« Vraiment, vous envisagez de vous installer à Lartania ? »
Onel, la Chercheuse de lumière, savait dans une certaine mesure que la maîtresse de la Tour Bleue était à part.
Tous les mages cherchaient inévitablement la vérité et s’efforçaient d’en percer les principes, tentant par tous les moyens de comprendre ce qui se cachait derrière les choses. Ceux qui atteignaient le sommet de leur art étaient donc souvent un peu excentriques.
Mais parmi eux, aux yeux d’Onel, la maîtresse de la Tour Bleue était plus étrange en tant qu’« être humain » qu’en tant que « mage ».
« Eh bien, c’est exact, non ? »
Onel poursuivit la conversation en regardant la maîtresse de la Tour Bleue, qui rangeait son bureau d’un air ravi. Il l’appellerait désormais la maîtresse de la Tour bleue.
« … Ce serait sûrement plus contraignant qu’à la Tour, non ? »
Onel énonçait là une évidence.
Même en s’installant dans une antenne de la Tour, elle aurait bien moins de moyens que dans la Tour elle-même.
Les installations de recherche, les matériaux, leur approvisionnement et le recrutement de mages pour l’assister dans ses recherches : même si l’antenne disposait de tout cela, ses moyens étaient bien plus limités que ceux de la Tour. « De plus, il vous sera difficile de participer aux réunions régulières. »
La maîtresse de la Tour Bleue était une figure majeure, tenue d’assister chaque mois aux réunions des maîtres des Tours.
Ce n’était pas une mage ordinaire, comme on en trouvait partout, mais la maîtresse de la Tour Bleue. Cela rendait sa décision d’autant plus incompréhensible.
Elle était certes singulière, mais le fait qu’elle, qui s’était consacrée corps et âme à la magie et à l’exploration jusqu’à devenir maîtresse de la Tour, parte pour le territoire de Lartania…
« Peu importe les contraintes, je m’en sortirai. Je compte revenir environ une fois par mois pour assister aux réunions régulières de la Tour. »
Son sourire illuminait le bureau tandis qu’elle rangeait à toute vitesse. Onel devina sans peine pourquoi elle voulait partir pour Lartania.
Non, il l’avait déjà compris.
On savait qu’elle nourrissait un attachement quelque peu étrange et tortueux envers le seigneur de Lartania ; ce qu’il n’avait pas saisi, c’était que cet attachement était assez puissant pour lui faire renoncer à la Tour.
« … Dans ce cas, bon voyage. »
Onel jugea donc inutile d’essayer de la convaincre davantage et inclina légèrement la tête devant la maîtresse de la Tour Bleue, qui avait pratiquement fini de ranger son bureau.
Mais…
« Oui ? »
Déconcerté par la réponse incompréhensible de la maîtresse de la Tour Bleue, Onel réagit à son tour.
« Oui ? »
« Non, je vous souhaitais simplement bon voyage. »
« Oui, enfin… Vous reviendrez un jour de l’antenne, n’est-ce pas ? »
À la question d’Onel, qui avait l’air perplexe, la maîtresse de la Tour Bleue secoua légèrement la tête, puis lui adressa un sourire radieux, l’air espiègle et les joues rosies.
« Ah ! Pourquoi est-ce que je reviendrais, puisque papa est là-bas ? Il y a tellement de choses à faire ♥. »
Elle sourit de toutes ses dents, dévoilant ses canines acérées si caractéristiques.
« Enfin, je vais y aller. À la prochaine. »
Elle prit congé d’Onel d’un ton léger et quitta le bureau de la maîtresse de la Tour Bleue.
À ses yeux, c’était la plus belle de toutes.
« Hmm… »
Après avoir vu le sourire de cette magnifique femme, Onel sentit son cœur battre pour rien et s’éclaircit la gorge sans raison.
L’Alliance des clans de l’Est était littéralement un immense clan regroupant soixante-deux territoires de la région orientale.
Contrairement aux royaumes et aux empires, ce grand clan n’avait pas de roi. Son chef était élu par vote environ tous les cinq ans, un système qui, en apparence, semblait bien plus égalitaire que celui des autres royaumes et empires.
Le système clanique en vigueur avait été conçu pour élire le dirigeant le mieux à même de guider l’Alliance : c’était véritablement un système fondé sur le mérite.
Et actuellement, celui qui détenait la plus grande part du pouvoir parmi les différentes factions de l’Alliance des clans de l’Est était Durandor, seigneur du territoire de Callogram et chef de l’Alliance.
« … Vous dites qu’ils ont tiré quelque chose d’incroyable et anéanti une armée de plusieurs milliers de démons ? »
« Oui. »
« En un seul tir ? »
« C’est exact. »
Il écoutait le rapport.
Celui-ci portait sur la bataille qui avait eu lieu quelques jours plus tôt dans le territoire de Lartania.
« Avez-vous découvert de quoi il s’agissait ? »
« Je suis désolé. J’ai passé environ une journée sur place à chercher des renseignements, mais je n’ai rien trouvé. »
Après avoir entendu l’informateur parler en gardant la tête légèrement baissée, Durandor réfléchit un instant avant de reprendre :
« Avez-vous trouvé d’autres exemples de cette chose qui a exterminé toute l’armée de démons à Lartania ? »
« Non, nous n’en avons pas trouvé d’autre. Cependant… »
« Cependant ? »
« … Après avoir recueilli des informations dans le territoire pendant une journée, j’ai appris que le seigneur de Lartania et la maîtresse de la Guilde des forgerons avaient participé à la préparation de cet objet. »
« … La maîtresse de la Guilde des forgerons ne se trouve-t-elle pas dans le Royaume de Norba ? »
« D’après les renseignements, elle était dans le territoire de Lartania avant même la création de la Guilde des forgerons. Et, même si rien n’est confirmé, une rumeur prétend qu’elle était autrefois la forgeronne de Lartania. »
L’informateur poursuivit.
