Chapitre 1 297
« M-Moby… »
Le capitaine était un insulaire de l’île 89, un homme assez qualifié pour commander un navire. Dès que son regard croisa celui de la baleine, il sentit la chair de poule lui envahir le corps.
Ce corps colossal appartenait à une créature marine qu’il n’aurait jamais pu apercevoir en restant près des ports de la côte continentale.
C’est alors que cela se produisit.
Miaouuu—
Un miaulement retentit.
En entendant un son qu’il était presque impossible de percevoir en pleine mer, il remarqua enfin le chat perché sur l’homme aux cheveux roux.
« … Euh… »
Mais quelque chose clochait.
Il tanguait.
Pas le navire.
Son corps.
BOUM.
Il s’effondra.
Ses jambes étaient engourdies.
Le brouillard…
Le brouillard était rouge.
Sans qu’il s’en rende compte, il avait viré au rouge et recouvert le navire.
« Urgh ! »
« Gah ! »
Il entendit ses hommes tomber et gémir.
Mais bientôt, plus aucun son ne se fit entendre. Le silence était mortel.
Ah.
Ils avaient tous perdu connaissance ?
Ou…
M-Morts…
Alors qu’il sentait son corps se raidir et son esprit sombrer, la peur l’envahit de la tête aux pieds.
CHHHHHHH—
Avant que le capitaine terrifié ne ferme les yeux, la dernière chose qu’il vit fut le regard de l’énorme baleine, qui émergeait en fendant la surface de la mer.
Le brouillard avait déjà dissimulé la lune et les étoiles.
Mais le navire, sous l’ombre de la baleine, aurait dû être englouti par une obscurité encore plus profonde.
Putain. Dire que j’allais mourir comme ça…
Le capitaine avait délibérément évité le champ de bataille, préférant rôder près du port pour piller. Il n’aurait jamais cru mourir aussi bêtement ; il ferma les yeux, le cœur plein de rancœur.
Il ne voyait rien.
Seules les ténèbres l’accueillaient.
PAF !
Mais lui…
PAF !
« Hrk ! »
Il dut bientôt ouvrir les yeux d’un coup.
« Kéhéhé ! »
Et aperçut un sale type à l’allure de voyou qui le dévisageait en riant comme s’il s’amusait plus que jamais.
« Tu vois ? Je t’avais dit que ça marchait bien mieux que de simplement les réveiller normalement ! »
Le beau voyou qui venait de parler l’attrapa par le col et leva de nouveau la main.
PAF !
« Gah ! »
Inconscient, il ne s’en était pas rendu compte, mais cette poigne était terrifiante. La joue du capitaine enflait déjà, et il avait du sang dans la bouche.
PAF !
Mais le type le frappa encore.
« Guh, kof ! J… »
Le capitaine essaya de dire quelque chose.
PAF !
Mais le type le frappa encore.
Le capitaine ne pouvait rien faire d’autre que regarder l’homme le gifler toujours sur la même joue, sans même changer de côté.
Puis…
« Archie. Il est réveillé, écarte-toi. »
À l’instant où une voix retentit…
« Oui ! »
Le voyou répondit d’un ton désinvolte.
PAF ! PAF !
Puis, avec un enthousiasme débordant, il administra deux gifles d’affilée au capitaine avant de reculer.
BOUM !
Dès qu’Archie lâcha son col, sans le moindre regret, le capitaine s’écrasa au sol.
« Ce bruit était assez satisfaisant. »
« Hé hé. Vous me flattez. »
Cale ignora les échanges chaleureux entre le Démon Céleste et Archie et s’approcha du capitaine.
Derrière lui, les autres poursuivaient leur conversation.
« Le brouillard et le poison sont plus puissants ! »
« Mes poisons paralysant et soporifique sont incroyables ! »
« Bien joué. »
« Toi aussi, grande sœur, tu es incroyable ! »
Les enfants d’une dizaine d’années s’étaient rassemblés dans un coin du navire et se lançaient des compliments.
On et Raon, en particulier, félicitaient Hong, qui se tortillait de joie.
