Chapitre 126
Chapitre 126 : Chapitre 1
« Je… j’allume le feu avec de la magie ? »
« Non. Ne gaspille pas ton mana inutilement. »
Riftan continua de frapper le silex en silence. Après plusieurs tentatives, une fine fumée commença à s’élever du tissu. Il souffla sur les braises, puis sortit des pommes de pin de son sac et les empila sur la flamme. Elles s’embrasèrent rapidement.
« Je vais chercher du petit bois. Reste ici. »
De toute façon, Maxi ne savait pas où elle aurait pu aller dans son état. Enveloppée dans la couverture, elle serra ses genoux contre elle et le regarda s’enfoncer dans la forêt sombre. Il ne quitta jamais son champ de vision et revint bientôt, les bras chargés de branches cassées.
« Elles sont mouillées… E-elles vont prendre ? »
« Je n’ai ramassé que celles qui n’étaient pas détrempées. Elles devraient brûler une fois que j’aurai retiré l’écorce humide. »
Il s’accroupit d’un côté de la grotte et tira de sa ceinture un poignard long comme un avant-bras. Maxi l’observa peler l’écorce avec adresse.
Après en avoir coupé de gros morceaux, il empila le petit bois désormais blanc sur le feu. Les flammes engloutirent les copeaux et s’élevèrent en un brasier qui illumina la grotte.
« Donne-moi tes vêtements mouillés. »
Maxi lui tendit le tas froissé de vêtements qu’elle avait laissé tomber par terre. Après les avoir essorés, Riftan les secoua vivement avant de les étendre près du feu. Puis il retourna ses bottes, semelles vers le haut.
Maxi fouilla dans le sac à la recherche de quelque chose à manger. En la voyant faire, Riftan en sortit un petit paquet.
« J’étais pressé, je n’ai pas pu emporter autre chose. »
Il déballa un pain rassis et une saucisse séchée qui semblait dure comme de la pierre. Maxi pensait pouvoir venir à bout du pain en le mâchant suffisamment, mais la saucisse lui paraissait moins facile à avaler. La viande qu’elle renfermait avait l’air appétissante. Tandis qu’elle la contemplait avec envie, Riftan se mit à la découper en petits morceaux, qu’il jeta dans une gourde vide.
Maxi n’eut pas le temps de comprendre que Riftan avait déjà assemblé les branches restantes pour fabriquer un support de cuisson. La gourde suspendue au-dessus du feu, un grésillement ne tarda pas à emplir la grotte.
« Passe-moi le sachet d’herbes. »
Maxi le lui tendit aussitôt. Après avoir ajouté les herbes, la racine de mandragore et la chapelure dans la gourde, Riftan la secoua pour mélanger le tout à l’huile rendue par la saucisse. La bonne odeur donna l’eau à la bouche de Maxi.
Riftan versa de l’eau sur la saucisse délicieusement grillée et la laissa bouillir. Une dizaine de minutes plus tard, une soupe appétissante était prête.
« Nous n’avons pas de cuillères, alors sers-toi du pain pour attraper les morceaux. »
Il remplit le bouchon de la gourde et le lui tendit. Maxi souffla sur la vapeur, puis en prit une gorgée avec précaution. La soupe était savoureuse, grâce au sel de la saucisse.
Maxi se servit du morceau de pain plat comme d’une cuillère pour recueillir les saucisses qui avaient mijoté. Ce maigre repas n’avait rien à voir avec les plats qu’elle avait savourés au château, mais elle n’en revenait pas qu’ils aient pu préparer quelque chose d’aussi convenable en pleine montagne.
La soupe chaude lui réchauffant l’estomac, Maxi finit rapidement le gros pain.
« Je ne savais pas… q-que tu savais cuisiner, Riftan. »
« Je n’appellerais pas ça cuisiner. Je me contente de faire quelque chose de mangeable avec ce que j’ai. Je ne connais que quelques plats, appris quand j’étais mercenaire. »
Maxi le dévisagea, perplexe. « Quel âge avais-tu quand tu as rejoint la compagnie de mercenaires ? »
Riftan haussa un sourcil, comme pour lui demander pourquoi elle voulait savoir une chose pareille.
