Chapitre 127
Chapitre 127 : Chapitre 1
Ils suivirent le sentinelle jusqu’au village. Il était plus grand que Maxi ne l’avait imaginé. Tandis qu’ils chevauchaient sur le chemin de terre, elle observa la rue animée. De modestes chaumières de bois bordaient la route, et des chèvres, des cochons et des ânes paissaient en liberté.
Une odeur épouvantable semblait provenir de l’une des granges. Des marchands vendaient leurs produits dans des échoppes alignées le long du chemin jonché d’excréments, tandis que des ouvriers et des mercenaires armés bâtissaient des chaumières entourées de piles de bois.
Riftan fronça les sourcils en se frayant un passage dans la foule.
« C’est plus animé que je ne le pensais.
— Le nombre de monstres a augmenté. Nous devons nous méfier des drakes, mais aussi des gobelins rouges et des kobolds, qui deviennent un problème. Ils ont déjà causé de lourds dégâts aux villages voisins. En quelques mois, nous avons été submergés par tous ceux qui cherchent refuge ici.
— Avez-vous assez de provisions ?
— Nous sommes mieux lotis que la plupart des gens. Les marchands s’arrêtent souvent ici en chemin vers le Livadon. Et nous y voilà.
Le sentinelle désigna un bâtiment de bois de trois étages, au bout d’une ruelle étroite.
— C’est l’auberge où logent les chevaliers.
« Merci à vous. »
Riftan lança une pièce d’argent au sentinelle. Celui-ci afficha un large sourire et s’inclina. Puis il courut vers l’auberge en appelant l’aubergiste.
Après avoir confié leurs chevaux aux palefreniers, Riftan et Maxi entrèrent dans l’auberge. Les conversations animées de la salle s’interrompirent aussitôt. Dissimulée derrière Riftan, Maxi balaya du regard le vestibule mal éclairé.
Les chevaliers étaient assis autour de tables et de chaises en bois serrées les unes contre les autres. Dès qu’ils aperçurent Maxi et Riftan, ils se levèrent d’un bond et se précipitèrent vers eux.
« Vous nous avez rattrapés plus vite que prévu, commandant !
Hebaron sourit et tapa sur l’épaule de Riftan. Celui-ci le repoussa d’un geste agacé, puis demanda une chambre à l’aubergiste. Hebaron, pourtant complètement ignoré, ne perdit rien de son sourire.
« Je suis heureuse de vous voir saine et sauve, madame. Je savais que le commandant vous retrouverait, mais je craignais que cela ne prenne du temps. Vous n’êtes pas blessée ?
— N-Non. Je vais très bien. Je vous prie de m’excuser… de vous avoir inquiétés.
— Non, madame, c’est à nous de nous excuser de ne pas vous avoir protégée. Nous avons cru que tout irait bien puisque Gabel était avec vous… Tout aurait pu très mal tourner si le commandant n’était pas parti à votre recherche. Je ne connais personne qui sache mieux suivre une piste que lui.
Maxi sourit et jeta un coup d’œil autour de la salle.
« Il… semble manquer beaucoup de monde. T-Tout le monde est arrivé sans encombre ?
— Oui, ils sont tous arrivés hier soir. Gabel est parti acheter des provisions, et les autres discutent avec les mercenaires qui séjournent au village pour recueillir des renseignements. Vous devez être épuisée, madame. Nous pourrons nous saluer plus tard. Pourquoi ne pas aller vous reposer dans votre chambre ?
Hebaron la dévisagea, puis claqua doucement la langue, comme s’il avait pitié d’elle. Maxi rougit et passa la main dans ses cheveux emmêlés. Elle n’avait pas besoin d’un miroir pour savoir à quel point elle devait avoir mauvaise mine.
Embarrassée, Maxi rentra les épaules et rejoignit Riftan, qui lui faisait signe au pied de l’escalier. Dès qu’ils entrèrent dans la chambre, au bout du troisième étage, il jeta leurs bagages par terre.
Maxi aurait voulu se jeter sur le lit, mais elle ne pouvait s’y résoudre avec ses vêtements trempés de sueur et couverts de poussière. Elle commença par retirer ses bottes et ses chaussettes humides. Riftan la regarda, puis se détourna lentement.
« J’ai demandé à l’aubergiste de vous préparer un bain. Essayez de vous reposer ensuite.
