Chapitre 124
Chapitre 124 : Chapitre 1
Elle eut beau attendre, la forêt qui l’entourait demeura mortellement silencieuse. Maxi se mordit la lèvre en scrutant les arbres. Rem renâcla avec impatience et commença à reculer, comme si elle aussi était nerveuse.
Jusqu’où suis-je allée ?
Un bruissement retentit derrière elle. Sur le qui-vive, Maxi se retourna vivement et vit quelque chose filer dans les buissons. La chair de poule lui hérissa les bras.
Les rênes serrées dans ses mains moites, Maxi pressa le talon contre le flanc de sa monture. Comme si le geste avait donné le signal, le monstre tapi dans les buissons fondit sur elle telle une flèche.
Comme elle s’y attendait, c’était un gobelin.
Maxi talonna Rem de toutes ses forces. Le monstre se rua sur elles, brandissant une massue, tandis que Rem galopait par-dessus les racines noueuses qui couvraient le sol. Le gobelin, moins agile, accrocha le pied à l’une d’elles et dégringola la montagne.
Bien qu’elle se fût assurée que le monstre ne les poursuivait plus, Maxi continua de presser sa monture. Elle avait le pressentiment sinistre que d’autres créatures se tapissaient derrière les rochers ou les arbres, dans l’attente de pouvoir l’avaler tout entière.
Lorsqu’elles s’arrêtèrent enfin, Rem s’affala au sol, épuisée. Maxi vérifia frénétiquement les alentours avant de descendre de cheval en tremblant. Son cœur battait si fort qu’il aurait pu exploser. Elle était si tendue qu’elle croyait ses nerfs prêts à lâcher d’un instant à l’autre.
Que faire, maintenant ?
Maxi essuya les gouttes de sueur qui lui coulaient dans les yeux et observa les fourrés. Elle perdait de plus en plus le sens de l’orientation.
Au bord des larmes, elle se mordit la lèvre. Que lui arriverait-il si les chevaliers ne la retrouvaient pas ? Devrait-elle passer la nuit seule sur cette montagne grouillante de monstres ? 𝒇𝚛e𝘦wℯ𝑏𝓃𝑜νℯ𝒍.co𝗺
Un frisson lui parcourut l’échine lorsqu’elle se représenta les harpies dévorant les carcasses des drakes. Submergée par la peur et le désespoir, Maxi enfouit son visage contre ses genoux et éclata en sanglots. L’idée de finir comme ces carcasses lui glaçait le sang.
Elle comprenait à présent pourquoi Riftan s’était opposé avec tant de véhémence à ce qu’elle s’aventure hors du château. Le monde était bien plus terrifiant et dangereux qu’elle ne l’avait jamais imaginé.
Ce n’est pas le moment de pleurer…
Maxi s’efforça de contenir l’émotion qui montait en elle. Rester là à pleurer n’arrangerait rien.
Essuyant ses larmes du bout du doigt, Maxi examina de nouveau les environs avec attention. À sa droite s’étendait une pente abrupte. À sa gauche, une douce montée bordée d’arbres serrés longeait une paroi rocheuse qui s’élevait jusqu’au ciel.
Le groupe se dirigeait vers le nord-ouest, mais Gabel avait dit qu’ils emprunteraient désormais le chemin du nord-est pour quitter la montagne, puisque leur route était coupée. Si elle allait dans la même direction, elle finirait par les retrouver.
Et même si ce n’était pas le cas, elle n’avait apparemment pas d’autre choix.
Après avoir jeté un œil au ciel nuageux à travers les feuilles épaisses, Maxi se releva et aida Rem à se remettre debout. Si les chevaliers ne la retrouvaient pas, elle devrait passer la nuit seule sur cette montagne. Il lui fallait trouver un moyen de s’en sortir par elle-même.
Gabel a dit qu’il y avait un village au pied de la montagne. Je devrais pouvoir retrouver les autres là-bas.
Maxi s’était écartée de sa route, mais elle supposa qu’elle pourrait voir tout ce qui se trouvait en contrebas une fois arrivée au sommet. Elle n’aurait aucun mal à repérer le village. Avoir un plan la rasséréna.
