Chapitre 1 292
« Sauveur… ? »
Au moment où Cale croisa le regard du plus haut fonctionnaire de la ville, qui l’interpellait avec précaution…
Très bien.
Il prit sa décision.
Évitons le pire.
La scène où le pouvoir du dieu démon lui serait accordé comme une bénédiction, tandis que Cale accomplirait un rituel de purification devant d’innombrables démons.
Il devait éviter ça.
Au lieu de remettre son insigne dans sa poche, Cale l’épingla sans ménagement à un endroit bien visible de ses vêtements, puis prit la parole.
« Merci de m’accueillir. »
Un sourire doux et chaleureux, idéal pour atteindre son objectif sans en avoir l’air, se dessina naturellement sur ses lèvres.
— Humain, pourquoi tu souris comme ça ? Tu disais que ça te rendait fou, et maintenant tu souris comme quand tu arnaques les gens !
Il ignora légèrement les paroles de Raon.
Parce que…
Le temps !
À partir de maintenant, le temps était précieux.
« Quel soulagement ! Tous les habitants de notre ville n’attendaient que vous, Sauveur… »
« Oui. Je comprends ce sentiment. »
Cale coupa la parole à son interlocuteur.
Puis il reprit d’une voix chaleureuse, mais ferme :
« J’aimerais toutefois accomplir le rituel de purification tout de suite, le plus vite possible. »
« Ah ! »
Le fonctionnaire eut l’air surpris, puis son visage s’illumina.
« Oui. Nous avons commencé les préparatifs dès que nous avons appris votre arrivée. Si vous pouviez patienter encore un peu… »
« Non. »
Cale ne céda pas.
« Le plus vite possible, je vous prie. »
Des acclamations par milliers.
Que fallait-il pour les éviter ?
La vitesse !
Il fallait aller si vite que les villes à purifier n’auraient pas le temps de préparer des défilés d’accueil ou de grandes festivités !
Extrêmement vite !
Si vite que les foules n’auraient pas le temps de se rassembler et qu’aucune occasion de le couvrir de louanges ne se présenterait !
Extrêmement vite !
Frapper et filer !
Il ne pouvait pas faire l’impasse sur le rituel de purification.
Alors il l’accomplirait aussi vite que possible, puis il repartirait !
Avant que quiconque ait eu le temps de reprendre ses esprits.
Ainsi, la lune sur cet insigne n’aurait pas le temps de se remplir.
Et puis…
Je ne peux pas laisser ce cinglé de Clopeh Sekka avoir le temps de manigancer quoi que ce soit.
Cale parla avec fermeté.
« La fête organisée à l’occasion du rituel n’a pas besoin d’être extravagante. Il suffit qu’un nombre raisonnable de démons profitent de ce moment de joie. »
« Ah… »
« Alors, procédons aussi vite que possible. Chaque instant compte. »
« Mais tout ce que nous avons préparé… »
« Je sais. Je sais combien d’efforts vous avez consacrés à ces préparatifs. Mais voyez-vous… »
Cale était résolu.
« Je veux purifier cet endroit au plus vite. Nous n’avons pas le temps. »
Son sourire s’effaça avant même que quiconque s’en aperçoive.
À cette vue, l’expression du fonctionnaire changea.
Le Sauveur qui avait sauvé et sauverait le Monde des démons.
Toutes ces choses qu’ils avaient préparées pour lui faire bonne impression…
« … »
Le plus haut fonctionnaire resta un instant sans voix.
Il veut les purifier aussi vite que possible…
Que pouvaient bien signifier ces mots ?
Cet homme est vraiment un sauveur.
Il avait entendu parler de Cale et l’avait vu en enregistrement, mais comme il ne l’avait jamais rencontré en personne, il lui restait encore une pointe d’appréhension.
À présent qu’elle s’était dissipée, le plus haut fonctionnaire put éprouver un respect sincère pour l’humain qui se tenait devant lui.
« Oui. Nous préparerons la purification aussi vite que possible. »
« Merci. »
Il avait vu le vrai visage du Sauveur. C’était de la sincérité.
« Je veux purifier tout le monde et repartir aussi vite que possible. »
… Cet humain est vraiment bon.
C’est bel et bien un sauveur.
« Oui. Veuillez me suivre. »
La cérémonie d’accueil du Sauveur et le repas dans la splendide salle de banquet qu’on lui avait préparée…
Tout fut annulé.
