Chapitre 106
Chapitre 106 : Chapitre 1
« Je… je vois. »
Le soulagement s’épanouit sur le visage de Maxi, et elle ne chercha pas à le dissimuler.
Riftan lui prit la joue dans la main. « L’idée que je parte te déplaît ? »
Maxi leva les yeux vers lui, nerveuse. Elle craignait de l’agacer si elle lui disait la vérité. Elle choisit ses mots avec soin.
« Je me sens… plus tranquille q-quand vous êtes là, Riftan. L-les gens d’Anatol aussi… »
« Je suppose. »
Une lueur de déception passa brièvement dans ses yeux, mais cette expression fragile disparut vite derrière son habituelle impassibilité, avant que Maxi ait pu ajouter quoi que ce soit.
Riftan jeta dans la bassine la serviette qu’il avait autour du cou. « Je n’ai pas l’intention de quitter Anatol. Comme je l’ai laissé sans surveillance si longtemps, je compte désormais faire tout mon possible pour remplir mes devoirs envers cette terre. »
« M-Même si… le Roi Reuben vous convoque ? »
« Ce serait contrariant s’il insistait pour que je me joigne à lui. » Il haussa les épaules avec désinvolture. « Mais je peux toujours trouver des excuses pour m’en tirer. À moins que le Roi Reuben ne soit un imbécile, il devrait savoir ce qui arriverait s’il exigeait de moi une loyauté déraisonnable. »
Une sueur froide perla dans le dos de Maxi devant son impertinence. Elle était pourtant soulagée. La détermination de Riftan à rester à Anatol semblait plus ferme qu’elle ne l’avait imaginé.
« J-Je suis contente de l’entendre. »
« Parce que tu te sens plus tranquille quand je suis là ? »
Maxi hocha lentement la tête. Riftan sembla réfléchir, le regard plongé dans le sien, puis se pencha vers elle. Les paupières de Maxi frémirent. Ses lèvres encore humides effleurèrent les siennes, et ses doigts rugueux lui caressèrent doucement l’oreille.
« Sois sans crainte, je te protégerai quoi qu’il arrive. »
Une douleur sourde lui serra le cœur. Maxi leva les yeux vers lui.
« Q-Quoi qu’il arrive ? »
« Quoi qu’il arrive », répéta-t-il en prenant son visage entre ses mains. « Je ne laisserai aucun danger s’approcher de toi. »
Maxi détourna la tête pour cacher les larmes qui lui montaient aux yeux, puis frotta sa joue contre sa paume. Enfant, elle avait rêvé qu’un chevalier la protégerait. Elle avait vite renoncé à ce rêve lorsqu’elle s’était rendu compte qu’elle n’avait rien d’assez séduisant pour gagner le cœur de qui que ce soit. Pourtant, chaque fois qu’elle était avec Riftan, son fantasme d’enfant semblait reprendre vie.
Dans son imagination, elle était une noble dame pour laquelle les chevaliers risquaient leur vie, et lui, un chevalier qui la vénérait aveuglément, elle seule.
La gorge brûlante, Maxi passa les bras autour de son cou. Riftan inspira brusquement. Il la souleva et se mit à la couvrir de baisers passionnés.
Sa langue humide effleura doucement l’intérieur de sa bouche, tandis que sa main calleuse suivait avec délicatesse le creux de sa colonne vertébrale. Maxi lui caressa les cheveux, noirs et épais comme des plumes de corbeau. Ses mains glissèrent jusqu’à son avant-bras veiné, dur comme l’acier, puis à son menton mal rasé. Elle sentit les muscles de ses joues se tendre et vit ses yeux noirs s’assombrir de désir.
« Je croyais que je finirais par m’y habituer… » murmura-t-il d’une voix rauque.
Maxi parvint à peine à entrouvrir les paupières et le regarda, perplexe.
Riftan réprima un soupir. « Mon corps s’embrase chaque fois que je te touche, et ça semble empirer de jour en jour. »
Avec un sourire tremblant, Maxi enfouit son visage contre son cou. Elle lécha doucement l’eau qui perlait encore sur sa peau. Riftan se raidit et resserra ses bras autour d’elle dans une étreinte écrasante.
Un frisson délicieux parcourut son corps. Sa chaleur, sa fermeté et sa force éveillèrent en elle un désir ardent. Submergée par cette sensation qui lui faisait fondre les os, Maxi noua ses bras et ses jambes autour de lui. Riftan glissa une main sous sa fine chemise de nuit en mousseline et lui caressa le mollet et la cuisse tout en se dirigeant vers le lit. Leurs torses se pressaient l’un contre l’autre, et Maxi sentait son cœur battre à grands coups.
