Chapitre 119
Chapitre 119 : Chapitre 1
Le serviteur qui attendait devant la porte proposa de porter le sac de Maxi, puis les autres se rassemblèrent dans le grand hall. Ils lui firent des adieux empreints d’une inquiétude excessive et la regardèrent monter sur Rem.
Les chevaliers étaient déjà en formation lorsque Maxi arriva au terrain d’entraînement. Les derniers préparatifs n’avaient sans doute pas pris longtemps, puisqu’ils avaient organisé tout le nécessaire au cours des deux derniers jours.
Quand Maxi s’approcha des chevaliers, Gabel interrompit son inspection des rangs pour s’adresser à elle.
« Avez-vous emporté tout ce qu’il vous faut, madame ?
Maxi hocha la tête. Gabel plissa les yeux, comme pour évaluer la taille du paquet attaché à sa selle, puis fit signe à quelqu’un derrière lui.
— Hé ! Lady Calypse est arrivée.
À son appel, deux jeunes hommes sortirent des rangs des chevaliers en formation, postés à l’arrière. Maxi ouvrit de grands yeux en voyant Ulyseon et Garrow mener vers elle leurs imposants étalons. Ulyseon accourut, débordant d’une énergie enthousiaste.
« On nous a dit que vous nous accompagneriez, madame. Nous serons vos escortes pendant ce voyage.
« Mais… vous et Garrow êtes encore écuyers. Comment avez-vous pu vous joindre à la campagne militaire ?
— On choisit généralement les chevaliers en formation parmi les écuyers qui sont sur le point d’être adoubés. Nous avons acquis assez d’expérience ces derniers mois, alors ne vous inquiétez pas, madame.
Garrow bomba le torse, tandis qu’Ulyseon acquiesçait résolument à ses côtés.
« Je ne vous mettrai pas en danger comme la dernière fois, madame, dit Ulyseon. Soyez assurée que nous vous protégerons quoi qu’il arrive !
Maxi sourit en observant les jeunes hommes, qui étaient devenus fort galants durant le peu de temps où elle ne les avait pas vus.
« M-Merci. Je suis sûre que vous serez à la hauteur.
« Livakion et Rovar sont les meilleurs parmi les jeunes chevaliers. Restez près d’eux pendant tout le voyage, madame, recommanda Gabel. Ne quittez jamais les rangs seule. Si vous rencontrez un problème, prévenez-moi ou avertissez l’un des autres chevaliers.
Maxi acquiesça gravement. « Je m’en souviendrai. Et… o-où est Riftan ?
« Le commandant est là-bas.
Maxi se tourna dans la direction indiquée et aperçut Riftan en pleine discussion avec Rodrigo, deux chevaliers aux cheveux blancs et trois jeunes subordonnés.
« Il répartit les tâches du château, expliqua Gabel. Il confie le grand hall à Rodrigo, tandis que Sir Obaron et Sir Sebrique seront chargés de gérer les installations militaires.
Après avoir remis un trousseau de clés au vieux chevalier digne et à Rodrigo, Riftan prit place en tête des rangs. Maxi ne le quitta pas des yeux tandis qu’il montait avec aisance sur Talon. Le regard de Riftan se posa bientôt sur elle à son tour.
Maxi se raidit, craignant qu’il ne change d’avis et insiste pour qu’elle reste au château. Mais Riftan se contenta de mettre son cheval en mouvement vers la porte, sans un mot.
« En route !
Sur l’ordre de Riftan, les sentinelles postées sur le rempart soufflèrent dans leurs kopels. À ce signal, les chevaliers se mirent à franchir le pont-levis en rangs ordonnés.
Maxi saisit les rênes et fit avancer Rem avec la troupe. À mesure que le Château de Calypse s’éloignait, une étrange excitation mêlée de peur monta en elle. Elle se demanda ce qui l’attendait au cours de ce voyage.
Comme s’il avait senti son anxiété, Garrow, qui chevauchait à ses côtés, déclara d’un ton calme : « Vous n’avez pas à vous inquiéter autant, madame. Nous avons parcouru tout Anatolium ce printemps pour en chasser les monstres. Il n’y aura pas d’attaque de sitôt.
Bien que plus jeune qu’elle, Garrow faisait preuve de davantage de courage que Maxi. Elle lui adressa un regard gêné. L’écuyer n’était pas le seul à garder son calme : tous les jeunes chevaliers de son âge semblaient aussi sereins.