— E-Et vous ?
— Je dois vérifier s’il y a de nouvelles informations du Livadon.
— Mais nous venons à peine d’arriver… Ne devriez-vous pas vous reposer un peu… ?
Il avait déjà franchi la porte avant que Maxi puisse finir sa phrase. Elle cligna des yeux, la bouche entrouverte. 𝗳𝙧𝐞𝚎w𝗲𝚋nom
Comment pouvait-il renoncer aussi facilement à dormir, après une nuit blanche ? Elle songea à le suivre, mais soupira en comprenant que ce serait inutile, puisqu’il était comme ça.
Un peu plus tard, une femme corpulente transporta dans la chambre une baignoire en bois remplie d’eau. Après avoir verrouillé la porte, Maxi ôta ses vêtements sales et s’immergea dans l’eau froide.
Se débarrasser de plusieurs jours de sueur et de crasse lui fit un bien fou. Elle se savonna deux fois, puis rinça soigneusement la mousse. Ensuite, elle entreprit de laver ses cheveux emmêlés, qui formaient une masse dense. Lorsqu’elle utilisa enfin l’eau propre de la bouilloire pour éliminer les dernières traces de savon, sa peau luisait, blanche comme celle d’un nouveau-né.
Ravie, Maxi sortit de la baignoire et se sécha avec une serviette. Le plus difficile restait à venir. Elle fouilla son sac d’un air grave.
Par miracle, il lui restait un sous-vêtement propre. En revanche, ses tuniques et ses pantalons étaient irrémédiablement souillés. Elle n’avait pas eu le temps de laver ses affaires pendant le voyage, et elles étaient toutes humides et sales.
Maxi fronça le nez. Elle se demandait si elle allait devoir enfiler l’un de ces vêtements malodorants après s’être lavée lorsqu’on frappa à la porte.
Enroulant fermement la serviette autour d’elle, Maxi demanda d’un ton gêné : « Q-Qui est-ce ?
— On m’a demandé de vous apporter des vêtements de rechange, madame.
C’était la femme qui lui avait apporté l’eau du bain. Après s’être assurée que le couloir était désert, Maxi prit les vêtements à la hâte et les enfila.
La tunique grossière lui descendait jusqu’aux genoux, mais Maxi était assez contente d’avoir quelque chose de propre à porter. Après avoir serré sa ceinture, elle rendit ses vêtements sales à la femme et lui demanda de les laver.
« Où souhaitez-vous prendre votre repas ? Voulez-vous que je vous l’apporte dans votre chambre ?
Maxi réfléchit un instant, puis secoua la tête. Elle voulait savoir ce que faisait Riftan et s’assurer qu’aucun des chevaliers n’était blessé.
Elle emprunta une paire de pantoufles à l’aubergiste et descendit au rez-de-chaussée, où les chevaliers discutaient bruyamment autour de leur repas. Ulyseon se leva d’un bond dès qu’il la vit.
« Madame ! lança-t-il en s’avançant vers elle. J’ai appris que vous étiez revenue. Dieu merci, vous allez bien !
— Je vous prie de m’excuser… de vous avoir inquiétés, répondit Maxi en levant les yeux vers le jeune homme, qui était au bord des larmes.
Garrow avait suivi Ulyseon jusqu’à Maxi. Il baissa la tête, le visage blême comme un spectre. « Nous n’avons aucune excuse, madame. Nous n’avons même pas remarqué que vous aviez été séparée du groupe… Nous avons failli à notre devoir de gardes.
— Vous deux… je vous en prie, arrêtez. C’est parce que… Rem a été effrayée par l’attaque des gobelins. Si quelqu’un est à blâmer… c’est m-moi, parce que je n’ai pas su mieux maîtriser ma jument.
Malgré ses efforts pour les consoler, les jeunes hommes gardèrent la tête basse. Maxi ne savait que faire lorsque Gabel s’approcha par-derrière.
« Êtes-vous blessée, madame ?
— J-Je vais bien. Et les chevaliers ? Quelqu’un est blessé ? S-Si quelqu’un a besoin de mes…
— Tout le monde va parfaitement bien, madame. Je vous en prie, asseyez-vous. Je vais demander qu’on vous apporte à manger.
Il lui tira une chaise, puis fit signe à l’un des employés. Quelques instants plus tard, un jeune serveur aux cheveux soigneusement tressés posa sur la table du pain tout juste sorti du four, de l’oie fumée et une salade de navets écrasés.
