Chapitre 120
Chapitre 120 : Chapitre 1
Après avoir fait allonger Maxi sur le ventre, Riftan sortit calmement un linge et une gourde de son sac. Elle le regarda, mortifiée et silencieuse, imbiber le tissu avant de lui essuyer les jambes moites, rafraîchissant sa peau brûlante de fièvre.
Après lui avoir soigneusement frotté les cuisses, les mollets et la plante des pieds, Riftan prit une fiole d’huile et la déboucha avec les dents. Le liquide glissant lui recroquevilla les orteils lorsqu’il pressa le centre de sa plante avec le pouce. Puis il se mit à masser lentement son mollet raidi. Maxi gémit sous la vive douleur.
« J-j’ai mal…
— Si nous ne détendons pas tes muscles maintenant, tu ne pourras plus bouger un doigt demain matin. » f𝗿e𝙚𝘸e𝐛𝚗𝐨𝙫𝚎𝙡.c𝒐𝐦
Riftan dénoua sans ménagement ses muscles raidis, et Maxi gémit en enfouissant le visage dans la couverture. La douleur était si étourdissante qu’elle n’avait même plus le temps d’être gênée.
Après avoir massé suffisamment ses deux mollets, Riftan versa l’huile parfumée à la menthe sur ses cuisses. Elle se tortilla lorsqu’elle sentit ses mains fermes glisser sur sa peau rougie et irritée par la selle.
« J-je crois vraiment que ça suffit », dit-elle, embarrassée. « Vous devez être fatigué, vous aussi, Ri… »
Maxi eut le souffle coupé lorsque Riftan lui abaissa ses sous-vêtements jusqu’aux genoux.
« R-Riftan ! »
« Ne bouge pas. Si nous ne mettons pas d’huile, tu n’auras aucune chance de monter à cheval demain. »
« Je vais le f-faire ! Je vais m’en mettre moi-même, alors… »
« Pourquoi tu es gênée ? »
Avec un reniflement, il s’accroupit juste au-dessus de ses cuisses qui se tortillaient pour l’empêcher de s’échapper.
« Arrête de gaspiller tes forces et reste tranquille. Je ne vais rien te faire. »
Il était clair qu’il ne céderait pas. Après s’être enduit les mains d’huile, il se mit à lui pétrir les cuisses en effectuant des mouvements circulaires. Rouge jusqu’aux oreilles, Maxi agrippa la couverture.
Qu’il la touche alors qu’il avait toute sa tête était mortifiant, et le fait qu’il prenne soin d’elle après qu’elle eut fièrement déclaré qu’elle serait leur guérisseuse la faisait se sentir pitoyable.
Riftan, cependant, ne lui prêta aucune attention et continua en silence à appliquer l’huile sur sa peau à vif. Il ne lui remonta ses sous-vêtements qu’après avoir complètement détendu ses muscles raidis.
« Je vais vérifier si le repas est prêt. Reste là et repose-toi », dit-il d’une voix rauque en se frottant la nuque.
Peut-être était-ce parce qu’il devait rester assis dans l’étroite tente, dans une position inconfortable, mais le visage de Riftan semblait légèrement rougi. Maxi hocha la tête en remontant son pantalon.
Riftan poussa un soupir et sortit de la tente à quatre pattes. Maxi resta étalée sur la couverture, aussi molle qu’une feuille détrempée.
Bien que le massage eût été douloureux et mortifiant, ses muscles ne lui faisaient étonnamment plus mal. Après s’être frotté la peau, à présent lisse, Maxi se tourna sur le côté et se servit de son bras comme oreiller pour faire un petit somme. Riftan ne revint à la tente qu’une fois le campement plongé dans une pénombre bleutée.
« C’est du jambon fumé cuit au feu. Ce sera meilleur avec du pain. »
Il posa un plateau en bois chargé d’une épaisse tranche de jambon grésillant dans l’huile, de trois miches de pain grosses comme le poing, d’un morceau de fromage et d’une bouteille de vin.
Tandis que Riftan découpait le tout en bouchées avec son poignard, Maxi enfournait la nourriture avec avidité. Le repas était bien modeste comparé à ceux du Château de Calypse, mais elle avait si faim qu’elle le trouvait délicieux.
« Tu en veux encore ? » demanda Riftan après l’avoir regardée engloutir son repas.
Maxi secoua la tête. Le tas de nourriture qui se trouvait sur le plateau avait presque disparu. À présent qu’elle avait le ventre plein, son corps déjà engourdi lui paraissait lourd. Oubliant qu’elle se trouvait toujours dans les monts d’Anatolium infestés de monstres, Maxi sombra dans un profond sommeil.
