Chapitre 23
Partie 1
Même si la réalité sous vos yeux est inexplicable, le temps continue de s'écouler sans relâche.
Laissant de côté Kamijou, qui ne savait plus quoi penser de la situation, Touya, Index et Mikoto décidèrent de s'amuser à la plage. Ils ordonnèrent à Kamijou d'enfiler son maillot de bain, de trouver un emplacement sur la plage et de s'installer sous un parasol.
Sous le parasol, assis en tailleur sur la natte, Kamijou était seul.
(Est-ce vraiment le moment de perdre mon temps comme ça ? Je ne comprends pas ce qui se passe, mais le monde est en pleine crise. Cela dit, je n'ai aucune idée de comment gérer ça.)
En raison d'une invasion massive de méduses, il n'y avait personne d'autre que Kamijou sur la plage aujourd'hui. Une musique stridente s'échappait tristement d'un haut-parleur fixé à l'un des arbres disséminés le long du rivage. Dans ces conditions, le monde semblait en paix ; pourtant, le programme télévisé qu'il avait vu plus tôt lui rappelait que ce n'était pas le cas.
Peu importe la chaîne sur laquelle on tombait, on ne voyait que des gens étranges, en décalage total.
Si toutes les chaînes diffusaient la même chose, cela signifiait que ce chaos ne se limitait pas à cette plage, mais touchait tout le Japon — non, dans le pire des cas, probablement le monde entier.
(...Hum. Peut-être que je suis en train d'halluciner ?)
(Si des problèmes survenaient à l'échelle mondiale, alors la situation serait plus simple. Si le fait d'être « en décalage » était devenu la norme pour tout le monde, même en étant persuadé d'avoir raison, on finirait par se demander si le problème ne vient pas de soi), pensa Kamijou, toujours facile à influencer.
Assis en tailleur, Kamijou entendit des bruits de pas crissant dans le sable derrière lui.
« Hé, Touma ! Beau boulot pour avoir trouvé une place ; enfin, comme on est les seuls aujourd'hui, ça n'aurait pas changé grand-chose si tu ne l'avais pas fait. Wahahaha ! » lança le grand homme en riant.
Kamijou était pétrifié.
« Hoo~ Qu'est-ce qu'il y a, Touma ? Tu aimes tant que ça mon maillot de bain ? »
Kamijou ignora totalement Touya et dirigea son regard vers la jeune fille à ses côtés. Il fixa Index, qui était censée être sa mère, Shiina.
(H-hé, attends, c'est quoi ce maillot de bain impie !?)
Index portait un bikini noir qui ne convenait absolument pas à sa petite silhouette.
Un bikini se compose généralement de ficelles et de tissu ; cependant, dans le cas d'Index, les ficelles étaient faites d'un nylon transparent. Par conséquent, vu de loin, le tissu donnait l'impression d'être simplement collé sur les parties qu'il était censé dissimuler.
Franchement, quiconque voyait ça dirait qu'il s'agissait d'un maillot de bain pour adulte.
(Kuhh... Est-ce ce qu'on appelle le domaine du contraste et du déséquilibre !? Non, attends. Ce n'est pas le moment de s'extasier. Comment Index, qui n'a pas un sou en poche, a-t-elle pu mettre la main sur ce maillot de bain ?)
Index posa une main sur sa joue tout en observant le visage perplexe de Kamijou.
« Oh là là, Touma-san. Ton visage indique que tu as un problème avec mon maillot de bain. »
« C'est bien plus qu'un problème ! Où as-tu trouvé ce maillot ? Il est différent de celui que tu portais hier ! »
« Oh là là. J'avais simplement prévu deux ou trois maillots de bain différents à l'avance. »
« Ahahaha, » rit Touya. « Ouais, Maman a toujours son sex-appeal. Ça fait plaisir de savoir que ça valait le coup de lui offrir ça, même si ça m'a coûté une fortune. »
Les yeux de Kamijou brillèrent à l'instant même où il entendit cela.
« Espèce de père indigne ! Tu crois faire quoi en soudoyant les gens !? Et surtout, comment tu connais les mensurations d'Index !? Ne me dis pas que vous êtes allés au supermarché ensemble dans mon dos ! »
« Oh là là, Touma-san. Si tu continues d'appuyer tes pouces sur la carotide de ton père, il ne va pas tarder à passer l'arme à gauche. »
« Ce lolicon en veut à ton corps, alors ne m'arrête pas, Index !! Gaaaah ! » hurla Kamijou avec une telle véhémence qu'il aurait pu cracher du feu. « Merde, je savais bien que c'était louche que Maman fasse plus jeune que son âge. Avoue tout, elle a juste vingt ans, c'est ça ? Dans ce cas, quel âge avait Maman quand je suis né !? Réponds-moi, espèce de père pédophile !! »
« Bwrghgh. C-calme-toi, Touma. Tiens, prends ce souvenir que j'ai ramené d'Irlande. C'est une amulette pour préserver le bonheur familial. »
« C'est quoi cette figurine de femme nue !? Tu es en train de me dire implicitement que tu meurs d'envie de faire ce genre de choses !? »
« N-non. C'est leur déesse de la fertilité, Sheela na Gig, je croi—Ggggahh !! »
Misaka Mikoto s'avança vers Kamijou, qui était à deux doigts de faire une erreur irréparable dans sa vie.
« Oh~ C'est quoi tout ce boucan, Oniichan ? Ah, ne me dis pas qu'on est en plein scénario où l'on découvre que vous n'êtes pas vraiment de la même famille ? »
« Toi aussi, arrête d'essayer de nous coller une étiquette de "famille recomposée" ! Au fait, c'est quoi cette tenue ? On n'est plus à la piscine de l'école, alors pourquoi tu portes un maillot de bain scolaire ? »
« Hein ? C'est bizarre ? »
« Kuh. Alors tu joues la carte de la petite sœur mignonne jusqu'au bout, hein ? »
Kamijou lâcha le cou de Touya et laissa retomber son corps comme une pieuvre sans énergie avant de soupirer. Touya, qui toussait violemment en se tenant la gorge, regarda son fils...
« Euh, c'est une erreur de ma part... Je ne savais pas que Touma avait ce complexe maternel... »
« Oh là là. Je ne savais pas que le complexe d'Œdipe, cette théorie psychologique de Freud-sensei selon laquelle les garçons détestent inconsciemment leur père, était réelle. »
« C'est grave. Les effets secondaires de la vie en dortoir pendant des années ont probablement poussé Touma à développer un fort besoin d'affection familiale. »
« Pourquoi tout le monde est comme ça... ? » lança Kamijou en grinçant des dents. « En plus de faire un diagnostic d'amateur, ils me traitent de complexé ! Tout le monde, alignez-vous dans ce coin ! Je vais enterrer vos corps dans le trou que j'ai creusé avec cette mini-pelle ! »
« Kyaaahh ! » crièrent les trois joyeusement en courant vers la mer.
« Je ne vous laisserai pas échapper ! » Kamijou les poursuivit, une mini-pelle à la main, quand il réalisa soudain qu'il oubliait quelque chose.
Kamijou entendit alors le bruit du sable qui craquait derrière lui.
C'est vrai ; Aogami Pierce était aussi là pour une raison inconnue. Kamijou se figea en s'en souvenant.
Si sa mémoire était bonne, Index portait un maillot de bain une pièce blanc hier.
Aujourd'hui, Aogami Pierce portait le même costume de sœur qu'Index avait porté.
Par conséquent, la tenue qu'Aogami Pierce porterait à la plage serait...
(Attends. C'est stupide... Quelle est cette conclusion absurde à laquelle ce syllogisme m'a mené ?)
« Touma, Touma ! Je suis en retard, désolé de t'avoir fait attendre. »
Horrible. Cette voix masculine mignonne était vraiment trop horrible.
(Ne te retourne pas,) pensa Kamijou.
Il perdrait probablement quelque chose de précieux en voyant Aogami Pierce. Pourtant, comme s'il faisait face à une réalité terrifiante, il fit pivoter lentement la tête, tel un robot rouillé.
Sous ses yeux se trouvait...
Un démon dans un maillot de bain une pièce.
« ......Haaah !? »
Lorsque Kamijou reprit ses esprits, le soleil était déjà au zénith. Il tenait une mini-pelle à la main, et près de ses pieds, la tête d'un Aogami Pierce évanoui dépassait du sable.
« C'est moi qui ai fait ça ? Je me demande bien ce que j'ai pu faire... »
À en juger par l'angle du cou d'Aogami Pierce, il était enterré à la verticale dans un trou. Kamijou réfléchit au problème, mais il n'envisagea pas d'exhumer son ami ; il était certain qu'il perdrait quelque chose de précieux s'il revoyait sa tenue.
(C'est vrai, où est le pè— euh, mais qu'est-ce qu'il fiche à s'amuser comme un petit fou au beach-volley avec Index et Mikoto !? En plus, il a un regard super sérieux et il vise directement Index ! B-bon sang ! Mes vacances d'été tant attendues sont gâchées à cause de lui !)
(Bref, il faut que j'enterre ce père lolicon inutile à tout prix !)
Kamijou, une mini-pelle à la main, courut en direction du trio. En chemin, il eut l'impression de passer à côté de quelque chose d'important...
« Unyaaa- ! Kami-yan, je t'ai enfin trouvé ! »
...lorsqu'une voix étrange retentit. Si l'on se demandait ce qu'elle avait de bizarre, c'est que l'origine de ce miaulement n'était pas une fille, mais un homme.
(Q-quoi ? Cette voix me dit quelque chose. Serait-ce...!?)
Kamijou s'arrêta net et se retourna. Son regard se posa sur un grand gaillard d'un mètre quatre-vingts qui courait vers lui.
« T-Tsuchimikado ? »
Tsuchimikado Motoharu : le voisin de palier de Kamijou et son camarade de classe (enfin, c'est ce qu'il pensait, mais à cause de sa perte de mémoire, il ne pouvait pas en être certain). Ses longs bras étaient caractéristiques — ils pouvaient atteindre ses genoux lorsqu'il les tendait — tout comme sa grande taille et ses cheveux blonds en pétard. Il portait une chemise hawaïenne et un bermuda. Des lunettes de soleil bleu clair masquaient ses yeux. Une chaîne en or, typique des délinquants, pendait à son cou. Kamijou savait pourtant qu'il n'avait pas la moindre once de délinquance en lui et qu'il ne la portait que pour plaire aux filles. Il avait une demi-sœur, Tsuchimikado Maika, souvent vêtue d'une tenue de soubrette, ce qui transformait Tsuchimikado en un frère gâteux et transi d'amour dès qu'ils étaient ensemble.
« Hé, attends une minute ! Qu'est-ce que tu fais ici, en dehors de la ville ? Comment as-tu pu quitter la Cité Scolaire ? Maika est avec toi !? »
« Si possible, j'aimerais que tu évites d'appeler ma sœur aussi familièrement, mais... il ne reste plus beaucoup de temps, Kami-yan. J'ai une question à te poser : est-ce que tu me vois comme "Tsuchimikado Motoharu" ? »
Kamijou ne comprit pas le sens de la question de Tsuchimikado.
« Hein !? De quoi tu parles ? Et on oublie cette question absurde, comment t'es arrivé i— ? »
« Alors ça veut dire que... Non, c'est impossible... » marmonna Tsuchimikado pour lui-même. « Enfin, peu importe. Quoi qu'il en soit, Kami-yan, tu dois déguerpir d'ici au plus vite. C'est dangereux. Qu'est-ce qui est dangereux, tu demandes ? Une grande sœur en furie qui a pété un câble va te tomber dessus d'un instant à l'autre ! »
« Hein ? Grande sœur ? Hé, me dis pas que t'as fait une connerie ? »
« Arrête de poser des questions et écoute les conseils de ton voisin ! »
Tsuchimikado était probablement dans un état de confusion totale, car il n'arrivait pas à faire comprendre ses intentions à Kamijou.
Kamijou pencha simplement la tête sur le côté. En voyant sa réaction, Tsuchimikado le harcela avec une telle fébrilité que ses lunettes de soleil bleues glissèrent sur son nez.
« Eeii ! Kami-yan, t'as pas remarqué un truc bizarre en te réveillant ce matin !? »
« Hmm ? Ouais, tout le monde était un peu étrange, comme si leurs intérieurs (identités) et leurs extérieurs (apparences) avaient été inversés. Hein ? Pourquoi tu sais ça ? »
Kamijou jeta un coup d'œil vers le bord de mer où les trois jouaient au beach-volley.
« Exactement comme je l'ai dit ! La grande sœur pense que c'est toi le coupable qui a lancé cette magie d'« inversion » ! »
« Hein ? »
(Coupable ?) Kamijou, qui était totalement dans le flou, continua de pencher la tête. Puis...
« Je t'ai enfin trouvé, Kamijou Touma ! »
Une voix féminine chargée d'animosité surgit sur son côté.
Tsuchimikado leva les yeux au ciel, l'air accablé. Kamijou se tourna vers la provenance de la voix.
Une fille d'un mètre soixante-dix, une taille imposante pour son genre, se tenait là. Ses longs cheveux étaient attachés en une queue-de-cheval qui lui arrivait aux hanches. Elle possédait une silhouette athlétique. On aurait pu facilement comparer sa peau blanche à celle d'une princesse, mais, mystérieusement, contrairement aux princesses habituelles, elle ne dégageait aucune fragilité ni aucune évanescence.
La raison tenait sans doute à son style vestimentaire. Elle portait un t-shirt à demi-manches, noué au-dessus du nombril pour le laisser apparaître. En bas, elle arborait un jean usé... mais dont une jambe avait été délibérément coupée, exposant l'une de ses jambes blanches. Des bottes, dignes des films de western, chaussaient ses pieds. Une ceinture supplémentaire, portée de travers sur celle qui lui serrait la taille, était équipée d'un étui destiné à un pistolet.
Pourtant, ce qui s'y trouvait n'était pas une arme à feu, mais un sabre japonais. On devinait au premier coup d'œil que cette lame, longue d'environ deux mètres, était hors du commun. Avec sa queue-de-cheval noir de jais, elle ressemblait à une samouraï de l'époque des guerres civiles.
Cette guerrière tout droit sortie du Bakumatsu [1] fixait Kamijou avec fureur.
Le visage déformé par la rage, elle s'approcha de Kamijou sans la moindre hésitation.
