Chapitre 1 296
Pour l’instant, ils se rendirent dans une auberge.
Cale loua toute une aile annexe de l’auberge, puis Ron lui raconta tout ce qui s’était passé.
« … Le chantier naval a été détruit ? »
« Oui. On raconte que des pirates l’ont détruit il y a peu. »
« Il n’y a pas de forces armées locales, ici ? Ils ont laissé faire ? »
« Apparemment, le poste est vacant depuis l’assassinat du maire, il y a un mois. »
« … Et tous les bateaux de pêche et les navires marchands ordinaires ont été vendus ou volés ? »
« Oui. »
Hah…
Cale laissa échapper un souffle incrédule.
« C’est le chaos. »
Alberu résuma calmement la situation, puis but une gorgée de thé.
Glou…
Cale but le thé au citron que Ron lui avait servi et regarda par la fenêtre.
L’Alliance océanique.
Elle se composait de centaines d’îles, si l’on comptait l’immensité de la mer et les petits îlots inhabités qui y étaient éparpillés.
« On dit qu’il n’y a aucun navire sans propriétaire dans le port. »
Ron prit la parole.
« Et pas de dirigeant non plus. »
Alberu enchaîna.
Trois puissants, cinq moyens, dix faibles.
Le royaume de Somuta faisait partie des dix faibles.
« On dit que le royaume de Somuta laisse le port de Solafla tranquille. De son point de vue, il semble vouloir attendre que les troubles de l’Alliance océanique se calment. »
« … »
« Au début, il est tout de même intervenu dans une certaine mesure et a appelé à la retenue. Mais depuis l’assassinat du maire, puis l’explosion récente du chantier naval et la disparition de tous les navires, il n’a fait que garder le silence. »
Vraiment, c’était le chaos complet.
« Votre Altesse. Quelle est exactement la situation ? »
À la question de Cale, Alberu reposa sa tasse et prit la parole.
« Tu crois que je sais tout simplement parce que tu me le demandes ? »
« Oui. »
Croque.
En voyant Cale lui répondre tout en mangeant un biscuit, Alberu soupira.
Comme Cale l’avait dit, Alberu s’était tenu au courant de la situation politique du Nouveau Monde dans ses moindres détails pendant son absence.
« Les Grandes Empreintes. Dès que cet épisode a commencé, les joueurs ont pu devenir des dirigeants, comme des rois ou des maires. »
« Oui. »
« Mais tout le monde pensait que rien ne pourrait arriver dans l’immédiat. »
Le Nouveau Monde était un continent où des structures de pouvoir solides s’étaient déjà établies.
On pensait que les joueurs, encore peu nombreux, n’y parviendraient à rien.
« Dans ce contexte, une rumeur s’est répandue : le joueur numéro un deviendrait le prince héritier de l’Empire de l’Est. »
Cling.
Quand Alberu reposa sa tasse, Cale prit la parole.
« Ça les a poussés à agir. »
« Exactement. »
Les Grandes Empreintes.
Devenir le premier dirigeant du Nouveau Monde grâce à cet épisode n’avait rien de simple.
« NaSoJeol. Ce jeu exerce une grande influence sur le Troisième District. C’est pourquoi certains joueurs sont soutenus non pas à titre individuel, mais en tant que puissances, même par des nations. »
« Alors l’Alliance océanique a attiré l’attention de ceux qui voulaient devenir les premiers dirigeants ? »
« Oui. »
Alberu baissa les yeux vers l’extérieur.
Le port, qui donnait sur une mer magnifique, grouillait d’activité sous le soleil radieux, mais semblait malgré tout lugubre.
« Une brèche s’est ouverte dans l’Alliance océanique. »
L’Alliance océanique.
Un rassemblement de ceux qui vivaient sur les innombrables îles et en mer.
Elle comptait parmi les cinq puissances moyennes et disposait d’une force considérable…
« On dit que le grand général de l’Alliance océanique a perdu connaissance. Il serait presque à l’article de la mort. »
L’Alliance océanique n’avait pas de roi.
À la place, le grand général faisait office de roi.
Apparemment, il gérait les affaires de l’Alliance, petites et grandes, par l’intermédiaire du conseil des généraux.