« Tu m’as dit… q-que tu avais rejoint la compagnie de mercenaires quand tu étais jeune… m-mais tu ne m’as jamais dit exactement quel âge tu avais », ajouta Maxi avec gêne.
« J’avais douze ans. »
« D-douze ans ? » s’étonna Maxi.
Riftan enfourna un morceau de pain et hocha silencieusement la tête. De toute évidence, il ne tenait pas à s’étendre sur le sujet, mais Maxi brûlait de savoir comment un garçon de douze ans avait pu se retrouver dans une compagnie de mercenaires. Elle l’observa un instant, puis sa curiosité l’emporta.
« E-et avant ça ? »
Riftan ne répondit pas et remua le feu avec une brindille. Maxi s’obstina.
« Si je me souviens bien, tu m’as dit que… tu étais parti vivre au Livadon après avoir rejoint la compagnie de mercenaires. Où vivais-tu… avant ? »
« À Wedon. »
Maxi fronça les sourcils devant cette réponse évasive.
« Où, à Wedon ? »
« Dans l’est du royaume », répondit-il au bout d’un moment.
Maxi aurait voulu continuer à poser des questions, mais ravala ses mots en voyant son malaise. Un silence glacial s’installa entre eux.
Il n’aimait donc pas parler de son enfance. C’était dommage qu’elle ne parvienne tout simplement pas à réprimer son envie de tout savoir sur lui.
« Q-qu’est-ce que faisaient… tes parents ? »
« Et pourquoi voudrais-tu le savoir ? » répliqua-t-il d’un ton acéré.
En voyant le visage de Maxi s’empourprer de gêne, il poussa un soupir.
« La femme qui m’a mis au monde était une servante du continent méridional, et mon père biologique était sans doute un chevalier. »
« P-père biologique ? » 𝘧𝒓e𝑒𝑤e𝙗𝚗om
« J’étais un bâtard », dit-il sans détour en détournant le regard. « Je n’ai jamais vu mon vrai père. Quand il a appris que la servante avec qui il s’était amusé pendant une guerre était enceinte, il est parti après lui avoir laissé une petite dot. Il lui a même trouvé un mari. Puis, apparemment, il est mort après s’être attiré des ennuis. »
Un sourire narquois effleura brièvement ses lèvres.
« Je suppose que ce n’était pas un chevalier exceptionnel. »
« E-et ta mère ? »
« Elle est morte quand j’avais douze ans. » Le froid dans sa voix fit hésiter Maxi. Riftan poursuivit d’un ton sec : « Après sa mort, j’ai vécu un temps avec mon beau-père, puis j’ai fui et je suis devenu mercenaire. »
« Ta… r-relation avec ton beau-père était-elle difficile ? »
« Ni bonne ni mauvaise. »
« M-mais… s’il t’a fait fuir de chez toi à douze ans— »
« Maxi, dit froidement Riftan en l’interrompant, nous devons descendre de la montagne dès l’aube. Alors, finis les interrogatoires. Si tu as terminé de manger, va dormir. »
…
Maxi pinça les lèvres, incapable de poser d’autres questions. Son refus catégorique de parler de lui la contrariait, mais elle devait reconnaître qu’elle-même avait bien des choses qu’elle préférait ne pas révéler.
Affichant un visage impassible, Maxi finit sa soupe et son pain, puis s’allongea près du feu, emmitouflée dans la couverture. Riftan retira sa cuirasse et étendit ses longues jambes vers l’entrée.
Le crépitement du feu et le chant des insectes étaient les seuls sons qui flottaient doucement dans l’obscurité. Couchée sur le côté, Maxi contempla les ombres vacillantes sur la paroi de la grotte, puis tourna de nouveau la tête. Elle était si épuisée qu’elle s’étonnait d’être encore éveillée, et pourtant le sommeil la fuyait toujours.
« Tu… ne vas p-pas dormir, Riftan ? »
« Je dormirai quand je le pourrai. Alors, cesse de t’inquiéter pour moi et dors », répondit-il sèchement en posant la main sur le fourreau de son épée. Il était évident qu’il se tenait prêt à réagir au moindre signe d’une attaque de monstre.
