Chapitre 1 299
La dirigeante de l’île 16, et l’une des généraux siégeant au Conseil des Dix-Sept.
Ferry.
On la désignait de bien des façons.
« Juste. »
« Digne de confiance. »
Les qualificatifs élogieux ne manquaient pas.
Mais les mots aux connotations moins flatteuses étaient tout aussi nombreux.
« À cheval sur les principes. »
« Un mur de pierre. »
« La gardienne du grand général. »
Depuis l’effondrement du grand général, de plus en plus de gens employaient les termes les moins flatteurs pour parler d’elle.
« Grande sœur, ne t’inquiète pas. »
Même aux paroles de son jeune frère, Ferry répondit d’un visage impassible.
« Tu dois mener à bien la mission, quoi qu’il arrive. »
« Oui. Je le ferai, même s’il faut y risquer ma vie. »
Son jeune frère sourit de toutes ses dents.
Ferry garda un instant le silence.
Sa vie.
Son jeune frère risquait bel et bien de devoir y jouer la sienne aujourd’hui.
Mais elle ne pouvait pas lui dire de ne pas y aller.
« Bien sûr, pas besoin de risquer ma vie juste pour surveiller les pirates du coin. »
Son jeune frère haussa les épaules d’un air enjoué.
Elle se remémora la conversation qu’ils avaient eue en secret la veille au soir. Plus exactement, elle repensa à ce qu’il lui avait dit.
« Le Requin pirate de l’île 19 n’agit pas normalement, grande sœur. Nous ne pouvons plus attendre. »
« Demain, vers le coucher du soleil, je chasserai les navires pirates des environs sous prétexte de garder l’entrée. »
« Puis, une fois le soleil couché, je partirai immédiatement pour l’île 7. »
Son jeune frère emporterait le message de Ferry, confié à un pigeon voyageur, et se rendrait sur l’île 7.
Car le Septième Général s’y trouvait, lui qui s’efforçait actuellement, comme Ferry, de perpétuer la volonté du grand général.
« Grande sœur, nous devons demander le soutien du Septième Général. Nous ne pouvons plus tenir, nous non plus. Les réserves de nourriture s’épuisent et, surtout, les pirates — ce salaud de Requin de l’île 19 — vont essayer de nous tuer. »
« Et tu sais ce qui arrivera si notre île tombe, n’est-ce pas, grande sœur ? »
Ces paroles décisives, son jeune frère les avait prononcées alors qu’elle hésitait.
« Si cet endroit, l’entrée, tombe, alors il ne restera vraiment plus en mer que le chaos, sans même les règles les plus élémentaires. »
Il avait raison.
Les gens se moquaient de l’île 16, l’une des îles du Conseil des Dix-Sept, en disant qu’elle ne faisait que jouer les gardiennes du grand général.
Mais Ferry savait.
« Si l’entrée tombe, le château tombe. »
La mer centrale.
Elle devait au moins protéger l’entrée de cette vaste étendue transformée en champ de bataille.
Elle devait au moins faire respecter les règles établies par le grand général.
C’est pourquoi…
« Grande sœur, si je prends beaucoup de navires, l’île 19 ou les autres salauds de la mer centrale s’en apercevront forcément. »
« Je prendrai trois navires rapides et je reviendrai. Tu connais mes capacités, pas vrai ? »
Son jeune frère avait dit qu’il ne partirait qu’avec trois navires.
Pour éviter les pirates de l’île 19.
Pour éviter les brutes qui se trouvaient au-delà de l’entrée, dans la mer centrale.
Et Ferry…
« Même une petite mission doit être menée à bien avec sérieux si elle est importante pour protéger la mer. »
Elle devait l’envoyer à la mort.
Même si les chances étaient infimes. Même s’il avait très peu de chances de parvenir jusqu’au Septième Général.
« Grande sœur, il y a forcément un espion sur l’île. Sinon, comment l’île 19 connaîtrait-elle nos itinéraires de patrouille ? »
« Et quelqu’un tire forcément les ficelles derrière l’île 19. »
« Grande sœur, mes hommes et moi irons. »
Elle devait faire confiance à son jeune frère et lui confier la mission.
