Chapitre 125
Chapitre 125 : Chapitre 1
« O-Où… sont les autres ? »
« Je leur ai dit de partir devant. »
Le visage de Maxi s’assombrit. « V-Vous avez dû vous séparer d’eux… à cause de moi ? »
Riftan se tourna vers elle en tirant Talon de derrière un arbre. Son expression était si impassible qu’il était difficile d’imaginer qu’il avait débordé d’émotion quelques instants plus tôt.
« Hebaron est tout à fait capable de les mener. Je leur ai dit que je les rejoindrais dès que je vous aurais retrouvée. »
« M-Mais… comment m’avez-vous retrouvée ? »
« J’ai suivi vos traces », répondit-il sèchement en baissant les yeux vers ses pieds.
Perplexe, Maxi suivit son regard et aperçut ses empreintes dans la terre. Elles étaient à peine visibles sur ce terrain accidenté, torturé par les racines.
C’était stupéfiant qu’il ait réussi à la retrouver en suivant une piste aussi peu visible. Voyant sa surprise, Riftan lui désigna les marques de fers à cheval près de ses empreintes, ainsi que les branches piétinées par Rem sur leur passage.
« À vrai dire, c’est votre jument qui m’a le plus aidé. »
« N-Ne vous êtes-vous pas demandé… si c’étaient des traces de monstres ? »
« Je sais reconnaître des traces de monstre quand j’en vois », dit-il d’un ton sec. « Dieu merci, je vous ai retrouvée avant la pluie. Je n’aurais pas pu aller aussi vite si vos traces avaient été effacées. »
Maxi frissonna. Si Riftan avait tardé, elle aurait déjà servi de nourriture aux vers. Elle se demanda tout de même comment il avait pu la retrouver si vite alors que le chemin était barré. Avait-il vraiment escaladé cet énorme rocher ?
Elle le regardait d’un air dubitatif lorsqu’il bondit sur un large rocher et lui tendit la main. « Dépêchez-vous. Il faut trouver un abri avant que la pluie ne s’intensifie. »
Maxi se mit à gravir le sentier en silence. Riftan progressait sur la pente escarpée avec l’agilité d’un bouquetin, bien qu’il dût mener deux chevaux d’une main et tenir Maxi de l’autre. Elle avait du mal à croire qu’il pût se déplacer si silencieusement avec une armure aussi lourde.
Chassant de ses yeux la pluie qui s’y infiltrai, Maxi regarda sans y penser la bruine tremper les cheveux noirs et le cou puissant de Riftan. Les gouttes éclaboussaient ses larges épaules, les auréolant d’un voile de brume blanche, et son armure mouillée luisait d’un gris plus sombre. Son visage, toujours aux aguets, ruisselait d’eau.
Il ne montrait pas le moindre signe de fatigue. Ses longues jambes robustes avançaient sans relâche dans la boue, et le bras qui la retenait chaque fois qu’elle chancelait était aussi solide qu’une ancre.
Maxi était émerveillée par lui. Il avait non seulement bien plus d’endurance, mais on aurait dit qu’ils appartenaient à des espèces différentes.
« Reposons-nous un moment là-bas », dit Riftan en remarquant ses épaules affaissées.
Il la conduisit jusqu’à un arbre immense. Maxi le suivit péniblement, ses chaussures faisant floc à chaque pas. Il attacha les rênes sous une branche feuillue, puis la souleva d’un bras.
Maxi était si épuisée qu’elle n’avait même plus la force de lui demander de la reposer. Il marcha jusqu’au pied de l’arbre, où s’ouvrait une cavité semblable à une petite grotte. Le tronc était si gros que six hommes n’auraient pas pu l’encercler. Riftan installa Maxi dans le creux, puis s’y glissa à son tour.
Maxi s’affaissa comme une feuille de chou flétrie, la tête penchée sur le côté. Son corps alternait entre sueurs et frissons, comme s’il ne savait plus s’il avait chaud ou froid.
Après avoir retiré son plastron et l’avoir appuyé contre le tronc, Riftan l’attira contre sa poitrine. La chaleur qui traversait leurs vêtements trempés dissipa le peu de tension et de peur qui restait à Maxi.
