Chapitre 1 238
Clopeh Sekka du côté de Cale, et Terosa du côté du Roi des démons.
Pourquoi était-ce aussi divertissant ?
Cale observa les deux adversaires avec un intérêt grandissant.
Ils se dévisagèrent sans prononcer un mot.
Et pourtant, leurs regards étaient féroces.
En revanche, leurs visages affichaient de doux sourires ou une expression calme.
Waouh.
Avec deux cinglés dans la pièce, même ça devenait intéressant.
Il avait presque envie de faire apporter une tarte aux pommes — non, du pop-corn — et de s’installer pour les regarder en grignotant.
Hum.
Mais…
Ce silence ne durait-il pas beaucoup trop longtemps ?
Les deux se faisaient face dans un silence absolu.
Dans cette immobilité, Cale se demanda :
Les cinglés communiquent-ils par le regard ou quelque chose comme ça ?
Ils n’étaient pas tous les deux un peu dérangés de la même façon ?
Impossible.
Ils avaient probablement beaucoup de choses en tête et s’étaient arrêtés un instant pour réfléchir.
C’est ce que supposa Cale.
Il se trompait.
« Hé hé. »
Terosa, qui avait jusque-là gardé son calme, prit enfin la parole.
« Vous êtes amusant. »
Son ton avait changé.
« Il n’y a pas la moindre trace de loyauté dans vos yeux quand vous parlez du Roi des démons. »
Clopeh Sekka parlait du Roi des démons.
Mais il n’éprouvait ni révérence ni loyauté envers lui.
Comme Jeune Maître Jimon.
Ce sacré insolent de Jeune Maître Jimon.
Un homme assez arrogant pour tenter de s’emparer du territoire que le Roi des démons convoitait.
Lui non plus n’avait aucun respect ni aucune loyauté envers le Roi des démons.
« Et pourtant, je vous trouve digne de confiance. »
Oui.
Et pourtant, cet homme appelé Kase lui inspirait confiance.
La raison était simple.
« Vous me faites confiance. »
Un sourire en coin.
Le léger sourire de Clopeh s’élargit.
Comme prévu, elle n’est pas facile à berner.
Il avait entendu dire que, si elle était pathétique au combat, elle était sortie première de sa promotion à l’Académie royale du Monde des démons et possédait un esprit exceptionnel.
Plus encore, on disait que son intuition était d’une acuité effrayante.
« Oui. Je vous fais confiance, Terosa. »
Clopeh poursuivit d’un ton plus détendu :
« Pour vous, le Roi des démons est une légende — et un chemin. »
Oui. Pour moi, Cale Henituse est un chemin.
« Et vous avez consacré votre vie à ce chemin, vous la lui consacrez encore et vous continuerez à la lui consacrer. »
Je peux voir, à travers le chemin que suit Cale-nim, la preuve que ma foi et ma vie n’ont pas été vaines.
C’est pour cela que j’y ai misé ma vie.
« J’ai confiance en la vie que vous avez risquée pour lui. »
En écoutant Clopeh, Terosa fut saisie d’un étrange sentiment.
C’était une femme perspicace.
Vous êtes fou ?
Elle savait donc parfaitement comment les gens réagissaient en sa présence.
Impossible qu’elle ne le sache pas.
Hé. Vous allez trop loin. Nous ne sommes que des serviteurs, et le Roi des démons n’est que notre seigneur. Tout ce qu’on nous demande, c’est de bien obéir à ses ordres.
Sa loyauté envers le Roi des démons.
Sa foi.
Elle savait déjà que les autres jugeaient cela presque fanatique.
Vous êtes prête à tout pour vous faire remarquer, pas vrai ?
Certains la disaient folle. D’autres affirmaient que, simple roturière, elle ferait n’importe quoi pour réussir.
Terosa connaissait toutes ces remarques et en comprenait parfaitement le sens.
Elle savait quelle image elle renvoyait aux autres.
Terosa. Ce monde me lasse.
Mais le Roi des démons est vraiment…
Je veux créer un monde qui ne lasse plus personne.
… le seul digne de devenir un dieu démon.
Dès que Terosa aperçut le désir enfoui dans ses yeux las, elle décida de lui sacrifier sa vie.
C’est pourquoi elle ne s’était jamais souciée de l’opinion des autres.
Et pourtant, pourquoi…
Alors pourquoi cet étranger, devant moi…
Pourquoi me regarde-t-il comme s’il connaissait si bien mon cœur ?
