Chapitre 1 309
« Un instant. »
Cale demanda à Asiprang et à la Générale Ferry, qui ne comprenaient pas ce qui se passait, de patienter, puis reporta son attention sur le miroir.
« Hé, Dieu de la Mort. »
Ses paroles s’inscrivirent en coréen sur le miroir, au fur et à mesure qu’il les prononçait.
« Je viens de retrouver Sa Majesté le roi Zed. La situation est… »
Bzzzz ! Bzzzzzz !
Comme il était parvenu à contacter le Dieu de la Mort, Cale comptait lui exposer la situation au plus vite.
<Attends ! Je crois que quelqu’un approche ! Je te recontacterai plus tard ! Laisse un message !>
… Le Dieu de la Mort disparut à nouveau.
Sans s’en rendre compte, Cale lâcha tout haut ce qu’il avait sur le cœur.
« Tu veux mourir ? »
Bzzzz !
Le miroir vibra.
<Désolé ! Je lirai ça d’ici une heure ! Héhé.>
Comme prévu, ce salaud vérifiait bien tous les messages.
Il s’était simplement abstenu de répondre.
Le visage de Cale se crispa.
« …… »
« …… »
Sans remarquer qu’Asiprang, la Générale Ferry, les autres médecins et les assistants les dévisageaient, médusés, Cale continua de dire ce qu’il avait à dire.
Il devait d’abord rapporter les éléments qu’il venait de découvrir.
« L’âme de Sa Majesté le roi Zed se trouve dans le corps de l’homme qu’on appelle le grand général de l’Alliance océanique. »
Le cœur de ce corps s’était arrêté, puis s’était remis à battre lorsque le roi Zed s’était réveillé.
« Mais Sa Majesté le roi Zed semblait incapable d’agir de son propre chef dans ce corps. C’était comme s’il était enfermé dans une prison, le corps entièrement entravé. »
Et…
« Ce corps est en train de mourir lentement. Son cœur reste de plus en plus longtemps à l’arrêt et, d’après le médecin ici présent, le moment où celui du grand général s’arrêtera définitivement coïncide presque avec la date de la mort de Sa Majesté le roi Zed que tu nous as donnée. »
Cale consigna tout ce qu’il avait observé dans un message.
Plus il avançait, plus la situation se précisait.
« Et tout cela semble lié au deuxième Empereur, un Vagabond appartenant à la Famille du Sang aux cinq couleurs, celle des chasseurs. »
Cale formula alors sa demande au sujet de toute cette affaire.
« Donne-moi un moyen de régler ça. »
Il l’exigea sans détour.
« Sinon, je ne t’aiderai pas. »
Il ponctua sa demande d’une menace sans équivoque.
Bien sûr, même si le Dieu de la Mort ne trouvait pas de solution, Cale comptait sauver ce dieu déplaisant. Il n’avait absolument pas l’intention de le laisser disparaître.
On disait qu’un dieu ne pouvait être effacé qu’en étant dévoré par son ennemi naturel, conformément à la loi de la chasse.
Autrement dit, si le Dieu de la Mort risquait la mort — l’effacement —, c’était que ceux qui connaissaient cette loi de la chasse tentaient de le dévorer.
Il ne pouvait s’agir que d’un Vagabond de la Famille du Sang aux cinq couleurs de rang transparent ou supérieur, ou du royaume céleste.
Certes, le Roi des démons connaissait désormais cette information lui aussi, mais il venait tout juste d’en prendre connaissance et n’avait pas encore le talent nécessaire pour tuer des dieux.
Seuls le royaume céleste, qui cachait la Terre Sainte où était inscrite la loi de la chasse, et les Vagabonds de la Famille du Sang aux cinq couleurs qui l’avaient découverte pouvaient donc avoir trouvé le moyen d’effacer un dieu.
Le talent que Cale possédait.
Les pouvoirs de l’Eau Dévoreuse de Ciel et du glouton du Bouclier indestructible.
On lui avait dit qu’il possédait aussi le talent nécessaire pour tuer des dieux.
Pour l’instant, attendons une réponse d’ici une heure.
Cale désigna le canapé et la table, de l’autre côté de la chambre.
« Nous devrions discuter, non ? »
Il désigna le calendrier à l’intention d’Asiprang et de la Générale Ferry, qui semblaient toujours abasourdis.
« Le Conseil des Dix-Sept aura lieu dans deux jours. »
« …… ! »
« ! »
Il emmena les deux hommes aux yeux écarquillés, puis s’adressa à Choi Han.
« Empêche qui que ce soit de s’approcher. »
« Oui, Cale-nim. »
Une fois la sécurité assurée, Cale entama la conversation pour de bon.
