi avait mal aux bras et aux épaules.
Pourtant, même lorsque sa tête se mit à tambouriner, elle ne trouva pas le courage de demander qu’ils s’arrêtent un instant. Elle tint bon jusqu’à la tombée de la nuit, qui lui apporta un peu de répit. Sans grand appétit, elle mangea ce que Riftan lui tendit, puis s’endormit dès qu’elle s’allongea sur la couverture étendue au plancher de la voiture.
Une bonne nuit de sommeil rendit le lendemain plus supportable. Ils partirent à l’aube et, à la mi-journée, la Forêt d’Eudychal était derrière eux. La voiture ne cahotait plus aussi violemment et Maxi poussa un soupir de soulagement.
Contrairement au terrain accidenté de la forêt, les routes des plaines d’Anatolium étaient bien pavées. Elle ouvrit la fenêtre et contempla les vertes prairies, parsemées de fleurs sauvages blanc crème. Après des jours passés à voir sa vue bouchée par une forêt dense, ces vastes plaines lui firent du bien.
« Anatol se trouve juste derrière ces montagnes. »
Riftan, qui menait les chevaliers, s’approcha de la voiture. Elle passa la tête par la fenêtre et regarda devant elle : des sommets blancs comme neige s’alignaient à l’horizon, au-dessus des plaines ouvertes.
« Encore un petit effort. Nous pourrions atteindre Anatol dès demain soir. »
Elle faillit pousser un cri de soulagement à la pensée de dormir dans un vrai lit. Durant le reste du trajet, elle s’imagina plongée dans un bain chaud, puis attablée devant du pain tendre fraîchement cuit et un épais ragoût de légumes. En dessert, elle aurait une tarte fourrée à la confiture et un vin de fruits parfumé, avant de s’endormir dans un lit moelleux et propre.
La voiture s’arrêta au moment où le soleil commençait à disparaître sous l’horizon. Les chevaliers lui prêtèrent à peine attention quand elle en descendit. Au milieu d’eux, elle se sentit comme une enfant perdue. Elle se mit à chercher Riftan du regard.
Elle se faufila prudemment parmi les hommes qui s’affairaient à installer le campement. Apercevant Riftan près d’une rivière, occupé à abreuver les chevaux, elle se hâta vers lui. Il se tourna vers elle, l’air inquiet.
« Qu’y a-t-il ? Quelque chose ne va pas ? »
Elle ne parvint pas à avouer qu’elle se sentait mal à l’aise quand il n’était pas dans son champ de vision. Elle se pencha plutôt pour faire semblant de se laver les mains. Riftan s’accroupit à côté d’elle et se rinça les mains boueuses ainsi que la nuque couverte de sueur. Son long cou musclé luisait dans le soleil couchant, tel du cuivre chauffé à blanc. Elle lui jeta un regard furtif tandis qu’il passait la main dans ses cheveux ébouriffés par le vent. La beauté de ses traits fit encore battre son cœur.
Tout à coup, il désigna ses pieds. « Regarde, ta jupe est en train de se mouiller. »
Ses paroles la tirèrent de sa rêverie. En se redressant, elle vit que sa jupe, salie par des jours de voyage, était maintenant lourde d’humidité. Elle agrippa son vêtement et tenta de frotter la tache de boue. Riftan l’observa un moment, puis posa un genou à terre devant elle.
« Laisse-moi faire. »
« C-ce n’est p-pas… ! » 𝙛𝔯𝒆e𝔀e𝗯𝓷𝗼𝘃e
Elle allait reculer d’un pas quand il fronça les sourcils. Elle hésita, se rappelant qu’il lui avait demandé si elle avait toujours l’habitude de prétendre que tout allait bien. Tandis qu’elle tergiversait, il saisit sa jupe, trempa la partie boueuse dans la rivière, puis l’essora.
Ne sachant que faire, elle s’accroupit à côté de lui. Les chevaliers tenaient l’honneur pour plus précieux que leur propre vie, et jamais un chevalier ne s’inclinait devant quelqu’un qui n’était pas son seigneur lige. Pourtant, Riftan se baissait toujours devant elle pour les choses les plus insignifiantes.
Peut-être ne répugnait-il pas à s’abaisser devant elle parce qu’il était de basse extraction. Les autres chevaliers ne le mépriseraient-ils pas de s’agenouiller devant une femme comme elle ?
« Tu as la peau froide », dit Riftan en se lavant nonchalamment les mains couvertes de boue. « Va te réchauffer près du feu. »
Maxi remonta la pente en prenant soin de ne pas salir la jupe qu’il venait de nettoyer. Un vent froid venu de l’ouest balayait la plaine. Elle rabattit étroitement sa capuche sur sa tête pour éviter que le vent ne décoiffe ses cheveux, tout en regardant les bas de pantalon de Riftan se tremper lorsqu’il abreuva les chevaux. Le soleil disparut derrière les montagnes et les ténèbres indigo tombèrent.