Durandor resta silencieux un moment, puis…
« Tss. »
Il claqua légèrement la langue.
C’était compréhensible : malgré la quantité d’informations rapportées par l’informateur, il y en avait peu qui fussent certaines.
Après l’avoir congédié d’un geste désinvolte, Durandor passa en revue les renseignements réunis jusque-là.
À la lumière des observations menées jusqu’à présent, une chose était claire : le seigneur de Lartania, qui n’avait pas développé ses forces militaires, avait anéanti d’un seul coup des milliers de démons à l’aide d’un objet étrange.
Et la maîtresse de la Guilde des forgerons avait été une forgeronne du territoire de Lartania dix ans plus tôt.
Ces deux informations amenèrent Durandor à formuler deux hypothèses.
Le seigneur de Lartania avait repéré l’approche de l’armée de démons et demandé à la maîtresse de la Guilde de fabriquer cet étrange objet.
La forgeronne avait utilisé une arme secrète qu’elle avait déjà créée pour vaincre l’armée de démons.
Entre ces deux hypothèses, il comprit rapidement qu’il ne servait à rien de s’interroger davantage.
Au fond, peu importait que le seigneur de Lartania eût repéré l’armée de démons et fait fabriquer cet objet pour s’en servir.
Peu importait également que la forgeronne eût utilisé une arme secrète déjà prête pour anéantir l’armée de démons.
Dans un cas comme dans l’autre, il avait la confirmation qu’une arme capable de tuer des milliers de personnes pouvait être fabriquée à Lartania. Et puisqu’il était possible qu’il y en ait d’autres sur place, il ne pouvait pas attaquer le territoire à la légère.
À vrai dire, il est difficile d’agir imprudemment. De notre côté, nous ne sommes pas encore prêts à perdre des troupes et, tant que la force étrangère reste intacte, il est trop tôt.
« C’est vraiment embêtant… J’espérais en transformer autant que possible en démons, mais ça ne sert absolument à rien. »
Durandor marmonna entre ses dents, puis jeta un regard en coin à la sphère bleue posée sur son bureau.
Il contempla cette sphère, d’où semblait jaillir une lueur bleue, comme si elle n’aurait jamais dû exister en ce monde.
… Bon. Et si nous commencions par examiner ça ?
Il esquissa un sourire en y songeant.
« … Tout est pour le Grand Être. »
À ces mots, une lueur bleue brilla un instant dans ses yeux, puis s’évanouit.
Après mûre réflexion, Kim Hyunwoo décida finalement de fabriquer deux petits missiles et un gros.
La différence, c’était qu’ils seraient fabriqués sans Pierres rouges.
Bien sûr, sans elles, la puissance des missiles diminuait considérablement.
À vrai dire, elle ne baissait pas seulement de façon importante : elle était réduite au dixième.
De plus, sans Pierres rouges, les missiles ne pouvaient même pas être lancés pour l’instant. Il était donc plus juste de les considérer comme de simples accessoires.
Mais cela ne posait pas de problème.
Kim Hyunwoo voulait justement fabriquer des missiles pour la forme.
Il faut bien frimer un peu, après tout.
La frime pouvait sembler inutile à certains égards, mais dans la situation actuelle de Lartania, elle comptait plus que tout.
En lançant des missiles sur l’armée de démons, Lartania avait fait comprendre aux territoires voisins : « Si vous cherchez des noises à Lartania, vous allez le regretter. »
Dans ces circonstances, exhiber les missiles permettrait d’éviter habilement les combats tout en gagnant la confiance des habitants du territoire.
Et puis, si d’autres ennemis nous attaquent, il suffira d’y mettre des Pierres rouges et de les lancer.
… Vu l’état misérable des finances du territoire, on pouvait se demander s’il aurait seulement les moyens de lancer ses missiles. Il espérait donc autant que possible ne pas en arriver là.
… À bien y réfléchir, pourquoi l’armée de démons m’a-t-elle attaqué… ?
Kim Hyunwoo se plongea de nouveau dans cette question.
Il n’avait toujours presque aucune information supplémentaire et ne pouvait donc pas parvenir à une conclusion. Pourtant, plus il y réfléchissait, plus il lui semblait étrange que l’armée de démons menée par Landaron soit venue l’attaquer.
Mais faute d’informations, Kim Hyunwoo ne s’inquiéta pas longtemps.
Alors que les finances du territoire de Lartania commençaient enfin à se stabiliser.
Une héroïne 4 étoiles, « Maîtresse de la Tour Bleue », a rejoint le territoire.
Peu après avoir appris que l’antenne de la Tour des Mages était achevée, Kim Hyunwoo put rencontrer la maîtresse de la Tour Bleue grâce à la notification qui apparut devant lui.
« Ça fait longtemps, papa ♥. »
« … Quoi ? »
Kim Hyunwoo resta bouche bée.
Et puis…
« Hein ? Hein ? Hein ? Hein ? »
River, qui était arrivée tout sourire pour faire son rapport sur les améliorations apportées aux missiles, se mit à répéter la même chose comme un jouet cassé.
« … Papa ? Attendez… Elle appelle déjà le seigneur “papa”… »
Tout aussi paniquée, Elena se mit à marmonner, le regard tremblant.