Tout en mangeant, Maxi promena son regard dans la salle. Gabel comprit la question qu’elle n’avait pas posée et lui répondit sans tarder.
« Sir Riftan est allé voir les marchands pour réunir assez de provisions avant notre départ demain.
…
« N-Nous partons demain ?
— Les chevaux sont trop épuisés pour repartir tout de suite. En plus, la route qui nous attend traverse des terres sauvages à perte de vue. Il nous faudra prévoir assez d’eau et de fourrage pour les chevaux, car nous ne pourrons plus nous ravitailler en chemin. Pour être tout à fait honnête, il sera très difficile de réunir tout ce dont nous avons besoin en une seule journée.
Maxi hocha la tête en enfournant une grosse tranche de viande. Lorsqu’elle eut fini de manger, Riftan n’était toujours pas revenu.
Elle observa les chevaliers discuter de leur itinéraire, puis retourna dans sa chambre et s’affala sur le lit. Le linge de l’auberge n’avait rien à voir avec les couvertures de soie rembourrées de laine du Château de Calypse, mais il lui semblait paradisiaque après le sol cahoteux ou la grotte de pierre. Maxi s’endormit dès que sa tête toucha l’oreiller.
Lorsqu’elle se réveilla, la chambre était plongée dans l’obscurité. Surprise, Maxi se redressa, se demandant combien de temps elle avait dormi.
Une silhouette sombre attira son attention. En plissant les yeux, elle distingua celle de Riftan, allongé dos à elle, ses longues jambes étendues.
Maxi cligna des yeux jusqu’à ce que sa vue s’habitue à l’obscurité, puis sortit prudemment du lit et le contourna pour voir son visage. Elle craignait que ses mouvements ne le réveillent, mais il ne bougea pas lorsqu’elle se recoucha face à lui.
Soulagée, Maxi se blottit contre son large torse. Elle supposa qu’il avait dû prendre un bain. Il sentait le savon, et ses vêtements tout neufs exhalaient une légère odeur de foin.
Elle pressa le visage contre son torse chaud et inspira son odeur. Il remua, mais ne se réveilla pas. Après avoir contemplé son visage lisse, Maxi se rendormit, rassurée.
***
Ils se préparèrent à partir avant même le lever du soleil. À moitié endormie, Maxi sortit du lit et parvint tout juste à se laver le visage. Elle peigna ses cheveux en bataille, qui semblaient toujours deux fois plus volumineux au réveil, puis les arrangea en une tresse soignée.
…
À son grand soulagement, les vêtements qu’elle avait confiés à la blanchisserie étaient secs et bien nets grâce au soleil de la veille.
Après avoir enfilé un pantalon, une chemise propre et ses bottes, elle plia soigneusement ses vêtements de rechange et les rangea dans son sac. Les chevaliers étaient occupés à déplacer leurs bagages lorsqu’elle sortit de la chambre, ses affaires sur le dos.
Elle les suivit dehors et repéra aussitôt Riftan parmi les hommes qui arrimaient les fontes.
« R-Riftan ! À quelle heure vous êtes-vous levé ? Je ne vous ai pas vu sortir du…
Maxi s’interrompit. Elle s’était précipitée vers lui tout sourire, mais il était en pleine conversation avec quelqu’un. Riftan lui jeta un coup d’œil, puis reporta son attention sur l’homme.
Riftan tira quelques derhams de la bourse de cuir à sa ceinture et les lui tendit.
« Bien. Je prendrai ces chariots.
— Merci, monsieur. Je vais les charger de fourrage pour vous, sans tarder.
L’homme glissa rapidement les pièces dans sa poche, puis traîna jusqu’à eux deux grands chariots à bagages qui étaient attachés sous un arbre.
« Nous allons… emmener des chariots ? demanda Maxi, les yeux écarquillés.
— Nous allons traverser des plaines, désormais. Il y a une petite montagne sur la route, mais nous n’aurons plus à emprunter de chemins aussi escarpés que celui d’hier.
Maxi lui adressa un grand sourire. Elle en avait assez de gravir des montagnes.
« J-Je vois. Et… combien de temps nous reste-t-il ?
— Nous atteindrons le port d’ici une semaine, puis nous prendrons un navire pour le Livadon.