Chapitre 136
Chapitre 136
Traducteurs – LN & LL
Maxi trembla de nouveau, même si ce n’était pas pour elle que Riftan s’était emporté. Après avoir longtemps dévisagé Uslin, il se dégagea des mains des chevaliers qui le retenaient, lui reprit le bras et se remit en marche.
Maxi jeta un regard gêné aux personnes qu’ils laissaient derrière eux, puis se hâta de grimper les marches à sa suite. Riftan avançait si vite qu’il la distançait sans peine et franchit rapidement la porte. Maxi dut presque courir pour le rattraper en traversant le jardin.
« Ri-Riftan… »
Quand elle l’appela d’une voix tremblante, le souffle court, Riftan s’arrêta enfin.
Maxi ne savait pas quoi dire. Son cœur, encore affolé, s’apaisa un peu, et elle se sentit honteuse et gênée. De toutes les personnes au monde, c’était surtout devant Riftan qu’elle aurait voulu paraître noble et digne.
Des larmes lui montèrent soudain aux yeux et elle baissa précipitamment la tête. Riftan la regarda éclater en sanglots.
« Pourquoi faut-il que tu dises et fasses des choses aussi inutiles… ! »
Maxi haussa les épaules. La gorge de Riftan résonna comme s’il avalait une boule de feu. Il se passa brutalement la main sur le visage et lâcha d’une voix tendue :
« Je suis désolé… que tu aies dû entendre ça. »
À ces excuses inattendues, Maxi leva vers lui ses yeux humides. Riftan marmonna un juron et lui prit la joue.
« Je suis désolé. Alors, ne pleure pas. »
Il baissa la tête et posa son front contre le sien. Maxi ravala ses sanglots et agrippa ses vêtements. Riftan lui essuya les larmes, l’air désemparé.
« Je ne les laisserai plus jamais parler comme ça. Alors, ne pleure pas. »
Ce n’était pas la faute de Riftan si le chevalier avait parlé ainsi. C’était la sienne. Maxi se détestait simplement pour ce qu’elle était : toujours hésitante, bègue et incapable de quoi que ce soit. (TL – Tu vaux bien plus que tu ne le crois, Maxi T.T
Son cœur lui faisait mal. Si elle avait été une dame digne de respect, Riftan ne se serait pas disputé avec son chevalier. S’il avait épousé la princesse Agnes, il aurait été bien plus respecté qu’à présent. (TL – Oh, Seigneur, Maxi, ne dis pas ça.)
Maxi se sentait si honteuse. Elle s’était toujours détestée, mais jamais encore elle ne s’était sentie aussi misérable. Elle enfouit son front contre la poitrine de Riftan et ferma les yeux très fort.
« E-enfin, ça va mieux… Ri-Riftan, vous pouvez retourner travailler. »
« Tu as les yeux rouges et injectés de sang. »
« J-je peux les essuyer… v-vous n’avez pas à vous en soucier, j-je vais bien… »
« Comment veux-tu que je ne m’inquiète pas ? »
Maxi le regarda, désemparée, sans parvenir à s’éloigner de la porte. Depuis qu’ils étaient retournés dans la chambre et qu’elle se trouvait dans ses bras, elle avait honte de le regarder en face : Riftan devait la voir renifler comme une enfant. Elle fut soulagée quand le majordome l’appela pour le faire venir.
« C-c’est juste… un p-peu gênant, m-mais je vais vraiment bien, maintenant. »
« Je ferai très attention à ce que tu n’aies plus jamais à subir ça. »
Riftan reprit la parole d’un ton ferme. Maxi secoua la tête, l’air déconcerté.
« Enfin, vous n’avez pas à v-vous en soucier… c-c’est mon t-travail. »
« Bien sûr que si. »
Sa voix était plutôt tendue.
« Tu es la personne qui compte le plus au monde pour moi. Je sais que ça t’a blessée, mais ne dis pas ce genre de choses. »
Maxi le regarda, déconcertée par son visage fermé. Elle n’avait pas voulu que Riftan se dispute avec ses chevaliers, mais il semblait s’être senti offensé et vouloir qu’elle cesse de travailler pour se reposer.
En croisant son regard sombre, Maxi sourit amèrement en son for intérieur. Une noble fière aurait sans doute réclamé que l’on punisse un homme pour avoir insulté une dame. Mais Maxi savait bien qu’elle n’en valait pas la peine. Elle tâcha de parler calmement, esquissant un faible sourire. (TL – Tu en vaux la peine !)
« J-je suis désolée… J-je ne recommencerai pas. »
« … Je reviens tout de suite. Repose-toi. »
« Oh, j-je comprends. »
Riftan la dévisagea longuement, comme pour vérifier qu’elle était rassurée, puis finit par ouvrir la porte et sortir.
Maxi s’assit devant la cheminée et fixa d’un regard vide les étincelles qui jaillissaient. Les chats, qui jouaient avec la frange du tapis, se hissèrent sur ses genoux et enfouirent la tête contre son ventre. Elle caressa leur dos en poussant un profond soupir.
La honte s’accrochait à son cœur comme une pellicule graisseuse et l’étouffait. Quitter le château de Croix et prétendre être une dame accomplie n’avait rien changé à ce qu’elle était au fond. Elle restait Maximilian, la bègue. Humiliée par son impuissance, elle se recroquevilla. Elle était abattue et triste, puis, l’instant d’après, rongée par l’angoisse. Une impatience fébrile la saisissait, comme si le château de sable qu’elle avait édifié allait s’effondrer d’un instant à l’autre.