Ce qui était effrayant, c'est que la jeune fille ne cessait de poser la main sur son sabre avant de la retirer, et ce, de manière répétée.
« Kamijou Touma ! Je sais que c'est toi qui es derrière cette magie d'échange... cet Angel Fall ! Je compte jusqu'à trois : remets tout en ordre, ou sinon... ! »
La fille se trouvait déjà sous les yeux de Kamijou. Ses paroles colériques sous-entendaient qu'elle frapperait Kamijou bien avant d'avoir fini de compter. Kamijou était décontenancé. N'importe qui serait terrifié à l'idée d'être acculé par une personne en colère armée d'un sabre gigantesque.
« Hein ? Qu'est-ce qu'elle raconte ? Tsuchimikado, c'est ça la "nee-chin" dont tu parlais ? ... Hé, ne te sauve pas tout seul, espèce d'ordure ! »
Tsuchimikado, qui s'éloignait furtivement pendant que Kamijou se concentrait sur la jeune fille, se figea à l'appel de Kamijou, puis se retourna. Les verres bleu clair de ses lunettes de soleil brillèrent.
Kamijou fixa le bord de mer. La distance entre Index et les autres, et Kamijou, était d'environ une centaine de mètres. Pourtant, Kamijou eut l'impression, l'espace d'un instant, que l'autre rive était un paradis lointain qu'il ne pourrait jamais atteindre, même en y consacrant une éternité.
Kamijou ressentit le désir de s'enfuir là-bas, mais chassa aussitôt cette pensée. Cela ne changerait rien. Un autre problème l'y attendrait tout autant.
La jeune fille devant lui s'était probablement calmée et déclara : « Ah, je vois. C'est vrai. Je m'excuse. Il semble que ma colère ait obscurci mon jugement. Pour le principe, laisse-moi te poser une question : pour qui me prends-tu ? »
(Pour qui, tu demandes... ?)
Kamijou pencha la tête, déconcerté par l'étrangeté de la question. À en juger par sa manière de demander, elle supposait que son apparence pouvait laisser croire qu'elle était quelqu'un d'autre. Eh bien, tout d'abord, Kamijou, qui souffrait d'une perte de mémoire suite à un certain incident, ne se souvenait même pas de cette fille. Face à une telle question, il n'avait d'autre choix que de pencher la tête.
La jeune fille samouraï sembla percevoir quelque chose dans la réaction de Kamijou. Elle dit d'une voix impatiente : « ...Bon sang, arrête ton numéro. Tu m'as appelée "nee-chin" il y a un instant. Mon nom n'est pas nee-chin. Je suis Kanzaki Kaori, une magicienne anglicane de Necessarius. Je suis consciente que notre rencontre fut brève, mais ne me dis pas que tu m'as déjà oubliée. »
Kamijou fut choqué par les paroles de Kanzaki, et ce, pour deux raisons.
Premièrement, cette étrange fille samouraï, un mélange entre le Japon et l'Angleterre, était en réalité une de ses connaissances.
Deuxièmement, elle venait de révéler son identité en tant que magicienne anglicane.
L'organisation Necessarius de l'Église anglicane était un groupe spécialisé dans la gestion des magiciens, et Index comme Stiyl Magnus en étaient tous deux membres. Soit dit en passant, bien que la tenue étrange de Kanzaki ne corresponde pas à la société actuelle, elle exerçait le même métier qu'Index et Stiyl (bien que mentionner cela puisse être assez impoli).
Mais si c'était vrai, alors un autre soupçon germa dans le cœur de Kamijou.
Pourquoi Tsuchimikado était-il lié à cette véritable magicienne ?
À cet instant, Tsuchimikado soupira et déclara : « Oh là là, Kanzaki nee-chin, tu n'es pas obligée d'être aussi belliqueuse. »
« Qu'est-ce que tu racontes, Tsuchimikado ? J'essaie simplement de résoudre le problème actuel. À mes yeux, tu manques cruellement de l'instinct d'un magicien. »
En entendant cela, Kamijou eut le souffle coupé.
« Hé, qu'est-ce que tu viens de dire ? C'est quoi cette histoire de magicien ? »
Kamijou fixa son voisin Tsuchimikado avec incrédulité. En guise de réponse, Tsuchimikado esquissa un sourire sinistre.
« C'est exact. Je suis moi aussi un membre de Necessarius. »
Lança Tsuchimikado avec désinvolture.
Il fallut un moment à Kamijou pour réaliser la portée des propos de Tsuchimikado.
Ses lunettes de soleil bleues brillaient.
La lumière du soleil qui s'y reflétait prenait une teinte étrange.
« Attends... attends une seconde... tu es en train de me dire que tu es un magicien ? »
« Ouais. »
Tsuchimikado hocha la tête, sans détour.
« Tu pensais vraiment qu’il n’y avait aucun magicien dans la Cité Scolaire ? C’est tout le contraire. La Cité Scolaire est l’ennemie du monde des églises, alors ça n’a rien d’étrange d’y avoir un ou deux espions infiltrés, tu ne crois pas ? En dehors de moi, il semble y en avoir beaucoup d’autres. »
« ...Mais... »
Ce que disait Tsuchimikado n’avait aucun sens.
Pourtant, entendre Tsuchimikado, qu’il connaissait dans son quotidien le plus banal, tenir des propos aussi logiques, donnait à Kamijou une impression extrêmement étrange.
« Pourquoi crois-tu que j’ai pu sortir de la Cité Scolaire ? Tu ne trouves pas ça bizarre ? En réalité, il y a treize heures, j’étais au château de Windsor en Angleterre, avec Kanzaki nee-chin. Bien sûr, je n’ai pas rempli de demande de permis, et on ne m’a pas injecté de nanomachine. J’ai utilisé une technique pour sortir par la porte dérobée. »
« ... »
Même en l’entendant de sa propre bouche, Kamijou n’arrivait pas à croire que c’était vrai. Pour Kamijou, Tsuchimikado Motoharu n’était que son voisin de dortoir dans la vie de tous les jours. Celui qui s’habillait exprès comme un voyou pour plaire aux filles, qui courait frénétiquement demander de l’aide dans la chambre de Kamijou quand sa sœur non biologique, Maika, attrapait une grippe estivale. Bref, il avait l’air d’un type ordinaire et ne devrait avoir aucun lien avec ce monde anormal qu’est la magie.
Ainsi, Kamijou chercha inconsciemment une excuse dans son esprit.
« Attends... une seconde ! Tu as bien suivi les cours et l’entraînement de la Cité Scolaire, non ? J’ai entendu dire que les espers ne pouvaient pas utiliser la magie ! Alors... »
« C’est exact. Par conséquent, pour m’infiltrer sur le territoire ennemi, moi, Tsuchimikado, j’ai été contraint de renoncer à la magie et à mon titre de professeur Onmyoji du plus haut rang. Mais au final, je me suis retrouvé avec une capacité de Level 0 totalement inutile, quelle perte ! »
Le voisin de dortoir laissa échapper un sourire sinistre.
« Mais dans ce monde, pour gagner la confiance des autres, certains espions peuvent cacher leur nom pendant au moins cinquante ans ! Si je ne pouvais pas endurer un tel sacrifice, c'est que je serais bien trop naïf. »
« Mais tu... »
Kamijou voulait demander autre chose, mais il ne put continuer.
Voyant Kamijou si surpris, Tsuchimikado esquissa un sourire autodérisoire et dit : « C'est ça. Voici la véritable identité de Tsuchimikado. Un outil qui rapporte chaque action de la Cité Scolaire à l'Église anglicane. En gros, je suis un espion. »
Un espion.
Ce mot qui n'avait rien de surréaliste, ce mot qu'on n'entendait que dans les films.
À cet instant, Kanzaki ignora totalement le choc de Kamijou et demanda à Tsuchimikado d'un ton terne.
« Je te repose la question, Tsuchimikado. Est-ce vraiment sans risque pour toi de révéler ta véritable identité comme ça ? »
« Aucun problème. De toute façon, les supérieurs sont au courant, ils n'ont juste pas agi. Pour l'instant, ma situation est telle qu'ils me manipulent comme ils veulent. »
À travers ses lunettes bleues, les yeux de Tsuchimikado se plissèrent.
« Puisque je n'ai subi aucun dommage jusqu'à présent, cela signifie que les informations que j'ai obtenues ne suffisent pas à justifier mon élimination... Il est vrai que nous ne pourrons pas les combattre une fois qu'ils connaîtront la vérité sur le District des Nombres Imaginaires - l'Institution des Cinq Éléments. Et puis, ce n'est qu'un boulot, je ne veux pas perdre la vie pour ça. Il est temps de battre en retraite, il y a trop de risques à creuser davantage. De toute façon, nous ne pourrons infliger aucun dégât à Aleister. Vraiment, la face cachée de la Cité Scolaire n'est pas une partie de plaisir. »
« ... »
Les mots de Tsuchimikado firent trembler Kamijou.
Kamijou n'avait entendu aucune révélation fracassante. En réalité, il ne comprenait absolument rien. Cependant, le simple fait qu'il ne puisse saisir les paroles de Tsuchimikado prouvait que ce dernier et lui n'appartenaient pas au même monde.
« ... Ça veut donc dire... que tu es un vrai magicien ? »
« Un magicien assez unique, plutôt hors du commun. »
Un espion.
Même en sachant cela, l'image que Kamijou se faisait de Tsuchimikado Motoharu ne s'effondra pas pour autant. Pour Kamijou, Tsuchimikado restait son voisin de dortoir, un frère attentionné envers sa petite sœur Maika, un mauvais bougre qui offrait refuge à sa sœur lorsqu'elle s'échappait du dortoir des filles.
Même si l'homme venait de révéler sa véritable identité, cela n'altérait en rien la perception qu'avait Kamijou de lui ; cela montrait à quel point il s'était intégré à la Cité Scolaire, et c'était sans doute là le point le plus terrifiant.
« Hm, ne parlons pas de ça pour le moment. »
Tsuchimikado changea brusquement de sujet.
« Pour l'instant, le plus important est de savoir comment nous allons gérer cette substitution de rôles ? Kami-yan, tu as bien remarqué ce scénario, n'est-ce pas ? »
« Attends... à t'entendre, je suppose que tu es au courant de ce qui se trame ? »
« Ah, ce n'est pas vraiment ça. Pour l'instant, nous ne savons qu'une chose : la substitution des rôles n'est pas l'objectif principal, c'est juste un effet secondaire, nya. »
« Un effet secondaire ? De quoi ? »
Kamijou fronça les sourcils. Il comprenait le sens de « substitution des rôles ». Tout le monde agissait bizarrement à son réveil ce matin, et il avait vu des choses étranges en allumant la télévision. Mais que voulait-il dire par « effet secondaire » et « objectif principal » ? L'utilisation de ces termes donnait l'impression que tout cela était artificiel.
Voyant l'air suspicieux de Kamijou, Kanzaki ne put s'empêcher de soupirer.
« Tsuchimikado, il semble très difficile pour quiconque de comprendre si cette personne n'a jamais entendu parler de la théorie de l'arbre de la Kabbale. »
« Je sais. Mais dans ce cas, ta théorie initiale ne serait-elle pas erronée ? » Tsuchimikado rit avant d'ajouter : « Comment un amateur en magie comme Kamijou Touma pourrait-il provoquer un sortilège d'une telle ampleur, capable de modifier l'apparence intérieure et extérieure comme le fait la Chute de l'Ange ? »
Choqué par les mots de Tsuchimikado, Kamijou le fixa intensément.
« Quoi ? Qu'est-ce que ça a à voir avec moi ? »
Kamijou interrogea Tsuchimikado, mais c'est Kanzaki, qui n'avait pas l'air convaincue, qui répondit.
« ... Il y a un garçon autour duquel, pour une raison inconnue, beaucoup de choses se produisent. En ce moment, avec ce garçon comme épicentre, quelque chose d'autre s'est produit. Le monde entier est affecté par cela, et le seul à ne pas l'être est ce garçon au cœur de l'agitation. Dans une telle situation, nous soupçonnons ce garçon d'être le coupable, n'est-ce pas logique ? »
« Hé... hé ho ! Attendez ! Vous présentez ça de façon vraiment bizarre ! C'est quoi cette histoire de "quelque chose s'est produit" ? D'après vos explications, tout ça serait artificiel ? »
« Tu penses vraiment qu'il s'agit de catastrophes naturelles ? »
Kamijou resta silencieux, malgré lui.
Tsuchimikado força un sourire et lança : « Hé, Kami-yan, ne reste pas muet comme ça ! Sinon, c'est toi qui vas prendre pour tout le monde ! »
« Tsuchimikado, qui est censé prendre pour tout le monde, tu dis ? À l'heure actuelle, les seules personnes au monde qui ne sont pas affectées par la Chute de l'Ange sont... »
« Attends une seconde ! C'est quoi cette "Chute de l'Ange" dont tu n'arrêtes pas de parler ? »
Kamijou releva ce terme dans les paroles de Kanzaki, et les deux magiciens se tournèrent vers lui.
« Ah... La Chute de l'Ange, c'est... c'est assez pénible à expliquer. Kanzaki, je te laisse le soin de le faire, nya. »
« Tsuchimikado, arrête avec tes tics de langage ringards. » Kanzaki soupira, l'air lassé, et reprit : « Pour faire simple, ce phénomène de substitution des rôles est un événement d'origine humaine provoqué par quelqu'un utilisant la magie. »
« Un événement d'origine humaine ? »
Kanzaki hocha la tête en silence.
Devant l'air perplexe de Kamijou, Kanzaki poursuivit : « En ce moment, le monde entier est sous l'influence d'une magie qui génère ce phénomène. Même les archives de la bibliothèque d'Angleterre ne contiennent rien à ce sujet. Comme le sortilège précis et sa structure restent un mystère, nous nous sommes basés sur les caractéristiques du phénomène pour baptiser temporairement ce sort : la Chute de l'Ange. »
« ...Vous ne savez pas comment ça a été créé, mais vous savez ce qui se passe ? »
Quel fossé.
Le contenu de cette conversation rendait les bruits d'Index et des autres, en train de jouer, si lointains.
« C'est comme si une mystérieuse bête géante attaquait une ville. »
Tsuchimikado sourit en expliquant.