Mais le Sauveur ne manifesta pas le moindre regret.
Il n’y prêta pas la moindre attention.
Il se dirigea simplement vers l’endroit où des démons étaient confinés depuis des semaines, atteints par la maladie grise au point qu’il ne restait plus rien de leur ancienne apparence.
Un lieu que personne en ville ne voulait approcher, tandis que les familles des malades continuaient de veiller à proximité, jour et nuit.
Le centre de quarantaine.
Le Sauveur s’y rendit sans la moindre hésitation.
Le Sauveur déclara :
« La place devant le centre de quarantaine est vaste. Je vais procéder à la purification ici, tout de suite. »
Il était résolu.
Il n’accepta pas même une partie du grand cérémonial que nous avions préparé.
« La purification passe avant tout. L’espace réservé aux spectateurs, les démons venus assister à la purification… ce n’est pas la priorité. »
Le regard du Sauveur était entièrement tourné vers les malades.
Comme il faisait encore jour, ils ne manifestaient pas leur agressivité et dormaient tels des cadavres.
« Ces gens passent avant tout. »
Le regard du Sauveur se porta au-delà de la clôture de fer qui entourait le centre de quarantaine et la place.
« Il y a déjà ici assez de gens prêts à participer à la purification, des gens qui la désirent plus ardemment que quiconque. »
Au lieu d’aller accueillir le Sauveur, les démons avaient attendu anxieusement devant la clôture de fer, se demandant comment les malades seraient purifiés une fois qu’il serait arrivé.
Les familles et les proches des malades.
En les regardant, le Sauveur ordonna calmement :
« Ouvrez les portes du centre de quarantaine. »
Les portes principales étaient restées fermées depuis qu’on y avait enfermé les malades.
Le Sauveur désigna les grandes portes du bâtiment.
Ses compagnons ouvrirent grand les portes du centre de quarantaine sans la moindre hésitation.
« Je commence. »
Le Sauveur se lança aussitôt dans la purification, sans prononcer de discours particulier.
Le centre de quarantaine se trouvait à la périphérie de la ville. Il ne pouvait donc accueillir tous les démons venus de loin dans l’espoir d’assister à ce rituel de purification.
Il fallait plutôt les empêcher d’approcher.
Car le rituel avait déjà commencé.
« Ah… »
« … Ô dieu démon… »
Mais quelque chose était visible même de loin.
Une brume grise.
Des particules grises qui s’élevaient dans cette brume.
« Urgh. »
« Ha, haha… h, h-hngh. »
Enveloppés par la brume grise, les démons se remémoraient des moments heureux et voyaient des particules grises s’élever de leur corps.
Les familles et les proches des malades, ainsi que les soldats et les fonctionnaires qui avaient souffert en gardant le centre de quarantaine…
Certains rirent, puis pleurèrent.
C’étaient des larmes de joie.
« Ah… »
« La lumière… »
Le spectacle était d’un tout autre ordre que celui d’un enregistrement.
Les particules lumineuses devinrent des étoiles qui scintillaient dans la brume grise.
On aurait dit une galaxie grise brodant le ciel nocturne.
Et ces lumières enveloppèrent le Sauveur et tout le centre de quarantaine.
Il ne tomba pas de pluie grise.
Mais les fonctionnaires et les soldats qui attendaient à l’intérieur du centre de quarantaine virent des gouttes d’eau ruisseler sur le corps des malades qui s’étaient élevés dans les airs.
À leurs yeux, c’était une pluie grise.
Le rituel de purification.
Son déroulement n’avait rien de grandiose ni de somptueux.
Au contraire, tout se passa dans un calme absolu.
Mais le rituel était empreint de révérence.
CLANG—
Quand la purification prit fin, le portail de la clôture de fer s’ouvrit en grand.
« Ah, mon chéri… ! »
« Grand frère ! »
« Grande sœur ! »
« Ma fille, ô dieu démon, ma fille ! »
À présent, le lieu n’était plus silencieux.
Ceux qui avaient retenu leurs larmes en silence se précipitèrent dans le centre de quarantaine, le visage illuminé par un sourire.
Le cœur des soldats et des fonctionnaires s’embrasa à cette vue.
« C’est terminé. »
Au milieu de tout ce tumulte, le Sauveur annonça calmement la fin de la purification au plus haut fonctionnaire.