Tandis que les chevaliers du Dragon rouge menaient habilement leurs immenses chevaux de guerre à travers le village, les habitants alignés le long de la route les contemplaient avec admiration. Maxi se sentit comme un petit chiot égaré au milieu d’une meute de loups.
Gabel chevauchait devant elle. Il regarda par-dessus son épaule et lui dit : « Madame, rejoignez le centre de la formation dès que nous aurons franchi les portes du village.
Suivant ses instructions, Maxi se plaça au milieu des rangs dès qu’ils eurent quitté Anatol. Riftan lui jeta un coup d’œil depuis la tête de la troupe, puis accéléra. Les chevaliers l’imitèrent et galopèrent sur le chemin de terre qui traversait la vallée.
Maxi guida Rem avec précaution pour éviter de heurter les autres chevaux. Descendre un chemin étroit et cahoteux s’avéra plus difficile qu’elle ne l’avait imaginé. Si elle ne s’était pas entraînée avec Rem chaque fois qu’elle en avait eu l’occasion, elle aurait eu du mal à suivre les chevaliers.
Ils chevauchèrent longtemps. Ulyseon remarqua qu’elle transpirait et respirait avec peine, et l’encouragea d’une voix forte.
« Nous devons franchir deux montagnes aujourd’hui, mais la route sera plus facile une fois sortis d’Anatolium. Tenez bon jusque-là, madame.
Maxi acquiesça, admirant la façon dont il parvenait à articuler aussi clairement, juché sur un cheval au galop, sans se mordre la langue. Ses cuisses et ses fesses la lançaient déjà, mais elle ne pouvait pas se plaindre. C’était elle qui avait insisté pour les accompagner, après tout. Maxi fit de son mieux pour suivre le rythme.
Heureusement, les chevaliers ralentirent lorsque la route devint plus escarpée. Enfin capable de se détendre un peu, elle observa les environs.
Des noisetiers luxuriants bordaient le sentier étroit qui traversait la vallée. Un rocher pointu, qui semblait avoir été taillé au ciseau, dominait dangereusement le sommet de la montagne. Au loin, le bruit d’une eau tumultueuse leur parvenait. Ils chevauchèrent encore un moment, puis s’arrêtèrent près d’un ruisseau pour se reposer.
Les jambes tremblantes, Maxi mit pied à terre avec difficulté et conduisit Rem jusqu’à l’eau. Tandis que les chevaux buvaient à grandes gorgées, comme s’ils comptaient vider le ruisseau, les chevaliers mangèrent des rations de pain et de viande séchée. Maxi humecta ses lèvres desséchées avec sa gourde et avala un morceau de viande dure comme une bûche.
Après seulement vingt minutes de repos, les chevaliers remontèrent en selle et reprirent la route. La campagne militaire avait commencé depuis une demi-journée à peine, et Maxi perdait déjà confiance.
La selle brutale lui donnait l’impression d’avoir les fesses en feu, et ses poumons la brûlaient comme si on les lui piquait au couteau. Même ses cheveux l’agaçaient : des boucles s’échappaient sans cesse de sa tresse et lui collaient au visage. À l’inverse, les chevaliers semblaient parfaitement à l’aise dans leur lourde armure, aussi rigide que de la fonte.
Maxi serra les cuisses contre la selle et s’efforça de garder l’équilibre. La marche infernale ne prit fin que lorsque le chemin étroit et isolé déboucha sur une route lisse. La voix de Riftan retentit le long des rangs.
« Nous passerons la nuit ici.
Garrow marmonna en descendant de cheval : « Je suppose qu’il serait difficile de franchir les montagnes en une journée…
Maxi était si soulagée que la chevauchée fût terminée qu’elle ne rechigna pas à passer la nuit dans les montagnes. Elle faillit basculer de sa selle. Si Ulyseon ne l’avait pas rattrapée à temps, elle se serait retrouvée face contre terre dans le sol humide.
« Vous devez être épuisée, madame. Asseyez-vous ici, je vous prie. Je vais vous monter une tente tout de suite.
Ulyseon la prit par les épaules et l’aida à s’installer sur une pierre plate. Maxi le remercia d’une voix faible.
Les deux écuyers ne montraient aucun signe de fatigue tandis qu’ils détachaient leurs sacoches. Les autres chevaliers s’affairaient à empiler des pierres pour former des foyers, à allumer du petit bois et à abreuver et nourrir leurs chevaux.
Maxi savait qu’elle devrait les aider, mais elle n’avait même pas la force de lever le petit doigt. Elle posa sur la pierre froide ses paumes brûlées par les rênes, pour les rafraîchir.