Terosa perçut de la sincérité dans les paroles et le regard de Clopeh.
Elle lui répondit donc :
« Vous aussi, vous avez consacré votre vie à quelque chose au point de ne pas vous soucier du regard des autres. »
Clopeh se contenta de sourire.
« Ha ! »
Pour une raison inconnue, Terosa éclata de rire.
La disparition du Comte Lupe.
Elle connaissait la vérité : il était mort et était devenu un PNJ du Nouveau Monde.
Après tout, elle était l’une des plus proches conseillères du Roi des démons.
C’est pourquoi elle s’irritait de voir les choses piétiner, et son accession au titre de seigneur retardée parce qu’on n’avait toujours pas retrouvé l’acte de propriété de la guilde marchande du Comte Lupe.
Elle ne pouvait pas laisser la grande œuvre du Roi des démons s’effondrer à cause d’elle.
Et pourtant, cet étranger apparu devant elle à l’improviste l’avait rassurée comme personne ne l’avait fait depuis longtemps.
« Vous êtes quelqu’un d’intéressant. »
Aux mots de Terosa, Clopeh continua simplement de sourire.
Un étrange sentiment de proximité enveloppa Terosa.
Mais son expression ne tarda pas à reprendre son sérieux.
« Si un dispositif magique confirme bien que le mana imprégnant cet acte est celui du Comte Lupe, alors je croirai ce certificat de naissance. »
Elle avait trop à faire pour tergiverser et prit rapidement sa décision.
Non : cette décision lui donnerait encore davantage à faire.
Et cela ne lui déplaisait pas complètement.
« Je vous aiderai à acquérir la mine de Jeune Maître Jimon. En échange… »
En échange…
« Je veux que vous vous assuriez que Jeune Maître Jimon ne puisse pas se présenter comme candidat. »
Elle fixa Clopeh du regard.
« Et je veux que vous rédigiez une déclaration affirmant que vous non plus ne vous présenterez pas. »
Terosa ne faisait pas confiance à Clopeh.
La seule personne en qui elle avait confiance, c’était le Roi des démons.
Elle devait se méfier de tout et tout prendre en considération.
Car, sur le chemin qui s’ouvrait devant lui, seule sa volonté devait subsister.
« Oui. Cela peut s’arranger. »
Même devant la réponse immédiate de Clopeh, Terosa ne baissa pas sa garde.
Elle se leva, regarda Clopeh et son jeune frère — dont elle ne prit même pas la peine de retenir le nom — puis déclara :
« Le plus tôt sera le mieux, n’est-ce pas ? »
« Nous pouvons rencontrer Jeune Maître Jimon dès aujourd’hui. »
« Parfait. »
Terosa franchit la porte et s’adressa au subordonné qui attendait dehors.
« Préparez un endroit où ces messieurs pourront se reposer un moment, puis conduisez-les auprès de moi. Il y a quelque chose d’urgent à régler. »
« Ah, un instant. »
Clopeh l’interrompit.
« J’ai encore d’autres jeunes frères et sœurs, alors je dois d’abord aller les chercher. ✪ Nоvеlіgһt ✪ (Official version) »
« Ah. Dans ce cas, amenez-les au château seigneurial. Je veillerai à ce qu’on vous conduise directement auprès de moi. »
Après ces mots, elle garda un instant le silence, puis demanda :
« Vous n’avez donc aucun lien de sang ? »
Terosa regarda Clopeh et Cale. Clopeh lui répondit avec un sourire :
« Nous sommes une famille unie par une confiance plus profonde que les liens du sang. »
Terosa hocha la tête.
Ils n’étaient pas liés par le sang.
Cet homme, Kase, était le seul descendant de sang du Comte Lupe.
C’était tout ce qu’elle avait besoin de retenir.
« Alors, à tout à l’heure. »
Terosa partit la première.
Clac. Clac.
Dès qu’elle se retourna et s’éloigna, son expression se durcit.
La mine de Jeune Maître Jimon ?
Hé.
C’était peut-être ce qu’il prétendait être venu chercher…
mais ça ne pouvait pas être son véritable objectif.
Le coffre-fort secret du Comte Lupe.
C’était ça qu’il voulait.
Bien sûr.
C’est ainsi qu’il deviendrait propriétaire de la plus grande guilde marchande du Monde des démons.
Il avait clairement dit qu’il voulait de l’argent. Une simple mine ne pouvait pas le satisfaire.
Ça se voit tout de suite qu’il est dingue.
