Chapitre 109
Chapitre 109
Maxi demanda avec anxiété : « F-faut-il que je fasse venir un m-médecin de la v-ville ? »
« Il n’y a qu’un seul bon médecin à Anatol. Nous ne pouvons pas lui demander de quitter son cabinet ; il faudra donc transporter les patients là-bas en calèche. »
Il se leva et se tapota le menton, comme s’il évaluait le nombre de personnes à déplacer.
« Le cabinet aura du mal à accueillir autant de patients. Commençons par y conduire ceux qui ont été empoisonnés par le venin de loup-garou, puis nous soignerons nous-mêmes les autres. »
Maxi déglutit avec anxiété. Elle se demanda si le « nous-mêmes » l’incluait.
« Q-qu’est-ce qu’on d-doit faire ? »
« Ce n’est pas compliqué. Nous allons d’abord poser un cataplasme sur la blessure enflée, immobiliser les os cassés avec une attelle, puis recoudre les plaies à l’aiguille et au fil. » Il lui expliqua patiemment.
Maxi le dévisagea, incapable de dissimuler sa stupeur. « Re-re-coudre… ? »
En voyant son expression, qui laissait croire qu’elle allait s’évanouir d’un instant à l’autre, Ruth soupira. « Je me chargerai des points de suture. Contentez-vous de rester à mes côtés et de m’aider, madame. »
Maxi poussa un soupir de soulagement et hocha la tête. « D-d’accord. »
« Commençons par envoyer à la clinique ceux qui ont une forte fièvre. » Il quitta la baraque en hâte.
Maxi se ressaisit et suivit le magicien.
Sur les instructions de Ruth, les serviteurs du Château de Calypse installèrent quinze patients brûlants de fièvre dans une calèche et les envoyèrent à la clinique. Les servantes préparèrent du gruau et une tisane médicinale pour ceux que Ruth avait guéris par magie. Une fois remis sur pied, ils se mirent même à aider à réparer les cabanes.
Il y avait en tout huit cabanes de bûcherons. Les murs de quatre d’entre elles étaient fissurés et, si on ne les réparait pas rapidement, rien ne pourrait empêcher le froid de s’infiltrer pendant la nuit. Les hommes découpèrent le bois en planches régulières et se mirent à les clouer à grands coups. Maxi s’efforça d’entendre les explications de Ruth malgré le vacarme.
« Imbibez un morceau de tissu propre d’alcool fort et essuyez doucement la plaie. Je ne peux pas vous dire exactement pourquoi, mais cela réduit le risque qu’elle s’infecte. »
« L’a-alcool contient-il quelque ch-chose qui empêche les plaies de s’in-infecter ? »
« C’est possible. Après tout, l’alcool lui-même ne tourne pas facilement. » Il acquiesça avec prudence, tout en enfilant le fil dans de fines aiguilles.
« Dans le Sud, on appelle ça l’alcool guérisseur, mais on ne sait pas très bien comment il agit. D’après eux, il faut garder la plaie propre, éviter à tout prix les saignements et veiller à ce que le patient n’ait ni trop chaud ni trop froid. Au début, j’ai cru que c’était absurde, mais… j’ai obtenu de bien meilleurs résultats avec leurs méthodes qu’en versant de l’urine de chien sur les plaies, en utilisant des sangsues ou en les cautérisant au fer rouge. C’est sans commune mesure avec la magie de guérison… mais, dans ce genre de situation, c’est la meilleure solution. »
Tandis qu’il parlait, il se mit à recoudre la plaie avec de petits points serrés. Maxi eut un mouvement de recul, comme si une aiguille venait de lui transpercer le dos.
« Si l’on referme la plaie comme ça — un point, puis un nœud, un autre point, puis un autre nœud —, il est très facile de retirer le fil ensuite. Voulez-vous essayer, madame ? » demanda Ruth sans quitter son travail des yeux.
Maxi secoua la tête avec tant de vigueur que ses cheveux en tressautèrent. Elle détestait avoir l’air d’une lâche, mais elle n’avait absolument pas le courage de coudre de la peau humaine avec une aiguille !
« Ce n’est pas si différent de recoudre des chaussures en cuir. » Ruth tenta de l’encourager.
Soudain, le garde qui avait été réduit à l’état de chaussure de cuir gémit de douleur, le visage contre un tas de paille. Ruth continua pourtant de recoudre les plaies sans y prêter attention. Telle une apprentie appliquée, Maxi imbiba du lin d’alcool fort et nettoya soigneusement chaque filet de sang. Dès que Ruth faisait un nœud, elle coupait le fil avec des ciseaux stérilisés à la flamme.
« À présent, il ne reste plus qu’à appliquer cette pommade qui aide la plaie à cicatriser rapidement et à la bander. Et voilà, c’est terminé. »
Après avoir noué le dernier point et coupé le fil, Ruth appliqua une pommade collante sur la plaie. Le garde, qui bavait et était resté tranquillement allongé sur le ventre jusque-là, dut trouver cela très douloureux : il ne put s’empêcher de crier.
« M-monsieur le m-magicien… Vous ne pouvez pas utiliser votre magie de guérison ? J’ai l’impression qu’on m’appuie un fer brûlant sur le dos. » Le garde, tordu de douleur, le supplia.
« Je suis désolé, mais je ne peux plus utiliser la magie aujourd’hui. J’ai épuisé toutes mes réserves, voyez-vous. » répondit Ruth comme s’il parlait du temps qu’il faisait.
« Mon Dieu… » Le garde suffoqua.
« Tenez encore un peu, j’ai presque fini. »
Après avoir appliqué la pommade avec soin, Ruth banda fermement la plaie avec une longue bande de tissu.
« Si vous appliquez la pommade tous les deux jours et changez le bandage, la plaie guérira proprement en dix jours. » Il versa ensuite la pommade dans un petit flacon et le tendit au garde.
Le garde le remercia à voix basse, marmonnant en acceptant le flacon de médicament.
Maxi rassembla le matériel et suivit Ruth jusqu’au patient suivant. Pendant qu’il soignait la plaie, elle l’aida pour de petites tâches : faire boire au blessé de l’eau infusée d’herbes médicinales, déchirer le tissu en longues bandes pour les bandages, tremper le fil et les aiguilles dans l’alcool fort et les lui tendre.
C’était la première fois de sa vie qu’elle accomplissait ce genre de travail, mais, grâce aux instructions de Ruth, Maxi s’en sortit bien. Chaque fois que Ruth remettait en place un bras ou une jambe cassés, elle posait une attelle, la fixait solidement avec du tissu et enveloppait les chevilles enflées de serviettes chaudes.
Enfin, lorsque tous les patients furent soignés, Maxi était si épuisée qu’elle avait du mal à plier les doigts. Elle s’affala près du brasero et laissa la chaleur l’envahir. Avant même de s’en rendre compte, le soleil s’était entièrement couché et l’obscurité avait envahi les alentours.