La ville du Labyrinthe imaginée par Kim Hyunwoo attirait énormément l’attention, car elle n’avait jamais eu d’équivalent sur ce continent.
En conséquence, les mercenaires présents à Lartania étaient désormais bien plus nombreux que les habitants du territoire, ce qui créait un cercle vertueux grâce à leurs nombreux effets bénéfiques.
Mais, naturellement, les avantages avaient aussi leur revers.
Ouvrir la ville du Labyrinthe et faire circuler des Pierres magiques — une ressource que l’on pouvait considérer comme le domaine exclusif des seigneurs de ce monde — ne devait guère plaire aux autres seigneurs.
Pourtant, Kim Hyunwoo avait eu confiance en lui au point de concevoir et de lancer la ville du Labyrinthe presque sans préparation.
Il était convaincu de pouvoir faire prospérer Lartania malgré ces seigneurs.
Bien sûr, le territoire de Lartania n’était pas particulièrement bien placé pour se développer.
Au départ, aucune ressource des environs ne pouvait devenir un produit local spécial et, surtout, des nations s’étaient déjà constituées autour de Lartania.
En réalité, Lartania se trouvait en plein cœur du Royaume de Calan, du Royaume de Norba et du Clan de l’Union orientale.
Pourtant, même en le sachant, Kim Hyunwoo gardait confiance et estimait que la situation actuelle n’était pas si mauvaise.
Après tout, les trois pays voisins lui étaient indispensables pour développer Lartania selon ses plans.
Quoi qu’il en soit, Kim Hyunwoo avait déjà prévu que la création de la ville du Labyrinthe entraînerait tôt ou tard divers problèmes diplomatiques.
« Je suis Kutra, envoyé directement par le duc de Landaron. »
« … Ah, oui. »
« Allons droit au but. Le duc de Landaron souhaite que vous deveniez son vassal. »
« … Un vassal ? »
« Oui. Vous continuerez à gérer le territoire, mais celui-ci appartiendra à l’honorable duc de Landaron. »
À vrai dire, il n’avait pas du tout prévu cette situation.
En voyant l’envoyé cupide et visiblement obèse, Kim Hyunwoo ne put s’empêcher de trouver la chose absurde.
Bien sûr, il n’était pas passé à côté de l’éventualité.
En fait, c’était même le premier scénario auquel il avait pensé.
Après tout, du point de vue de son interlocuteur, la démarche du duc de Landaron était la première qui venait à l’esprit si l’on cherchait le meilleur moyen d’engloutir gratuitement Lartania.
« Si Lartania se place sous l’autorité du duc de Landaron, vous bénéficierez du solide soutien d’une puissance considérable. Bien entendu, il vous faudra payer un prix modique en échange de la généreuse clémence du duc. »
Les derniers mots de l’envoyé obèse convainquirent Kim Hyunwoo qu’il cherchait à se fabriquer un « prétexte ».
Comme le territoire de Lartania ne dépendait d’aucune nation, il était en train de débiter des absurdités pour se donner un prétexte de « guerre » et s’emparer du territoire.
Dès que Kim Hyunwoo comprit que sa supposition était juste, il ne put retenir un petit rire.
Bien sûr, il avait facilement deviné qu’on finirait par lui faire ce genre de proposition.
« Alors, qu’en dites-vous ? Je pense que c’est une excellente offre… »
Contrairement à ce que Kim Hyunwoo avait imaginé — l’envoyé devait tenter de le provoquer subtilement —, celui-ci débitait ouvertement ses inepties pour se fabriquer un prétexte.
Alors,
« Vous trouvez vraiment que c’est une bonne offre ? »
« C’est évident. »
« Vous racontez n’importe quoi. »
« … Quoi ? »
« J’ai dit d’arrêter de raconter n’importe quoi. »
Kim Hyunwoo effaça son sourire en coin et fronça les sourcils. L’envoyé de Landaron, qui semblait incrédule, finit par assimiler ses paroles et répondit d’une voix tremblante.
« Qu’est-ce que vous venez de dire ? »
« Vous ne comprenez pas ? Je vous demande pourquoi vous débitez des absurdités. Vous voulez que je vous explique plus clairement ? J’ai envie de vous étrangler sur-le-champ et de vous enterrer à côté des tombes de vos parents… comme ça ? »
Les paroles cinglantes de Kim Hyunwoo firent aussitôt rougir l’envoyé.
« Vous regretterez ces paroles. »
Pourtant, comme s’il avait atteint son objectif, l’envoyé tordit la bouche et répliqua. Kim Hyunwoo lui répondit par un sourire en coin.
« Si vous avez fini, dégagez, gros porc. »
Il le congédia sans autre forme de procès.
L’envoyé quitta le bureau en trombe, le visage de nouveau rouge de colère.
« Ah… »
Elena, qui se tenait à côté de Kim Hyunwoo, lequel venait de pousser un soupir, regarda l’envoyé s’éloigner avant de prendre la parole.
« … J’ai l’impression de me répéter, mais vous êtes sûr que ça ira ? Cet envoyé vient du territoire de Landaron. »
« Je sais. C’est l’un des trois duchés du Royaume de Norba, n’est-ce pas ? »
« Oui, c’est exact. À ma connaissance, c’est le territoire qui dispose de la plus grande force militaire du Royaume de Norba. »
Elena hocha la tête, l’air un peu inquiète.
Mais Kim Hyunwoo, qui venait de froncer les sourcils comme s’il avait perdu son calme, retrouva vite son expression habituelle et la rassura.