« Mais le rituel n’est pas terminé. Vous le savez, n’est-ce pas ? »
Pour que le rituel de purification s’achève, il fallait qu’une fête joyeuse ait lieu.
« Sauveur… bien sûr. Nous allons organiser la fête immédiatement. »
« Merci. »
Le Sauveur avait le teint pâle, mais son regard restait clair et ferme. Le fonctionnaire perçut quelque chose dans ses paroles.
« Sauveur, quand vous dites “merci”, vous voulez dire que… ? »
Ces mots ne donnaient-ils pas l’impression que le Sauveur ne participerait pas lui-même à la fête ?
Le fonctionnaire avait d’abord entendu dire que le programme initial de la tournée prévoyait d’accorder au Sauveur, qui était souffrant, un ou deux jours de repos entre les régions touchées.
Serait-il…
Une pensée traversa l’esprit du fonctionnaire.
Le Sauveur était résolu.
« Je dois me rendre dans la ville suivante. »
« Mais… »
Mais votre santé ! Votre corps !
Le fonctionnaire voulut le lui dire, mais le Sauveur s’était déjà détourné et répondit calmement :
« Je veux purifier la corruption et être tranquille au plus vite. »
En vérité, le Sauveur — Cale — voulait achever rapidement la purification et pouvoir enfin se reposer en paix. Bien sûr, même au repos, il avait beaucoup à faire.
Sauver le père d’Alberu, le roi.
Découvrir pourquoi le Dieu de la Mort avait cessé de donner signe de vie.
Aller aider Alberu et Anlomann, qui menaient probablement une guerre politique et médiatique contre la Famille du Sang transparent.
Retrouver le Dieu Absolu et empêcher sa naissance.
Mettre fin à la Famille du Sang aux cinq couleurs.
« Haa… »
J’ai une quantité dégueulasse de trucs à faire.
Cale soupira sans s’en rendre compte.
Le fonctionnaire se mordit la lèvre en le voyant.
Il doit être épuisé !
Le Sauveur s’était détourné sans le moindre regret, presque avec une froideur qui frisait l’indifférence.
Mais, même en regardant son dos, le fonctionnaire ne lui en voulut pas le moins du monde.
Au contraire, un profond respect s’enracina en lui.
Celui que le dieu démon a choisi est vraiment différent.
Ce n’était pas comme rencontrer le Roi des démons.
Alors que quelque chose de plus grand que le respect s’épanouissait dans le cœur du fonctionnaire…
« Hum ? »
Cale s’arrêta.
Un soldat sortit précipitamment du centre de quarantaine et se dirigea vers le fonctionnaire, mais en apercevant Cale, il s’immobilisa, ne sachant plus quoi faire.
« Qu’y a-t-il ? »
À la question du plus haut fonctionnaire, le soldat prit la parole.
« Un serpent, non, de l’eau. »
« Hmm ? »
« Je veux dire, un serpent d’eau était en train de boire l’eau qui avait coulé du corps des malades ! »
Cale fixa d’un air incrédule le serpent d’eau posé dans la paume du soldat.
Il savait que, malgré son apparence de serpent, cette créature était en réalité un dragon.
« Ensuite, il a bâillé et s’est endormi ! »
Le dragon d’eau avait bâillé comme s’il était repu, puis s’était endormi.
Le dragon d’eau du troisième empereur Roi des dragons.
Comment ce salaud est-il arrivé là ?
Il m’a suivi ?
Il s’était téléporté. Comment avait-il pu le suivre ?
Même si cette ville était proche de Midi, il fallait quand même une journée entière pour y arriver, non ?
À moins qu’il ait connu son itinéraire à l’avance, c’était impossible. ✧ NоvеIight ✧ (Source originale)
Cale, qui avait ignoré le dragon d’eau sur le site ancien, donna un ordre à Ron.
« Ron. Veuillez m’apporter cette créature. »
« Oui, jeune maître. »
Pour l’instant, il prit en charge le dragon d’eau endormi.
Devenu aussi petit qu’un serpent filiforme, il devait avoir bu une bonne quantité de l’eau provenant des malades pendant la purification, car son ventre était tout rond.
« Allons-y. »
Cale dit à ses compagnons de se diriger vers la ville suivante.
« Oui, Cale-nim. »
Miaouou !