« Oui, grande sœur. Je mènerai la mission à bien, quoi qu’il arrive. »
« Bien. »
Ferry répondit d’un visage impassible.
« Celui qui a pour devoir de protéger la mer ne doit jamais négliger sa tâche. »
« Oui, bien sûr, grande sœur ! »
Elle posa la main sur l’épaule de son jeune frère, qui souriait d’un air enjoué.
Tap. Tap.
Tout en lui tapotant l’épaule, elle observa les navires que son jeune frère préparait pour le départ, prévu au coucher du soleil.
« L’île 19 et d’innombrables autres pirates écument actuellement les eaux près de l’entrée. »
Ferry et son jeune frère.
Les officiers de marine de l’île 16 qui se tenaient autour d’eux la regardèrent.
Tous avaient le regard d’hommes prêts à mourir, mais parmi eux se trouvait certainement un espion qui avait pactisé avec les pirates de l’île 19.
« Aujourd’hui, nous lançons une vaste opération contre les pirates. »
Pour la première fois depuis des mois, l’île 16 avait décidé d’engager la majeure partie de ses navires de guerre dans une opération visant à éliminer les pirates qui rôdaient autour de l’entrée.
Des mois s’étaient écoulés depuis la dernière opération de cette envergure.
« L’île 19 va forcément intervenir. Alors préparez-vous soigneusement avant de prendre la mer. C’est compris ? »
« Oui, Général ! »
« Oui, Général ! »
Pour attirer l’attention de l’île 19, ils avaient ostensiblement rempli le port sud de navires de guerre.
Tap.
Ferry tapota une nouvelle fois l’épaule de son jeune frère, l’homme chargé de la mission, puis retira sa main et s’éloigna.
Une douce colline au centre de l’île 16.
Le château central qui se dressait à son sommet.
Elle devait y rester.
Elle ne pouvait pas quitter l’île.
« Hum. »
Mais elle s’arrêta.
« Cheffe de famille. »
Sans répondre à l’intendant qui venait de l’interpeller, elle se retourna.
FLOUOOOSH—
Elle entendit un navire approcher en fendant les flots.
En tant qu’insulaire, en tant que femme de la mer,
elle ne pouvait pas ne pas reconnaître ce bruit.
Une opération contre les pirates.
Jamais des navires pirates ne s’approcheraient de l’île 16 alors qu’elle affichait ouvertement son intention de mener une telle opération.
« C’est… »
Elle observa le navire qui approchait et se rappela le rapport urgent qu’elle avait reçu un peu plus tôt.
« La brume. »
Une brume grise approchait du port sud.
FLOUOOOSH—
Elle accompagnait le bruit d’un navire fendant les flots.
« Cheffe de famille, il s’agit sans doute du navire de brume dont on vient de nous signaler l’approche. »
Le navire avait été repéré par un bateau de l’île 16 déguisé en navire pirate, qui surveillait les mouvements des pirates à l’extérieur de l’entrée, puis son arrivée avait été signalée à la hâte.
Sssss…
La brume se dissipa.
Un navire s’approcha du quai en évitant les nombreux bâtiments de guerre qui occupaient une partie du port sud.
« Un fléau. »
On disait que les pirates tremblaient de peur à la vue du navire de brume et le qualifiaient de fléau.
La Générale Ferry ne se fiait pas entièrement à ce rapport.
Mais une phrase prononcée par le soldat de la marine qui s’était déguisé en pirate lui était restée en mémoire.
« Nous avons seulement observé de loin. Mais tous les navires touchés par la brume se sont immobilisés. »
Ce n’était pas la mer centrale, vaste et périlleuse.
Mais les navires pirates qui la sillonnaient n’étaient pas faibles pour autant.
Et ce navire avait immobilisé tous ces bâtiments ?
« Général, que devons-nous faire ? »
À ces mots, un subordonné s’approcha d’elle. Ferry se mit en marche.