Asiprang prit la parole le premier.
« … De quel royaume s’agit-il ? »
Il s’était mis à parler avec beaucoup de politesse.
Cale, satisfait de voir qu’Asiprang avait appris de lui-même les bonnes manières, lui répondit.
« Nous sommes… »
À cet instant, son regard croisa celui d’Alberu, qui se releva et s’approcha.
Comment devait-il expliquer la situation aux PNJ du jeu en réalité virtuelle Nouveau Monde ?
Dis-leur ça comme il faut.
Le regard d’Alberu lui adressait ce message. Cale s’exécuta.
« Le Royaume sombre. »
« ! »
Les pupilles du héros Alberu tremblèrent.
Alors, ça ferait de moi le prince héritier du Royaume sombre ? Je suis un héros ! Le Royaume sombre n’était-il pas à toi ou à Eden Miru ?
Alberu avait l’air d’avoir beaucoup à dire, mais Cale poursuivit sans vergogne, qu’il ait quelque chose à dire ou non.
« Le Royaume sombre… ? »
Asiprang et la Générale Ferry ne savaient pas si ce nom de lieu inconnu était réel. Cale s’exprima d’un ton grave.
« La plupart des gens n’en ont jamais entendu parler. Il commence tout juste à se faire connaître dans le monde. Jusqu’à présent, notre royaume se cachait dans l’ombre du Nouveau Monde. »
« ? »
« Notre royaume ne se révèle au monde qu’à un seul moment. »
« ? »
« Quand apparaît un ennemi qui menace ce monde. »
« ! »
« À l’heure actuelle, nous nous sommes alliés aux Trois Fléaux et aux Sept Fléaux parmi les Huit Fléaux, ainsi qu’à l’Empire de l’Est et au Royaume de Lan. »
« ! »
Les visages d’Asiprang et de la Générale Ferry, jusque-là pleins de questions, se figèrent peu à peu.
Les paroles de Cale, qu’il prononçait sans hésiter, sonnaient vrai. De plus, la Générale Ferry se rappela que le garant que le groupe de Cale avait présenté sur l’île 16 pour prouver son identité était l’Empire de l’Est.
« Si vous voulez en savoir plus, vous pouvez interroger les forces sur place à notre sujet. De toute façon, la vérité éclatera dans quelques heures. »
En effet, comme Cale venait de le dire, il suffisait de chercher pour découvrir ces informations. Inutile de les cacher.
« M-mais… »
Asiprang désigna son père, le grand général.
« Dans le corps de Père, il y a le roi de ce Royaume sombre… non, Sa Majesté le roi ? »
Cale hocha la tête à l’intention d’Asiprang, qui avait encore du mal à y croire.
Non… Mon père est le roi du Royaume sombre ? Alors le Royaume de Roan est le Royaume sombre ?
Bien sûr, Cale ignora avec désinvolture l’expression du prince héritier Alberu, qui semblait avoir beaucoup à dire, et poursuivit.
« C’est notre hypothèse. En fait, dès qu’Asiprang-nim a mentionné le deuxième Empereur, j’en ai eu la certitude. »
La Générale Ferry réagit à ces paroles.
« Qu’est-ce que le deuxième Empereur ? De qui s’agit-il ? »
« Hum. »
Cale regarda par la fenêtre, l’air grave.
Il contempla le paysage de l’île sous le ciel rouge, alors que le soleil commençait à se coucher, puis prit lentement la parole.
« Si vous apprenez la vérité, vous devrez soit vous joindre à nous, soit… »
La Générale Ferry eut l’impression que les yeux de Cale, baignés par les lueurs rouges du crépuscule, étaient particulièrement sombres.
Il n’acheva pas sa phrase, mais elle crut deviner la suite.
« Parce que nous connaissons la vérité, si nous ne pouvons pas nous joindre à vous, nous mourrons ? »
Elle posa la question en tentant de maîtriser le tremblement de son cœur. Cale secoua la tête.
« Je ne pourrais pas faire ça. »
Mais, voyant que son regard restait grave, la Générale Ferry ✧ NоvеIight ✧ (Source originale) prit la parole.
« De toute façon, nous sommes déjà dans le même bateau. »
« C’est vrai. »
« Alors, nous devons entendre la suite. »
« Très bien. »
Face au regard résolu de Ferry, Cale se mit à parler des Vagabonds.
« Une force cherche actuellement à gouverner ce monde. Il s’agit des chasseurs de la Famille du Sang aux cinq couleurs. »
« …… »
« Cette famille compte trois puissants absolus. Ils portent le titre d’“Empereur”. »
« Et le deuxième Empereur, alors ? »
« Oui. C’est l’un d’eux. Et le général actuel de l’île 3 est le frère juré des trois Empereurs. »
« …… ! »
En entendant cela, la Générale Ferry laissa échapper la première pensée qui lui vint à l’esprit.