Riftan n’avait-il vraiment pas honte ? N’était-il pas profondément affecté par les humiliations de ses subordonnés ? Ne finirait-il pas par en avoir assez d’elle ? se demanda Maxi.
Elle avait profondément honte d’elle-même : elle se détestait de douter ainsi de celui qui avait tant fait pour elle. Rien ne l’embarrassait davantage que ce jugement qu’elle portait sur lui.
Lorsqu’elle sortit, les serviteurs qui allumaient les lampes du couloir s’inclinèrent aussitôt. Maxi gravit deux étages en un rien de temps, recevant leurs salutations au passage. Ruth se trouvait dans la bibliothèque, alors qu’elle l’avait cru encore au terrain d’entraînement. Elle courut jusqu’à lui. À sa vue, il eut l’air surpris.
« Je ne pensais pas que vous reviendriez aujourd’hui. Y a-t-il un problème ? »
Maxi secoua la tête et reprit son souffle. Elle avait bien fait de courir à toute vitesse, mais, une fois devant lui, elle ne savait plus quoi dire. En voyant son air piteux, Ruth esquissa un sourire amer et lui désigna le siège en face de lui.
« Asseyez-vous d’abord. J’hésitais à vous rejoindre. Je me doutais que lord Calypse serait à la porte, mais… »
Il laissa sa phrase en suspens et poussa un long soupir.
« Lady Calypse, vous êtes-vous remise ? »
« U-un peu… »
Ruth eut un sourire amer devant la réponse mal assurée de Maxi.
« Je comprends. »
« Le chevalier est-il g-gravement blessé ? »
« Il va bien. À ma place, il aurait eu la mâchoire brisée. Je crois qu’ils se sont retenus, puisqu’il n’a qu’une ecchymose. »
Un silence étrange suivit sa remarque. Maxi détourna les yeux vers le ciel qui rougissait, puis les promena sur le visage émacié du magicien et sur le bureau où les livres étaient empilés en désordre.
La question qu’elle voulait poser restait coincée dans sa gorge comme une épine. Enfin, Ruth prit la parole le premier.
« Tout d’abord, je suis désolé que vous ayez dû entendre ces paroles blessantes. Je me suis dit que j’aurais dû expliquer la situation aux chevaliers et leur demander de coopérer avant d’emmener si impulsivement l’épouse de notre seigneur. J’ai eu tort de croire que leur attitude envers vous s’était beaucoup adoucie ces derniers temps. »
« Oh, non. Ce n’est p-pas votre faute. »
Gênée par ces excuses inattendues, Maxi agita les mains.
« Enfin, j-je vais bien. Je savais d-depuis toujours que les chevaliers ne m’aimaient p-pas… et je ne crois p-pas non plus qu’ils me fassent confiance… »
« Malgré tout, l’attitude du seigneur Ricardo était déplacée. Les autres chevaliers l’ont réprimandé pour avoir insulté l’épouse de leur seigneur en public. Le seigneur Ricardo regrettera d’être allé trop loin. »
Maxi sourit avec gêne. Au vu de l’hostilité affichée par les chevaliers qui la dévisageaient, les derniers mots de Ruth ne lui semblaient pas du tout crédibles. Ruth esquissa un sourire amer ; peut-être avait-il compris ce qu’elle ressentait.
« Vous ne me croirez peut-être pas, mais Uslin n’est pas un homme dur. Il est exigeant, certes, mais aussi constant et fidèle. Sa loyauté envers lord Calypse est telle qu’il ne s’était encore jamais disputé ainsi. Au contraire, il suivait lord Calypse plus aveuglément que quiconque. Mais depuis, il cherche à protester contre tout… »
« P-protester ? »
À sa question, qu’elle posa d’un air curieux, Ruth hésita un instant. Le magicien resta longtemps silencieux, puis soupira.
« Lord Calypse a refusé d’épouser la princesse Agnes. »
À ce nom qu’elle ne connaissait pas, Maxi se raidit. Ruth observa un instant son expression, puis poursuivit d’un ton grave :
« Le chevalier Uslin Ricardo est issu d’une famille noble. Depuis son enfance, il fréquentait le Palais de Drachium et s’est lié d’amitié avec la famille royale. C’est donc le membre le plus loyal des Chevaliers du Dragon rouge. Le jour où il fut nommé chevalier, il offrit aussitôt une terre à la princesse Agnes. »
Offrir une terre était le plus grand signe de révérence, de respect et d’admiration qu’un chevalier pouvait témoigner une fois dans sa vie. Maxi avait l’air perplexe. Si Uslin avait offert une terre à la princesse royale, il n’y avait rien d’étonnant à ce qu’il lui soit si hostile.
« P-pourquoi voulaient-ils que la princesse Agnes et R-Riftan se marient ? »
« Pour être honnête, oui. En fait, puisque nous en parlons, tous les Chevaliers du Dragon rouge pensaient que cela arriverait. Ils combattaient très bien ensemble et formaient un beau couple. Mais lord Riftan n’est pas très bavard… Tout le monde se demandait si de bonnes nouvelles suivraient sa punition. Les chevaliers tenaient cela pour presque acquis ; ils furent donc stupéfaits lorsque lord Calypse refusa la princesse. »
Après avoir dit cela, Ruth lui jeta un coup d’œil.