Miaou !
Ils étaient plutôt nombreux.
Ron et Beacrox, les deux garçons de dix ans tout ce qu’il y avait de plus ordinaire, et Clopeh Sekka. Ils voyageaient ensemble.
Choi Han et le Dragon ancestral Eruhaben étaient restés à Mika.
Parce que le chef d’équipe et Choi Jung Soo vont venir.
Beacrox était arrivé un peu plus tôt et avait décidé de voyager avec Cale, tandis que les deux autres allaient apparemment bientôt retrouver Choi Han.
Le chef d’équipe avait dit qu’il avait réussi à contacter le Démon Céleste.
Le Démon Céleste, qui était parti avec le plus haut gradé des chevaliers sacrés de l’Ordre du Dieu du Chaos.
Il pourrait peut-être revenir avec eux.
« Clopeh. Prépare le prochain cercle de téléportation avec Raon. »
« Cale-nim. »
Clopeh prit la parole, un sourire aux lèvres.
« Le camp du Roi des démons n’est même pas encore arrivé. »
Le Stratège Ed, du camp du Roi des démons, était censé se joindre à eux.
Et Cale avait déjà décidé de partir pour la ville suivante avant son arrivée.
« Clopeh Sekka. »
Cette fois, Cale décida de lui dire franchement ce qu’il pensait.
« Tu veux une légende. Tu veux écrire une épopée héroïque. »
Au moins une fois.
Puisqu’il avait accepté Clopeh Sekka parmi ses compagnons, Cale devait le lui dire au moins une fois.
« Je n’en ai vraiment rien à foutre. »
Clopeh sourit en silence et se contenta de regarder Cale.
Ses yeux verts brillaient sous le soleil de midi. Pourtant, ils avaient quelque chose d’étrangement inquiétant. Aucune émotion ne s’y lisait.
Mais Cale exprima ses intentions avec plus de fermeté que jamais.
« Ce qui compte avant tout pour moi, c’est la sécurité de mes compagnons ici, et de ceux qui sont ailleurs. Le reste m’est égal. Alors, nous allons en finir ici aussi vite que possible et partir. Compris ? »
Il tapota l’épaule de Clopeh et lui parla aussi gentiment que possible.
« J’aime quand les choses sont simples et confortables. Alors, prenons la voie facile. »
« Cale-nim. »
Clopeh demanda à voix basse :
« La voie que vous empruntez en ce moment est-elle facile ? »
« Ouais. »
Le pire scénario.
La scène où le pouvoir du dieu démon lui serait accordé comme une bénédiction, tandis que Cale accomplirait un rituel de purification devant d’innombrables démons.
C’était la seule voie pour éviter ça.
Tout régler aussi discrètement et rapidement que possible, puis filer !
Fuir le Monde des démons !
« Cale-nim. »
Les yeux de Clopeh se mirent à sourire.
« Je me suis lourdement trompé. En vous écoutant, j’ai compris. Je suivrai votre volonté, Cale-nim. »
Ses yeux verts souriaient, aussi lumineux que des feuilles gorgées de soleil.
Cale trouvait l’air de Clopeh plutôt inquiétant, mais il se sentit un peu plus serein.
On aurait dit que ce salaud de malin avait bien compris.
« Nous achèverons les purifications aussi vite que possible et quitterons aussitôt le Monde des démons. Et vous souhaitez que tout se fasse dans la plus grande discrétion, autant que possible, sans regards ni acclamations. C’est bien cela ? »
« Oui, exactement ! »
Alors, arrête de me mettre des bâtons dans les roues !
C’était pour ça que Cale avait abordé le sujet maintenant.
« Très bien. J’accepte cette volonté. »
Comme Clopeh l’accepta immédiatement, Cale demanda à Raon, l’esprit léger, de prendre les coordonnées de téléportation auprès de Clopeh et de tracer le cercle.
« … »
Et Clopeh les observa en silence.
Je me suis trompé.
Clopeh savait que Cale n’avait jamais voulu devenir un héros.
Il savait aussi que Cale voulait protéger ses compagnons et ceux qui l’entouraient, et leur offrir la tranquillité.
Ce qui compte avant tout pour moi, c’est la sécurité de mes compagnons ici, et de ceux qui sont ailleurs. Le reste m’est égal.
Les paroles de Cale-nim.