Levants les yeux vers le soleil, elle estima vaguement sa direction et poussa Rem à remonter la montagne.
Maxi s’étonna d’avoir encore de l’énergie. Malgré ses pieds engourdis et les muscles de ses jambes qui tressautaient, elle maintint l’allure. Elle ignorait quand les gobelins pourraient revenir à sa poursuite.
Elle continua d’avancer, mais dut se forcer à garder les yeux rivés devant elle. Inutile de gaspiller ses forces à regarder constamment derrière son épaule.
La forêt dense se prolongea un moment. Puis les arbres s’interrompirent brusquement, laissant apparaître une douce colline.
Maxi regarda autour d’elle, se demandant si elle était déjà arrivée au sommet. Des arbres aux troncs épais bordaient la prairie comme une clôture, et de hauts pics montagneux s’élevaient de chaque côté. Elle en conclut qu’elle avait atteint une crête.
Après avoir observé le ciel pour repérer sa direction, Maxi se laissa tomber au sol afin de laisser Rem brouter. Elle aurait voulu desseller la jument pour pouvoir se reposer convenablement, mais n’avait pas la force de lever le petit doigt.
Elle étendit les jambes puis, après avoir repris son souffle, fit glisser les sacoches pour alléger Rem autant que possible. La jument renâcla et secoua la tête avant de brouter les longues herbes. Maxi s’accroupit près d’elle et sortit de son sac les restes de pomme de terre et de viande séchée. Elle était trop épuisée pour avoir faim, mais savait qu’elle devait manger pour reprendre un peu de forces.
L’anxiété lui nouait l’estomac. Après s’être forcée à avaler, Maxi fourra des racines et des feuilles de mandragore dans sa bouche et se mit à mâcher.
Chaque pas lui donnait l’impression qu’un couteau lui vrillait la cuisse. Elle avait aussi mal au dos, mais était tout à fait disposée à endurer un peu de douleur si cela lui permettait de franchir la montagne avant la nuit.
J’ai dépassé la vallée de la montagne, je devrais maintenant me diriger vers le nord-ouest…
Un faible murmure d’eau lui parvint tandis qu’elle levait les yeux vers le ciel pâle pour s’orienter. Elle se tourna vers le bruit du courant. Après avoir marché quelque temps, elle atteignit un ruisseau qui dévalait entre de gigantesques arbres.
À la perspective de sentir l’eau fraîche sur son visage échauffé, la douleur de ses jambes s’atténua tandis qu’elle sautait de rocher en rocher. Elle voulait aussi laisser Rem boire.
Après avoir conduit la jument sur un sol plat, Maxi s’accroupit sur un rocher et se passa de l’eau sur le visage, sans se soucier de mouiller ses cheveux ou ses vêtements. Ses yeux la brûlaient comme des braises, et la fraîcheur de l’eau les apaisa. Rem plongea le museau dans le courant et se mit à boire à grandes gorgées. 𝘧𝚛𝗲𝘦𝚠𝙚𝙗𝙣oo𝓂
Maxi se sentit merveilleusement bien en se rafraîchissant la nuque moite dans le ruisseau. Si elle l’avait pu, elle aurait plongé tout son corps trempé de sueur dans l’eau.
Ce n’est pas le moment de prendre un bain.
Réprimant cette envie, elle se força à se relever. Rem renâcla, réticente à partir. Maxi commençait à la convaincre quand elle aperçut un cheval blanc, à demi immergé dans l’eau. Il la fixait.
Maxi se figea et jeta un coup d’œil autour d’elle. Que faisait un cheval au beau milieu de la montagne ? Elle scruta les arbres, se demandant si son propriétaire se trouvait dans les parages, mais seul le silence lui répondit. Se demandant s’il s’agissait d’un cheval sauvage, elle se retourna et sursauta en se retrouvant nez à nez avec lui.
Maxi recula. Le cheval renifla et la poussa du museau, comme pour la rassurer et lui faire comprendre qu’il ne lui voulait aucun mal.
Après un instant d’hésitation, Maxi caressa sa crinière argentée aux reflets bleutés. Le cheval sauvage poussa un renâclement de plaisir. Il semblait si docile que Maxi baissa sa garde et se mit à lui caresser le museau des deux mains.