« Même après une demi-journée d'enquête, les gardes n'ont pas réussi à découvrir la véritable identité de la bête. Ils savent juste qu'ils doivent l'arrêter pour éviter que les dégâts ne s'étendent. Kami-yan, tu es simplement limité par le sens commun et ta propre perspective. Il te suffit d'imaginer cela comme des règles de jeu, et ça devrait être assez facile à comprendre pour toi. »
« Ton exemple m'a rendu la chose encore plus incompréhensible. »
En entendant les mots de Tsuchimikado, Kanzaki parut totalement perplexe, penchant la tête en prononçant ces mots.
(Dire que cette femme peut faire un geste aussi mignon.) pensa Kamijou, assez grossièrement.
« Expliquons cela un peu plus en détail. Ce sort appelé "Angel Fall" intègre les concepts de la Kabbale. Tu en as entendu parler ? »
« ...Aucune idée. »
En réalité, Kamijou semblait en avoir déjà entendu parler, mais comme il ne s'en souvenait pas vraiment, il nia. En y réfléchissant, le magicien Stiyl semblait l'avoir mentionné lors de la bataille contre l'alchimiste.
« Ce qu'on appelle l'Arbre de Vie est essentiellement une hiérarchie d'identités, séparant Dieu, les anges, les humains et les âmes en dix niveaux sur une pyramide ; c'est le concept de base. »
« C'est basé sur le schéma montrant que Dieu règne en maître sur toute chose. Eh bien, pour faire simple, cette image montre que les humains ne peuvent atteindre qu'un certain niveau, et qu'au-delà, c'est le territoire de Dieu, donc il ne peut être envahi. »
« Le nombre d'humains et d'anges a déjà été fixé, par conséquent, dans des circonstances normales, les humains sont absolument incapables d'être promus au rang d'anges. À l'inverse, les anges ne peuvent jamais être rétrogradés au rang d'humains. »
« Parce que chaque royaume est déjà complet. »
Poursuivant les propos de Tsuchimikado, Kanzaki ajouta : « Mais ce sortilège appelé "Angel Fall" porte bien son nom : il peut forcer un ange résidant dans les cieux à devenir humain. Et le royaume des humains est comme une coupe remplie d'eau ; si une goutte d'ange y tombe, que va-t-il arriver à la coupe ? »
« Ah... euh... » Kamijou parut plutôt embarrassé en répondant : « Un... ange... ? »
« Oui. Pour être tout à fait précise, il ne s'agit pas d'un messager du ciel, mais d'un messager de Dieu. Avez-vous des questions ? »
Kanzaki répondit avec sérieux.
« Hm... »
L'esprit de Kamijou cessa de fonctionner.
Mikoto et ses amies s'amusaient avec un ballon de plage, et leurs rires parvenaient aux oreilles de Kamijou, resté totalement silencieux. Comme ils n'étaient que quelques-uns sur cette vaste côte, ces sons apportaient une pointe de solitude.
Ce n'était pas que Kamijou ne comprenait pas, mais essayer de se mettre au diapason de ces personnes issues du monde de la magie avec ses connaissances scientifiques était impossible. Après tout, Kamijou avait déjà été impliqué dans une affaire de vampires et avait failli y laisser la vie.
Le problème, c'est... un ange ? N'était-ce pas un peu tiré par les cheveux ?
(Si quelqu'un entendait dire que "le problème qui frappe la Terre en ce moment est causé par un ange !" et qu'il pouvait répondre "c'est grave, que devons-nous faire ?", c'est qu'il avait probablement perdu tout espoir en sa propre vie, non ?) pensa sérieusement Kamijou.
« ...Quel ange ? C'est vraiment difficile à croire. À notre époque, les navettes spatiales peuvent traverser l'atmosphère, et il n'y a aucun signe de l'existence d'un paradis... »
« Mm, la hiérarchie entre le paradis et l'enfer n'est pas une question de hauteur. »
« Alors, de quoi s'agit-il ? »
« Voici un exemple. L'œil humain ne peut pas voir les rayons infrarouges, et l'oreille humaine ne peut pas détecter les sons à haute fréquence. Tu comprends ça, Kami-yan ? »
« Ah ? Mn. »
« Le haut et le bas font référence à cela : tout ce qui se situe au-delà ou en deçà de ce que les humains peuvent percevoir. Ils ne peuvent rien ressentir si c'est trop élevé ou trop bas. Donc, même si Dieu apparaissait juste à côté de toi, Kami-yan, tu serais incapable de le détecter. »
Tsuchimikado sourit avec amusement.
« Ouais. Le bas fait référence à l'enfer du diable. L'opposé des rayons infrarouges, ce sont les rayons ultraviolets, et les basses fréquences s'opposent aux hautes fréquences ; en d'autres termes, c'est une inversion. Bien que les ondes soient différentes, elles restent des ondes. En clair, même si un ange se tenait à côté d'un démon, ils seraient incapables de se détecter mutuellement, à moins qu'ils n'interfèrent l'un avec l'autre dans la zone située entre le paradis et l'enfer, appelée le "royaume des humains". »
« Tsuchimikado... »
Le ton de Kanzaki se fit plutôt sévère.
Elle ne semblait pas apprécier que Tsuchimikado utilise les rayons infrarouges et les hautes fréquences comme exemples.
« Mais une fois que des objets sont exposés aux rayons infrarouges, ils chauffent. Le verre vibre lorsqu'il est soumis à un son à haute fréquence. C'est ce qu'on appelle une punition divine ou un miracle. Ainsi, à première vue, le paradis qui ne réagit pas finit parfois par affecter le royaume des humains. Bien sûr, l'inverse est également possible. »
Kamijou ne comprenait toujours pas.
Tsuchimikado poursuivit : « Oh oui, Kami-yan. Dans les religions qui vénèrent des idoles, comme le bouddhisme ou le christianisme, le pouvoir de Dieu ou celui des anges existe bel et bien autour de nous. »
« ... »
Kamijou affichait un air suspicieux.
« Je ne te mens pas. Voici un exemple. N'y a-t-il pas une croix au sommet du toit d'une église ? Ces croix possèdent un pouvoir spécial, mais sont-ce les croix qui ont servi à tuer les saints ? La réponse est évidemment non. »
Tsuchimikado continua d'agiter la main et déclara : « Les croix au sommet des églises sont toutes des imitations, mais même une imitation peut détenir un pouvoir. Tant que la forme et l'usage sont similaires, elle peut obtenir une petite portion de la puissance de l'original. C'est ce qu'on appelle la Théorie des Idoles. »
En gros, combiner une épée en métal et de la magie de lumière permet de créer une lame de magie lumineuse.
« Cette règle de la Théorie des Idoles s'applique aussi aux anges. Tant que l'on utilise certaines techniques spéciales, le pouvoir d'un ange peut être transféré sur un objet. Par exemple, sculpter un ange sur la garde d'une épée peut infuser la lame d'une puissance angélique. Graver le nom d'un ange sur un cercle magique protecteur lui conférera la puissance défensive d'un ange... bien sûr, la quantité de pouvoir qu'un substitut peut obtenir est extrêmement faible. Ce n'est que dans l'Ancien Testament de la Bible qu'un ange est réellement descendu sur Terre. »
« Tout cela repose sur une seule supposition : que les anges existent. »
« ... C'est vraiment difficile à croire. »
Même si Kamijou restait sceptique, il n'osait pas faire le malin. Après tout, ces types étaient des experts et ils avaient l'air sérieux, pas du tout en train de plaisanter. Lorsqu'il avait affronté l'alchimiste, Kamijou avait eu beaucoup de mal parce qu'il n'avait pas écouté sérieusement les explications de Stiyl ; il avait donc retenu la leçon.
« Désolé, je veux juste confirmer une chose... ce n'est vraiment pas une blague ? »
« Je ne comprends pas ce que tu veux dire. »
Kanzaki toussa légèrement et poursuivit.
« Quoi qu'il en soit, Angel Fall est un sort qui force un ange à descendre du ciel, et cela affecte les quatre mondes ; en d'autres termes, le monde originel, le monde de la création, le monde formé et le monde physique. »
« ...Euh, Tsuchimikado-sensei, puis-je savoir quelle langue cette demoiselle parle ? »
« Je vais t'expliquer. Comme tu peux le voir, Kami-yan, l'intérieur et l'extérieur de tout le monde ont été inversés. C'est comme une partie de chaises musicales : une fois que le jeu commence, les chaises et les personnes assises dessus changent complètement. Mais dans ce jeu, tout le monde ne finit pas par avoir une chaise. La seule personne qui se retrouve sans siège est propulsée dans le ciel, pour s'asseoir sur la chaise que l'ange a initialement libérée. »
Une substitution de rôles.
Le résultat, c'était ce que Kamijou avait vu au bord de la mer et à la télévision.
Kamijou finit par comprendre ce point.
Tsuchimikado gloussa nonchalamment et déclara : « Cependant, la théorie n'a aucune importance. Nous devons juste savoir qu'une chose étrange s'est produite et que nous devons l'arrêter. »
« ...L'arrêter ? Existe-t-il un moyen ? »
« Ouais. Il semble que ce sort appelé "Angel Fall" soit encore incomplet. Si nous voulons l'arrêter, c'est maintenant ou jamais. Même avec ta main droite, tu ne peux pas ressusciter quelqu'un qui a été réduit en cendres, n'est-ce pas ? C'est la même logique, il sera trop tard une fois le sort terminé. »
« ... »
Ta main droite.
Ça n'a peut-être pas l'air important, mais comment Tsuchimikado pouvait-il être au courant pour le tueur d'illusions ?
Voyant Kamijou prendre un air suspicieux, Tsuchimikado marqua une courte pause avant de poursuivre.
« Hé, hé, je dois vraiment t'expliquer ça aussi ? La bataille pour Index, l'invasion de l'école préparatoire Misawa, l'arrêt du projet Level 6, j'étais au courant pour tous ces événements. J'étais même en charge de l'enquête pour deux d'entre eux. »
Tsuchimikado lâcha ces révélations choquantes avec désinvolture avant de revenir au sujet comme si de rien n'était.
« Bien que le sortilège exact reste un mystère, la Chute de l'Ange est un sortilège à l'échelle mondiale. C'est trop pour qu'un simple magicien puisse l'exécuter seul ; le coupable a donc dû mettre en place un centre rituel, comme une barrière ou un cercle magique. »
Tsuchimikado enchaîna alors sur un ton enthousiaste : « Il y a donc deux façons d'empêcher la Chute de l'Ange. La première est de battre le lanceur de sorts, et la seconde est de détruire le centre rituel. Bien sûr, il y a une limite de temps, mais nous ne savons pas combien il nous en reste, ce qui rend la chose palpitante. »
Au final, Kamijou était toujours aussi confus. Quoi qu'il en soit, à cause d'une certaine personne, les intérieurs de tout le monde avaient été intervertis... c'est bien ce qu'il voulait dire, non ?
À cet instant, n'importe quelle personne normale aurait crié : « Ce n'est pas un peu ridicule ? ». Mais Kamijou vivait dans une ville peuplée de 2,3 millions d'espers et avait déjà affronté des magiciens. Il savait donc qu'il existait bien des choses qu'on ne pouvait pas balayer d'un simple « c'est illogique ».
Kamijou commença donc à s'inquiéter.
Il semblait que les actions de chacun paraissaient si étranges à cause de cette substitution de rôles. Kamijou se remémora ce qui s'était passé ce matin-là. Tout était désastreux depuis son réveil, Misaka Mikoto était devenue sa petite sœur...
« — Attends... attends une seconde ! C'est trop bizarre ! Pourquoi j'ai une petite sœur en plus ? Je n'ai pas de petite sœur du tout ! »
Si tous ces phénomènes étranges étaient causés par une substitution de rôles (bien que cela semble ridicule), comment Mikoto est-elle devenue la petite sœur de Kamijou ?
Kanzaki poursuivit avec désinvolture.
« Eh bien, qui sait ? Mais puisqu'il y a une substitution de rôles, cela signifie qu'il devrait y avoir quelqu'un qui existe à l'origine. Ou peut-être as-tu vraiment une petite sœur dans ce monde ; simplement, tu ne le sais pas. »
« Quoi ? Donc j'ai découvert le grand secret de ma famille à cause de ça ? »
Kamijou était profondément choqué, mais parvint tout de même à faire une petite plaisanterie. Malheureusement, il n'était pas vraiment convaincu.
« En parlant de ça, quelle est l'intention du coupable en faisant exploser les choses de cette façon ? »
« Je peux deviner deux raisons. L'une est de capturer l'ange qui tombe sur terre pour en faire un esclave, l'autre est de prendre la position originelle de l'ange. »
« Peu importe la raison, si cela réussit, ce sera un événement majeur dans le monde de la Kabbale. Les membres de l'Aube Dorée doivent être en train de paniquer comme des fous en ce moment. »
« Si cela devait être utilisé à des fins malveillantes, le pouvoir d'un ange pourrait détruire le Vatican tout entier. Ce n'est pas une blague, le but du criminel ne peut pas être quelque chose de futile. »
« Excusez-moi... » Complètement ignoré, Kamijou ouvrit prudemment la bouche et dit : « Pouvons-nous revenir au sujet ? Que dois-je faire maintenant ? Qu'avez-vous l'intention de faire de moi en venant jusqu'ici ? »
« Ah, à ce propos... »
Le ton de Tsuchimikado semblait indiquer que ce n'était pas important du tout.
« Nous venons de le dire. D'après les résultats de l'enquête, ce phénomène étrange semble être causé par toi, Kami-yan, qui en es le centre. Pourtant, tu n'es pas affecté alors que tu te trouves au cœur du problème... »
« ...Quoi ? »
Kamijou était stupéfait et ses yeux s'écarquillèrent.
« Tu es donc suspecté d'être le coupable. C'est comme un pirate informatique qui répand un virus dans le monde entier ; il ne laisserait pas son propre ordinateur être infecté, n'est-ce pas ? »
« Attends... une minute ! Si tu dis ça, vous n'êtes pas dans le même cas, vous autres ? »
« Kanzaki et moi avons eu de la chance. J'ai dit plus tôt que la Chute de l'Ange avait commencé parce qu'elle s'était propagée à partir de toi. Kanzaki nee-chin et moi nous trouvions par hasard à Londres au moment où le sort a été activé. »
« ...Cela signifie-t-il que tout le monde à Londres va bien ? »
« Pas du tout. La puissance de la Chute de l'Ange est colossale. Nous étions simplement à l'intérieur du château de Windsor. Le château de Windsor possède une barrière défensive du niveau d'une forteresse, et sa capacité de défense n'est certainement pas inférieure à celle de l'Église Ambulante blanche. En dehors de nous, il semble que les personnes situées dans les parties les plus profondes de l'abbaye de Westminster et de la cathédrale de Southwark soient indemnes. »
Tsuchimikado gloussa.