À présent, dans ces paroles, « ici » désignait aussi Clopeh, en tant que compagnon.
J’ai fait quelque chose d’absurde.
La Cérémonie de naissance d’Eruhaben Miru parmi les Sept Fléaux.
Puis cette tournée à travers le Monde des démons.
Clopeh Sekka comprit qu’il s’était trompé.
Il avait préparé une scène où Cale attirerait tous les regards et serait traité comme un dieu. Il avait répandu toutes sortes de rumeurs et poussé son entourage à acclamer Cale.
Exactement comme ce que j’avais fait autrefois.
Le regard de Clopeh s’assombrit.
Le Chevalier gardien du Nord, Clopeh Sekka.
Clopeh Sekka, qui avait voulu faire de lui-même une légende, un héros, comprit qu’il faisait à Cale ce qu’il avait autrefois fait pour lui-même. Des frissons lui parcoururent le corps.
Quelle horreur.
Sa méthode avait échoué.
Et Cale-nim n’avait jamais décidé de suivre une « méthode pour devenir une légende ». Il avait simplement agi dans son propre intérêt.
Pour sauver ceux qui l’entouraient et assurer sa propre tranquillité.
En agissant ainsi, Cale-nim avait toujours créé des légendes de lui-même.
La voie rapide et facile.
Chaque fois qu’il suivait la voie qu’il jugeait efficace, la voie qu’il disait facile, le respect et l’admiration venaient naturellement à lui.
Comme maintenant.
Oui, exactement comme maintenant.
Ceux qui avaient tremblé de peur tout en acclamant et en accueillant le Sauveur…
À présent, ils retenaient leur souffle et fixaient avec ferveur le dos de Cale-nim qui s’éloignait.
La voie facile choisie par Cale revenait finalement à sauver tout le monde en accomplissant les purifications rapidement, sans se reposer.
Cale-nim avait dit que c’était la solution la plus facile.
La voie que vous empruntez est la bonne.
Clopeh vit le plus haut fonctionnaire s’approcher de lui.
« Euh… »
Le fonctionnaire voulut parler, et Clopeh lui adressa un sourire bienveillant. Encouragé par ce sourire, il demanda avec précaution :
« Le Sauveur est-il toujours comme ça ? »
Clopeh répondit sans hésiter :
« Oui. »
Puis il ajouta :
« J’ai organisé les cérémonies d’accueil et les banquets, et établi le programme de cette tournée. Mais Cale-nim m’a finalement réprimandé. »
Les paroles de Cale l’avaient tiré de ses illusions.
Il s’était fait sérieusement réprimander.
« L’essentiel compte davantage que les apparences… »
Clopeh inclina la tête devant le plus haut fonctionnaire.
« Nous allons donc prendre congé. »
Lui aussi pouvait quitter cette ville sans s’y attarder.
Les acclamations d’innombrables personnes pour Cale étaient inutiles.
Ces choses artificielles n’avaient aucune importance.
Clopeh le comprit en voyant les regards de ceux qui observaient Cale traverser le cercle de téléportation.
Voilà donc la voie.
Voilà comment naît une légende.
Vraiment, c’est une voie que je ne peux pas atteindre.
Voilà pourquoi je peux la suivre.
PAAAT— !
Dans un éclat de lumière noire, le groupe de Cale quitta la ville après avoir achevé toutes les purifications en moins d’une heure.
« … »
« … »
Les gens qui avaient assisté à la scène organisèrent ensuite une fête. Mais elle fut plus calme qu’on ne l’aurait cru.
Au contraire, ils prirent le temps de regarder autour d’eux et de sourire devant cette paix retrouvée.
Car leurs cœurs vibraient déjà d’une émotion plus profonde que n’importe quelle splendeur festive.
PAAAT !
Mais le Stratège Ed et les fonctionnaires du château du Roi des démons, arrivés après coup, ne purent cacher leur stupeur.
« Il est déjà parti ? »
« Oui. Il s’est contenté d’accomplir la purification, puis il est parti. Il nous a dit de profiter de la fête. »
« Comment est-ce possible… ! »
« Stratège ! Une autre ville vient de nous contacter ! Ils disent que le Sauveur est arrivé ! »
« Ha… ! »
Le Stratège Ed dut se lancer à la poursuite de Cale en toute hâte.
« Ha ! »
Malgré tout, il ne put s’empêcher de rire.