« Ne me dites pas qu’ils cherchent à dévorer l’Alliance océanique… ! »
« C’est exact. »
Cale donna quelques informations de base supplémentaires à Ferry, qui vacillait sous le poids de toutes ces révélations.
« Les forces qui coopèrent actuellement avec la Famille du Sang aux cinq couleurs sont la Famille du Sang transparent et l’Ordre du Dieu du Chaos. »
« Ah… »
« De plus, nous coopérons aussi avec l’Ordre du Dieu du Soleil. Quant à Son Altesse notre prince héritier… »
Cale désigna Alberu d’un air fier.
« Il est un héros reconnu par l’Ordre du Dieu du Soleil ! C’est pourquoi il a renoncé à ses fonctions de prince héritier du Royaume sombre et accomplit désormais son devoir de héros. »
Cale adressa un grand sourire à Alberu.
Ça tient à peu près debout, non ?
Haa.
Alberu soupira et détourna les yeux de Cale.
« …… »
La Générale Ferry avait tout observé sans parvenir à ouvrir la bouche. Elle semblait lutter pour assimiler les informations.
« Alors… »
Après un instant, elle regarda Asiprang et prit difficilement la parole.
« Alors, que pensez-vous qu’il est arrivé au grand général ? »
Asiprang tressaillit à cette question.
La Générale Ferry demanda d’une voix tremblante :
« Si l’âme qui se trouve là est celle de Sa Majesté le roi du Royaume sombre, alors le grand général… »
Hum.
Cette fois, Cale ne sut pas quoi répondre.
Quelqu’un d’autre prit la parole à sa place.
« Dans le meilleur des cas, l’âme du grand général se trouve dans le corps de mon père. Dans le pire… »
Le regard d’Alberu s’assombrit. Ses mots, prononcés lentement d’une voix lourde, résonnèrent aux oreilles de tous.
« Ce corps est déjà mort, et mon père est prisonnier à l’intérieur. »
Il regarda Asiprang.
« Qu’en penses-tu ? »
« …… »
Un fils posait la question à un autre fils.
Les épaules d’Asiprang frémirent légèrement. Il baissa la tête et se couvrit le visage des deux mains.
Tandis que tous faisaient semblant de ne pas remarquer ses tremblements, sa voix filtrèrent entre ses doigts.
« C’était étrange. »
Ces mots pouvaient aussi bien être un soliloque qu’un appel à quelqu’un pour qu’il l’écoute.
« Il me regardait comme un étranger. Je me disais que, même s’il avait complètement perdu la tête, il reconnaîtrait tout de même son fils. Mais il me regardait comme s’il ne m’avait jamais vu de sa vie. Et pourtant, aujourd’hui, la façon dont Père vous a regardés… ! »
Il se moqua de lui-même.
« Ha. C’est vrai. Un corps dont le cœur s’arrête puis se remet à battre, c’est étrange aussi. Oui, c’est extrêmement étrange. Il est plus logique qu’une autre âme ait été enfermée dans un corps déjà mort. »
Alors qu’il marmonnait, il releva soudain la tête et regarda Cale.
Des traces de larmes marquaient ses yeux, mais aucune ne coulait plus. À leur place brûlait une colère féroce.
Il avait enfin regardé en face une vérité qu’il ne pouvait plus fuir. Désormais, il avait abandonné toute terreur et toute peur.
« Ce jour-là. »
Asiprang regardait Cale, mais son regard semblait voir autre chose.
« Comme vous le voyez, je suis plutôt malpoli et porté sur les bêtises, non ? La veille, j’avais bu et fait la fête à cœur joie, puis j’avais séché l’entraînement du matin. Père m’avait donc puni ce jour-là. Mais j’avais aussi prévu de boire ce soir-là, vous voyez ? »
Héhé.
Asiprang ne put retenir un rire, comme s’il se trouvait ridicule.
« Même si je fais des bêtises, je reste assez poli. Alors, je suis allé demander à Père s’il me laisserait aller à mon rendez-vous pour boire. Enfin, honnêtement, je suis adulte. C’est ridicule que Père m’interdise de sortir, non ? »
Asiprang semblait trouver ça vraiment drôle.
« Bref, j’ai appris que Père avait travaillé tard. J’ai attendu, puis je suis allé le voir plus tard, alors qu’il se rendait dans sa chambre. Je lui ai dit que je rentrerais tôt aujourd’hui et que je voulais donc sortir un peu. Mais vous voyez, Père était habillé pour sortir. »
Le grand général, vêtu pour sortir, avait parlé à Asiprang.