Quoi qu’il en soit, Cale s’accroupit devant le capitaine.
« Ha, ha. »
Le capitaine essuyait sans cesse le sang au coin de sa bouche, le visage plein d’incompréhension.
Il avait repris ses esprits, mais la paralysie ne s’était pas complètement dissipée. Il était encore désorienté quand Cale prit la parole.
« Jeune maître. »
À cet instant, Ron s’approcha sans un bruit, sans laisser de trace.
Hrk !
Cale eut un sursaut intérieur : Ron s’était approché beaucoup trop silencieusement…
« Dois-je me charger de l’interrogatoire ? »
Ron tira élégamment un poignard et baissa les yeux vers les doigts du capitaine.
« ! »
Le corps du capitaine trembla aux paroles de cet homme à l’air incroyablement sanguinaire.
« Non, ça ira. »
À cet instant, l’homme aux cheveux roux répondit avec douceur.
Le capitaine se rappela l’homme qu’il avait vu avant de perdre connaissance et comprit qu’il était le chef.
Il ouvrit aussitôt la bouche.
Il avait appris une chose en vivant comme pirate.
« P-Pitié, épargnez-moi… »
Sa bouche était fendue, et il articulait mal, mais il s’efforça désespérément de parler.
« J-Je vous d-dirai t-tout… »
Je peux tout vous raconter !
« J-Je vous donnerai n’importe… »
Je peux tout vous donner.
« Non, ça ira. »
Mais l’homme aux cheveux roux sourit et agita la main.
Contrairement à l’expression glaciale qu’il avait vue au premier abord, il avait maintenant l’air plutôt doux. Le capitaine rassembla son courage et se hâta de parler.
« P-Pitié, épargnez-moi… »
« Non, ça ira. »
« Laissez-moi, je vous en prie… »
« Non, ça ira. »
Hein ?
Ce n’est qu’alors que le capitaine comprit que quelque chose clochait.
Il venait de supplier qu’on l’épargne, et cet homme lui avait répondu que ça irait ?
« Ah ? »
À l’instant où le capitaine comprit…
« C’est donc pour envoyer un signal ? »
Il vit dans la main de Cale l’orbe qu’il avait brisé en deux et caché dans son manteau.
« O-Oui ! C’est ça ! »
Ce n’était pas le capitaine qui avait répondu.
Ni l’un de ses hommes.
« ! »
Le capitaine aperçut un vieil homme décharné, vêtu de haillons.
À ses côtés se tenaient plusieurs femmes et enfants.
C’étaient les malheureux captifs qu’il avait ligotés dans la cale et dont il se demandait comment tirer profit.
« Je croyais que vous ne faisiez que voler. Mais vous enlevez aussi des gens. Tss, tss. »
Le capitaine déglutit en écoutant l’homme qui l’avait giflé parler, une jambe repliée.
Il voyait ses subordonnés attachés avec les mêmes cordes que celles dont ils s’étaient servis pour ligoter les gens qu’ils comptaient vendre comme esclaves.
Cale s’adressa à lui d’un ton doux.
« Vous avez dit que vos alliés viendraient recevoir le signal ? »
« Oui. Les navires de la même faction qui se trouvent dans un certain rayon viendront. »
Les navires de l’île 89 qui se trouvaient dans les environs accourraient.
Le vieil homme répondit ainsi, puis poursuivit à toute vitesse :
« Ces salauds de l’île 89 se sont rassemblés en grand nombre près de la côte, autour de ce port, pour sortir de leur situation désavantageuse ! Je suis certain qu’au moins cinq navires vont venir ! »
L’île 89 se trouvait relativement près de la côte, et ses habitants ne pouvaient abandonner ce territoire, alors qu’ils s’étaient enrichis grâce au pillage.
L’île 89.
Comme son nom l’indiquait, elle détenait la quatre-vingt-neuvième puissance la plus importante ; elle était donc assez influente.
« Bien sûr, leurs forces principales doivent être plus près de l’île 89 ou au milieu de la mer, mais ceux qui sont dans les parages sont déjà redoutables ! »
Ce vieux salaud !