C’était une créature magnifique, tout droit sortie d’un conte pour enfants. Sa robe blanche avait l’éclat du velours, et ses longues jambes étaient parfaitement proportionnées.
Maxi promena un regard émerveillé sur le cheval, puis remarqua quelque chose d’étrange. Elle cligna des yeux.
L’arrière-train du cheval était toujours immergé, et une queue écailleuse en dépassait, ondulant de droite à gauche avec légèreté.
« Éloignez-vous ! »
Le rugissement tonitruant venait de derrière elle. Maxi releva brusquement la tête, mais son corps fut tiré en arrière avant même qu’elle ait pu se retourner.
Perdant l’équilibre, Maxi battit des bras. Le cheval sauvage avait accroché le bord de sa cape et la traînait dans l’eau. Elle se débattit, mais il était trop fort et elle ne tarda pas à sombrer.
Maxi se mit à battre désespérément des bras et des jambes. Elle avait beau se démener, ses pieds ne parvenaient à trouver aucun appui.
Quelle profondeur y a-t-il ?
La terreur s’empara d’elle et elle secoua vigoureusement la tête. Soudain, une force puissante la tira vers le haut.
Par réflexe, Maxi s’agrippa au bras de l’inconnu. Sa cape se déchira et, brusquement, elle fut libérée de la créature qui l’entraînait vers le fond.
Dès qu’elle émergea, Maxi inspira à grandes goulées et s’agrippa frénétiquement à l’homme qui l’avait sauvée. Le cri furieux du cheval sauvage retentit derrière elle, puis le silence retomba.
Maxi regarda par-dessus son épaule. Rien ne laissait penser qu’il s’était passé quoi que ce soit. La vallée semblait aussi paisible que jamais, et le cheval sauvage avait disparu.
Sans comprendre ce qui venait d’arriver, Maxi se retourna, déconcertée. Une voix rauque retentit au-dessus de sa tête.
…
« Mais qu’est-ce qui t’a pris ?! »
Encore sous le choc, Maxi leva les yeux vers le visage furieux de Riftan. Il la tira hors de l’eau, lui saisit les épaules et la secoua.
« Tu touchais un monstre ! Tu as perdu la tête ?! C’était un kelpie ! Tu te rends compte de ce qui aurait pu t’arriver ?!
— J-je ne savais pas que c’était un monstre. J-je croyais que c’était un cheval sauvage… » parvint à articuler Maxi.
Riftan la transperça du regard avant de l’attirer contre lui dans une étreinte si serrée qu’elle avait du mal à respirer. Son corps était écrasé contre son armure, mais Maxi était si soulagée qu’elle ne sentait aucune douleur.
En murmurant son nom, elle passa les bras autour de son cou et pleura comme une enfant. Riftan lui caressa le visage et la nuque, tout en tremblant.
« Ça va ? Tu n’es blessée nulle part ?
— N-non, ça va. »
Riftan l’examina soigneusement de la tête aux pieds. Incapable de croire qu’il était vraiment devant elle, Maxi s’agrippa à lui comme si sa vie en dépendait.
Riftan la serra de nouveau contre lui, puis la secoua. « Je t’ai dit de ne pas t’éloigner du groupe. Je te l’ai répété un nombre incalculable de fois ! Bon sang, tu sais à quel point j’ai eu peur quand j’ai appris que tu avais disparu ?
— J-je suis désolée. R-Rem a pris peur, et… »
…
Elle s’embrouilla dans ses explications, lui racontant comment elle s’était perdue et avait tenté de retrouver son chemin. Riftan ne semblait pas l’écouter. Il la garda longtemps dans ses bras et ne desserra son étreinte que lorsqu’une pluie froide se mit à tomber.
Il l’aida à se relever et demanda d’une voix étranglée : « Tu crois que tu peux marcher ?
Maxi acquiesça. Même si elle avait l’impression de pouvoir s’effondrer à tout instant, elle marcherait toute la nuit s’il le lui demandait. Tenant les rênes de Rem d’une main et celles de Maxi de l’autre, Riftan les guida hors de la vallée. Maxi le suivit d’un pas traînant, ses bottes trempées faisant floc à chaque pas.