« Mettez une embarcation à l’eau. »
La mission qu’ils allaient entreprendre mettait même la vie de son jeune frère en jeu.
Pour la mener à bien, elle ne pouvait tolérer aucune variable.
« J’irai moi-même. »
Une petite embarcation fut mise à l’eau. Elle quitta le quai et prit la direction du navire, qui dispersait lentement sa brume.
« … »
Ferry observa en silence le navire qui approchait sans pavillon ni équipage digne de ce nom.
De la magie.
Un navire qui avançait en créant du vent par magie et en manœuvrant ses voiles.
La brume qui l’entourait ne s’était pas encore entièrement dissipée ; elle ne distinguait donc pas clairement les visages des personnes à son bord.
Mais elle aperçut celle qui se tenait tout à l’avant, à la proue, et qui la regardait.
Un homme aux cheveux roux.
C’était le propriétaire du navire.
À peine l’eut-elle compris que…
« … ! »
Les derniers lambeaux de brume, qui ne s’étaient pas complètement dissipés, la frôlèrent alors qu’elle se tenait à la proue.
Ils la dépassèrent et touchèrent aussi les autres.
« … Arrêtez-vous. »
Elle leva la main pour arrêter l’embarcation.
Non, elle s’était déjà arrêtée.
« … »
Elle se tut.
C’était ténu.
Cela s’estompait peu à peu.
Mais elle l’avait bel et bien senti.
… Une pression.
Une aura immense l’avait effleurée un bref instant.
Pour la première fois depuis longtemps, les yeux inexpressifs de Ferry tremblèrent légèrement.
Ce n’était pas une simple pression.
C’était l’aura d’un souverain.
L’aura de quelqu’un qui pouvait s’emparer de la vie d’autrui par sa seule présence.
Il est fort.
Le propriétaire de cette aura était l’homme aux cheveux roux.
Il était fort.
Peut-être que cette aura était son pouvoir et que, dans les faits, il était faible.
Mais était-ce vraiment le cas ?
« Haaah… Hah… »
« Hrk. »
L’embarcation était petite, mais elle avait emmené avec elle des soldats d’élite de la marine. Pourtant, elle vit ses subordonnés incapables de résister à cet instant, si bref fût-il.
« … »
Elle ne pouvait pas leur en vouloir.
Car elle-même avait à peine réussi à rester debout.
Et encore, c’était sans doute uniquement parce que l’aura avait disparu.
Elle s’était évanouie au contact de l’embarcation.
Grâce à cela, Ferry pouvait au moins tenir debout.
Son dos était humide de sueur, sa bouche sèche, mais elle avait au moins tenu bon.
FLOUASH—
Le navire de brume s’arrêta, et son embarcation aussi.
À une certaine distance l’un de l’autre, les deux proues se faisaient face.
« … »
La brume s’était entièrement dissipée. Les passagers du navire la regardaient de haut.
Comme la Générale Ferry était venue dans une petite embarcation, elle devait lever les yeux vers eux.
Ils ne sont pas à prendre à la légère.
Parmi ceux qu’elle observait, elle n’en décelait que très peu les capacités.
Ces gens…
Ils sont forts.
Une mission importante l’attendait aujourd’hui. Et voilà que de telles personnes apparaissaient à un moment pareil…
Sa vision s’assombrit. Malgré tout, Ferry fixa de nouveau l’homme aux cheveux roux, sans ciller.
Puis, le visage impassible, elle prit la parole.
« Qui êtes-vous ? »
Elle poursuivit :
« Veuillez préciser la raison de votre venue. »
L’île 16. En tant que gardienne de la mer centrale, elle traitait ces inconnus selon les règles que devait respecter toute personne de l’île 16, terre de la mer.
Qui êtes-vous ?
Dans quel but vous rendez-vous dans la mer centrale ?
Ferry refoula son appréhension.
Ces questions n’avaient pratiquement plus de sens, compte tenu de la guerre qui faisait rage dans la mer centrale.