Terosa comptait aussi se servir de lui pour mettre au jour le coffre-fort secret.
Grâce à lui, je ferai tomber Jimon et la lignée du Comte Lupe, et je m’emparerai aussi du coffre-fort secret.
Elle deviendrait alors seigneur et financerait la cause du Roi des démons.
Le sourire de Terosa s’élargit.
Ce qui était bloqué va peut-être enfin se remettre en mouvement.
Elle donna un ordre au chevalier qui l’attendait dehors et l’avait suivie.
« Faites venir Mol. »
« Le chef de la Troisième Armée ? »
« Oui. Je vais le charger d’escorter ces deux-là. »
Les huit armées du Roi des démons.
Et parmi elles, le Baron Deshuran, commandant de la Sixième Armée, était porté disparu.
Pour l’heure, le chef de la Troisième Armée séjournait ici.
En temps normal, il serait lui aussi bientôt reparti, mais…
Il se la coule toujours douce, alors autant le mettre au travail.
S’il abandonnait son armée pour aller paresser seul, le moins qu’elle puisse faire était de lui faire gagner sa subsistance.
Ça lui plaira.
C’était déjà un démon bizarre. Il apprécierait sans doute énormément la mission d’escorter deux simples marchands.
En plus, il est intelligent. Il se débrouillera tout seul.
La présence de la Troisième Armée ici était un secret.
Tant que son identité resterait cachée, elle pourrait l’introduire auprès de Jeune Maître Jimon, au cœur même de la lignée.
Bien.
Terosa accueillit favorablement cette variable inattendue.
Et…
« Humain, on fait nos bagages et on file directement au vieux château ? »
De retour à la maison, Cale hocha la tête tout en fourrant leurs maigres affaires dans sa bourse spatiale.
« Ouais. Clopeh s’est très bien débrouillé. »
À ces mots, Raon jeta un regard en coin à Clopeh.
Il tressaillit.
Clopeh se raidit un instant, puis ne parvint pas à retenir le sourire qui lui montait aux lèvres.
Cale ne remarqua pas son sourire et continua simplement à faire les bagages. Raon demanda :
« Et moi, je fais quoi ? »
Cale ouvrit la bouche.
Mais Clopeh répondit le premier.
« Terosa va probablement nous assigner quelqu’un pour nous surveiller. Tu ferais mieux de rester invisible et de nous suivre en cachette. »
Cale referma la bouche.
C’est agréable, quand quelqu’un répond à ma place.
Ce sacré Clopeh.
Il était vraiment pratique.
« Alors, je me demande si on va juste les suivre ! »
À la question de Hong, Clopeh répondit avec un sourire calme :
« On et Hong peuvent venir avec nous. Vous serez les quatrième et cinquième. »
Hong pencha la tête.
« Si Noona est quatrième et moi cinquième, je me demande qui est troisième ! »
« Sui Khan-nim, bien sûr. »
« Hein ? »
Sui Khan, qui était affalé un peu à l’écart, eut l’air déconcerté.
« Moi, troisième ? »
« Sui Khan, je vais te teindre de ma couleur, toi aussi ! »
Ravi, Raon se précipita vers lui et teignit ses cheveux blancs en noir.
Le sang continuait de suinter des bandages enroulés autour de son bras, mais les potions et les médicaments avaient permis de le ralentir autant que possible.
Cale y jeta un coup d’œil et ouvrit la bouche, mais une fois de plus, Clopeh fut plus rapide.
« Oui. Vous devez venir avec nous. »
« Non, ce n’est pas ça, le problème. Moi, troisième ? »
« Vous préféreriez être le plus jeune ? »
demanda Clopeh, perplexe. Sui Khan ne sut que répondre.
Pff.
Cale laissa échapper un petit rire qui retomba aussitôt en regardant Sui Khan.
Sous ce regard, Sui Khan ouvrit la bouche et resta un instant à bafouiller sans un son, avant de finir par fermer les yeux.
« C’est… »
Son soupir ne trouva personne pour l’entendre.
Cale prit la parole :
« Clopeh se chargera de la plupart des échanges avec les autres démons. Alors, il faut qu’on se taise autant que possible et qu’on se concentre sur notre discrétion pour éviter de dévoiler nos identités. »
Puis Cale demanda à Clopeh :
« Tu peux t’occuper seul de Terosa et des gens du Roi des démons, pas vrai ? »
« Oui. Laissez-moi faire. »
Clopeh avait mieux su s’y prendre avec Terosa que Cale ne l’avait imaginé.