Quand Maxi leva vers lui un regard inquiet, manifestement persuadée qu’il monterait la garde toute la nuit, Riftan écarta les mèches emmêlées sur son front.
« Je te protégerai. Alors, n’aie pas peur et repose-toi. »
De toute évidence, il croyait que la peur l’empêchait de dormir. Maxi reporta son regard sur la forêt obscure.
Les ombres derrière les arbres avaient suffi à la terrifier, mais maintenant que Riftan était près d’elle, les ténèbres les plus profondes ne lui faisaient plus peur du tout.
Maxi posa une main sur les genoux de Riftan. Il bougea les jambes, comme s’il était mal à l’aise, puis referma sa main sur la sienne. Rassurée, Maxi ferma les yeux.
Elle n’aimait pas le laisser monter la garde pendant qu’elle dormait, mais elle ne pouvait pas non plus proposer de prendre sa place. Si elle le faisait, elle serait épuisée au matin, et il devrait la porter sur son dos pour descendre la montagne. Pour l’heure, sa priorité était de reprendre le plus de forces possible afin de ne pas devenir un fardeau pour lui.
…
Réprimant les scrupules qui la tenaillaient, Maxi s’efforça de s’endormir.
***
Le lendemain, Maxi se réveilla tandis que la faible lumière bleue de l’aube filtrait à travers les arbres. Elle chercha Riftan du regard. Il avait déjà revêtu son armure et sellait les chevaux.
Maxi se redressa lentement et sursauta en sentant l’air froid sur sa peau nue. Elle se recouvrit aussitôt de la couverture. Riftan la regarda, les yeux plissés, puis détourna le visage en pinçant les lèvres.
« Si tu es réveillée, habille-toi. Nous devons descendre de la montagne. »
Maxi se leva et ramassa sa tunique et son pantalon, posés sur un rocher. Ils étaient encore portables, bien qu’un peu humides.
Elle enfila sa tunique froide, puis son pantalon et serra sa ceinture autour de sa taille. Ses chaussures étaient encore mouillées et, même si elle répugnait à les remettre, elle n’avait pas le choix. Maxi grimaça en glissant les pieds dans ses bottes humides, puis rejoignit Rem.
« Ne regarde pas ailleurs, quoi qu’il arrive. Reste près de moi en permanence. Tu as compris ? » lui recommanda Riftan en l’aidant à monter sur Rem.
Il enfourcha Talon et prit la tête. Maxi le suivit en observant le sentier de montagne. La forêt s’éclaircissait peu à peu avec le lever du soleil, et tout était calme. Cette tranquillité contrastait avec la paranoïa qui l’assaillait à l’idée d’une nouvelle attaque de gobelins.
À mi-chemin de la descente, ils trouvèrent une source et laissèrent Rem et Talon s’y désaltérer. Une fois les chevaux rassasiés, ils reprirent leur descente sans s’arrêter et atteignirent le pied de la montagne avant midi.
Un village se dessina au-delà d’un vaste champ. Maxi sourit, ravie à cette vue : bientôt, elle pourrait se laver au savon, manger à table et se reposer dans un lit moelleux.
Elle dévala la pente au galop, comme le vent, Riftan à ses côtés. Le village était entouré d’un haut rempart fait de rondins empilés, et ils arrivèrent bientôt à l’entrée fortifiée. Riftan s’approcha de la porte et frappa.
Un garde du village les observa par l’entrebâillement. « Qui va là ? »
Riftan sortit ses papiers d’identité. « Je suis Riftan Calypse, commandant des Chevaliers du Dragon rouge. Le roi m’a ordonné de me rendre au Livadon, mais j’ai été séparé de mon groupe. Les Chevaliers du Dragon rouge sont-ils arrivés ici hier soir ? »
Le garde ouvrit aussitôt la porte.
« R-Rosem Wigrew d’Calypse ! Quel honneur ! Les chevaliers logent en ce moment à l’auberge Hanoa. Permettez-moi de vous y conduire. »