« Ça ira. Vu les absurdités qu’il a sorties, il était venu pour se fabriquer un prétexte, d’une manière ou d’une autre. J’aurais beau l’éviter, ça aurait fini comme ça. »
« Ah… »
« Alors, je lui ai plutôt dit ses quatre vérités pour l’énerver. Et puis, pas besoin de trop s’inquiéter. »
« Vous en êtes sûr ? »
« Oui. Celui qui m’a cherché des noises est un duc… Et, bien sûr, j’ai déjà tout prévu pour ce genre de situation. »
Sur ces mots, Kim Hyunwoo sortit bientôt un papier et un stylo d’un tiroir, tout sourire.
Giral, l’un des Quatre Rois des Yeux Rouges et, de fait, le deuxième dans leur hiérarchie, prit la route avec les hommes-bêtes en direction des environs de Lartania.
Après tout, les Yeux Rouges s’étaient formés autour de Merilda ; sans elle, ils n’auraient pratiquement pas existé.
Pourtant, Giral se dirigeait à part avec deux des Quatre Rois, tandis que les autres hommes-bêtes avaient entamé le déménagement.
L’un était Ryu, l’homme-bête lapin, un personnage quelque peu singulier parmi les hommes-bêtes des Yeux Rouges, mais qui occupait bel et bien une place parmi les Quatre Rois.
L’autre était Gram, l’homme-bête loup qui portait une longue cicatrice au visage.
L’histoire de Merilda, que Giral leur avait racontée, les avait vivement intéressés.
Ils confièrent bientôt aux dernier membre des Quatre Rois la tâche de guider les hommes-bêtes, puis partirent en avance pour aller voir Merilda.
Du moins, l’histoire de Merilda racontée par Giral avait piqué leur curiosité.
Alors,
« La Boss a vraiment fait ça ? Elle a ri en faisant “héhé” ? »
« Oui. »
« Waouh, c’est génial ! J’aimerais tellement voir ça. »
« Hmph. La Boss est donc bien une femme, après tout. »
« Dis ça devant la Boss et elle t’arrachera probablement les bras pour en faire un ornement. »
« La ferme, espèce de lapin cinglé. »
« Tous les deux, taisez-vous. Et je le répète : ne dites jamais de mal de cette personne devant la Boss. Vous pourriez bien disparaître sur-le-champ. »
Les trois Quatre Rois des Yeux Rouges tinrent cette conversation en chemin vers Merilda.
Peu après, ils purent la rencontrer.
« Ça faisait longtemps. »
Merilda les salua d’un air quelque peu morose.
« Hein… »
À ses mots, Ryu et Gram ne purent s’empêcher de pousser un cri de surprise.
Comme eux, Merilda leur parlait rarement et ne les avait jamais salués la première.
Surpris, les Quatre Rois se demandèrent bientôt ce qui pouvait expliquer l’expression quelque peu morose de Merilda.
« Euh, Boss. Il y a un problème ? »
Ryu observa avec curiosité le changement d’humeur de la Boss.
« … Il y a un moyen de faire disparaître la notoriété négative ? »
demanda Merilda.
« … La notoriété négative ? »
Les Quatre Rois la regardèrent, perplexes, mais Gram fut le premier à répondre.
« … Si tu veux te débarrasser de ta notoriété négative, il y a une méthode radicale. »
« Laquelle ? »
« Tu les tues tous, non ? Si tu élimines ceux que tu détestes, tu n’auras plus personne pour te faire gagner de la notoriété négative, et elle finira par disparaître. »
C’était ce que disait Gram.
Merilda conserva pourtant son air morose.
« J’ai envisagé cette méthode, mais… »
« Mais ? »
« … Il y en a trop à éliminer. »
« Ah… Nous aussi, on en a des dizaines, mais ce n’est pas pareil pour la Boss ? »
« … Des centaines. »
« … Des centaines ? »
« … Des centaines d’endroits, à peu près. »
« … C’est vrai que ça fait beaucoup. »
Gram admit franchement qu’il avait raison.
Mais Ryu prit alors la parole.
« Euh… Honnêtement, pour faire disparaître ta notoriété négative, le mieux serait peut-être de rester tranquille et de renouer avec ceux avec qui tu étais en conflit, tout en accumulant les bonnes actions. »
« … Les bonnes actions ? »
« Oui. En gros, tant que tu ne causes pas de gros problèmes, les gens finissent par oublier, même si ta notoriété négative s’accumule… Et ce serait encore mieux d’accumuler les bonnes actions. »
C’était ce que disait Ryu.
Après avoir réfléchi à ses paroles, Merilda répondit :
« … Oui, ce serait peut-être mieux que de ne rien faire. »
Elle hocha la tête, comme si elle approuvait ses propres paroles.
Pourtant, quelques minutes plus tard,
dans une calèche qui quittait le territoire de Lartania,
« Espèce d’insolent ! Tu vas le regretter ! Je te ferai enfermer au cachot et je me servirai de toi comme jouet sexuel ! »
En entendant les vociférations qui s’échappaient de la calèche,
« … Ryu. »
« … Oui ? »
« Si tu veux vraiment tuer quelqu’un, mais que le tuer te donne de la notoriété négative, c’est bien ça ? »
« … C’est ça ? »
« Donc, tant que tu ne le tues pas, tu ne gagneras pas de notoriété négative, c’est ça ? »
Ryu vit l’intention meurtrière dans les yeux de la Boss.
« Ça risque quand même de t’en donner, non ? »
« Et si je lui prends un bras ? »
« Ça aussi, non ? »
« Et une jambe ? »
« … Ça aussi. »
« Et la tête ? »
« … »
Sans lui dire « mais ça revient à le tuer… », Ryu la regarda d’un air étrange.
« Hmm… Boss, dans ce cas, j’ai une excellente solution. »
Giral, qui était resté silencieux jusque-là et passait pour assez malin parmi les Quatre Rois des Yeux Rouges, prit la parole.