« Grâce à la double protection de la distance et de la barrière, nous avons réussi à y échapper. Cependant, la plupart des magiciens ont été frappés par le poison de la Chute de l'Ange, et très peu de gens s'en sont rendu compte. »
« Oh... même si je ne comprends pas vraiment ce qui se passe, n'est-ce pas un mal pour un bien ? »
« Pas seulement ça. Nee-chin allait bien, mais je n'étais pas à l'intérieur de la partie la plus profonde à ce moment-là. Si je n'avais pas mis en place une barrière pour moi-même pendant les 300 secondes où la barrière extérieure était activée, même moi, j'aurais été affecté. »
« ...Hein ? Mais tu viens de dire que tu ne pouvais pas utiliser la magie... »
Même maintenant, Kamijou était encore assez confus au sujet de cette chose appelée magie.
Cependant, Kamijou avait été témoin de l'utilisation de la magie par les élèves de l'école préparatoire Misawa, manipulés par l'alchimiste, et leurs corps avaient explosé à cause du rejet. Quoi qu'il en soit, les espers ne peuvent pas utiliser la magie.
Tsuchimikado sembla comprendre ce que voulait dire Kamijou, car il eut un léger sourire en coin et déclara : « C'est exact. C'est pourquoi certaines parties de mon corps sont dans un état absolument terrible maintenant. Je mourrai certainement la prochaine fois que j'utiliserai la magie. »
Une rafale souffla, soulevant la chemise à fleurs de Tsuchimikado.
Kamijou vit que sous la chemise, il y avait une large tache noire et sanglante. On aurait dit que son corps avait été corrodé par quelque chose d'inconnu.
« Même ainsi, je n'ai pas complètement échappé au contrôle de la Chute de l'Ange. » Tsuchimikado gloussa et poursuivit : « À part nous et toi, pour les autres, je suis "interverti" maintenant. Mon apparence actuelle est celle d'une idole superstar nommée Hitotsui Hajime. Il y a quelques jours, les tabloïds ont révélé que cette personne avait une liaison avec une autre star féminine célèbre. Par conséquent, en ce moment, si l'une de ces fans enragées me voit, elle me poursuivra avec des battes de baseball. C'est vraiment une expérience de vie unique. »
Tsuchimikado pointa ensuite ses lunettes de soleil et dit : « Je n'ai donc pas d'autre choix que de me déguiser. »
« Euh... cela signifie que... » demanda prudemment Kamijou à Tsuchimikado, « Tu es donc ce bel idole pour ces personnes substituées ? »
« C'est le cas. »
Répondit Tsuchimikado avec désinvolture.
« Vous n'êtes pas un peu trop populaires, là ! Je suis dans le pétrin ici et pourtant, vous êtes si populaires là-bas ! »
« Eh bien, cette vie est assez fatigante aussi. De plus, si je veux détruire cet Angel Fall, je ne peux pas me laisser ralentir par la foule. »
« ... Eh bien, au moins, tu fais preuve de professionnalisme. »
Kamijou se tourna vers Kanzaki et dit : « Cette onee-san a été échangée aux yeux des autres aussi, n'est-ce pas ? »
« ... »
Kanzaki resta silencieuse, ses épaules tremblant légèrement.
(Hein ? Ne me dis pas que j'ai marché sur une mine ?) se demanda Kamijou.
« ... —iyl. »
« Quoi ? »
Kamijou était sous le choc.
Kanzaki poursuivit alors d'un ton plat : « Mon apparence actuelle est celle de Stiyl Magnus. C'est exact, pour eux, je suis maintenant un homme de plus de deux mètres avec de longs cheveux roux. Dès que j'entre dans des toilettes ou une cabine d'essayage, quelqu'un appelle la police, et je suis prise pour un pervers en prenant le train. Oui, j'ai été choquée. Pendant un instant, j'ai cru que le monde entier s'était ligué contre moi. »
Kamijou pensa que les émotions humaines ne s'expriment pas forcément par les expressions du visage ou le ton de la voix. Un tel monotone, dénué de toute émotion, pouvait être réellement terrifiant.
Kamijou en était certain.
Cette onee-san avait vraiment l'air en colère.
Avec une expression de marionnette dénuée d'émotion, Kanzaki posa brutalement ses mains sur les épaules de Kamijou.
« Tu n'as vraiment rien fait ? C'est toi le coupable, n'est-ce pas ? Pour être honnête, je ne serai pas en colère. Un ange contrôlé par un magicien, c'est un événement majeur sans précédent. Tu te rends compte de la dangerosité de la chose ? J'en ai assez, je dois régler ça immédiatement. Tu sais à quel point c'est terrible d'être traitée comme un grand Anglais baraqué avec une voix de fillette ? »
« Uu... oooiii ! Arrête... de secouer... arrête de me secouer ! »
Sans la moindre expression, Kanzaki secoua les épaules de Kamijou d'avant en arrière avec une force terrifiante qui dépassait toute logique humaine. Kamijou était terrifié à l'idée que son cou ne se brise.
« Tu comprends maintenant ? En étant au centre de ce phénomène étrange, tu seras considéré comme le coupable par tous les autres magiciens du monde qui ont échappé à ça ; ils te traqueront. »
« ARRÊTEZ DE REGARDER LE SPECTACLE DEPUIS LES COULISSES ! DÉPÊCHEZ-VOUS... DE LUI DIRE D'ARRÊTER DE ME SECOUER ! »
Hurla Kamijou, sentant qu'il était sur le point de vomir.
« U... uuugh... RÉFLÉCHISSEZ, VOUS AUTRES ! ANGEL FALL EST UN SORTILÈGE DE MAGIE, ET JE SUIS UN ESPER, COMMENT JE POURRAIS LANCER DE LA MAGIE !? »
Les mains de Kanzaki qui secouaient violemment Kamijou se figèrent instantanément.
Sans bouger, Kanzaki plongea son regard dans celui de Kamijou et, comme de la glace fondant dans un verre, elle fronça légèrement les sourcils, révélant une expression perplexe.
« Si c'est le cas, cela signifie que nous sommes totalement dans l'impasse. Nous n'avons aucune idée de ce que le coupable compte faire de cet ange, mais nous devons empêcher Angel Fall au plus vite. Est-ce que je vais continuer à vivre en tant que colosse étranger qui parle couramment japonais mais qui s'exprime comme une dame... ? »
En entendant Kanzaki dire cela, bien que cet incident ne soit pas de la faute de Kamijou, il ressentit un sentiment de culpabilité et de tristesse.
Quel était ce sentiment ? C'était comme voir la grande sœur parfaite d'un voisin se mettre soudainement à pleurer. C'était complètement différent du sentiment que lui inspirait Index, cette envie de la protéger.
D'ordinaire désinvolte, Tsuchimikado semblait partager ce sentiment. Il déclara : « Très bien, très bien. Dans ce cas, je suppose que nous devons reprendre nos recherches depuis le début. »
« ...Oh, c'est vrai... »
Kanzaki regarda Tsuchimikado et dit : « Tsuchimikado, tu es un esper toi aussi, mais tu as déjà utilisé la magie par le passé... il est donc probable que... »
Le ton de Kanzaki était plutôt calme, mais Kamijou sentit des frissons lui parcourir l'échine et clarifia rapidement : « Attends... attends une seconde ! Le problème, c'est que je n'ai aucune connaissance en magie ! »
« C'est vrai, mais tu as Index avec toi, n'est-ce pas ? »
« C'est vrai, c'est un angle mort », dit Tsuchimikado d'un ton désinvolte, semblant assez impressionné.
Après quoi, il surprit Kamijou en train de le fusiller du regard et se sentit quelque peu embarrassé, alors il conclut rapidement : « Mais Kanzaki nee-chin, si les espers utilisent la magie, cela endommage gravement leur corps. Au minimum, il y a des saignements, et dans les cas graves, une explosion massive du corps — c'était mentionné dans le rapport de l'incident de Misawa, non ? Tu peux voir que le corps de Kami-yan est plutôt en bonne santé ici. »
« Mn, alors vérifions. »
Après avoir dit cela, Kanzaki tendit naturellement la main et tapota légèrement l'estomac de Kamijou.
« WAH ! MAIS... QU'EST-CE QUE TU FAIS !? »
« Pourquoi sursautes-tu tout à coup ? Je vérifie simplement si tu as des blessures. Vu ta réaction excessive, il y a des dégâts internes invisibles à l'œil nu, n'est-ce pas ? »
« N'IMPORTE QUEL LYCÉEN SURSAUTERAIT ! C'EST UNE RÉACTION NATURELLE, ARRÊTE DE ME TOUCHER COMME ÇA, POUR L'AMOUR DU CIEL ! »
« C'est très suspect. Tu as peur qu'on t'examine, c'est ça ? Si tu es innocent, tu ne devrais pas te soucier d'être examiné, peu importe la méthode, non ? »
Kamijou fixa la plage peu profonde. Si Index et les autres le voyaient en train de se faire molester par une grande sœur, ce serait la fin. Il ne pourrait jamais laver son honneur, même en se jetant dans une rivière.
« ... (Ça veut dire que quiconque refuse d'être examiné est coupable. Kanzaki nee-chin est vraiment l'une des juges radicales de Necessarius, l'Église anglicane.) »
Plutôt au fait des rouages du monde de la magie, Tsuchimikado semblait assez impressionné. Bien sûr, Kamijou ne connaissait rien à tout cela.
« Ugh... d'a... d'accord ! Mon innocence sera prouvée si je n'ai aucune blessure externe ou hémorragie interne, c'est ça... OOOOIII ! ARRÊTE... NE TOUCHE PAS À DES ENDROITS BIZARRES !! »
« ??? Quoi qu'il en soit, s'il te plaît, ne bouge pas. »
Les doigts fins de Kanzaki se glissèrent lentement sous les aisselles de Kamijou, sur son torse et d'autres zones. Bien que Kanzaki dégage une impression glaciale, ses doigts étaient étonnamment chauds. Face à cette situation, Kamijou commença à transpirer abondamment. Les doigts moites de Kanzaki lui donnaient l'impression que quelqu'un léchait son corps avec sa langue.
(Attends... attends... ! C'est pas bon... ooiii !! Si... si elle continue à me toucher comme ça... je vais finir par développer des penchants bizarres à l'avenir... !)
« ... »
Les doigts de Kanzaki s'arrêtèrent soudainement.
Elle baissa les yeux en silence.
Le short de bain de Kamijou Touma.
C’est exact. Comme Kamijou Touma était un lycéen en pleine santé, il y avait eu une réaction aux palpations imprudentes de Kanzaki Kaori, et le centre de cette réaction était dissimulé à l'intérieur du short de bain.
« Attendez... attendez une seconde ! Mlle Kanzaki ! Ce n’est pas ce que vous croyez ! C’est un facteur indépendant ! C’est un accident irrésistible ! Je suis désolé, j’ai tort ! C’est ma faute, s’il vous plaît, ne me découpez pas avec ce sabre japonais ! »
Kamijou tenta frénétiquement de s’expliquer après être resté stupéfait pendant un moment. Cependant, Kanzaki ne semblait pas penser à cela.
Telle une statue de pierre, elle resta silencieuse un instant, puis finit par dire : « ... Tu as raison. Si nous devons commencer les vérifications, nous devons être minutieux, même à l’intérieur du short. »
« VOUS VOUS MOQUEZ DE MOI !? QUI VA AUTORISER ÇA... AHHH, VOUS ME PRENDREZ POUR LE COUPABLE SI JE DIS "NON", N’EST-CE PAS !? MAIS JE NE SERAI JAMAIS D’ACCORD ! N’AI-JE PAS LE DROIT DE PROTESTER EN TANT QUE JEUNE GARÇON EN PLEINE SANTÉ !? »
« Hmm. »
Kanzaki détourna le regard du short de bain.
« Très bien, peut-être que ma méthode ne fonctionne pas. Comme je suis du sexe opposé, cela doit être pénible d’être examiné ainsi. »
« C’est... c’est ça ! Exactement ! On peut encore discuter si vous vous calmez ! »
« Alors, étant du même sexe, Tsuchimikado, je t’en prie, fais les honneurs. »
« Attends... Tsuchimikado ? Comme cette palpation de tout à l'heure ? À l'intérieur du maillot de bain ? Non... NONNN !! JE NE VEUX PAS ÇA !! »
« Vraiment ? Alors c'est moi qui m'en occupe. »
« Pourquoi... POURQUOI C'EST "SI CE N'EST PAS A, ALORS C'EST B" !? POURQUOI IL N'Y A QUE A ET B COMME OPTIONS !? ATTENDS... ATTENDS ! Mlle KANZAKI ! POURQUOI VOUS PORTEZ DES GANTS DE CHIRURGIE !? ATTENDS... ATTENDS... AHHHHH— ! »
Option C, lever une pelle en plastique et hurler : « Je vais vous tuer. »
Embarrassé et furieux, Kamijou était au bord des larmes alors qu'il prenait ses distances avec l'étrange voisin et la grande sœur armée de son nodachi japonais. Utilisant ses mains pour maintenir son maillot de bain qu'il avait réussi à défendre de justesse, il fixait ces deux-là comme une bête blessée.
Les deux magiciens se sentaient également assez mal à l'aise.