Les cinglés se comprennent vraiment entre eux ?
C’est ce que pensait Cale quand…
« Hé hé. »
Clopeh laissa échapper un rire grave et murmura à voix basse :
« Terosa manque encore de maturité. Je l’ai surestimée. »
« Hum ? »
À la question perplexe de Cale, Clopeh répondit comme si de rien n’était :
« Elle est plus superficielle que je ne le pensais. »
Après ces mots, Clopeh n’ajouta rien.
Cale était curieux de savoir ce qu’il entendait exactement par « superficielle », mais il ne posa pas la question.
Je ne crois pas que j’obtiendrais une réponse satisfaisante si je demandais.
Clopeh Sekka. Mieux valait éviter de longues conversations avec ce sacré type.
Forte de tout ce qu’elle avait vécu jusqu’ici, Cale détourna les yeux de Clopeh.
Pendant que Clopeh préparait le voyage de Cale pour qu’il se déroule dans le plus grand confort, il repensa à Terosa.
Sa foi est superficielle.
Elle avait dit qu’elle avait risqué sa vie pour le Roi des démons.
Mais…
Ce n’est pas suffisant.
Selon les critères de Clopeh, ce n’était pas suffisant.
Elle observe les réactions des autres.
Il sentait qu’elle se laissait influencer par la réputation et le jugement de son entourage.
C’est pourquoi les paroles de Clopeh l’avaient réconfortée et rassurée.
Ridicule.
Si elle avait vraiment eu une foi inébranlable en son propre chemin, elle n’aurait jamais été ébranlée de la sorte.
Le regard de Clopeh se posa sur Cale, qui examinait les bandages de Sui Khan.
Cale-nim…
À force de vivre aux côtés de Cale, Clopeh n’ignorait pas le regard que les autres posaient sur lui.
Il savait qu’ils le croyaient fou.
Mais cela lui était égal.
Le seul regard que je vois, c’est celui qui se pose sur Cale-nim.
Cale avait traversé de nombreux mondes.
Les yeux d’innombrables personnes braqués sur lui étaient emplis d’admiration et de respect.
Et moi, aux côtés d’un tel homme, je marche avec lui sur le chemin qu’il suit.
Clopeh ne put réprimer l’émotion qui montait en lui.
« Haa… »
Il poussa un profond soupir et parvint de justesse à la refouler. Puis il se dit :
Le coffre-fort secret.
Terosa va nous faire surveiller parce qu’elle pense que je le possède.
Ce sera également utile si je sais en tirer parti.
Je pourrais même remettre directement le coffre-fort entre les mains de Cale-nim.
« Hé hé… »
Un rire lui échappa avant même qu’il s’en rende compte.
Hein ?
Son regard croisa alors celui d’On.
Puis celui de Hong, à côté d’elle.
Et Raon, juste à côté d’eux.
Les trois enfants, qui avaient l’apparence de dix ans en moyenne, le fixaient.
« … »
Clopeh se calma, et On laissa échapper un petit soupir.
*****
« Le directeur du Département des nouvelles activités que vous avez rencontré tout à l’heure vous servira de guide. Et voici, au cas où une menace imprévue surviendrait, les deux subordonnés chargés de votre protection. »
Elle leur avait assigné non pas un, mais deux gardes.
L’un était un homme d’âge mûr à l’air sérieux, l’autre un jeune homme qui semblait avoir la fin de la vingtaine.
« Enchanté de vous rencontrer. »
« Ravi de vous rencontrer ! »
Debout tranquillement à côté de Clopeh, Cale remarqua que, contrairement au salut soigné et retenu du chevalier plus âgé, le plus jeune les accueillait avec une énergie débordante. Vêtu de l’uniforme d’apparat des chevaliers, le blond leur adressa un sourire ouvert et chaleureux.
À cet instant, Raon, invisible à quelque distance de là, lui parla.
— Humain, ce chevalier a l’air fort !
Le chevalier dont parlait Raon était le jeune homme.
Et puis…
— Snif, snif.
Le Son du Vent réagit soudain.
— C’est étrange. Pourquoi est-ce que je sens une relique divine sur ce chevalier ? C’est une odeur que je n’ai jamais rencontrée.
En entendant Raon et en sentant la réaction du Son du Vent, Cale tira une conclusion.
Une relique divine ne se trouverait pas entre les mains d’un simple chevalier d’escorte tout juste recruté.
Ce jeune chevalier que Terosa leur avait assigné, Cale ne savait pas qui il était vraiment, mais il était fort. Et il y avait de grandes chances que sa position n’ait rien d’ordinaire.