Le capitaine fusilla le vieil homme du regard. Il n’arrêtait pas de jacasser alors qu’il était censé être vendu comme esclave.
« … »
Puis il se figea et tourna la tête.
L’homme aux cheveux roux le regardait toujours avec un sourire.
« Hé ! Baisse les yeux, espèce de pirate ! »
Il n’entendit pas ce que lui lança le voyou à côté de lui.
L’homme aux cheveux roux souriant lui faisait peur.
C’est alors que cela se produisit.
Houuu—
Un cor retentit.
Leurs alliés étaient arrivés.
Mais le capitaine ne réagit pas.
À cause des mots indifférents que Cale venait de lui jeter en le regardant.
« Vous nous compliquez la tâche. »
TAC.
Il secoua la main. Les fragments de l’orbe tombèrent au sol et se brisèrent en morceaux.
« Exactement. Nous sommes déjà pressés par le temps. »
Alberu prit la parole calmement et jeta un regard autour de lui.
« Hmm. »
Le Démon Céleste regarda lui aussi alentour, puis désigna l’un des cinq navires qui approchaient.
« C’est le plus rapide et le meilleur. »
Il se leva et fit rouler légèrement son cou. Il semblait plutôt impatient.
Mais le Démon Céleste aperçut quelqu’un et se rassit sans hésiter.
« Monsieur Cale. »
Witira, qui était assise près de la proue, se leva.
« Puis-je m’en charger ? »
Cale sentit qu’elle était de très mauvaise humeur.
« Depuis que le grand général est tombé, c’est comme ça partout ! Tout le monde cherche à s’emparer du pouvoir et dépasse les limites ! »
Le vieil homme avait autrefois été le chef d’une toute petite île et disait avoir vécu sans prendre part aux conflits. À mesure que Witira l’écoutait, son expression se durcissait.
« La mer est devenue immonde ! Ça ne devrait pas être comme ça ! Le Roi des dragons sera furieux ! Les peuples de la mer ne devraient pas faire ça non plus… »
Le vieil homme avait étouffé ses sanglots avant de parler d’une voix tremblante.
Witira avait réagi à ses paroles.
« Les peuples de la mer ? »
« Oui. De nos jours, ce sont eux les plus cruels. Comment la mer a-t-elle pu se retrouver couverte de sang… »
Le vieil homme, qui se lamentait, était rongé par la peur.
« Mademoiselle Witira. »
Cale lui répondit tandis qu’elle attendait silencieusement sa réponse.
« Faites comme bon vous semble. »
Dès qu’il eut fini de parler…
« Archie. Occupe-toi de ce navire. »
Witira donna un ordre à Archie, puis prit appui sur le pont et bondit dans les airs.
« ! »
Les yeux du capitaine s’écarquillèrent devant cette scène.
CHHHHH—
CHHHHH—
Une femme aux cheveux magnifiques et aux yeux pareils à la mer.
De l’eau jaillit dans ses deux mains.
Elle se tourna vers les navires qui approchaient, ceux qui s’apprêtaient à déchaîner magie et flèches…
CHHHHH—
Sans hésiter, elle fit claquer ses fouets d’eau.
BOUM !
« Aaaargh ! »
« La proue, la proue ! »
Le navire se brisa, impuissant.
Mais ce spectacle ne choqua pas le capitaine.
La scène qui suivit le stupéfia bien davantage.
CHHHHH—
La femme se transforma en baleine.
Impossible de se tromper. C’était l’énorme baleine qu’il avait vue avant de perdre connaissance.
Une gigantesque baleine à bosse.
Elle déchaîna sa fureur sur la mer.
Non.
Elle se contenta de bouger.
Avec rapidité et précision.
Et aucun navire ne pouvait vaincre cette baleine.
« Aaaargh ! »
« P-Pitié, sauvez-moi ! »
Les cris des pirates furent engloutis par les vagues soulevées par la baleine.
BOUM ! BOUM !