Le lendemain, les chevaliers commencèrent à plier bagage avant les premières lueurs de l’aube. Maxi dut grimper en selle avant même de pouvoir se laver le visage ou se peigner.
Grâce au massage de Riftan, elle avait moins mal aux fesses qu’elle ne l’avait craint, mais il lui était tout de même difficile de suivre les chevaliers. Avec l’aide d’Ulyseon, elle parvint tout juste à avancer sur le sentier montagneux plongé dans l’obscurité. Les chevaliers firent accélérer leurs montures, sans jamais baisser la garde.
« Il ne semble pas y avoir de m-monstres… comme je le craignais », finit par dire Maxi lorsqu’ils ralentirent au pied de la montagne.
Garrow, qui chevauchait à côté d’elle, secoua la tête. « La plupart des monstres d’ici appartiennent à la race des Ayin. Ils sont assez intelligents pour ne pas se montrer lorsqu’une armée de cette taille traverse leur territoire. Ils nous observent en se cachant. J’ai entendu dire que quelques gobelins des bois avaient tout de même essayé de s’approcher furtivement de nous hier soir pour voler nos provisions. »
« H-hier soir ? »
Comme Maxi pâlissait et rentrait les épaules, Ulyseon s’empressa d’ajouter : « Ne vous inquiétez pas, madame. Les sentinelles les ont repérés tout de suite et s’en sont occupées. »
« P-personne n’a été blessé ? »
« Bien sûr que non ! Un Chevalier du Dragon rouge ne pourrait jamais être blessé par un simple gobelin des bois », répondit Ulyseon avec indignation, comme s’il avait été profondément insulté.
Toujours inquiète malgré les paroles rassurantes de l’écuyer, Maxi observa attentivement les chevaliers qui chevauchaient devant elle. Tous avançaient calmement, menant leurs chevaux sans laisser paraître la moindre fatigue.
Riftan se trouvait quelque part à l’avant du groupe. Maxi se pencha pour tenter de l’apercevoir par-dessus les têtes et les épaules des chevaliers baraqués, mais renonça bientôt et se concentra sur le sentier montagneux accidenté.
Le soleil était à son zénith lorsque le groupe de la campagne militaire parvint enfin à franchir les montagnes. Ils s’arrêtèrent pour une courte pause près d’un ruisseau qui traversait une prairie. Les jeunes chevaliers partirent abreuver les chevaux, tandis que les autres ouvrirent les sacs de provisions pour distribuer leur tardif déjeuner.
Rem plongea le museau dans l’eau pour étancher sa soif, et Maxi se hâta de se laver le visage et de démêler ses boucles. Lorsqu’elle regagna la prairie, après avoir réussi à discipliner sa chevelure touffue en une tresse soignée, Ulyseon lui tendit une miche de pain et un morceau de pomme.
« Vous devez avoir faim, madame. Tenez, mangez d’abord ceci. Nous devrions pouvoir préparer un repas plus convenable ce soir. Comme nous devons parcourir autant de chemin que possible dans la journée, nous ne pouvons pas servir de plats qui nécessitent un feu. »
« N-non. C’est largement suffisant. »
Elle allait prendre la nourriture lorsqu’Ulyseon posa soudain le regard sur ses mains.
« Vous avez les mains rouges, madame. Vous êtes blessée ? »
« C-c’est à force de serrer les rênes. »
Maxi lui sourit pour le rassurer, mais le froncement de sourcils d’Ulyseon ne s’adoucit pas. Il examina gravement les marques rouges imprimées sur ses paumes.
« Ça doit vous faire mal, madame. Vous ne devriez pas vous faire soigner ? »
« Ce… n’est pas si grave. »
« Mais enfin, qu’est-ce que vous dites ? Ça enfle… »
En entendant Ulyseon hausser la voix, Garrow, qui faisait boire les chevaux, passa soudain la tête entre eux. Lui aussi fronça les sourcils en voyant les mains de Maxi.
« Ulyseon a raison, madame. Si elles s’infectent, elles vous feront souffrir pendant tout le voyage. Vous feriez mieux de les soigner. »
« C-ce n’est pas si grave. On m’a dit que se soigner avec la magie… revenait à b-boire son propre sang pour étancher sa soif. Et que… sauf si la blessure est mortelle… mieux vaut la laisser guérir d’elle-même. De plus, je voudrais aussi… conserver autant de mana que possible. »
« Mais vous devez avoir mal… »
En les voyant s’inquiéter tant pour elle, Maxi étendit sa cape sur l’herbe et s’assit dessus en soupirant.