« Un trône occupé depuis au moins trente ans est désormais vacant. »
« Et ceux qui retenaient leur souffle convoitent le poste de grand général ? »
« Exactement. C’est pour ça que la guerre a éclaté dans l’Alliance océanique. »
Le tableau se dessinait.
« Et les joueurs ont commencé à prendre part à cette guerre, eux aussi ? »
« C’est ça. »
Cale observa en silence Alberu, qui répondait avec calme, puis reprit la parole.
« Tu as dit que Sa Majesté se trouvait sur l’île numéro un. »
L’Alliance océanique comptait tant d’îles que personne ne pouvait se souvenir de tous leurs noms.
On leur avait donc attribué des numéros.
Et plus le numéro était bas, plus l’île était puissante.
« En effet. C’est justement là que réside le grand général. »
L’île numéro un était actuellement administrée par le grand général, qui avait perdu connaissance.
Les îles numéro deux à dix-huit correspondaient aux dix-sept forces membres du conseil des généraux.
Au-delà, les îles se comptaient par centaines.
« Cale. Il nous reste encore deux semaines. »
Alberu prit un ton doux.
« Commençons par trouver un navire. Ensuite, nous devrions étudier les rapports de force et chercher un moyen de rejoindre l’île numéro un. »
Pour l’instant, des combats faisaient rage ici et là sur la mer, parsemée de centaines d’îles.
Et, bien sûr, les îles elles-mêmes étaient aussi le théâtre d’affrontements.
Un faux pas pouvait donc les entraîner dans la guerre, ou leur attirer une attaque inutile.
« Nous devons bien nous préparer avant de bouger. »
Alberu parla à voix basse.
« Je n’en ai pas envie. »
répondit Cale.
« ? »
À l’instant où l’expression douce d’Alberu s’effaça et où l’un de ses sourcils se haussa légèrement…
Cale donna un ordre à Ron.
« Ron. Nous prenons la mer ce soir. Renseigne-toi sur les environs. »
« Bien, jeune maître. »
Sans rien ajouter, Ron emmena aussitôt Beacrox et sortit.
« Je viens aussi. »
Choi Han partit avec eux.
« Toi… »
Alberu ouvrit la bouche en les regardant, mais Cale fut plus rapide.
« Tu le sais, n’est-ce pas ? »
L’endroit où se trouvait le roi, que le Dieu de la Mort lui avait indiqué.
« Nous ignorons où Sa Majesté pourrait aller ensuite. Il n’est pas facile de contacter le Dieu de la Mort non plus, alors mieux vaut se rendre au plus vite à l’endroit qu’il nous a indiqué. »
« … »
Alberu ne répondit pas.
Cale se rappela qu’Alberu était venu le retrouver très rapidement, dès qu’il lui avait annoncé qu’il restait moins de deux semaines à vivre à Sa Majesté et qu’il connaissait l’endroit où il se trouvait.
Le prince et le roi.
Cale ne connaissait pas grand-chose à leur relation.
Elle n’était sans doute pas très bonne, mais Alberu, tel que Cale le connaissait, se souciait de sa famille et veillait sur elle bien plus qu’on aurait pu le croire.
Il suffisait de voir la façon dont il traitait ses deux cadets et les Elfes noirs.
Il a le cœur tendre.
Alberu Crossman était bien plus doux qu’il n’en avait l’air.
Et il était aussi prêt à se sacrifier.
Il se donnait seulement des airs rusés. En réalité, il prenait toujours les responsabilités du royaume sur ses épaules et en souffrait plus que quiconque.
« … »
Alberu, qui était resté silencieux, reprit la parole.
« Et pour le navire ? Ne vaudrait-il pas mieux partir demain après le lever du soleil plutôt que de nuit ? »
À ces mots, Cale tourna les yeux vers la femme qui dégustait tranquillement des rafraîchissements dans un coin du salon de réception.
« Mademoiselle Witira. Qu’en pensez-vous ? »
Elle lui adressa un sourire radieux.
Ses yeux couleur océan pétillaient d’amusement.
« J’ai le dos plutôt large. »
Archie, l’homme-bête de la Tribu des Baleines, leva discrètement la main.
« Les enfants peuvent monter sur mon dos ! Kuhahaha ! »
Il semblait particulièrement enthousiaste.