Les navires se brisèrent les uns après les autres.
Pourtant, lorsque les yeux de la baleine apparaissaient parfois au-dessus de la surface, ils étaient glacials.
Le capitaine ne pouvait rien dire. Il restait figé sur place.
« … »
« … »
Ses hommes, qui avaient repris leurs esprits au milieu du tumulte, ne parvenaient pas non plus à prononcer un mot. Ligotés, ils tremblaient.
Ils jouent dans une tout autre catégorie que nous…
L’île 30.
Non, se corrigea le capitaine. Elle était du même niveau que les puissants de l’île 17.
Il ne les avait jamais affrontés lui-même, mais en voyant cette femme-baleine, il pensa naturellement aux récits des puissants qui livraient actuellement une guerre acharnée au milieu de la mer.
Et pourtant, il n’avait jamais entendu parler d’une combattante aussi redoutable.
Une femme-bête de la Tribu des Baleines.
Il n’avait jamais entendu parler d’une telle créature.
Parmi les gens de la mer, parmi les peuples marins, il n’y avait certainement aucune femme-bête de la Tribu des Baleines.
Mais qui sont-ils, au juste ?
Ils semblaient différents des alliances d’étrangers qui avaient récemment rejoint le champ de bataille…
L’esprit du capitaine était rempli de confusion.
Pourtant, il ne pouvait rien laisser paraître. Il ne parvenait même pas à respirer correctement.
CHHHHH—
Après avoir épargné un seul des navires qui approchaient, la baleine revint vers leur bâtiment.
Et, sur le pont du navire intact…
« Kahahaha ! Pourquoi vos flèches sont-elles si faibles ?! »
« Gah ! »
Archie réduisait les pirates en bouillie.
« Urgh, c-ce démon… ! »
« Quoi ? Je ne suis pas un démon ! Qui traitez-vous de démon, bande de déchets pourris ?! »
BOUM ! PAF !
Archie rouait les pirates de coups avec un enthousiasme débordant, encore et encore.
À voir la situation, il aurait très bien pu les assommer et en finir, mais il s’acharnait délibérément à leur faire mal.
« La traite d’êtres humains ? Ça ne se fait pas, bande de salauds ! »
Gah !
« Salaud, tu pointes une épée sur moi ? Tu veux que je te découpe ? »
Aaaaaargh— !
« C’est toi qui m’as lancé de la magie tout à l’heure, hein ? Kéké. Tu veux mourir ? »
Un démon…
Cale regarda les deux baleines tout démolir, puis s’adressa à son groupe.
« Détachez tous les otages et transférez-les sur ce navire. Nous, on va prendre celui-là. »
« Humain, je peux faire souffler du vent dans les voiles avec ma magie ! »
« Ouais, ouais. »
Tandis que les autres se dirigeaient vers l’autre navire, Cale s’adressa au vieil homme.
« Ancien, vous êtes marin, vous aussi, n’est-ce pas ? Emmenez ces gens au port. Ou mettez-vous en sécurité quelque part. »
Puis il sortit de l’argent de son manteau et le lui tendit.
C’était une partie de l’argent du voyage que l’Ours noir, terrifiant mais mignon, avait préparé pour lui.
« C-Cela… »
Le vieil homme hésita, puis demanda :
« Qui êtes-vous ? »
Ces gens.
Il y avait quelque chose chez eux.
Bien que son île fût petite, le chef avait survécu jusqu’ici au milieu du chaos en marchant sur une ligne de crête. Il trouvait l’homme devant lui hors du commun.
Comme les chefs des dix-sept îles qui se trouvaient maintenant au milieu de la mer.
Un sourire.
Cale sourit.
Ce sourire était tout autre que celui, doux, qu’il avait affiché plus tôt. Celui-ci avait quelque chose de dangereux.
Cale et Alberu en avaient effectivement parlé.