« Il n’a pas changé. »
Même après s’être évanoui pendant deux semaines et s’être réveillé, cet humain n’avait pas changé.
Voilà pourquoi le Stratège Ed ne pouvait pas se plaindre.
Parce que tous ses actes étaient nobles.
*****
Ainsi, à l’exception des nuits où les malades souffraient de convulsions, Cale accéléra autant que possible le programme des purifications et atteignit la dernière ville quelques jours plus tard.
« Pourquoi ?! »
Cale avait envie de pleurer en regardant l’insigne dans sa main.
« Pourquoi ?! »
Mais pourquoi ?!
Pourquoi la lune était-elle presque pleine sur son insigne ?
En temps réel, elle se remplissait encore plus vite.
Il ne vivait définitivement plus d’événements où on l’acclamait !
Il ne participait plus à des banquets ni à quoi que ce soit du genre !
Il repartait juste après avoir accompli très vite les rituels de purification dans les centres de quarantaine !
Il devait y avoir des démons qui ignoraient même qu’il était venu !
Alors pourquoi ?!
Cale ne comprenait absolument pas pourquoi la lune de l’insigne se remplissait.
À ce rythme, au moindre faux pas, elle serait bientôt pleine.
Bon sang.
Cale se mordit la lèvre et regarda par la fenêtre.
Quand il atteignit la dernière ville, le soleil s’était déjà couché et la nuit tombait.
Dans ces conditions, il ne pouvait pas procéder à la purification.
À moins d’être dans une situation comme à Mika et Midi, inutile de créer des problèmes supplémentaires.
Il avait donc décidé d’accomplir la dernière purification discrètement, demain matin, dès le lever du soleil.
Oui. Je n’ai qu’à tenir jusqu’à demain, aller sur le site ancien du dieu démon et accomplir pour lui un petit rituel empreint de révérence !
Ça devrait marcher !
Cale prit fermement sa résolution.
Et après, je me tire !
Une fois qu’il aurait obtenu le pouvoir, adieu le Monde des démons.
Il retournerait aussitôt dans le Nouveau Monde !
« Humain, mange ! »
Cale dîna pour l’instant.
Il prenait bien tous ses repas depuis qu’il voyageait avec Ron et Beacrox.
Tout en mangeant son steak, il déclara :
« Beacrox, Ron. Prenons un verre de vin ce soir. »
Ce soir.
Contrairement aux derniers jours, où il avait couru partout sans s’arrêter, il pouvait enfin souffler un peu.
« Parlons un peu. »
C’était le bon moment pour discuter.
Ce serait peut-être sa dernière soirée avant de quitter le Monde des démons.
« Oui, jeune maître. »
« Oui. »
Après avoir entendu les réponses de Ron et Beacrox, Cale jeta brièvement un regard à la fenêtre, où la nuit s’assombrissait de plus en plus, puis détourna les yeux.
Et c’est alors que…
« Sauveur, merci d’avoir rendu la paix à notre famille. »
« Nous n’oublierons pas cette bonté, et nous protégerons nos proches en accomplissant discrètement de bonnes actions, comme vous nous l’avez montré. »
« Sauveur, nous n’oublierons jamais la volonté que vous avez exprimée par vos actes. »
Dans les villes que Cale avait traversées, aux quatre coins du Monde des démons, certains démons priaient pour le Sauveur.
Et même sans aller jusque-là, les récits des nobles actes du Sauveur se répandaient rapidement de bouche à oreille.
Même chez ceux qui n’avaient pas réussi à le voir.
La paix qu’il avait laissée sur son passage.
Les démons ressentaient trop profondément la paix retrouvée après la terreur et la peur.
Ils étaient profondément émus par celui qui avait fait naître cette paix, celui qui n’avait montré que ses actes, sans un mot.
Cale l’ignorait.
Mais l’insigne, lui, le ressentait.
Cale n’aurait jamais imaginé que cet insigne puisse ressentir ce genre de choses.
*****
GLOU, GLOU, GLOU—
Pourtant, tandis que Cale regardait son verre se remplir du vin que Ron lui versait…
« Hum. Hm ! »
Il était nerveux, ce qui ne lui ressemblait pas.
La façon dont il jetait des regards à Ron lui donnait l’air d’un jeune fils sur le point de se faire gronder par son père.