Cale les regarda avec fierté, puis tourna les yeux vers Alberu.
« … »
Alberu promena son regard entre Witira et Archie, puis observa le grand sourire de Cale. Il finit par se contenter de garder les lèvres closes.
Alberu n’avait jamais de sa vie chevauché le dos d’une baleine.
*****
La nuit tomba.
Malgré l’heure tardive, le port de Solafla n’était pas plongé dans l’obscurité.
Des lumières de toutes sortes éclairaient les environs, et le port restait bondé.
« Hah… On ne peut vraiment pas trouver de navire marchand ? »
« Pourquoi tu demandes alors que tu connais déjà la réponse ? Un navire marchand, c’est vraiment le problème, là ? Je me demande surtout si on pourra seulement acheminer des provisions jusqu’aux îles ! »
« … Il va falloir s’accrocher à quelqu’un pour atteindre une île. »
Pourtant, aucun navire n’était amarré près du port.
À l’origine, le port de Solafla prospérait grâce au commerce.
Les échanges commerciaux continuaient d’exister, même à présent. La différence, c’était qu’au lieu de commercer comme avant, ils devaient désormais compter sur des forces qu’on appelait pirates ou généraux.
« Hum ? »
« Quoi ? »
« Non. Là-bas, vers la falaise… »
« Hein ? Je ne vois rien. »
« J’ai dû me tromper. »
Le marchand, qui regardait en direction de la falaise où aucun garde-côte n’était posté, finit par croire qu’il s’était trompé et reprit son chemin.
En effet.
Au pied de la falaise.
Une forme d’un noir d’encre se découpait dans la nuit.
Cette forme immense…
Impossible qu’une chose aussi grande se trouve dans les parages.
Il avait dû se tromper.
Swaaaaa…
Mais cette immense forme fendait à présent la mer sans hésiter.
« Humain, c’est un petit bateau comme la dernière fois ! »
Assis dans la petite embarcation, Alberu se sentit secrètement soulagé.
Ron avait tout juste réussi à dénicher ce minuscule bateau.
Alberu et plusieurs membres du groupe étaient installés dans l’embarcation, qui avançait à côté de Witira.
« Hi hi ! C’est amusant ! »
« C’est amusant ! »
« C’est amusant. »
À leurs côtés, les enfants d’une dizaine d’années chevauchaient bien sûr le dos d’Archie, qui s’amusait à les faire rire.
Alberu leva les yeux vers l’immense forme à côté de la petite embarcation et prit la parole sans même s’en rendre compte.
« Toi… »
« Oui ? »
« Laisse tomber. »
Cale était étendu de tout son long, les bras et les jambes écartés comme une étoile de mer.
En voyant Cale se prélasser sur le dos de Witira, Alberu détourna simplement la tête.
… Tout le monde est calme, sauf moi.
Alberu décida de ne plus y penser.
Cale ne comprenait pas pourquoi Alberu se comportait ainsi. Il resta donc confortablement allongé et se plongea dans ses pensées.
L’île numéro un.
Elle se trouvait légèrement au nord du centre de l’archipel composé de centaines d’îles.
Il leur restait encore un long chemin à parcourir.
En levant les yeux vers le ciel nocturne, Cale se rappela la conversation qu’ils avaient eue avant de venir ici.
Je vais me renseigner sur les nouvelles du royaume divin. Tu as aussi besoin d’informations sur le royaume céleste, c’est bien ça ?
Choi Jung Gun avait aussitôt annoncé qu’il quitterait de nouveau le groupe de Cale pour partir seul.
Tu peux aussi chercher des renseignements sur l’Aile céleste, le lieu sacré interdit du royaume céleste ?
Bien sûr.
Il avait toutefois précisé qu’il lui transmettrait toute information dès qu’il l’aurait obtenue et qu’il lui signalerait aussi sa position de temps à autre.
Je vais m’en occuper aussi. Je vérifierai la situation du Dieu de la Mort et je vous rejoindrai ensuite.
Choi Jung Soo avait également décidé de les rejoindre plus tard avec Eruhaben.
Je vais aussi me renseigner sur l’Ordre du Dieu du Chaos.