« T-tu vois ? J'avais raison, pas vrai ? Si Kami-yan n'a pas été échangé, ce n'est pas parce qu'il est le coupable, mais parce que les effets de la Chute de l'Ange ont été annulés par le Tueur d'illusions. »
« Hm, mais dans ce cas, c'est un peu problématique. Nous avons déjà perdu la trace de notre objectif. Si la Chute de l'Ange arrive à son terme, elle causera des ravages à une échelle mythique ; mais nous n'avons pas le moindre indice... »
« Ce n'est pas comme si nous n'avions aucun indice. Au moins, nous savons que la Chute de l'Ange a commencé avec Kami-yan au centre, donc le coupable doit se trouver près de lui ! »
« Le problème, c'est que nous ne savons pas si le coupable a réellement interagi avec Kamijou Touma. »
« C'est assez embêtant. Mon pouls va exploser si j'utilise encore la magie. Ah, c'est vrai, et si on demandait à Kami-yan de nous aider à traquer ce coupable ? »
« Ta suggestion est assez illogique. Vas-tu demander à tes invités de t'aider à construire ta maison quand tu manques de main-d'œuvre ? »
« Ça va, non ? Nous protégerons Kami-yan des attaques du coupable, et Kami-yan détruira le lieu où se trouve le sortilège de la Chute de l'Ange. Nous aurons toujours besoin de lui, cela dit. Qu'en penses-tu, Kami-yan ? »
Kamijou ne répondit pas.
Il écrivit silencieusement quelques mots avec ses doigts : Je vais vous poursuivre en justice.
Partie 2
Après 20 heures, la véritable nuit d'été s'installa.
La famille de Kamijou était réunie au rez-de-chaussée de la station balnéaire, assise autour d'une table ronde. Bien qu'il s'agisse de la famille de Kamijou, les rôles avaient été inversés.
En tant qu'« amie de Kamijou », Kanzaki Kaori se fondait naturellement dans ce groupe de personnages étranges. Bien sûr, pour les autres, elle n'était qu'une délinquante étrangère aux cheveux roux un peu brute.
Kamijou se sentait plutôt mal à l'aise. Puisqu'ils ne savaient pas quand la Chute de l'Ange serait terminée, comment pouvait-elle rester assise là aussi tranquillement ? Mais pour Kanzaki, puisque le phénomène était centré sur Kamijou, il semblait que protéger ce dernier était également l'une de ses priorités.
Cependant, Tsuchimikado ne s'était pas joint à eux. En ce moment, il devait être en train de jouer avec des cafards de mer le long des récifs. Pour les autres, c'était une idole qui venait d'avoir des ennuis ; et en tant qu'espion professionnel, Tsuchimikado ne voulait probablement pas se retrouver coincé à devoir gérer des gens.
Ainsi, à cet instant, tous ceux qui étaient assis autour de la table ronde étaient des civils ordinaires (en apparence).
Tout le monde avait faim, mais il n'y avait aucun signe du commerçant.
En allumant la télévision, ils ne virent que Komoe-sensei rapportant la nouvelle déprimante selon laquelle le tueur en série Hino Jinsaku s'était évadé de prison et n'avait toujours pas été retrouvé. Ils furent incapables d'utiliser ce sujet pour entamer la conversation.
Bien qu'il ne sache pas quoi dire, Touya essaya tout de même d'engager la conversation avec Kanzaki.
« Bonjour, je suis le père de Touma. J'ignorais que Touma avait des amis étrangers ; nous sommes vraiment à l'ère de la mondialisation. Ah, permettez-moi de vous offrir un talisman égyptien en guise de cadeau de bienvenue. C'est un scarabée d'Égypte. On dit qu'une fois en sa possession, on ne peut plus se perdre dans le désert. »
Touya sortit une petite fiole de la taille d'un grain de poivre, et Kamijou resta stupéfait avant d'hurler.
Un insecte mort et séché était conservé à l'intérieur.
« Ce n'est pas un bousier, ça ? Ne pose pas un truc pareil sur la table à manger, papa, espèce d'idiot ! »
« Non. »
Répondit calmement Kanzaki.
« En Égypte, le scarabée représente la transmigration. C'est un cadeau représentatif de la culture égyptienne, au même titre que l'Œil d'Horus ou l'Ankh (la clé de la vie). »
« Euh... ouais... c'est vrai ! Touma, papa n'est pas très sûr, mais tu ne devrais pas rejeter aussi rapidement la culture des autres pays. »
« Quoi... je suis le seul ? Suis-je le seul à penser qu'on ne devrait pas poser un insecte mort et séché comme ça sur la table à manger ? »
Kamijou fut profondément choqué, mais à cet instant, Mikoto, qui était assise à côté de lui, tira sur sa chemise et dit : « ... Non, je suis du côté de onii-chan. C'est effrayant d'utiliser ce genre de chose comme porte-clés pour un téléphone portable. Ça risque même de trembler quand le téléphone vibre. »
« Je te remercie vraiment pour ton avis honnête, mais entendre ta petite voix mielleuse m'irrite au plus haut point. »
« Quoi !? »
Mikoto gonfla ses joues, mais Kamijou l'ignora complètement.
À cet instant, Kamijou se souvint de quelque chose.
La famille de Kamijou n'était pas censée avoir de petite sœur. Pour tout le monde, qui était Mikoto ?
Ainsi, Kamijou changea de position pour demander discrètement à Index, qui jouait le rôle de sa mère.
« (Hé, hé, laisse-moi te demander, qui est cette imouto ? Je suis vraiment curieux...) »
« Ara ara, alors Touma aime les filles qui ressemblent à cette petite sœur ? »
Voyant que le cerveau de sa mère avait court-circuité, Kamijou leva le poing et lui donna un léger coup sur la tête, comme s'il tapotait une télévision défectueuse.
« Ara ara, tu ne te soucies vraiment pas des sentiments d'une fille. C'est la cousine de Touma, Otohime. »
« (...Une cousine ?) »
« Ara ara, Touma l'a déjà oubliée ? Tu ne te souviens donc plus de l'oncle et de la tante Tatsugami ? Tu ne les as probablement jamais revus depuis que tu as quitté la maternelle pour entrer dans la Cité Scolaire. Pourtant, tu as fait une sieste avec Otohime dans le même lit. »
« Mais... mais il n'y avait personne ici hier ? »
« Elle est arrivée ce matin même. »
Tandis qu'ils discutaient, des pas résonnèrent depuis l'entrée donnant sur le bord de mer. Le propriétaire était de retour.
« Désolé, désolé, je n'ai pas eu le temps de vous saluer. Le haut-parleur sur la plage était en panne, et ça m'a pris un moment de le réparer. »
La personne la plus proche du propriétaire, Kanzaki, se retourna et dit : « Ne vous en faites pas, le haut-parleur est essentiel pour signaler l'arrivée d'un tsunami et coordonner les secours, la sécurité des gens passe avant tout... Sti... Stiyl ? Que se passe-t-il ? »
« Stiyl ? C'est une expression courante ? »
L'homme grand et imposant aux longs cheveux roux demanda cela d'un air suspicieux.
« Vous allez bientôt passer à table, n'est-ce pas ? Il n'y a pas beaucoup de choix ici, mais notre avantage, c'est la rapidité ! »
« Non... euh... (J'ai été trop imprudent... J'avais oublié que Stiyl est au Japon pour traquer des gens !) »
Il semblait que Stiyl était totalement sous l'emprise d'Angel Fall. En y réfléchissant, tous les magiciens du monde devaient être dans le même état, à l'exception de quelques rares individus ayant détecté l'anomalie, comme Tsuchimikado et Kanzaki.
Kanzaki marmonna quelque chose pour elle-même, mais les personnes alentour ne semblèrent pas l'entendre. Tout le monde était concentré sur le choix de son plat principal parmi les quelques options disponibles : ramen, soba sautés ou curry.
Après avoir pris les commandes de chacun, le patron, grand et massif, retourna à grands pas dans la boutique.
À cet instant, Index posa sa main sur son visage en fixant Kanzaki et déclara : « Ara ara, ton japonais est vraiment fluide. Cette tante est très impressionnée. »
« Hein ? »
Les épaules de Kanzaki tremblèrent légèrement.
« Ah... ce n'est... ce n'est rien, merci pour vos compliments. »
Bien que Kanzaki et Index fussent toutes deux membres de l'Église anglicane, pour une raison quelconque, elles étaient distantes l'une de l'autre. Interpellée aussi soudainement, Kanzaki se sentait plutôt embarrassée.
Bien entendu, les autres (y compris Kamijou, qui avait perdu la mémoire) n'en savaient rien.
« Ara ara, humble et polie. En te voyant si baraquée, tata pensait que tu serais une personne assez brute. »
Étant à peine plus grande qu'une Japonaise moyenne, les épaules de Kanzaki tremblèrent légèrement.
Cependant, les personnes qui l'entouraient ne semblaient pas s'en rendre compte.
Mikoto ajouta alors : « Par contre, ton choix de mots est assez étrange, ça fait un peu féminin. Tu es si baraquée, il vaudrait mieux pour toi utiliser une façon de parler plus masculine. De plus, tes mouvements font un peu fille. »
Ayant suivi un entraînement bien plus poussé qu'une femme ordinaire, les muscles faciaux de Kanzaki tremblèrent légèrement.
Elle murmura doucement : « Seulement... seulement un peu ? »
À cet instant, Kamijou sentit que quelque chose clochait, mais Touya enchaîna : « Très bien, très bien, n'en dis pas plus. Le langage ne sert-il pas avant tout à transmettre le bon message ? Je suppose qu'il dirait que c'est parce que la personne qui lui a appris le japonais en premier était une femme. Et puis, peu importe qu'il soit baraqué ou non, n'est-ce pas ? »
Le corps entier de Kanzaki tremblait déjà légèrement.
Kamijou essaya d'utiliser son langage corporel pour faire comprendre à Kanzaki :
(Kanzaki ! Kanzaki ! Personne ne parle de toi ! Ils te prennent juste pour Stiyl Magnus ! Ils ne sont absolument pas en train de dire que tu es grand et baraqué, quoi qu'il arrive, tu es un homme courageux et robuste— !)
La seconde suivante, Kanzaki se leva lentement.
Kamijou ne réalisa pas que c'étaient ses propres mots qui étaient les plus blessants.
Kanzaki attrapa le col de Kamijou et murmura : « ... (Je vois, c'est donc ce que tu penses ?) »
Après avoir dit cela, elle entraîna Kamijou loin de la table ronde.
« (Attends... attends ! Où m'emmènes-tu ? Tu vas m'exécuter ? Ah... ça doit être les toilettes par là... ne me dis pas que... j'ai entendu parler d'une méthode d'interrogatoire populaire dans les prisons américaines, celle qui consiste à asperger les criminels d'eau froide pour leur faire perdre leur chaleur corporelle... !) »
Kanzaki ne répondit pas.
Comme un cadavre, Kamijou fut traîné plus loin.
Partie 3
Kanzaki n'emmena pas Kamijou dans un endroit étrange, juste à l'intérieur de la boutique.
Il semblait que Kanzaki n'avait pas de destination précise en tête. Arrivée dans un endroit désert, elle réprimanda Kamijou avant de tourner son regard vers les portes coulissantes en shoji.
« Oh, c'est vrai, ce complexe possède des bains. C'est difficile à admettre, mais avec tout ce qui se passe en ce moment, je n'ai pas eu le temps de me laver. »
C'était vrai, une station balnéaire disposait forcément de bains. C'était comme installer des toilettes rudimentaires au bord de la mer ; le but était de permettre aux visiteurs de rincer l'eau salée sur leur peau.
Kamijou se retourna pour regarder le couloir qu'il venait de traverser et dit : « Cependant... as-tu vraiment le temps de prendre un bain ? Si la Chute de l'Ange est terminée, ne sera-t-il pas trop tard ? »
« Tu as raison... »
Kanzaki hésita un instant, puis poursuivit.
« ... Je sais que je ne devrais pas avoir de sentiments personnels, mais je ne suis vraiment pas habituée à voir cette enfant me sourire. Je n'en ai absolument pas le droit. »
Dit Kanzaki avec amertume.
Elle semblait fuir quelque chose.
« ... »
Kamijou garda le silence. À l'époque où il avait attaqué l'école préparatoire Misawa, Stiyl avait dit exactement la même chose avec la même expression lorsqu'il parlait d'Index.
C'était une blessure qu'il ne fallait surtout pas rouvrir.
Ainsi, Kamijou décida de ne pas insister davantage.
« Ah... enfin bref, pourquoi m'as-tu traîné jusqu'aux bains ? Tu comptes discuter tactique avec moi ? »
« ... »
Kanzaki secoua légèrement la tête.
« Non, j'ai une simple requête ; j'ai juste besoin que tu montes la garde ici. Ces bains devraient être publics, comme un onsen ou un établissement municipal, n'est-ce pas ? »
Kamijou resta silencieux.
Bien sûr, dans cette petite station balnéaire, les bains n'étaient pas séparés entre hommes et femmes. Il n'y avait qu'une seule salle de bain ; quand un homme entrait, c'était un bain pour hommes, et quand une femme entrait, cela devenait un bain pour femmes.
Aux yeux de tous, Kanzaki était actuellement Stiyl Magnus, donc même en apercevant sa silhouette à travers les portes shoji, les autres hommes pourraient se dire « Ah, c'est un homme qui se baigne ! » et se précipiter à l'intérieur, surtout le patron de la station.
« ... Tu te dis que ça pourrait être intéressant, c'est ça ? »
« Tu te fais des idées ! Je n'ai aucune envie de risquer ma vie face à quelqu'un qui manie un nodachi ! »
Kanzaki fixa Kamijou avec suspicion avant de lâcher : « Alors, je m'en remets à toi ». Elle entra ensuite dans les bains, ferma la porte shoji et retira ses vêtements.
On pouvait voir la silhouette de Kanzaki à travers la porte shoji, et comme il était impossible de distinguer les détails, cela suffisait à exciter n'importe qui. Kamijou secoua frénétiquement la tête pour réprimer ses pulsions, tourna le dos et laissa échapper un soupir soulagé.
« Salut ! Kami-yan ! Qu'est-ce que tu fais là ? »
Tsuchimikado surgit soudainement de l'autre côté avec une assurance pompeuse. Comme les lunettes de soleil bleues sur son nez n'étaient qu'un déguisement, il ne pouvait pas les retirer, même en pleine nuit.
« Hé, les gens ne te prennent pas pour une espèce d'idole à la noix qui a fait les gros titres récemment ? »
« Détends-toi, personne ne m'a vu, tout va bien. C'est comme ça que Tsuchimikado procède. »
Lança Tsuchimikado avec désinvolture.
Pour Kamijou, l'attitude de ce type n'avait rien d'inhabituel.
« ...Désolé, Kami-yan. »
« Désolé de quoi ? »
Demanda Kamijou, avant de voir Tsuchimikado afficher un air extrêmement sérieux.