« Je vous assure que ça va. Même si je soignais mes mains avec la magie… elles seraient sûrement à nouveau irritées dès que je remonterais à cheval, vous ne croyez pas ? Et je ne p-pourrais pas les soigner à chaque fois. Même si ça fait mal… mieux vaut que mon corps s’y habitue. Je crois… » Elle étendit délibérément les mains d’un air enjoué. « Dans quelques jours, j’aurai des c-callosités et, une fois qu’elles seront là… mes paumes ne me feront plus mal, quelle que soit la durée de la chevauchée. »
…
Une expression complexe passa brièvement sur le visage d’Ulyseon. Puis, comme s’il se souvenait de quelque chose, il se mit à fouiller dans sa sacoche de selle.
« Alors, au moins, mettez ça pour le moment, madame. »
Maxi ouvrit de grands yeux en voyant les gants de cuir que l’écuyer lui tendait.
« V-vous ne les aviez pas… emportés pour vous, Ulyseon ? »
« Je les ai pris au cas où. Ça ira pour moi, alors n’hésitez pas à les utiliser. »
Après un instant d’hésitation, Maxi accepta les gants. Elle avait vraiment assez mal aux mains. Elle enfila les gants souples, en cuir soigneusement tanné, et constata qu’ils dépassaient ses doigts d’au moins une phalange.
« Vous avez… de plus grandes mains que je ne le pensais, Ulyseon », dit Maxi en regardant ses longs doigts d’un œil nouveau.
Lorsqu’elle s’exclama, admirative, qu’il avait décidément des mains d’homme malgré sa silhouette élancée et son visage gracieux, aussi délicat que celui d’une femme, Ulyseon rougit. Il se gratta timidement l’arrière du crâne, puis sortit une lanière de cuir de son sac.
« Laissez-moi les attacher, madame. Ce serait embêtant qu’ils glissent pendant que vous chevauchez. »
Maxi lui tendit docilement les mains. Ulyseon s’affaira avec les lanières et attacha maladroitement les gants à ses poignets.
« Ils ne sont pas trop serrés, madame ? »
…
« Non, ils sont parfaits. »
Maxi secoua les mains pour vérifier que les gants ne tomberaient pas, puis adressa un sourire satisfait à Ulyseon.
« M-merci. J’en prendrai… grand soin. »
« Tout le plaisir est pour moi, madame. »
Elle prit la miche de pain de sa main gantée et mangea. Un peu plus loin, Riftan parlait avec ses chevaliers au-dessus d’une carte. Il leur dit quelque chose, puis rangea la carte dans son sac. Maxi attendit qu’il vienne la rejoindre, mais il se contenta de froncer légèrement les sourcils avant de se détourner et de seller Talon.
Son mécontentement rendit Maxi nerveuse. Elle avait cru que les soins attentifs qu’il lui avait prodigués la veille signifiaient qu’il ne lui en voulait plus. Était-il encore contrarié par son entêtement ?
Avant qu’elle ait pu décider si elle devait aller le voir la première, Riftan était déjà en train de monter à cheval.
« Ne traînez plus », lança-t-il à ses chevaliers. « Nous partons tout de suite. Nous entrons sur le territoire des drakes, alors restez sur vos gardes. »
Les chevaliers enfourchèrent leurs montures et se mirent en formation. Maxi sella précipitamment Rem et monta à son tour. Riftan jeta un coup d’œil par-dessus son épaule pour vérifier où elle se trouvait, puis lança Talon au galop.
Ils filèrent à travers les champs herbeux comme le vent, en longeant le ruisseau. Un sourire involontaire étira les lèvres de Maxi tandis que la brise fraîche et vivifiante lui caressait agréablement le visage.
Ce n’était pas le moment de s’amuser, mais elle n’avait encore jamais traversé une prairie à cheval, sur sa propre monture. C’était sans comparaison avec l’étroit sentier de montagne ou la colline. Le cœur gonflé de joie, Maxi promena autour d’elle un regard émerveillé.
Le ciel limpide était d’un bleu éclatant, et le ruisseau qui traversait la prairie d’un vert mousse scintillait comme s’il était saupoudré de poussière d’argent. Sous le soleil du début de l’été, même les fleurs sauvages étaient en pleine floraison. La scène était si belle qu’il était presque difficile de croire que des monstres féroces rôdaient dans les environs.