Selon le Démon Céleste, le saint chevalier le plus haut gradé avait quitté le Monde des Démons tel quel. Après avoir confirmé cela, le Démon Céleste était rentré. Il faudrait continuer à surveiller l’Ordre du Dieu du Chaos quelque temps.
Pour l’instant, mademoiselle Rosalyn avait proposé de s’occuper des affaires du Troisième District.
Mary, les Elfes noirs et les autres faisaient eux aussi la navette entre le Château noir et le Nouveau Monde, en prévision du moment où Cale y renforcerait ses forces pour de bon.
« Kim Hae-Il. »
« Ouais. »
À cet instant, la voix du Démon Céleste retentit.
« Je vois un navire. »
En entendant ces mots, Cale se redressa.
Au même moment, Witira, qui laissait jusque-là une partie de son corps émerger, s’enfonça davantage dans l’eau.
Elle se dissimula jusqu’à presque affleurer la surface, et Cale, assis comme s’il flottait sur l’eau, prit la parole.
« Démon Céleste. Décris le drapeau à Ron. »
Le Démon Céleste, dont l’énergie interne avait aiguisé la vue au maximum, décrivit le drapeau du navire, très loin devant eux.
Ron hocha la tête.
« J’ai identifié le drapeau. »
La route vers l’île numéro un.
Elle était longue.
Ils devraient naviguer pendant plusieurs jours.
Ils ne pouvaient pas faire tout le trajet sur le dos d’une baleine.
La perturbation du mana et les formations destinées à empêcher les attaques surprises de l’ennemi en temps de guerre compliquaient la téléportation, non ?
On disait que l’Alliance océanique était un mélange chaotique de magie, d’escrime, d’arts martiaux et de toutes sortes d’autres disciplines.
Le chaos au sens propre.
Le plus sûr et le plus rapide était donc de traverser la mer directement.
En plus, nous n’avons pas de vivres.
Quoi qu’il en soit, il leur faudrait voyager plusieurs jours, et Cale n’avait rien emporté.
À la place, il avait chargé Ron de se renseigner sur certaines choses.
« C’est un navire de l’île numéro quatre-vingt-neuf. »
Après avoir repéré le drapeau, Ron identifia l’île d’origine du navire au loin.
« C’est qui, eux ? »
À la question de Cale, Ron répondit sans détour.
« Des pirates tout ce qu’il y a de plus classiques. Ils sont connus pour piller. »
« Oh. »
Les lèvres de Cale s’incurvèrent.
L’Alliance océanique.
Les forces des différentes îles pouvaient être des pirates, des marchands, des généraux, ou tout cela à la fois. Chacune était différente.
Et ceux qui se trouvaient devant eux étaient, disait-on, des pirates tout ce qu’il y avait de plus classiques.
« Ces derniers temps, ils font surtout des bénéfices en attaquant par tous les moyens les navires des marchands qui tentent de rejoindre les îles. On raconte qu’ils ne s’en prennent qu’aux adversaires les plus faibles. »
Le sourire de Cale s’élargit.
« Humain, on les dépouille ? »
À la question de Raon, Cale ne répondit pas. Il regarda plutôt le prince héritier.
Après tout, le prince héritier était là. Ne devrait-il pas lui demander son avis ?
Leurs regards se croisèrent, et le prince héritier sourit légèrement.
« Qui aurait cru que je ferais ce genre de chose, moi aussi ? »
Son sourire était empreint d’une grande curiosité.
À cet instant, Cale leva la main.
« Bon, allons nous trouver un navire. »
Il venait de parler quand On bondit dans ses bras.
« Miaou… »
Au son du miaulement, le brouillard commença à se répandre sur la mer.
La brume marine descendit.
Elle était si épaisse qu’elle masquait jusqu’à la lumière des étoiles et de la lune.
« Hum ? Pourquoi il y a du brouillard tout à coup ? »
« J’en sais rien ! Va d’abord dans cette direction ! Je suis sûr qu’il y avait quelque chose qui approchait ! »
Le capitaine, qui écoutait les paroles du marin, prit la parole.
« Tu en es certain ? C’était loin. On est sûrs de pouvoir l’atteindre ? »
« Il n’y avait aucun drapeau ! Pas de lumière non plus ! Ça doit être un navire marchand qui se déplace en secret ! »
En entendant le marin, qui venait de baisser sa longue-vue, le capitaine acquiesça.