« En fait, j'étais au courant pour tous les dangers que tu as traversés, Kami-yan. L'attaque de la forteresse de l'alchimiste, le massacre des vingt mille clones, et tout le reste... Je savais tout, mais je ne t'ai pas aidé, alors je tenais à m'excuser. »
« ... »
« Et puis, être impuissant face à une situation est bien différent de ne pas vouloir aider. Je suis vraiment désolé. »
« Ne fais pas attention à ces détails. »
Tsuchimikado affichait un air las, mais Kamijou lui répondit avec une désinvolture totale.
Tsuchimikado fut assez surpris par l'attitude de Kamijou, mais ce dernier n'ajouta rien, estimant qu'il n'y avait pas besoin d'en dire davantage.
Quoi qu'il arrive, Tsuchimikado restait Tsuchimikado, ce fait ne changerait jamais. Pour Kamijou, Tsuchimikado demeurait son voisin de dortoir et son camarade de classe.
« Hm. »
Tsuchimikado laissa échapper un petit rire.
« Très bien, assez de bêtises. On arrête avec les sujets déprimants. Passons aux choses sérieuses ! »
« Les choses sérieuses ? »
« Exactement ! L'activité la plus excitante du festival d'été ! Le concours de voyeurisme sur le corps nu de Kanzaki nee-chin ! »
« Quoi ? Tu es sérieux ? »
« ... Regarde ça, Kami-yan ! Les téléphones portables d'aujourd'hui ont des fonctions appareil photo ! »
« Tu m'écoutes au moins ? Je ne peux pas plaisanter avec cette escrimeuse de l'ère Bakumatsu ! Si elle l'apprend, je me ferai couper en deux par je ne sais quelle technique secrète de sa famille ! »
« ...Mais d'un autre côté, tu irais jeter un œil s'il n'y avait aucun danger, pas vrai ? »
« ... »
« ...Kanzaki nee-chin sera absolument magnifique quand elle enlèvera ses vêtements ! »
(Magnifique !?) Kamijou eut le souffle coupé malgré lui.
Il secoua la tête frénétiquement et dit : « M-mais... est-ce que c'est bien ? Tu n'es pas censé être le camarade de Kanzaki ? Tu ne devrais pas la trahir, non ? »
Kamijou fit de son mieux pour arrêter Tsuchimikado, mais il ne vit que les lunettes de soleil bleues de ce dernier briller.
« Ha ! Tu es bien trop naïf ! Je suis l'espion de Necessarius de l'Église anglicane, Tsuchimikado Motoharu ! Connu pour être un poignardeur de dos ! Le résident du village des menteurs, c'est moi en personne ! »
« Wah ! Je ne veux pas subir le même sort qu'un type pareil ! »
Kamijou continua de protester, et Tsuchimikado dit avec impatience : « Tss, quel type ennuyeux. Kanzaki nee-chin a failli t'ôter la vie, alors ce n'est pas étonnant que tu aies peur d'elle. Pourtant, elle n'est pas si effrayante que ça ! Kanzaki nee-chin est vraiment mignonne ! »
« M-mignonne... ? »
« Ouais. Tu sais, je suis arrivé dans la Cité Scolaire après avoir terminé le collège, et avant ça, j'étais tout le temps à Londres. À l'époque, j'étais l'un des rares à parler à la fois anglais et japonais, et Kanzaki nee-chin, qui venait tout juste de rejoindre l'Église anglicane, ne comprenait que le japonais. C'était vraiment amusant de la voir si nerveuse, en train de faire des mimes quand les Anglais l'interrogeaient ! »
Tsuchimikado frappa légèrement contre le mur.
« À cette époque, j'étais le seul Japonais au sein de Necessarius. Alors, dès qu'elle recevait une lettre en anglais, nee-chin se tournait souvent vers moi avec un air perplexe. Elle était tellement séduisante à ce moment-là ! »
« ...C'est vraiment incroyable, de penser qu'on ait pu compter sur toi dans certaines situations. »
« Oublie ça, allons jeter un œil ! La mignonne nee-chin ! »
« Et tu tiens un téléphone avec appareil photo, tu n'en fais pas un peu trop ? »
« Kami-yan, tu devrais être plus honnête avec tes désirs ! »
« Et pourquoi es-tu si enthousiaste ? Tu devrais plutôt t'intéresser aux filles plus jeunes que toi, non ? On ne t'appelle pas le sergent siscon ? »
« Hé, arrête d'utiliser ce surnom ! Tu as la moindre preuve !? »
« Aucune personne normale n'aimerait vraiment une petite sœur qui n'est pas liée par le sang, pas vrai ? »
« WAH ! Qui... qui a AIMÉ sa petite sœur ! Qui t'a raconté ça !? »
« Même si la loi ne l'interdit pas, tu ne peux pas faire tout ce que tu veux, n'est-ce pas ? »
« Faire... faire... faire tout ce que je veux ? Qu'est-ce que tu veux dire par là ? »
« Hein ? Pourquoi es-tu si nerveux ? Attends, Tsuchimikado... ne me dis pas que tu as vraiment des sentiments pour ta petite sœur... »
« ARRÊTE ! ARRÊTE DE M'ENFERMER AVEC CES MOTS ! ENCORE UN SEUL MOT, ET JE TE TUE !! »
Tsuchimikado agrippa violemment le cou de Kamijou, avec l'intention de le faire taire. À cet instant, le sol émit un léger craquement et Tsuchimikado se replia précipitamment dans l'ombre tel un ninja, disparaissant sans laisser de trace.
(Ah, si quelqu'un nous avait vus à l'instant, ça ferait les gros titres : « Une idole attrape le col d'un garçon ».)
Pensa Kamijou avec désinvolture en se tournant vers la provenance des pas.
« Salut ! Onii-chan, qu'est-ce que tu fais là ? »
C'étaient Index et Mikoto.
Non, c'étaient sa mère et sa cousine, elles avaient simplement pris l'apparence d'Index et de Mikoto.
« Hein ? Vous avez déjà fini de manger ? »
« Ara ara, ce n'est pas ça, Touma. Le dîner ne sera pas prêt avant un moment, alors nous sommes venues prendre un bain. »
À ce moment-là, Mikoto se tourna vers la porte coulissante.
« ...Onii-chan, il y a quelqu'un à l'intérieur ? »
« Ah, ouais... c'est pour ça que je monte la garde ici. »
« Monter la garde ? Qu'est-ce que tu racontes ? Ce n'est pas l'ami de grand frère qui est à l'intérieur ? Vous pouvez très bien prendre votre bain ensemble ! »
« Hein ? »
Les paroles de Mikoto laissèrent Kamijou perplexe.
Environ cinq secondes plus tard, il finit par comprendre ce qu'elle voulait dire.
C'est vrai. Pour elles, Kanzaki était désormais Stiyl Magnus.
« Attends... attends une minute ! Je n'ai jamais dit que je voulais prendre un bain ! Et puis, est-ce que la loi oblige les amis à se baigner ensemble ? Je peux y aller quand il aura fini, non ?! »
« Si on doit attendre deux tours, le dîner sera servi et il aura refroidi ! Puisque vous êtes tous les deux des garçons, il n'y a aucun problème ! Dépêche-toi d'aller te baigner ! »
« WAHH ! Attends... attends... vraiment—AAAHHHH !! »
« Allez, allez, dépêche-toi d'entrer ! »
Sans la moindre hésitation, toutes deux firent coulisser la porte et propulsèrent sans pitié Kamijou Touma dans le vestiaire.
À l'intérieur.
Juste sous les yeux de Kamijou.
Une Kanzaki indescriptible se tenait là.
Si elle avait mis un peu plus de temps à se baigner, peut-être que le drame aurait été évité lorsque Kamijou a été projeté dans le vestiaire, puisqu'une porte séparait la salle de bain du vestiaire.
Juste à ce moment-là, Kanzaki sortit de la salle de bain, complètement nue, les deux mains ramenées en arrière pour attacher ses cheveux mouillés tout en tenant un ruban entre ses dents. Figée dans cette position, elle semblait pétrifiée.
PA ! À cet instant, la porte claqua derrière Kamijou.
« ... »
« ... »
Le silence dans la pièce close exerçait une pression étouffante. Si Kanzaki avait pleuré ou explosé de rage, Kamijou aurait su à quoi s'attendre, mais elle ne montra aucune expression, ne tentant même pas de se cacher. Elle se contenta de tendre la main vers le fin nodachi noir appuyé contre le coin du mur.
Les yeux de Kanzaki brillaient comme de l'obsidienne ; ils semblaient vouloir dire quelque chose.
(Tes dernières volontés ?)
« Est-ce... »
Qu'il présente des excuses ou tente de se justifier, il mourrait de toute façon. Totalement désorienté, Kamijou lâcha ces mots : « ... Est-ce qu'on est dans un nouveau genre de film d'action comique avec des katanas ? »
La seconde suivante, le nodachi noir fendit l'air sans la moindre hésitation.
Partie 4
Il était 22 heures.
Kanzaki se tenait sur le balcon du deuxième niveau du complexe hôtelier. La nuit au bord de la mer ressemblait à une nuit dans le désert, car la plage ne retenait pas très bien la chaleur.
Tsuchimikado grimpa le long du pilier du balcon. Pour les autres, il était une star impliquée dans un scandale, il ne pouvait donc pas se montrer normalement.
Tsuchimikado fixait Kanzaki, qui laissait le vent nocturne caresser son visage.
« Qu'est-ce qu'il y a ? Tu as le visage bien rouge. Tu penses encore à ce qui vient de se passer ? »
« ...Tu crois vraiment ? »
« Soupir... En fait, ça te plairait, pas vrai ? Le frisson d'être vue... Je... je plaisantais ! Kanzaki nee-chin, en tant qu'épéiste, tu ne pourrais pas être un peu moins colérique ? »
« J'ai compris. »
Répondit Kanzaki avec impatience.
Puis, elle soupira doucement.
« Cependant, il semble que ce garçon n'ait vraiment rien à voir avec la Chute de l'Ange. S'il était vraiment un magicien, il n'aurait pas une personnalité aussi naïve. »
« Il n’a aucune raison de faire ça. Mais si l’on raisonne ainsi, les gens qui entourent Kami-yan sont comme lui. Ces personnes ne sauraient même pas quoi faire d’un ange, même si elles en capturaient un. »
Ces mots ne signifiaient pas qu’ils méprisaient Kamijou, mais qu’il s’agissait d’un problème différent. Même s’ils obtenaient ce que l’on disait être l’incroyable pouvoir d’un ange, cela ne servirait à rien s’ils n’avaient aucune connaissance en magie. Bien que les appareils électroménagers japonais soient brillants, ils étaient inutiles s’ils étaient emportés à l’étranger alors que les prises étaient différentes. Ce n’était donc pas une question de supériorité.
Mais si c’était le cas, il n’y avait aucun autre suspect.
Personne ne savait ce qu’ils devaient faire.
Aucun des deux ne parvenait à trouver le nœud du problème dans ses réflexions, et ils ne pouvaient que se concentrer sur autre chose.
« En parlant de ça, est-ce vraiment une bonne idée de laisser cette enfant entre les mains de Kamijou Touma ? Ça fait moins d’un jour... non, à peine une demi-journée, et c’est arrivé. Faire l’erreur d’entrer dans des toilettes pour femmes, ce n’est pas quelque chose qu’un élève de CE2 ferait. Peut-être que lui et cette enfant ont quelque chose... d’encore pire... »
« Hm... cependant, Kami-yan devrait être capable de se contrôler, non ? Ce n’est pas le genre à attaquer quand les filles dorment. » Tsuchimikado croisa les bras devant sa poitrine et déclara : « Et ce n’est pas un expert, tu comprends ? Ce n’est pas un expert. Il n’est pas comme nous, capables d’évacuer la culpabilité de tuer grâce à une raison noble. Il ne fera pas porter ses propres péchés à quelqu’un d’autre ; il avancera toujours avec ce poids sur la conscience. Tu ne penses pas que c’est une raison suffisante pour lui faire confiance ? »
« ... Eh bien... »
« De plus, Kami-yan a été le sauveur d’Index, et nous n’avons même pas pu le remercier assez. Comment pouvons-nous lui reprocher ses défauts ? »
« Je sais, je comprends ce que tu dis. »
C’est vrai, quand Index était au bord de la mort, celui qui l’a sauvée était Kamijou Touma.
Pas Kanzaki Kaori, pas Stiyl Magnus, mais Kamijou Touma.
Normalement, elle devrait le remercier. Non, un tel terme serait bien trop léger. Elle devrait le rembourser avec tout ce qu'elle possède. Même la grue et la tortue sauraient comment s'y prendre.
« ...Mais je n'arrive vraiment pas à trouver l'occasion de le faire. »
En vérité, depuis ce qui s'est passé lors de l'incident d'Index, Kanzaki était trop occupée par son travail. À cause de cela et des circonstances, elle n'a jamais remercié Kamijou une seule fois, ce qui la faisait se sentir coupable.
« Au final, il a vraiment fait une chose aussi stupide, et c'est vraiment gênant pour moi de le remercier maintenant... »
« Aiya, Kanzaki nee-chin, il t'a juste vue nue, est-ce une raison suffisante pour ne pas le remercier maintenant ? »
« Uu... »
Kanzaki resta sans voix.
« Aiyaya, donc le niveau de reconnaissance de Kanzaki nee-chin se limite à ça ? »
« Uuu... »
Kanzaki grinça des dents en fixant Tsuchimikado.
À ce moment-là, Kamijou Touma se tenait seul au premier niveau du complexe Wadatsumi, plongé dans ses pensées.
Bien que les lumières soient allumées, il n'y avait personne d'autre aux alentours. On pouvait entendre les filles rire ; peut-être qu'Index et les autres jouaient aux cartes ou quelque chose du genre.
La télévision était allumée et diffusait le journal du soir. Les informations n'étaient pas différentes de celles de l'après-midi, mais contenaient quelques descriptions inutiles pour meubler le temps d'antenne.
« Chers téléspectateurs, le criminel Hino Jinsaku, qui s'est évadé de la prison de Shinfuchuu, est toujours en fuite. Le mode opératoire de Hino est assez unique. On le surnomme le "tueur rituel", et il compte donc de nombreuses personnes qui l'admirent, voire l'imitent. Cette fois, la police pense que ces individus pourraient l'aider... »
À travers l'image affichée sur l'écran, Kamijou regardait distraitement Komoe-sensei présenter le reportage.