Bien qu’ils fussent recroquevillés dans un tronc d’arbre comme des créatures des bois cherchant à s’abriter de la pluie, Maxi se sentait aussi en sécurité que dans une forteresse. Elle se rapprocha autant que possible de Riftan et posa la tête sur son épaule musclée.
Après avoir posé à terre son gantelet et son avant-bras, Riftan promena sa main chaude sur ses épaules et son dos.
« Il faudra repartir dès que la pluie cessera, alors essayez de dormir un peu. »
« V-Vous pensez que les autres vont bien ? E-Et si les gobelins les attaquaient… »
« Les gobelins détestent l’eau, alors les autres ne risquent rien tant qu’il pleut. Ils doivent déjà être en train de descendre la montagne. » 𝙛𝙧𝙚𝒆𝘸𝚎𝙗𝒏oνm
Riftan glissa sa main sous sa tunique et caressa sa peau froide.
« Cesse de t’inquiéter pour rien et dors. »
Enveloppée dans les bras de Riftan, Maxi laissa échapper un soupir ensommeillé tandis qu’une chaleur fiévreuse se répandait sous sa peau. Riftan contemplait les arbres en silence.
Maxi leva les yeux vers lui, les paupières lourdes, et le regarda tandis que l’eau dégoulinait de ses cheveux. Puis la fatigue l’envahit. Elle ferma les yeux et écouta le vent souffler dans les feuilles.
Riftan la hissa sur ses genoux et elle appuya la tête contre sa poitrine. Pour qu’elle soit aussi à l’aise que possible, il lui retira ses chaussures et ses chaussettes trempées, puis lui massa les pieds gonflés de ses mains mouillées. Une lourde somnolence s’empara alors de Maxi, qui finit par s’endormir.
Quand elle se réveilla enfin, la pluie s’était calmée. Elle contempla la bruine d’un regard encore trouble, puis leva les yeux vers Riftan.
Il avait les yeux fermés et reposait contre l’arbre, immobile comme une statue. Le cœur de Maxi se serra. Elle plaça une main sous son nez. Son souffle était faible, mais elle en sentait le léger mouvement.
Soulagée, Maxi écarta délicatement les mèches qui lui tombaient dans les yeux. Était-il donc épuisé, lui aussi ? Ils avaient marché sans relâche pendant des jours, et il n’avait pas pu se reposer convenablement. Sa fatigue était compréhensible.
Compatissante, Maxi lui effleura doucement la joue.
Riftan ouvrit les yeux. Troublée par l’acuité de son regard, Maxi retira sa main. Il la dévisagea de ses yeux noirs, si sombres qu’elle n’en distinguait pas les pupilles, puis baissa la tête pour l’embrasser.
Maxi se recula, mais sa langue râpeuse effleura doucement ses lèvres, comme pour la rassurer. Ses doigts chauds se refermèrent sur sa nuque. Elle eut l’impression qu’un chien de chasse, jusque-là couché à ses pieds, venait de bondir sans prévenir à sa gorge.
Maxi gémit et s’agrippa à son bras. Il soupira, lui prit un sein dans la main et, tandis qu’elle plongeait les yeux dans les siens, sa langue s’enfonça plus profondément dans sa bouche. Il caressa son palais et sa langue, puis aspira avec avidité la salive dans sa bouche. Le souffle qui lui manquait lui rappela la sensation de se noyer.
Riftan respirait lui aussi avec peine, alors même qu’il avait traversé une montagne escarpée en armure lourde sans transpirer.
Il se détacha d’elle et fixa la forêt. « La pluie a cessé. »
Cette interruption soudaine la laissa hébétée, incapable de comprendre ses paroles sur-le-champ. Riftan paraissait tiraillé, mais, après un long moment, il soupira et la fit descendre de ses genoux.
« Nous devrions partir. Il fera bientôt nuit si nous ne nous dépêchons pas. »
Il rampa hors du tronc et ramassa son armure. Maxi finit par sortir de sa torpeur. Ce n’était pas le moment de se laisser aller au confort. Après tout, ils étaient seuls sur une montagne infestée de monstres.
La chaleur qui les enveloppait s’était dissipée, et Maxi s’empressa de ramasser ses chaussures humides. Elle s’y glissa de force, puis sortit et vit Riftan, entièrement armé, qui ramenait les chevaux.