« Quand je lui ai demandé qui il allait voir, Père n’a pas répondu. Il a simplement dit qu’il avait un rendez-vous important. Mais je lui ai demandé s’il allait retrouver ma sœur. Parce que chaque fois que Père va voir ma sœur, il a une expression particulière, toute réjouie. »
Ha.
Asiprang laissa échapper un rire qui ressemblait à un soupir.
« Alors Père m’a dit que ma sœur aînée lui avait demandé de garder le secret, et que je devais moi aussi tenir ma langue. Elle voulait recevoir ses conseils sur une question importante concernant l’île 7, alors je devais oublier ce qui s’était passé ce jour-là. J’ai dit que j’avais compris, puis je suis retourné dans ma chambre. »
Il n’avait pas voulu gâcher l’humeur de son père, qui avait oublié le poids de ses responsabilités et se réjouissait à l’idée de voir sa fille aînée.
« Père a quitté la résidence seul, en secret. Il allait retrouver ma sœur aînée. »
Si le grand général voulait se déplacer discrètement, personne dans cette résidence ne pouvait s’en apercevoir.
Personne n’était plus fort que lui.
Tout le monde avait dû croire que le grand général était entré dans sa chambre.
Tout le monde, sauf Asiprang, qui était allé le chercher pour son rendez-vous autour d’un verre.
« Mais le lendemain matin, Père a été retrouvé dans son lit, comme s’il dormait. Dans l’état exact où il se trouve maintenant. »
Asiprang passa les deux mains sur son visage.
Il avait l’air particulièrement livide et épuisé.
« Bien sûr, ça a été le chaos. Surtout après qu’on a vu dans quel état il était à son réveil. »
Et, tout naturellement, ils avaient appelé la Septième Générale, l’aînée de la fratrie après son père : sa sœur aînée.
« Mais ma sœur aînée n’a pas laissé entendre qu’elle avait vu Père la veille. »
Asiprang avait trouvé cela étrange.
Mais, comme il pensait que la Septième Générale avait voulu demander conseil à Père au sujet d’une affaire qu’elle ne pouvait pas confier aux autres insulaires, Asiprang s’était rendu en secret dans les appartements où elle séjournait.
Il comptait lui demander :
Que s’était-il passé la nuit précédente ?
« À vrai dire, je n’y suis pas allé sans le moindre soupçon. Quelque chose… quelque chose me semblait étrange. La façon dont ma sœur aînée regardait Père quand il était en proie à la folie me paraissait bizarre. »
C’était peut-être une intuition particulière qu’on ne pouvait avoir que parce qu’ils étaient de la même famille.
C’est pourquoi, sous prétexte de s’inquiéter pour sa sœur, il s’était rendu en secret dans ses appartements.
« Le deuxième Empereur s’en est bien tiré. »
Asiprang regarda Cale.
« J’ai entendu ces mots. »
Ils avaient été prononcés par l’un des proches aides de sa sœur. Il les avait entendus à travers une porte laissée entrouverte par inadvertance. Dès qu’il avait entendu cette phrase, il avait senti une présence à l’intérieur. Sans réfléchir, Asiprang avait alors fait comme s’il venait d’arriver et avait ouvert la porte à la volée.
Sœur aînée ! Qu’est-ce qu’on doit faire, maintenant ?
Comme toujours, tel le benjamin immature qu’il avait toujours été, Asiprang avait geint auprès de sa sœur aînée, la priant de trouver une solution pour lui.
À cet instant, en voyant sa sœur, la Septième Générale, sembler soulagée, il n’avait plus été capable de raconter à qui que ce soit ce qu’il avait entendu.
« … Je ne pouvais en parler à personne dans cette résidence. Pas même aux généraux qui suivent Père. »
Il avait senti que c’était dangereux.
Car sa sœur aînée, la Septième Générale, était l’une des puissantes qu’il n’aurait jamais osé défier.
« Comment une chose pareille a-t-elle pu… »
La Générale Ferry, de l’île 16, ne trouva pas ses mots.
« Non, pourquoi… »
Jusque-là, la Septième Générale avait été une représentante neutre, au même titre que la Générale Ferry.
Quand les autres généraux avaient convoité le poste de grand général après que celui-ci eut perdu connaissance, elle avait défendu l’ordre plus que quiconque et affirmé que cela ne devait pas arriver !
La situation aurait pu tourner au désastre.
S’ils s’étaient alliés à la Septième Générale…
Contrairement à ce qu’elle avait cru jusque-là, la Générale Ferry accepta la réalité que ces informations lui révélaient.
Bzzzz !
À cet instant, un bourdonnement retentit.
Le Dieu de la Mort venait de les contacter.