« Nous pouvons retrouver Sa Majesté et mettre l’Alliance océanique sous notre coupe, nous aussi. Plus nous rassemblerons de forces pour nous opposer à la Famille du Sang aux cinq couleurs dans le Nouveau Monde, mieux ce sera. »
« C’est exact. Votre Altesse, j’aime que vos pensées rejoignent si souvent les miennes. »
Au lieu de répondre, il se détourna. Le vieil homme et les insulaires libérés suivirent son regard.
CHHHHH—
Une femme se tenait là, après avoir fendu les eaux et regagné le pont.
Witira regarda Cale qui souriait et lui rendit un sourire discret.
Elle répondit à la question du vieil homme.
« Nous ne sommes pas des insulaires. »
Comme il s’y attendait.
Ils n’étaient pas d’ici.
Alors que le vieil homme le comprenait, Witira ajouta calmement :
« Mais nous sommes des gens de la mer. »
Comme si la mer qui l’entourait lui appartenait.
Elle parlait paisiblement, et le vieil homme ne trouva rien à répondre. Il se contenta de déglutir.
Car, malgré son expression calme et douce, son regard, posé sur la mer, était celui d’un prédateur, pareil à celui du grand général qui avait autrefois régné sur ces lieux.
« Nous allons vous laisser, ancien. »
Ils s’étaient montrés féroces envers leurs ennemis, mais étaient restés doux et polis avec eux jusqu’au bout.
Ils partirent. Ceux qui avaient échappé à la vente comme esclaves reprirent vite leurs esprits et se dirigèrent d’abord vers le port.
Et les récits sur les « gens de la mer » commencèrent à se répandre de bouche en bouche.
*****
Et ces gens de la mer…
« Ce navire n’a pas de pavillon non plus ! À l’attaque ! »
« Waaaaah— ! »
Ne tardèrent pas à croiser des pirates appartenant à une autre île.
Ils tentèrent de les ignorer.
Ils avaient maintenant un navire.
Ils n’avaient pas le temps de s’occuper de la petite racaille.
Mais…
« Kahahaha ! Ce sont des nouveaux, sûrement ! Tuez-les ! Tuez-les et prenez leur navire ! »
« Ce sont des étrangers ? Alors on les vendra comme esclaves ! En avant ! »
Ces salauds se ruèrent sur eux sans rien savoir.
BOUM !
Alors ils les démolirent à leur tour.
Ils étaient pressés, alors Witira se contenta de les fracasser d’un coup de corps.
« Kahahaha ! Des nouveaux ! Ils n’ont pas de pavillon non plus ! À l’attaque ! »
Mais d’autres apparurent.
Avant d’atteindre le milieu de la mer, il y avait bien trop de navires incapables de prendre part à la guerre acharnée, surtout ceux des pirates occupés à piller et à chercher des proies.
BOUM !
« Kahahaha ! Alors, comment vous trouvez les poings d’Archie ?! »
Ils les démolirent encore.
Bien sûr, lorsqu’il y avait des otages, ils ne s’en prenaient qu’aux pirates, puis repartaient.
« Oh ! Une proie ! Allons-y ! »
« Accélérez ! Rapprochez le navire ! À l’attaque ! »
Les navires pirates n’arrêtaient pas d’apparaître.
BOUM !
BOUM !
Alors ils continuaient à s’en occuper.
Ils les démolissaient sans trop forcer ou les maîtrisaient.
Et ils poursuivaient leur route à toute vitesse.
Malgré tout, les navires pirates étaient trop nombreux.
« … »
« … »
Et lorsque le soleil se leva…
« … »
« … »
Le groupe de Cale s’était tu.
Ils étaient très puissants.
Cale n’avait-il pas tenu tête au troisième Empereur ? Ses compagnons étaient tout aussi redoutables.
En revanche, les pirates qu’ils avaient croisés toute la nuit n’étaient pas forts.
Comparés au groupe de Cale, ils étaient faibles.
« … »
« … »
Mais ils étaient trop nombreux.
Et, qu’ils soient stupides ou qu’ils ne réfléchissent tout simplement pas avant d’agir, ils fonçaient toujours droit sur eux. Le groupe de Cale devait leur sembler faible.
Cale contemplait sans un mot le soleil levant.