« Parfois, je te désire tellement que ça me fait mal », murmura-t-il d’une voix étranglée en la déposant sur le lit. Son visage était à présent dans l’ombre, et Maxi tendit la main pour le caresser.
Riftan lui saisit le poignet et embrassa sa paume. f𝑟e𝒆𝘄𝐞𝚋𝚗oѵ𝐞𝗹.c૦𝑚
« Riftan… »
Maxi ferma les yeux tandis qu’elle sentait ses mains se glisser sous ses vêtements.
***
Les invités durent quitter le Château de Calypse sans avoir obtenu de Riftan qu’une réponse peu satisfaisante : il réfléchirait à leur proposition d’alliance. Les chevaliers, qui avaient traversé des sentiers de montagne difficiles pour gagner Anatol, n’avaient manifestement pas l’air ravis.
Riftan n’en fut pas le moins du monde troublé. De toute évidence, il comptait faire languir le comte de Loverne jusqu’à pouvoir conclure une alliance plus avantageuse pour Anatol. Ruth lui avait dit que personne ne savait mieux que Riftan faire monter les enchères dans ce genre de négociations.
Maxi découvrit qu’un fin négociateur se cachait sous les dehors bourrus de Riftan. Bien qu’il ne parlât généralement que lorsque c’était nécessaire, il savait marchander et se montrait étrangement habile à manipuler les autres.
Bien sûr, son mari avait bien d’autres facettes cachées. C’était un architecte remarquable, un juge prudent et équitable, ainsi qu’un excellent ingénieur.
Riftan ne se contentait pas d’entraîner les soldats et de superviser la construction des routes : il travaillait aussi avec les forgerons à la création de nouvelles armes et veillait avec un soin méticuleux aux affaires du domaine. Maxi ne pouvait que s’émerveiller qu’une seule personne puisse assumer tant de tâches.
Pourtant, c’est grâce à cela que je peux étudier la magie…
Maxi poussa un soupir inquiet en baissant les yeux vers la rune défensive tracée au sol. Si elle pouvait s’adonner tranquillement à l’apprentissage de la magie, c’était parce que son mari travaillait sans relâche de l’aube jusque tard dans la nuit. Il était si occupé que ses craintes de le voir découvrir ses études étaient infondées.
Devrais-je m’en réjouir ?
Maxi poussa un soupir abattu. Ruth, qui examinait sa rune, fronça les sourcils en l’entendant.
« À force de soupirer ainsi, vous allez finir par faire s’ouvrir le sol, madame. Pourriez-vous retenir votre humeur maussade, pour mon bien, et reprendre les essais de votre rune quand vous serez prête ? »
Maxi sortit de ses pensées. C’était un nouveau sort ; elle ne pouvait pas se permettre de laisser son esprit vagabonder.
« D’accord… Je vais commencer. »
Maxi traça une rune et la vérifia deux fois. Elle rassembla son mana et le fit circuler en suivant les contours de la rune. L’air se modifia peu à peu, et une barrière bleue translucide se forma autour d’elle.
Ruth examina la barrière en plissant les yeux, puis fit signe à Ulyseon, qui se tenait non loin d’eux, visiblement mal à l’aise.
« Maintenant, veuillez l’attaquer. »
Les épaules du jeune écuyer tressaillirent comme s’il venait d’être fouetté. « V-Vous voulez que je l’attaque ? »
« Bien sûr. Comment pourrions-nous évaluer la solidité de son bouclier autrement ? »
Ulyseon se gratta l’arrière du crâne, l’air réticent. « Je ne pense pas que ce soit forcément à moi de le faire… »
« Eh bien, nous ne pouvons tout de même pas demander à un chevalier de s’exercer avec sa dame, n’est-ce pas ? Et je crains que mes attaques ne nous apprennent rien du tout. »
Ruth retroussa sa manche, dévoilant un bras mince. Ulyseon regarda tour à tour de chaque côté, ne sachant que répondre devant le manque total de fierté virile du sorcier. Ruth, lui, ne se troubla pas le moins du monde.