« ...Par ailleurs, Hino Jinsaku a un historique de patient psychiatrique et a admis avant son procès souffrir d'un trouble de la personnalité multiple. La question de sa responsabilité pénale dans ces meurtres reste donc sujette à débat... »
Hino Jinsaku.
Pour Kamijou, qui avait perdu la mémoire, ce tueur ne lui évoquait rien avant son arrestation. Cependant, chaque fois qu'une affaire d'homicide grave survenait, son nom était systématiquement mentionné, et même aujourd'hui, sa photo apparaissait occasionnellement dans des émissions télévisées ou des magazines hebdomadaires. Il était connu pour être responsable de nombreuses affaires de meurtres tristement célèbres.
Il n'était pas très agréable de continuer à regarder de telles nouvelles, alors Kamijou changea de chaîne pour une émission de divertissement qui présentait un régime alimentaire permettant de maigrir rapidement. Tout en regardant, Kamijou continuait de réfléchir à ce qu'il venait de voir aux informations.
(Trouble de la personnalité... c'est vrai, les cours de rattrapage d'été avaient mentionné le cas d'espers souffrant de troubles de la personnalité...)
Kamijou regardait la télévision avec désinvolture tout en réfléchissant. Dans ce qu'on appelle un trouble de la personnalité, la frontière entre la personnalité A et la personnalité B n'est pas toujours claire. Dans certains cas, il peut arriver que les deux personnalités apparaissent en même temps ; par exemple, la main gauche et la main droite sont respectivement contrôlées par des personnalités différentes, ou bien, pendant que la personnalité A réfléchit, la personnalité B bouge les mains.
— Ces connaissances étaient celles que Kamijou avait acquises lors des cours de rattrapage d'été, une semaine auparavant. Komoe-sensei avait expliqué qu'il existait beaucoup de données sur les personnes souffrant de troubles de la personnalité, car il fut une époque où il était populaire de faire des recherches sur ces individus pour voir s'ils pouvaient posséder deux capacités différentes.
« ...Pff... »
En se remémorant le contenu des cours, Kamijou, qui détestait étudier, posa paresseusement sa tête sur la table.
Beaucoup de choses s'étaient passées aujourd'hui, et l'esprit de Kamijou commençait à assimiler tout cela.
Un sortilège appelé Angel Fall avait été activé.
On disait que ce sort visait à contrôler un ange doté d'une grande puissance.
Et l'effet secondaire était que la personnalité et l'apparence de chacun avaient été interverties.
L'effet s'étendait au monde entier.
Angel Fall n'était pas complet, ils devaient donc le détruire maintenant.
Une fois qu'Angel Fall serait complet, tout serait fini.
S'ils voulaient détruire Angel Fall, ils devaient vaincre le lanceur du sort ou détruire le lieu du rituel.
Kamijou Touma se trouvait au centre de ce phénomène, il était donc considéré comme le lanceur du sort.
Quelques magiciens ayant remarqué le phénomène pourraient venir pour assassiner Kamijou.
Kamijou devait donc trouver le vrai coupable avant qu'Angel Fall ne soit complet, puis soit vaincre le lanceur, soit détruire le lieu du rituel.
« ...Hm... »
Seul, Kamijou était allongé sur la table, plongé dans ses pensées.
Pour quelqu'un sur le point d'être assassiné, une telle attitude manquait cruellement de prudence.
(Il n'y a aucune tension...)
C'était vrai, cette fois-ci, Kamijou ne s'infiltrait pas dans le bâtiment d'un tueur comme pour l'école préparatoire Misawa, et il ne risquait pas non plus d'être ralenti au point de laisser vingt mille personnes se faire tuer. Bien que le monde fût dans une situation critique, Kamijou trouvait la situation presque comique et irréelle.
(Et puis, j'ai deux experts du monde de la magie avec moi cette fois.)
Même si, pour Kamijou, Tsuchimikado restait juste un « voisin ». Comme ces deux-là semblaient être des experts en la matière, Kamijou se sentait en sécurité maintenant qu'ils étaient à ses côtés.
En réalité, Kamijou ne remarquait pas qu'il utilisait son statut d'amateur pour rejeter la responsabilité sur Kanzaki et Tsuchimikado, les experts. Après tout, Kamijou n'était qu'un lycéen ordinaire.
— « Le propriétaire du regard » fixait à présent le garçon totalement sans défense.
Ce « propriétaire du regard » se cachait sous le complexe hôtelier Wadatsumi. Le bâtiment disposait d'un vide sanitaire de soixante-dix centimètres sous le plancher pour empêcher le sable et l'humidité de s'infiltrer. En termes de structure, cela ressemblait à la plateforme d'un sanctuaire.
« Le propriétaire du regard » observait le garçon à travers les lattes de bois.
« ... Angel-sama, Angel-sama. »
L'homme d'âge mûr, frêle et émacié, avait une voix aiguë, semblable à celle d'un écolier avant la mue. La voix résonnait dans l'obscurité, imprégnée d'une pointe de folie.
« Angel-sama, Angel-sama, je vous en prie, écoutez-moi ! »
On pouvait entendre le léger bruit de quelque chose ressemblant à des ongles griffant frénétiquement le sol.
En vérité, « le propriétaire du regard » n'avait nulle part où aller. Il n'était pas venu en ce lieu de son plein gré. Il voulait retrouver ses camarades, mais les mouvements de la police avaient été plus rapides qu'il ne l'avait prévu, le piégeant sur place.
« Angel-sama, je vous en prie, écoutez-moi, Angel-sama ! »
Pourtant, « le propriétaire du regard » n'avait pas l'air effrayé ou anxieux, comme l'aurait été un fugitif.
Sa main droite serrait un couteau à la forme singulière, et sa main gauche tenait une planchette de bois couverte de cicatrices, de la taille d'un carnet.
Krekrekre... la lame acérée continuait de griffer la planchette. « Le propriétaire du regard » parla, les yeux fixés sur elle.
« Angel-sama, comment puis-je échapper à la poursuite de la police et retrouver mes autres amis ? »
Krekrekre... comme pour répondre à sa propre question, sa main droite bougea d'elle-même, mue par une volonté totalement étrangère à celle du « propriétaire du regard ». Ce dernier continuait de fixer le tranchant de la lame. Les entailles sur la planchette étaient autant de gravures faites par le couteau. C'étaient les instructions d'Angel-sama.
« Angel-sama, voulez-vous dire que vous m'aiderez si j'offre à nouveau des sacrifices ? »
Krekrekre... « Le propriétaire du regard » suivait toujours les directives dictées par ces mots. Angel-sama avait toujours raison. Tant qu'il suivait les instructions d'Angel-sama, il ne pouvait pas se tromper. Mais parfois, Angel-sama formulait des requêtes quelque peu dérangeantes. Sur les ordres d'Angel-sama, « le propriétaire du regard » avait déjà tué 28 personnes.
« Angel-sama, Angel-sama. Et si je choisissais ce garçon comme sacrifice ? »
Krekrekre... le couteau grava trois lettres sur la planche en bois. OUI. L'expression du « propriétaire du regard » s'assombrit. Il allait tuer à nouveau. Quelle irritation. Il détestait ça, il ne voulait vraiment pas tuer. Mais je suis obligé de le faire. Ce sont les ordres de l'Ange-sama, ce n'est pas ma faute.
« Ange-sama, je vous croirai encore une fois. »
Le « propriétaire du regard » prononça ces mots tout en passant sa langue épaisse et courte sur le couteau à la forme singulière.
Ce « propriétaire du regard » était le condamné à mort, Hino Jinsaku. Il utilisa son couteau pour sectionner un câble électrique extrêmement épais.
En un instant, toutes les lumières s'éteignirent.
« Plus d'électricité ? »
Kamijou fronça les sourcils dans l'obscurité. Comme l'entrée du complexe était ouverte, la lumière de la lune filtrait depuis l'extérieur, si bien qu'il ne faisait pas totalement noir.
Au moment où le courant fut coupé, les gens se tournaient inconsciemment vers les appareils électriques qui venaient de s'éteindre. Alors que Kamijou se tournait machinalement vers le plafonnier qui venait de s'assombrir soudainement —
zzz...
Un léger bruit de découpe s'éleva du plancher en bois sous les pieds de Kamijou.
Pris d'un doute, Kamijou se leva et baissa les yeux vers le sol autour de ses pieds.
À cet instant...
PA ! Une lame en forme de croissant transperça le sol juste sous ses pieds.
« ... ! »
Kamijou sentit sa gorge s'assécher soudainement. Il y a à peine deux secondes, si sa conscience n'avait pas été attirée par l'obscurité et s'il ne s'était pas levé, il aurait été... À cette pensée, une sueur froide perla sur chaque centimètre de son corps.
Une lame courte.
Cette lame en forme de croissant d'une trentaine de centimètres était tranchante à l'intérieur, mais pas à l'extérieur. Plutôt qu'un poignard, cela ressemblait davantage à une faucille ou à une griffe.
Krekrekre, la lame oscilla d'avant en arrière avant de s'enfoncer progressivement dans le sol.
Il devait partir. Pourtant, Kamijou ne pouvait pas bouger. Son esprit était vide, comme si une drogue mystérieuse coulait dans ses veines. Son cœur était sur le point d'exploser sous l'effet de l'adrénaline. Kamijou jeta un regard furtif au trou laissé par la lame dans le plancher.
Kamijou crut voir quelque chose.
À travers le trou et dans l'obscurité, il aperçut quelque chose d'injecté de sang, semblable à un marécage, quelque chose qui semblait l'épier par un trou de serrure...
Un œil à l'air dément.
« Ee... »
Kamijou laissa échapper un cri de terreur involontaire en reculant d'un pas. Aussitôt, la lame qui le traquait jaillit près de la plante de ses pieds. Kamijou perdit l'équilibre et s'effondra sur le sol. La lame s'enfonça à nouveau, prête à frapper une fois de plus.
(Calme-toi ! Calme-toi !)
Kamijou marmonna ce qui ressemblait à une malédiction, mais cela ne fit que paralyser davantage son corps. L'esprit presque totalement figé, il se mit à réfléchir intensément. Il ne devait surtout pas tomber au sol. Ce serait trop dangereux. Puisque l'ennemi attaquait depuis le dessous du plancher, il lui suffisait de sauter sur la table. Au moment même où cette idée lui traversa l'esprit, alors qu'il s'apprêtait à grimper—
PA !
Le sol tout entier se fendit et une main en jaillit pour agripper le pied de Kamijou.
« UWA... AAAAAHHHH !!! »
Sous le choc, le cœur de Kamijou manqua de lui sortir par la bouche.
Il tenta de dégager son pied, mais impossible de se défaire de cette main qui le retenait. Ce n'était pas tant que la poigne était puissante, mais plutôt que son pied semblait engourdi et ne répondait plus du tout à ses ordres.
(Calme-toi ! Ne panique pas ! N'aie pas peur ! Je ne sais pas qui est l'ennemi, mais ce n'est certainement pas un monstre que je n'ai jamais vu ! Percer le sol avec un couteau ou le défoncer à coups de poing, ce sont des choses dont un humain est capable ! Alors, si je garde mon calme...)
Tandis qu'il pensait à cela, ses yeux se posèrent soudain sur quelque chose.
La main qui agrippait sa cheville.
Certains ongles étaient fendus, d'autres arrachés ; certains étaient tachés de blocs rouge noirâtre. Les doigts étaient bleu-noir et une large cicatrice barrait le dos de la main. Les taches de sang continuaient de peler, et d'ignobles morceaux de chair noire ressortaient des plaies.
Cela ressemblait à un fruit pourri suintant un liquide transparent.
Comme la main d'un cadavre infecté par un mystérieux virus mortel.
« Ah... ah... ugh... »
La respiration de Kamijou commença à s'accélérer et son cœur se mit à battre de manière irrégulière.
Chacun des gestes de son agresseur était pourtant à la portée d'un être humain. Ce n'était rien comparé à Accelerator ou à l'alchimiste. Pour un passant, il serait incompréhensible de voir Kamijou respirer aussi difficilement avec un pouls aussi chaotique.
Pourtant, il y avait une raison simple à cela.
Par exemple, si un cafard vivant se trouvait dans un sac plastique ; même en sachant qu'il y a une paroi entre les deux, personne n'oserait toucher le cafard directement, et encore moins l'écraser avec les dents.
C'était la même logique.
Ainsi, bien que la raison nous dise qu'il n'y a aucun danger, la peur et les tremblements ne s'arrêtent pas.
Cet agresseur se spécialisait dans l'utilisation de la terreur psychologique et de l'irritation pour paralyser sa proie.
« Ah... ahh... ugh... UGH... ! »
Kamijou continuait de tirer sur sa jambe, essayant de se débarrasser de la main qui agrippait sa cheville. Cependant, son corps semblait avoir été frappé par un anesthésiant. Kamijou ne parvenait pas à chasser cette peur noire enracinée au plus profond de son cœur.
Kamijou s'effondra sur le sol alors qu'on lui saisissait le pied. Le bruit d'une lame tranchant le bois résonna près de sa poitrine.
D'un autre côté.
Une autre personne, embusquée à 150 mètres de là sur la plage plongée dans la pénombre, observait ce qui se tramait au complexe Wadatsumi.
Il s'agissait d'une nonne en rouge.
Elle avait environ treize ans et des cheveux blonds ondulés. Sa peau blanche semblait refléter l'éclat de la lune. Bien que la jeune fille ait l'air mignonne, sa tenue était plutôt étrange. Elle ne portait qu'une chemise sous son haori. En réalité, cette chemise ne différait guère d'un sous-vêtement moulant, révélant entièrement la jolie silhouette de la jeune fille. De plus, elle était entravée par des sangles noires et des renforts métalliques, formant une sorte de tenue de bondage. Un anneau extrêmement épais enserrait son cou, auquel était attachée une rêne. La sangle en cuir autour de sa taille était garnie d'outils tels que des pinces, des marteaux, un pied-de-biche en forme de L et des scies.
Ces outils n'étaient pas destinés à la menuiserie ; il s'agissait d'instruments de tribunal inquisitorial spécialisés dans la découpe de la chair, le raclage des os et le bris des corps. En y regardant de plus près, ces outils avaient été légèrement modifiés pour différer des outils de menuiserie ordinaires.