Archie marmonna :
« Ouah, merde. Il y en a encore d’autres qui arrivent. »
Choi Han poussa un long soupir, tapota l’épaule d’Archie et lui dit :
« Ne t’endors pas. »
« Ah, ah ! »
Archie se rendit compte qu’il s’était assoupi sans le vouloir. Il venait d’apercevoir un navire pirate et se réveilla en sursaut.
Il avait des cernes creusées sous les yeux.
Comme il pouvait se déplacer librement en mer, c’était lui qui avait rossé le plus de pirates.
Sans avoir eu une seconde de repos.
« Hein ? Je rêve ? »
Pourtant, il marmonna de nouveau peu après, les yeux rivés sur le soleil levant à l’horizon.
Car il voyait une multitude de navires approcher au loin.
« Ce n’est pas un rêve. »
Ron répondit d’une voix bienveillante, puis ajouta :
« À en juger par leurs pavillons, la plupart sont des pirates. Je vois aussi des navires appartenant aux îles pirates dont nous avons démoli les bâtiments. Ils doivent être venus les récupérer. »
Après la nuit, davantage de navires avaient pris la mer.
« Ah. »
Alors qu’Archie restait assis sur le pont, l’air absent…
Pat, pat.
Ron lui tapota l’épaule avec un sourire bienveillant, comme pour l’encourager et l’inciter à continuer…
« Cale. »
« Oui. »
« Il nous faudra au moins une journée de plus pour entrer dans la zone maritime centrale. »
« Oui. »
Comme Alberu l’avait dit, il leur faudrait encore une journée pour atteindre la mer centrale.
« Mais nous risquons d’avancer encore plus lentement. »
« C’est vrai. Si ça continue comme ça. »
À la réponse de Cale, Alberu demanda :
« Si ça continue comme ça ? On dirait que tu comptes changer la donne. »
« On a l’air faciles à attaquer. »
« J’imagine. Une seule nuit s’est écoulée, alors les informations à notre sujet n’ont sans doute pas encore circulé. »
Alberu en resta là, puis fixa silencieusement Cale avant de laisser échapper un petit rire.
« Tu comptes faire en sorte qu’on ait l’air moins faciles à attaquer. »
« Oui. »
S’ils avaient l’air d’une proie facile parce qu’ils n’avaient pas de pavillon, qu’ils étaient peu nombreux et qu’ils n’avaient qu’un seul navire…
Il leur suffisait de cesser d’en avoir l’air.
Du moins, jusqu’à ce que les informations à leur sujet circulent.
— C’est à mon tour d’entrer en scène ?
L’Aura Dominatrice prit la parole avec enthousiasme, incapable de cacher son impatience fébrile.
— Il est temps d’afficher notre dignité. Hé hé.
L’Aura Dominatrice prit un ton solennel et grave.
— Des pirates, rien que ça. Dès qu’ils s’approcheront, ils le sentiront ! Dès qu’ils verront ce corps, ils baisseront la tête ! Kahahahaha !
L’Aura Dominatrice avait affronté le Dieu du Chaos. Même si elle ne l’avait pas encore vaincu, elle avait gagné en puissance à cette occasion.
— Kahahaha ! Nous sommes les souverains de la mer !
En écoutant cette voix pleine de vantardise, Cale commença à libérer l’Aura Dominatrice.
« On. Le brouillard. »
Et, une fois la nuit passée, au-dessus de la mer lumineuse…
« Enveloppe seulement notre navire. »
Le brouillard commença à entourer un unique navire sans pavillon.
Comme un navire fantôme voguant sur une mer infernale.
À travers ce navire fantôme et le brouillard qui l’enveloppait, l’Aura Dominatrice se répandit au loin.
CHHHHH—
Porté par le vent que Raon créait avec sa magie, le navire fantôme fendit les flots plus vite que tout autre bâtiment.
Vers la mer immense.
Vers les innombrables navires.
Et les marins des navires touchés par ce brouillard allaient devoir faire face à Cale, enveloppé par l’Aura Dominatrice.