Les pirates déferlaient sans relâche, l’île 19 devait être tenue à l’œil et il fallait s’occuper des étrangers qui s’aventuraient inconsidérément dans la mer centrale.
La seule chose qui se répandait, c’était les insultes envers l’île 16, accusée de rester sur son île à jouer les gardiennes sans combattre.
Des lâches incapables, ou de parfaits imbéciles.
Malgré tous les noms d’oiseaux qu’elle entendait, Ferry, capitaine de l’île 16, faisait toujours connaître à ceux qui se rendaient dans la mer centrale les règles de l’île.
Qui êtes-vous ?
Dans quel but vous rendez-vous dans la mer centrale ?
Il fallait poser ces questions.
Car…
« Bonjour. »
À cet instant, l’homme aux cheveux roux la salua d’un large sourire amical.
Sa décontraction ne collait pas du tout à son aura écrasante, ce qui ne fit qu’accroître la tension de Ferry.
« Nous saluons les gardiens. »
Il s’inclina devant la Générale Ferry et les soldats de la marine à bord de l’embarcation.
« … ! »
Les yeux de la Générale Ferry s’écarquillèrent un instant, puis leur éclat s’éteignit.
Gardiens.
Voilà bien trop longtemps qu’elle n’avait pas entendu cette appellation.
« Générale Ferry. Vous protégez cette mer, l’entrée de la mer centrale. Si l’entrée tombe, tout s’effondre. »
« L’île 16 et vous êtes les gardiens qui protègent le château qu’est notre mer. »
Les paroles que le grand général lui avait adressées quand elle venait d’être nommée générale.
Des paroles depuis longtemps oubliées.
« … »
« … »
L’expression des soldats d’élite de la marine à bord de l’embarcation changea.
Ils reprenaient leur souffle après avoir été balayés un instant par cette aura immense, mais, contrairement aux pirates, ils n’avaient montré ni peur ni terreur et l’avaient contenue en eux.
Leurs regards se tournèrent vers celui qui dégageait cette Aura Dominatrice, vers Cale.
Cale leur répondit à sa manière.
« Nous sommes des gens qui allons nous mesurer à la mer. »
La gardienne.
Celle qui se tenait devant l’entrée de la mer centrale n’ouvrait pas la porte à tout le monde.
Pas à ceux qui voulaient nuire à la mer.
Ni à ceux qui se livraient à la piraterie.
Ni à ceux qui enfreignaient les règles de la mer établies par le grand général.
La mer centrale était d’une rudesse sans pareille et n’était jamais à l’abri de conflits, grands ou petits…
Mais pour préserver une certaine paix, la gardienne ne pouvait pas laisser n’importe qui y entrer.
« … »
Les coins de la bouche impassible de Ferry se relevèrent légèrement.
« Nous sommes des gens qui allons nous mesurer à la mer. »
Ces paroles étaient célèbres.
Car c’était ce que disaient toujours les insulaires lorsqu’ils se lançaient à l’assaut de cette mer capricieuse et perpétuellement déchaînée.
De plus, ces gens connaissaient les usages de l’Alliance océanique et les respectaient.
Alors, comme si elle n’avait jamais souri, elle reprit son expression impassible et parla.
« La mer est en plein chaos. Vous voulez tout de même y aller ? »
Une gardienne devait ouvrir la porte à ceux qui souhaitaient relever le défi.
La mer centrale était une sorte de château.
Mais c’était aussi une arène ouverte à ceux qui cherchaient l’occasion que représentait la mer.
« Ne vous inquiétez pas, gardienne. »
Toujours aussi aimable, Cale regarda la Générale Ferry qui se tenait devant lui.
« Générale Ferry, de l’île 16. Avec le Septième Général, elle est la seule à suivre encore officiellement les traces du grand général. »
« Comme elle garde l’entrée, elle doit mieux connaître que quiconque la situation actuelle de la mer centrale. Si nous parvenons à passer par elle et à rejoindre sans encombre l’île 1, où séjourne le grand général, tout sera plus facile. »
« Surtout, nous pourrons peut-être trouver un moyen d’entrer sur l’île 1. »
L’île 1.