« J’ai préparé un lit de camp pour vous, madame. Ce n’est pas grand-chose, mais reposez-vous…
« Je vais m’occuper d’elle.
Maxi sursauta et tourna la tête en entendant cette voix soudaine. Riftan la regardait, impassible.
« Vous deux, allez faire paître les chevaux.
Garrow et Ulyseon s’éloignèrent aussitôt. Maxi se raidit, craignant qu’il ne la réprimande pour ne pas l’avoir écouté, maintenant qu’il la voyait épuisée et débraillée. Sans un mot, Riftan la souleva et la porta jusqu’à une tente dressée sous un arbre.
« Je t’apporterai à manger quand ce sera prêt. Allonge-toi et repose-toi.
« J-Je vais bien. Je devrais aider… » Maxi s’interrompit en voyant le regard terrifiant de Riftan. Il baissa le pan de la tente et disparut. Trop épuisée pour bouger davantage, Maxi s’affala sur l’épaisse couche de couvertures.
…
Elle pensait déjà à la chevauchée du lendemain. Il ne faisait aucun doute qu’elle aurait les fesses couvertes de bleus ; elle se demandait si elle tiendrait le coup pendant ces longues heures en selle, jour après jour.
Maxi secoua la tête. Non, elle devait seulement tenir encore un jour et ils auraient quitté les monts d’Anatolium. D’après la carte qu’elle avait étudiée, le chemin jusqu’à Livadon traversait davantage de plaines. D’ici là, elle se serait habituée à monter à cheval et la route serait plus facile ; le voyage se déroulerait donc mieux qu’à présent. Il était trop tôt pour se laisser décourager.
Elle était en train de se réconforter ainsi lorsque Riftan revint dans la tente.
« Il faut masser tes muscles avant que tu manges. Enlève ton pantalon.
Après s’être contorsionné pour s’installer dans un coin exigu de la tente, il sortit un petit flacon d’huile.
Se demandant si elle avait bien entendu, Maxi leva les yeux. « Qu’est-ce que… vous venez de dire… ? 𝗳𝒓𝙚e𝓌e૦m
« Enlève tes bottes et ton pantalon. Il faut appliquer cette huile pour que tu puisses continuer à chevaucher demain, dit-il calmement.
Il retira ensuite son gantelet, ses jambières et son brassard, puis les déposa dans un coin.
Maxi le regarda d’un air absent. Il fronça les sourcils, comme pour lui demander pourquoi elle ne bougeait pas, puis entreprit de lui enlever lui-même ses bottes. Alarmée, Maxi se recroquevilla au bord de la tente. fre𝑒𝘸𝚎𝚋n૦ѵℯl.c𝒐𝘮
« J-Je ne crois pas que ce soit nécessaire ! Je vais parfaitement bien !
« Tu crois que je vais te croire ? On dirait que tu vas tomber raide morte.
…
Riftan lui barra la sortie et la força à se rallonger sur les couvertures. Ses muscles, déjà douloureux, hurlèrent lorsqu’il lui saisit la cuisse.
Au cri étouffé de Maxi, Riftan fronça les sourcils, comme pour lui signifier qu’il l’avait bien prévenue. Il dénoua les lacets de ses bottes, qui s’enroulaient étroitement autour de ses mollets.
Le visage de Maxi vira au cramoisi. « B-Bon, d’accord. J-Je vais le faire ! Donnez-moi le flacon et je le ferai moi-même… alors, attendez dehors, je vous en prie.
« Tu es trop épuisée pour lever le petit doigt.
« Ce n’est p-pas vrai. Je peux le faire m-moi-même, alors…
« Je sais que tu fais si peu de cas de la parole de ton mari, mais…
Sa voix froide coupa court à la phrase de Maxi.
« Tu devrais au moins faire semblant de m’écouter, parfois », siffla-t-il.
Comprenant qu’il était sur le point de perdre patience, Maxi pinça les lèvres. Il lui retira ses bottes et les jeta de côté, puis posa les mains sur les attaches de son pantalon. Maxi jeta un coup d’œil vers l’entrée de la tente.
« Q-Que se passera-t-il si quelqu’un entre… ?
« Ne t’en fais pas. Je leur ai dit de ne pas approcher de la tente », répondit-il sèchement en lui retirant son pantalon.
Le visage de Maxi s’empourpra de nouveau lorsqu’elle sentit l’air froid sur sa peau nue.