Après tout, il portait une relique divine avec autant d’insouciance, alors que Terosa elle-même n’en possédait pas.
Et pourtant, ce chevalier…
« Alors, je vous en prie, montez dans la calèche ! Je vais la conduire ! J’ai hâte de travailler avec vous ! Hé hé ! »
Pour une raison quelconque, son sourire avait quelque chose d’incroyablement niais.
Il avait l’air beaucoup trop stupide.
— Humain, ce chevalier sourit comme s’il allait forcément arnaquer quelqu’un !
Franchement.
C’était une impression différente de celle que Cale avait ressentie en rencontrant le prince héritier Alberu pour la première fois, mais son instinct sonnait tout de même l’alarme.
— Contrairement à Son Altesse, ce type pue l’escroc à plein nez !
L’expression de Cale changea.
Sans même s’en rendre compte, il lança :
« Moi aussi, j’ai hâte de travailler avec vous ! Ha ha ha ! »
— Humain, pourquoi souris-tu comme si tu allais arnaquer quelqu’un, toi aussi ?
Ah.
J’ai réagi sans réfléchir.
Le jeune chevalier qui reçut son salut lui adressa un sourire ouvert et chaleureux — ou peut-être idiot — tout en songeant :
Il a l’air correct, mais c’est vraiment un peu un abruti, non ? Je pourrais peut-être me servir de lui pour obtenir des informations.
Les huit armées du Roi des démons.
Et parmi elles, le chef de la Troisième Armée, un homme surnommé la Main derrière le dos — Mol —, sourit de plus belle.
La Main derrière le dos.
C’était un surnom méprisant qu’il avait reçu parce qu’il excellait à poignarder les gens dans le dos, mais Mol l’aimait tellement qu’il se présentait ouvertement sous ce nom.
« Ha ha ha ! »
« Ha ha ! »
Cale et Mol.
Ils se regardèrent et rirent.
Clac, clac.
La calèche qui transportait Cale prit la direction du vieux château du nord où séjournait Jeune Maître Jimon.
Le pape de l’Ordre du Dieu du Chaos s’y trouvait également.
*****
Le pape eut l’air perplexe en voyant Jeune Maître Jimon ouvrir la porte à la volée, affolé.
Jeune Maître Jimon s’empressa de lui dire :
« Terosa dit qu’elle envoie un marchand ici pour acheter la mine ! C’est forcément l’un de ses hommes. Qu’est-ce que je suis censé faire ? »
Jimon ne parvenait pas à cacher sa frustration.
« Comme si ça ne suffisait pas que les chevaliers de l’Ordre se mettent soudain à affluer ici, je ne peux pas vous cacher éternellement ! Le trône seigneurial est tout proche, la grande œuvre aussi, bon sang ! Pourquoi Terosa fait-elle un geste aussi imprudent… ! »
Le pape regarda Jeune Maître Jimon, son allié, et lui sourit.
« Vous dites que le camp du Roi des démons a soudain envoyé quelqu’un ici ? »
« C’est ça ! »
Un sourire singulier se dessina sur les lèvres du pape.
*****
Deux hommes se tenaient au sommet d’une montagne assez élevée et contemplaient le paysage en contrebas.
« On dirait que Choi Jung Soo est allé là-bas ? »
« Ouais. C’est ce que je pense aussi. »
La main serrée autour du marqueur laissé par Choi Jung Soo, Choi Han fixait le vieux château, loin au sud.
Le Démon Céleste, les bras croisés et le regard lui aussi tourné vers le vieux château, demanda :
« On doit s’y infiltrer ? »
« On dirait que l’Ordre du Dieu du Chaos en a fait sa base. Je ne pense pas qu’on puisse s’y infiltrer à la légère. »
« Hum. Il nous faudra peut-être des déguisements, alors. »
Des déguisements.
Tout en réfléchissant aux paroles du Démon Céleste, Choi Han étudia la carte.
« Dioriel. »
« Hum ? »
« La ville en contrebas du vieux château, c’est Dioriel. Je crois que c’était autrefois la ville du Comte Lupe. »
Dans un soupir, Choi Han prit sa décision.
« Pour l’instant, infiltrons le vieux château. Tu peux faire ça ? »
« C’est facile. »
Peu après, Choi Han et le Démon Céleste filèrent vers le sud.
Dans la direction qu’ils prenaient se dressait le vieux château de Jeune Maître Jimon.