C’était la raison pour laquelle le grand général, inconscient, n’avait toujours pas été assassiné et pouvait rester sur cette île.
« On disait que le cercle magique de téléportation était incroyable. Et qu’il comprenait même une formation issue du monde martial. »
Avec Raon et le Démon Céleste, il devrait être possible de percer un peu les défenses de l’île 1 et de s’y infiltrer.
Mais il serait peut-être plus facile de passer par la Générale Ferry, l’une des plus proches alliées du grand général. Il y avait de grandes chances qu’elle connaisse un moyen plus simple d’entrer sur l’île.
« Même si ça ne marche pas, gagner la bienveillance de la gardienne nous sera très utile. »
Se rappelant ce que Ron lui avait dit, Cale exposa ses intentions à la femme impassible.
À elle, qui s’inquiétait du chaos dans la mer.
« La mer retrouvera bientôt son calme. »
C’était la chose la plus appropriée qu’il pouvait lui dire.
Cale et Alberu comptaient profiter de l’occasion pour rallier l’Alliance océanique à leur cause, puisqu’ils cherchaient de toute façon Sa Majesté le roi.
« Ce sera bientôt le cas. »
« … ! »
Les yeux de la Générale Ferry s’écarquillèrent lorsqu’elle comprit la portée de ces paroles.
À cet instant, Cale lui fit une proposition qui ne lui laissait d’autre choix que de l’inviter sur l’île.
« Il doit y avoir deux façons de ramener le calme en mer. »
Premièrement.
« Qu’un souverain de la mer, reconnu par tous, apparaisse. »
Le regard de Cale se tourna vers Witira.
Hein ?
Il fut surpris. Witira était déjà en train de lui sourire à pleines dents.
Pourquoi me regarde-t-elle comme ça ?
Mademoiselle Witira, de la Tribu des Baleines, ne ferait-elle pas une souveraine de la mer idéale ?
Quoi qu’il en soit, l’autre solution consistait à…
« Ou que le grand général nomme officiellement un successeur. »
Contrairement à la première, la seconde option présentait de sérieux risques dans les circonstances actuelles.
Le grand général était inconscient et, même s’il nommait officiellement un successeur, nombreux seraient ceux qui reprendraient les armes après une brève accalmie.
« … »
Ferry ne répondit pas.
Si cela avait été possible, rien de tout cela ne serait arrivé.
Les deux options étaient actuellement impossibles, d’où le chaos dans la mer centrale.
À cet instant, Cale sourit avec éclat et glissa l’air de rien :
« Générale Ferry. J’ai entendu dire qu’en tant que gardienne, vous déteniez un pouvoir considérable. »
Un pouvoir considérable qu’elle avait obtenu parce qu’elle gardait l’entrée de la mer centrale.
Un pouvoir qu’elle seule pouvait utiliser, à l’exception du grand général.
Comme s’il n’y avait rien de particulier, comme s’il prenait simplement de ses nouvelles, Cale lui demanda :
« Vous pouvez convoquer le conseil des généraux, n’est-ce pas, Général ? »
La mer centrale était en plein chaos.
La tension était à son comble et tout le monde cherchait à s’entretuer.
Dans une telle situation, seule la Générale Ferry pouvait convoquer le conseil des généraux.
« … Dans quel but me demandez-vous cela ? »
L’expression de Ferry se durcit. L’esprit embrouillé, elle vit Cale lui répondre d’un sourire détendu.
« J’étais simplement curieux. »
« … »
Face à cet homme parfaitement impénétrable, Ferry ne put que le dévisager, lui, le puissant inconnu qui venait d’arriver.
À cet instant, Cale prit la parole d’un ton désinvolte.
« Mais, Générale… »
« ? »
« Pourrions-nous d’abord accoster sur l’île ? »
Il se frotta le ventre.
« J’ai faim. »
Il avait vraiment faim.
