Chapitre 475
« Oh ? Ça, c’est… », lâche Root en s’arrêtant net.
À l’endroit qu’il fixe, les étudiants déambulent bruyamment.
Ils sont en pleine visite, mais ils semblent profiter d’un moment de détente.
Root se rappelle qu’ils sont à Tsige depuis déjà quelques jours.
« Non, ils vont bientôt partir, hein. Ouais, leurs visages sont bien différents de ceux qu’ils avaient à leur arrivée. Peu importe le nombre de fois que je vois ça, c’est toujours agréable. » (Root)
Cela fait un long moment que l’Académie de Rotsgard a été fondée.
Root est parfaitement conscient que les organisations finissent souvent ainsi, mais l’Académie de Rotsgard a commencé à se détériorer et n’est plus que l’ombre de sa splendeur passée.
Il ne reste personne pour perpétuer les idéaux de cette femme qui a consacré tous ses efforts à apporter la joie d’apprendre à ce monde.
Il n’y a plus personne non plus pour transmettre les sentiments de cet homme qui voulait démontrer que c’est par de grands efforts que l’on acquiert la sagesse et la puissance.
Root connaissait personnellement cet homme et cette femme, alors l’état actuel de l’académie lui est difficile à pardonner.
C’est pourquoi il a fait du quartier général de la Guilde des aventuriers de Rotsgard sa base principale, avec l’intention de purifier l’académie sur une période de dix ans.
Cependant, à cause de Raidou et de la Compagnie Kuzunoha qui ont débarqué dans la Ville Académie, le long plan de purification de Root a fini à la poubelle, avec un sourire radieux sur le visage.
Les injustices et la déchéance ont été totalement balayées — bien que brutalement — et quant à la ville qui s’était développée en s’accrochant à l’académie, elle a été nettoyée par les manigances des démons.
(Oups, si je dis que ça a été réglé proprement, il va encore se mettre en colère contre moi.) (Root)
Par « lui », il fait référence à cet habitant d’un autre monde qui utilise le pseudonyme de Raidou.
C’est aussi la personne qui intéresse le plus Root en ce moment.
Ceux que Root observe en train de s’amuser sont les étudiants de Raidou.
Ce dont l’Académie de Rotsgard a besoin, c’est d’un successeur qui possède une réelle conviction dans l’enseignement.
Celui sur qui Root gardait secrètement un œil se trouvait parmi ces étudiants.
C’est vrai, tout semble avoir été préparé par Raidou.
C’est pour cela que ça le tracassait.
L’étudiant qui agit habituellement comme leur meneur avec entrain manque cruellement d’éclat en ce moment.
(Si je me souviens bien, il s’appelle Jin Roan. C’est un garçon talentueux et c’est l’un de ses élèves, alors… Très bien, faisons une exception. Je vais lui parler directement. Si j’arrive à l’isoler du groupe, ce sera plus simple pour moi… Ah, parfait. Ils se séparent. Voyons voir…) (Root)
Root les a suivis pendant un moment pour observer leur état. Puis, il a anticipé ses mouvements, l’a devancé et, feignant le hasard, il est entré dans l’établissement où Jin venait de s’installer pour l’interpeller.
« Hé, voyage scolaire, c’est ça ? Vous vous amusez bien ? » (Root)
« ?!! Ah, celui de la guilde ! Falz-sama, c’est bien ça ?! Oui, je m’amuse beaucoup !! » (Jin)
« Jin-kun, c’est ça ? J’imagine qu’aujourd’hui est votre dernier jour de quartier libre ? » (Root)
« Ah, oui. Tsige est une ville incroyable. On ne se trompe pas en l’appelant la région reculée la plus vivante du monde, mais… on ne peut pas s’en rendre compte sans venir ici soi-même. Je suis heureux d’avoir eu cette chance. » (Jin)
« Que tu aies réussi à comprendre ça en une seule visite prouve que tu es exemplaire. Mais tu travailles à temps partiel à la Compagnie Kuzunoha, non ? Tu n’es jamais venu dans cette ville ? » (Root)
Root a une petite idée sur les moyens de téléportation instantanée déloyaux de la Compagnie Kuzunoha.
D’où sa question.
« Je n’ai jamais quitté la boutique. De plus, un niveau de connaissances spécialisées assez élevé est requis ici pour s’occuper des clients, donc c’est encore beaucoup trop tôt pour Amelia et moi. À l’époque, quand on m’a dit ça, j’ai pensé que je pourrais au moins surveiller la boutique, mais… maintenant, je me rends compte que j’étais un idiot. » (Jin)
Jin rit et se gratte la tête, impuissant.
Il n’est vraiment pas lui-même.
Ce qui rend Root effrayant, c’est qu’il suffit de quelques rencontres pour qu’il puisse percer à jour même des étudiants comme lui.
Tomoe, la subordonnée de Makoto, peut faire quelque chose de similaire en lisant les souvenirs d’autrui, mais Root utilise uniquement sa mémoire, ses informations et son sens de l’observation.
« Si tu penses faire du service client dans une entreprise de Tsige, en ce moment, ce serait difficile, tu sais ? Il n’y a aucune honte pour un étudiant à ne pas en être capable. » (Root)
« Cela a rendu encore plus évident à quel point Akua-senpai et Eris-senpai sont incroyables. » (Jin)
« Ahaha, elles ont apparemment été entraînées assez durement, après tout. » (Root)
Root a dynamisé la conversation avec Jin et a délié sa langue en un instant.