En effet, il avait déjà vérifié.
Cependant…
« Tss. Il m’a pourtant paru un peu grand. »
Quand il l’avait aperçu de loin, le navire lui avait semblé plutôt imposant.
Il était immense.
C’était pour ça qu’il l’avait observé avec prudence.
« Mais la deuxième fois qu’on a regardé, il était petit. »
« C’est vrai. »
La chose gigantesque avait rétréci quand ils l’avaient vue une deuxième fois.
Il avait dû mal la voir la première fois.
Ils s’apprêtaient donc à s’en approcher un peu plus vite, mais le brouillard les enveloppa bientôt.
« Dépêchons-nous de le rattraper ! Un navire de cette taille doit regorger de richesses. Et si on attrape ces salauds de marchands pour les revendre, on fera une jolie affaire, hé hé. »
« Capitaine, c’est vrai ! Ces temps-ci, les humains valent plus cher que les marchandises ! Kéhéhé ! »
« On n’a rien trouvé depuis des jours ! Il faut qu’on décroche quelque chose aujourd’hui ! On n’a pas encore capturé assez de gens ! C’est une perte, une perte ! Ils ne servent à rien ! »
Après avoir fait chou blanc pendant des jours, les pirates impatients harcelèrent le capitaine.
Ces derniers temps, la guerre était devenue si féroce qu’ils n’avaient plus la moindre brèche pour s’y faufiler et n’avaient aucune occasion de gagner de l’argent comme il faut.
« … J’ai un mauvais pressentiment. »
Le capitaine, qui avait passé toute sa vie dans la piraterie, le sentait bien.
Quelque chose clochait.
Ce brouillard si dense, apparu tout à coup, au point de masquer même la lumière des étoiles.
« C’est de la magie ? »
Non.
« Un ennemi ? »
Quelqu’un en avait-il après leur navire ?
Le capitaine donna rapidement un ordre aux marins.
« Faites immédiatement demi-tour ! On retourne à l’île ! »
Ils devaient quitter les lieux au plus vite.
Discrètement, il fit un geste de la main et brisa l’orbe qu’il gardait dans sa poche intérieure.
Il avait vraiment un très mauvais pressentiment.
Il prit sa décision sans tarder.
« Hah. Toujours aussi froussard. »
« Tss. On ne peut pas encore rentrer les mains vides aujourd’hui. On devrait au moins s’approcher un peu d’abord ! »
Quelques subordonnés impatients exprimèrent bien sûr leur mécontentement, mais ils obéirent tout de même et changèrent l’orientation des voiles.
Le brouillard était en effet sinistre.
Swaaaaa…
Mais ils cessèrent bientôt de râler et de bouger.
Swaaaaaaaa…
Ils entendirent quelque chose.
Ça se rapprochait.
Mais ils ne voyaient rien.
Le brouillard avait beau être épais, ils auraient dû distinguer quelque chose d’aussi près.
Ils ne voyaient rien du tout.
Swaaaaaa…
L’un après l’autre, ils tournèrent la tête vers la provenance du bruit.
Rien n’était visible.
Swaaaaa…
Le bruit se rapprocha encore.
« … Non… »
Ce n’était pas qu’ils ne voyaient rien.
Quelque chose approchait dans le brouillard.
« … Un humain ? »
Un homme aux cheveux roux s’approchait, debout à la surface de la mer.
Le brouillard s’écarta devant lui pour lui ouvrir un passage.
L’homme affichait une expression indifférente.
Il n’était qu’un seul homme, et pourtant les pirates étaient incapables de bouger.
« … ! »
« A-ah… »
Ils voyaient sur quoi l’homme posait les pieds.
Swaaaaa…
Quelque chose d’immense.
Un être dont il était impossible d’estimer la taille à cause du brouillard.
Swaaaaa…
Une baleine.
Une baleine gigantesque se révéla lentement au-dessus de la surface de la mer.
Ses yeux étaient braqués sur le navire.
Le regard de l’homme aux cheveux roux debout sur son dos, Cale, était lui aussi rivé sur le navire.
Un chasseur de pirates.
Dans ce repaire de pirates, c’était la première fois qu’un chasseur de pirates faisait son apparition.