Après avoir passé toute la nuit à regarder des choses se faire démolir, il avait encore plus faim qu’avant.
« Ah… »
À ce petit bruit, Cale ajouta :
« Et nous pouvons passer la nuit ici, n’est-ce pas ? Nous paierons l’hébergement. Ah, nous partirons pour la mer centrale demain. Vous nous ouvrirez l’entrée, oui ? Au fait, chacun de nous peut prouver son identité. Ha ha ! »
La Générale Ferry observa silencieusement Cale, qui souriait avec amabilité. Finalement, elle n’eut d’autre choix que d’acquiescer et de les autoriser à accoster.
Même s’ils étaient extraordinairement forts et impossibles à jauger…
Au moins, ils avaient respecté les usages de l’endroit.
« Après avoir fait vérifier votre identité au bureau de gestion, reposez-vous à votre aise. Demain, avant votre départ, vous recevrez une autorisation de sortie. »
« Oui ! »
La Générale Ferry fixa silencieusement Cale, qui lui répondit avec entrain. Puis, elle regagna le port sud, suivie par le navire de brume.
« … »
Elle ne remarqua pas que le regard de Cale balayait les navires de guerre qui remplissaient la partie est du port sud.
— Humain, il se passe quelque chose ici ?
À la question de Raon, il répondit seulement par un sourire suspicieux.
Son regard se tourna toutefois vers Alberu Crossman. Le prince héritier Alberu avait déjà évalué le nombre de navires de guerre et affichait une expression indéchiffrable.
Le groupe de Cale ne put que s’en rendre compte.
Quelque chose d’important allait se passer sur l’île 16 dans la journée.
Et cet après-midi-là,
alors que le soleil commençait lentement à se coucher…
Bwoooooooo—
Quand un puissant coup de corne retentit…
« Levez l’ancre ! »
Au moment où Ebo, le jeune frère de la Générale Ferry, cria…
De nombreux navires de guerre quittèrent l’île 16 d’un seul coup et s’avancèrent en mer.
À cet instant…
« Chef ! Ils disent qu’ils ont pris la mer ! »
Shark, le chef de l’île 19, esquissa un sourire profond en entendant son subordonné.
« Le reste n’a aucune importance. Capturez juste le petit frère de cette folle. Peu importe dans quel état il est, du moment qu’il reste en vie. Non… »
Il se leva.
« J’y vais moi-même. »
Le navire de Shark, qui n’avait d’autre cible que le jeune frère de la Générale Ferry, Ebo, quitta secrètement l’île 19.
Et au même instant…
« Humain, le steak de poisson est délicieux, lui aussi ! »
« C’est vrai. »
Gloump, gloump.
Cale prit un dîner anticipé en regardant les navires partir.
Tap. Tap.
Tout en tapotant le miroir, relique divine du Dieu de la Mort, et en vérifiant si celui-ci l’avait recontacté.
« Archie. »
« Oui ? »
Cale s’adressa à Archie, qui avait fini son repas en vitesse et tentait de boire de l’alcool à un moment aussi crucial.
« Tu peux les suivre discrètement et voir comment les choses évoluent ? »
Il devait comprendre ce qui allait se passer sur l’île 16.
Ce n’est qu’alors que Cale pourrait obtenir quelque chose de la Générale Ferry.
Cale devait si possible obtenir quelque chose d’important en une seule journée ; il avait donc besoin d’autant d’informations que possible.
Il sourit et interrogea Archie, qui ne bougeait pas.
« Tu ne pars pas ? »
« … ! »
« Tu ne te lèves toujours pas ? »
« ! »
Archie se leva d’un bond et se dirigea aussitôt vers la mer.
Cale le regarda partir, satisfait, et Alberu lui adressa un large sourire.
« C’est bien mon petit frère. »
En l’absence d’Archie, les compagnons savourèrent tranquillement leur dîner anticipé.
Ils ignoraient ce qui pouvait se produire dans la soirée ; mieux valait donc se remplir l’estomac.