Puis, il a deviné ce qui lui pesait sur le cœur et a commencé à orienter la discussion vers ce sujet.
« Et donc, il y a des élèves de classes inférieures qui suivent les cours de Raidou-sensei à l’académie, et je pensais leur ramener des souvenirs. Les armures et les outils magiques d’ici seraient un peu trop chers pour ma bourse, alors je pensais jeter un œil aux consommables, aux accessoires et aux objets du quotidien qu’on ne trouve qu’ici. Aurais-tu des recommandations, Falz-san ? » (Jin)
Jin parle agréablement à Root des projets de ses amis et de l’académie.
Il a aussi révélé que le temps libre d’aujourd’hui était principalement consacré au choix des souvenirs.
Étant la personne attentionnée qu’il est, ce doivent être ses sentiments sincères. Root n’a rien trouvé d’anormal à cela et a jugé Jin favorablement pour son choix.
Les deux discutaient comme s’ils étaient des amis de longue date.
« Tu es quelqu’un de bien, Jin. » (Root)
« …Quelqu’un de bien… non, quelqu’un comme moi ? » (Jin)
« Tu nies alors que c’est quelqu’un d’autre qui t’a évalué ? Il s’est passé quelque chose dans le passé ? » (Root)
« …Eh bien… » (Jin)
« Il n’y a pas besoin d’avoir honte ou d’hésiter, Jin. Moi, et sûrement tes camarades aussi, nous pensons que tu es quelqu’un de bien. » (Root)
« Mais… » (Jin)
« C’est le résultat de la manière dont tu as digéré tes expériences passées, en souhaitant devenir meilleur et en agissant en conséquence. » (Root)
« …Falz-san. » (Jin)
Difficile de dire si c’est de la ruse ou de l’habileté, mais Falz a fait appel au bon côté de la personne avec un sourire aux lèvres, menant Jin dans la direction qu’il souhaitait.
Ce qui est heureux, c’est que Root ne veut aucun mal à Jin.
« Je pense que vous avez tous mûri d’un cran dans cette ville. Soyez-en fiers. » (Root)
« Merci beaucoup… » (Jin)
« …Pas assez ? » (Root)
« Ouais. » (Jin)
« Tu veux viser plus haut ? » (Root)
« …Non, je ne suis pas si pressé. J’ai déjà tout gâché une fois après tout. » (Jin)
« Oh, c’est ça ? » (Root)
« ? » (Jin)
« Et moi qui pensais que ce qui te tracassait, c’était la façon dont Sofia s’en est prise à toi cette nuit-là. J’ai été trop indiscret ? » (Root)
« ! »
« Haha. Je me suis dit que c’était inutile, mais tu sembles inquiet à propos de quelque chose, alors je pensais libérer ton esprit avant que tu ne partes. » (Root)
« Falz-san, euh… est-ce que Sofia-san est vraiment… » (Jin)
« Hm ? » (Root)
« Est-ce qu’elle est vraiment votre fille ? » (Jin)
« Eh bien… c’est assez soudain. Oui, c’est ma fille. Des circonstances un peu spéciales, mais… il n’y a aucun doute, c’est ma fille. » (Root)
En pensant au lien que Root lui-même entretient avec Sofia, il répond de cette manière.
« C’est exactement comme vous dites. Ça me tracassait. » (Jin)
« ? »
« Il y avait une femme adulte qui s’occupait de moi dans le village où je suis né et où j’ai grandi. » (Jin)
« Ouais ? » (Root)
« Elle s’appelait Miranda. Sofia-san est, euh, un peu plus jeune, mais c’est son portrait craché. À l’époque où je l’ai rencontrée à Kaleneon, et à l’époque où je l’ai rencontrée à Tsige, j’ai vraiment pensé que ça ne pouvait être personne d’autre qu’elle. Mais Sofia-san dit qu’elle ne me connaît pas et qu’elle ne m’a jamais rencontré. Alors… » (Jin)
(Achaa…) (Root)
Root a levé les yeux au ciel intérieurement.
Miranda.
C’était l’ancien nom de Sofia.
« Alors c’était ça. » (Root)
Elle possède des prouesses physiques exceptionnelles grâce à l’héritage génétique fort de Root.
Root sait que Miranda avait été utilisée pour des travaux manuels en tant qu’homme à tout faire dans un village, quelque part, quand elle était jeune.
Parmi tous ces endroits, il se trouve que c’était le village natal de Jin Roan.
Le destin est une chose étrange, pensa Root.
Root, Jin, Sofia et Makoto.
Le destin, qui s’était entremêlé de manière intéressante, montrait son visage ici.
« Falz-san ? » (Jin)
« Tu m’as bien eu. » (Root)
« Hein ? » (Jin)
« En d’autres termes, tu es le garçon qui a combattu ce mamono avec Miranda ? » (Root)
« ?! »
« …Je vois. Dans ce cas, tu as peut-être le droit d’entendre ceci. À propos de la… mort de Miranda et de Sofia. » (Root)
Root prend la parole.
Il raconte comment elle a abandonné le nom de Miranda pour se faire appeler Sofia, et ses circonstances.
Sa mort et sa renaissance.
Une histoire avec une dramatisation pratique qui ne blesse ni Root, ni Makoto, ni Jin.
À la fin du voyage scolaire…
Jin Roan a appris la conclusion de ses souvenirs.