« Penses-tu pouvoir marcher ? »
Sa voix était si calme qu’il était difficile d’imaginer qu’il s’agissait du même homme qui avait tenté de la dévorer quelques instants plus tôt. Elle leva vers lui un regard maussade, puis hocha lentement la tête.
« J-J’ai assez repris des forces. »
« Reste près de moi. Il ne nous reste qu’à gravir encore un peu la pente, ensuite nous redescendrons. Ce sera beaucoup plus facile. »
Riftan se détourna et s’engagea sans bruit sur le sentier boueux. Maxi le suivit en tâchant de ne pas glisser. Heureusement, la pluie avait fait tomber la fièvre, mais elle avait du mal à apprécier la fraîcheur de la brise alors qu’elle était trempée. Maxi s’enlaça, ce qui poussa Riftan à examiner les alentours avant de la rassurer.
« Je vais bientôt trouver un endroit où camper. Essaie de tenir jusque-là. »
Maxi jeta un regard inquiet à la montagne qui s’assombrissait. « V-Vous comptez… passer la nuit ici ? »
…
« Nous n’aurons pas le choix, il fera bientôt nuit. »
« C-C’est vrai… mais ne vaudrait-il pas mieux nous dépêcher de… »
Son visage s’assombrit. « Descendre une montagne dans le noir est extrêmement dangereux. Mieux vaut trouver un endroit sûr où nous reposer jusqu’à l’aube. »
Maxi hocha la tête, raide. Elle s’inquiétait un peu de passer la nuit seuls dans la montagne, mais elle n’avait d’autre choix que de se ranger à sa décision.
Elle baissa la tête, abattue. S’il avait été seul, Riftan aurait déjà franchi la montagne et atteint le village. À l’idée d’avoir ralenti les chevaliers, elle sentit son cœur s’alourdir comme une pierre.
« E-Est-ce que… j’allais dans la mauvaise direction ? »
Riftan, qui se faufilait entre les arbres, s’arrêta et se tourna vers elle.
« Tu comptais sortir des montagnes toute seule ? »
« O-On m’a dit qu’il y avait un village… au pied de cette montagne, alors… » Maxi s’interrompit, craignant qu’il ne se mette en colère contre son imprudence.
Riftan plissa les yeux. Au lieu de lui crier dessus, il fixa le sentier sombre et répondit d’un ton neutre : « Tu étais dans la bonne direction. Ce chemin mène au village. »
Ses paroles lui allégèrent un peu le cœur. Ils avancèrent en silence dans la forêt ombragée.
…
Riftan trouva une petite grotte avant que l’obscurité ne tombe tout à fait. Après avoir fouillé chaque recoin pour vérifier qu’aucun insecte, aucune chauve-souris ni aucun serpent ne se cachait dans l’ombre, il lui fit signe d’entrer. Maxi observa la grotte avec méfiance, puis s’y glissa à quatre pattes.
« Je vais desseller les chevaux. Attends ici, ça ne prendra pas longtemps. »
Maxi hocha la tête en serrant ses genoux contre elle. Riftan ressortit en rampant pour attacher les chevaux à portée de vue, puis revint avec une sacoche.
Il en sortit une couverture et la lui tendit. « Elle est peut-être un peu humide, mais pas trempée. Enlève tes vêtements et enveloppe-toi dedans. »
Maxi ouvrit de grands yeux. « I-Ici ? » 𝑓re𝘦𝔀𝗲𝘣𝘯𝘰νℯ𝒍.c𝗼m
« L’air se refroidit la nuit. Tu vas prendre froid si tu dors dans ces vêtements mouillés. »
Il lui fourra la couverture entre les mains et se détourna, l’invitant ainsi à obéir. Elle ne bougea pas tout de suite ; elle fixa le plafond sombre, puis la forêt, désormais baignée par la lumière bleue du crépuscule. Enfin, n’en pouvant plus de sentir la température baisser, Maxi se déshabilla.
Une fois débarrassée de ses vêtements trempés et enveloppée dans la couverture, elle se sentit nettement mieux. Elle retira aussi ses bottes et rabattit la couverture jusqu’à ses chevilles.
« J-J’ai fini. »
Riftan regarda par-dessus son épaule pour s’en assurer, puis sortit d’autres affaires du sac. Maxi s’accroupit discrètement près de lui. Riftan arracha la manche de sa tunique, la froissa en boule et y frappa un silex.