« Allons, cessez d’hésiter et attaquez-la. »
…
« Mais… comment un aspirant chevalier pourrait-il lever son épée sur une dame ? »
« Ce n’est même pas une véritable épée. Nous faisons cela uniquement pour assurer la sécurité de madame. Cette magie pourrait lui sauver la vie si elle venait à se retrouver en danger », affirma fermement Ruth.
Ulyseon déglutit, puis se plaça face à Maxi, l’air résolu.
« Je comprends. Dans ce cas, madame… veuillez pardonner cette impolitesse. »
Maxi rassembla autant de mana que possible et hocha gravement la tête. Ulyseon leva son épée de bois et l’abattit d’un léger coup.
L’épée de bois fendit l’air dans un sifflement, puis un fracas retentit. Maxi ouvrit de grands yeux.
L’épée traversa le bouclier comme s’il n’avait été qu’une fine couche de glace. Avant qu’Ulyseon ait pu la retenir, elle s’abattit sur le front de Maxi avec un bruit sourd. Ulyseon poussa un cri aigu tandis que Maxi titubait en arrière, la tête tournant.
« M-Madame ! »
La douleur étourdissante arracha un gémissement à Maxi, qui tordit les jambes de souffrance. Des larmes lui coulèrent involontairement sur les joues.
« Ah ! »
« M-Mage Ruth ! Vite ! Faites quelque chose, je vous en prie ! Madame… Madame est blessée ! »
…
Après avoir frappé la dame du château, Ulyseon secoua Ruth frénétiquement, pris de panique. Ruth contempla Maxi d’un air impassible, comme s’il trouvait toute la scène ridicule.
Ruth s’accroupit près d’elle en soupirant. « Si vous pouviez retirer vos mains un instant, madame, je pourrais apaiser la douleur. »
Maxi parvint à peine à baisser les mains. Les larmes continuaient de couler sur ses joues. Sans même chercher à cacher sa désapprobation, Ruth claqua la langue et la soigna par magie.
Le visage de Maxi s’empourpra de honte lorsqu’elle se releva lentement. Elle aurait voulu creuser un trou et s’y cacher.
« V-Vous allez bien, madame ? Vous avez encore mal ? » demanda Ulyseon, qui s’agitait autour d’elle.
Maxi épousseta sa jupe et fit comme si de rien n’était. « J-Je vais parfaitement bien. »
« Je suis vraiment, vraiment désolé, madame. Je n’arrive pas à croire que je vous aie blessée… »
« N-Non. C’est parce que… m-ma magie était faible », marmonna Maxi d’une voix lasse.
Ruth secoua la tête et lança d’un ton cinglant : « En effet. Je n’ai jamais vu de bouclier aussi pitoyable de ma vie. Même un bouclier en parchemin aurait été plus solide. »
« C-C’était mon premier essai ! Le prochain… sera meilleur », rétorqua Maxi.
Ulyseon pâlit. « Vous… comptez recommencer, madame ? »
« B-Bien sûr », répondit Maxi avec un hochement de tête résolu. « Je continuerai à m’entraîner… jusqu’à ce que j’y arrive. »
Maxi étudia la rune avec minutie, mais elle ne parvenait pas à comprendre ce qu’elle avait fait de travers. Elle avait fait circuler son mana comme on le lui avait appris ; pourquoi le bouclier s’était-il brisé si facilement ?
« Vous faites circuler votre mana si lentement que la solidité de votre bouclier s’en trouve réduite au point d’en devenir ridicule. Vous devrez accélérer au moins trois fois pour qu’il fonctionne correctement. »
« T-Trois fois ? »
« Ou bien vous pourriez doubler la quantité de mana. »
Maxi prit un air abattu. « J-Je crois que l’une comme l’autre de ces solutions sera difficile. »
« Essayez, madame. Il faudrait au moins qu’il soit plus solide que du verre pour mériter le nom de bouclier, vous ne trouvez pas ? Dans son état actuel, je crains qu’une libellule ne puisse le traverser d’un simple battement d’ailes. »
Ayant achevé sa volée de critiques, Ruth fit signe à Ulyseon, qui se tenait toujours là, livide.
« Vous pouvez y aller, jeune Rovar. Je pense pouvoir aider madame tout seul. »
Sur ces mots, il ramassa une brindille et la fit tournoyer dans les airs comme s’il chassait une mouche.
« Nous considérerons l’entraînement d’aujourd’hui comme une réussite si vous parvenez à bloquer ça. »
Maxi fixa la brindille, pas plus épaisse que son petit doigt, puis hocha la tête avec abattement.