La jeune fille, couverte d'instruments d'interrogatoire, restait impassible.
Elle baissa la tête. Ses cheveux masquaient la majeure partie de son visage, ne laissant apparaître que ses petites lèvres qui laissèrent échapper un léger soupir.
La jeune fille écoutait attentivement.
Il semblait y avoir pas mal de monde au deuxième étage du complexe Wadatsumi. Ils semblaient sentir que quelque chose clochait, mais il leur faudrait environ six secondes pour descendre au premier étage.
Six secondes. La lame de l'assaillant, surgissant de sous le plancher, aurait déjà transpercé le cœur de la victime.
La jeune fille, le visage dissimulé derrière ses cheveux, soupira de nouveau.
Puis, elle se leva.
Sans aucun mouvement préparatoire, le petit corps de la jeune fille s'élança rapidement vers l'avant, réduisant la distance de 150 mètres à zéro ; le temps écoulé fut bien inférieur à six secondes.
Cinquante mètres par seconde.
C'était à peu près aussi rapide qu'un carreau d'arbalète. Non, peut-être même plus rapide encore.
À cet instant précis...
La nonne en rouge entra dans le champ de vision de Kamijou à une vitesse alarmante.
C'était si rapide que Kamijou ne réalisa même pas qu'il s'agissait d'une fille.
La jeune fille en rouge abaissa son corps, presque collée au sol tandis qu'elle continuait sa course. Elle tira le pied-de-biche en forme de L, visa la main qui agrippait la cheville de Kamijou et frappa violemment, comme avec une batte de baseball.
L'os et le poignet entier furent fracturés.
« Uo... ah... GYAAHHH !! »
Un cri d'agonie s'éleva depuis le dessous du plancher. La main qui agrippait la cheville de Kamijou se rétracta et disparut. Au bruit d'un corps frottant contre le sol, l'attaquant semblait tenter de prendre ses distances.
« ... »
La nonne en rouge jeta le pied-de-biche et sortit le marteau. Elle leva alors l'outil et le projeta violemment contre le sol, creusant un trou de soixante-dix centimètres de large.
Ses cheveux blonds voletèrent alors que la jeune fille jetait son marteau et sortait une pince avant de sauter dans le trou.
Après une seconde de silence...
BAM ! Un bruit terrifiant retentit sous le plancher. Quelque chose venait d'être violemment percuté, suivi d'un vacarme rappelant une bête tentant de briser une cage solide.
Kamijou pouvait vaguement entendre le combat qui faisait rage en dessous.
BOUM ! Un trou s'ouvrit soudainement dans le sol, à cinq mètres devant lui. Une silhouette noire jaillit du plancher tel un dauphin.
Cette silhouette noire n'était pas celle de la nonne en rouge.
Un homme d'âge mûr, maigre et osseux, roula sur le sol avant de se relever précipitamment.
Son teint était extrêmement malsain ; il était évident au premier coup d'œil que ses organes internes étaient endommagés. Sa tenue de travail couleur riz était maculée de sueur, de crasse, de sang et de graisse. Sa main droite agrippait une faucille ressemblant à une griffe métallique, tandis que son poignet gauche était fracturé, une ecchymose bleu-noir se formant en dessous. Un liquide rouge coulait le long de ses lèvres, et une incisive ainsi qu'une canine avaient déjà été arrachées de force.
« Guu—AAHHHHHH !! »
L'homme d'âge mûr, tel une bête blessée, leva sa lame courbe pour frapper Kamijou.
(Argh... !)
Par réflexe, Kamijou chercha autour de lui une arme pour parer le coup. Il fouilla frénétiquement ses poches et ses doigts rencontrèrent quelque chose de dur. En le sortant, il réalisa qu'il ne s'agissait que d'un téléphone portable. « Ça ne pourra jamais bloquer une lame », jura Kamijou. Soudain, une idée lui traversa l'esprit. Il ouvrit le téléphone à clapet et projeta la lumière de l'écran en plein visage de son agresseur.
PA ! Une lumière intense illumina instantanément l'obscurité environnante.
« GYAAHHH !! »
Ayant perdu la vue, l'homme d'âge mûr interrompit son geste. Kamijou tenta de s'enfuir, mais ses jambes ne lui obéissaient plus. Il ne put que rouler au sol pour mettre de la distance entre lui et son agresseur.
L'homme d'âge mûr leva son couteau courbe, mais il ne se lança pas à sa poursuite.
Son corps vacillait tandis qu'il marmonnait dans sa barbe.
« Angel-sama... Angel-sama... »
Sur sa tenue de travail, près de la poitrine, quelque chose semblait refléter la lumière de la lune.
En y regardant de plus près, il s'agissait d'un badge.
« ANGEL-SAMA ! ANGEL-SAMA ! ANGEL-SAMA !! »
Sur le badge en plastique cousu au vêtement, quelques mots étaient inscrits.
Prisonnier numéro 710687, Hino Jinsaku.
« Angel-sama, que se passe-t-il ? Angel-sama, j'ai suivi vos ordres, pourquoi ai-je obtenu ce résultat !? Angel-sama, j'ai sacrifié 28 vies pour vous !! »
L'homme en tenue de prisonnier poussa un cri de désespoir confus et maniaque.
À cet instant, Kamijou se souvint soudain du reportage qu'il avait vu à la télévision toute la journée.
« —Chers téléspectateurs, ici Komori en direct. Le condamné à mort qui s'est évadé de la prison de Shinfuchuu au milieu de la nuit est toujours introuvable. Les collèges des environs ont suspendu toutes leurs activités de club. L'atmosphère est actuellement très tendue... »
(Cependant...)
Kamijou observait cet individu psychotique qui hurlait et divaguait. Il s'agissait sans aucun doute du criminel. À en juger par ses vêtements, il n'était pas difficile de deviner qu'il s'agissait de Hino Jinsaku, l'évadé de prison.
Mais alors, pourquoi Hino Jinsaku n'avait-il pas échangé son apparence avec quelqu'un d'autre ?
—Sous les effets de l'Angel Fall, l'apparence de chacun n'était-elle pas censée être modifiée ?
Et qui était cet « Angel-sama » dont Hino Jinsaku criait le nom ?
—Quel était le but ultime du sortilège Angel Fall ?
(Ne me dis pas que... ce type...)
Kamijou voulut ouvrir la bouche pour l'interroger, mais à ce moment précis, Hino Jinsaku leva soudainement son couteau.
« RÉPONDEZ-MOI, ANGEL-SAMA ! QUE DOIS-JE FAIRE ? QUE DOIS-JE FAIRE ENSUITE ? ANGEL-SAMA ! VOUS DEVEZ ASSUMER VOS RESPONSABILITÉS, DITES-MOI LA VÉRITÉ !! »
Le couteau s'abattit.
Mais pas sur Kamijou. Hino planta la lame dans son propre corps. Elle s'agita violemment, produisant un bruit de chair déchirée. Ses vêtements de travail furent lacérés par la lame qui oscillait, et sa chemise, déjà trempée de sueur, fut mise en pièces, devenant instantanément rouge.
La multitude de plaies semblait erratique, mais elles formaient des lettres, comme si un enfant s'amusait à sculpter une table avec un couteau.
VA-T-EN
Il n'y avait pas d'autre façon de l'interpréter, juste une ligne de lettres. Pourtant, en voyant cette « instruction », le visage ensanglanté de Hino Jinsaku afficha un sourire de désespoir.
Soudain, le sol entre Kamijou et Hino vola en éclats. La nonne en rouge bondit, tenant une pince qui serrait quelque chose de blanc ; cela ressemblait à une incisive humaine. La nonne pressa la pince avec force, faisant voler l'objet en éclats.
En voyant la nonne, Hino Jinsaku, qui venait de perdre une incisive de manière surnaturelle, recula, terrifié. Il sortit alors un chiffon humide pour essuyer les taches de sang sur le couteau courbe, avant de le lancer vers la jeune fille.
La nonne en rouge inclina légèrement la tête, esquivant le couteau courbe avec aisance.
Ayant perdu sa cible, le couteau vola droit vers le visage de Kamijou.
« Hein ? »
Après avoir laissé échapper ce son perplexe, Kamijou réalisa soudain à quel point il avait été stupide. À cet instant, le couteau se rapprochait rapidement de lui, avec une vitesse comparable à celle d'un marteau s'abattant sur un clou.
« WAHH ! »
Kamijou roula frénétiquement sur le côté pour l'esquiver, mais la lame lui érafla tout de même le visage.
Juste une coupure superficielle.
Mais à cet instant, Kamijou perdit l'équilibre. Il s'effondra au sol, incapable de se relever. Il transpirait à grosses gouttes et avait une envie irrésistible de vomir.
(Du... poison ? Bon sang... qu'est-ce qu'il a mis là-dessus... ?)
Le geste de frotter le couteau avec le chiffon servait à appliquer du poison.
On racontait que certaines tribus minoritaires d'Afrique enduisaient les pointes de leurs lances avec des fluides de chenilles venimeuses avant la chasse. C'était peut-être un poison similaire. Le corps de Kamijou avait développé une résistance plutôt correcte grâce à l'entraînement de la Cité Scolaire, mais il ne pouvait empêcher les effets du poison de se manifester.
La vision de Kamijou se brouilla, puis s'assombrit.
Dans un rire incroyable, Kamijou sentit que Hino Jinsaku avait déjà fui la station balnéaire.
La nonne en rouge voulut se lancer à sa poursuite, mais après une hésitation, elle décida de se précipiter vers Kamijou.
À cet instant, Kamijou perdit connaissance.
Partie 5
Il ne savait pas si une minute ou une heure s'était écoulée.
Comme un patient fiévreux, il se réveilla, tenaillé par la soif. Le sol dur se trouvait sous lui et, en jetant un regard autour de lui, il vit les vestiges des décombres éparpillés partout.
Il semblait que Kamijou n'avait pas été emmené ailleurs. Cet endroit paraissait être le premier niveau du complexe Wadatsumi. Très probablement, il n'avait été inconscient que pendant un court instant.
Tsuchimikado et Kanzaki étaient agenouillés à ses côtés.
Après un tel vacarme, Mikoto et Index n'étaient toujours pas descendues. Normalement, elles auraient dû se réveiller, même si elles dormaient. En d'autres termes, cela signifiait que Kanzaki ou quelqu'un d'autre avait utilisé quelque chose de similaire à la rune Opila dont Stiyl s'était servi, songea Kamijou.
Puis, Kamijou remarqua Misaka Imouto, vêtue d'un t-shirt, d'un short et d'un tablier, au milieu des magiciens. Elle tremblait en observant les dégâts causés à la boutique.
En ce moment, son identité devait être celle d'une employée du magasin.
« J'ai mis en place un sort de "zone vide", mais les employés de la boutique dorment contre toute attente au premier niveau. Heureusement que le patron règle quelques affaires au deuxième étage. »
En entendant Kanzaki dire cela, Misaka Imouto frissonna.
Son expression était celle de quelqu'un qui venait d'assister à un crime commis par un syndicat criminel ; elle semblait terrifiée, ne sachant pas quel sort lui serait réservé.
Kanzaki caressa la lame de son nodachi en déclarant : « Pour ta propre sécurité, laisse-moi te prévenir. Tu ne dois parler à personne de ce qui s'est passé aujourd'hui. Si tu penses que ce nodachi est un faux, tu peux tout simplement l'ignorer. »
Le ton de Kanzaki était vraiment effrayant, mais Kamijou remarqua que Tsuchimikado, à côté de lui, était sur le point d'éclater de rire... elle n'était donc pas sérieuse ?
Puis, Kamijou remarqua qu'un peu plus loin, dans l'ombre, se tenait une nonne vêtue de rouge.
(Qui est-ce ?)
Kamijou était perplexe. En y réfléchissant, elle l'avait bien sauvé, mais qui était-elle ?
« Ah, ce n'est pas une ennemie. » Kanzaki remarqua le regard de Kamijou et ajouta : « Elle est membre d'Annihilatus. »
Les mots de Kanzaki contenaient un jargon étrange que Kamijou ne comprit pas.
Tsuchimikado sembla deviner ses préoccupations et expliqua : « Si l'Église anglicane se spécialise dans la chasse aux sorcières, l'Église orthodoxe russe, elle, se spécialise dans la traque des fantômes, comme les feux follets, les spectres et les esprits errants... toutes sortes de choses qui ne devraient pas exister entrent dans leur champ d'action. »
Kamijou se tourna de nouveau vers la jeune fille blonde dissimulée dans l'ombre.
Voyant les autres parler d'elle, la nonne en rouge ne bougea pas d'un pouce.
Peut-être que ce genre de rupture de communication dans le monde de la magie n'était pas rare, car Kanzaki reprit : « Elle s'appelle Misha Kreutzev. Elle a aspiré le poison de ta blessure, tu devrais la remercier. »
Aspirer le poison de la blessure... en entendant cela, les oreilles de Kamijou devinrent malgré lui écarlates. La blessure se trouvait sur son visage et, bien qu'elle fût en train de guérir, Kamijou ne put s'empêcher de suer à grosses gouttes.
« C'est... c'est vrai ça... » lâcha Kamijou d'une voix rauque, « Merci, j'aurais été tué si tu n'étais pas intervenue... »
Le sourire que Kamijou avait péniblement esquissé se figea instantanément.
Misha, qui se tenait initialement à une certaine distance, se rapprocha en un éclair. Elle utilisa sa main droite pour dégainer la scie accrochée à sa taille et, avant même que Kamijou ne puisse cligner des yeux, elle pressa les dents de la lame contre son cou.
Personne ne put réagir à temps, et encore moins Kamijou ; même Tsuchimikado et Kanzaki ne purent l'arrêter alors qu'ils se tenaient pourtant à proximité. Kamijou sentit une sensation glaciale contre son cou.
Kamijou leva la tête et regarda Misha Kreutzev, qui tenait la scie. À travers ses longues mèches, il put voir que ses yeux ne trahissaient aucune hésitation, et ses iris étaient bien plus froids que la lame de la scie.
Misha demanda d'un ton plat, presque robotique : « Ma première question : es-tu celui qui a lancé Angel Fall ? »
Kamijou était si terrifié qu'il ne put dire un mot. Tsuchimikado et Kanzaki semblaient également stupéfaits en fixant Misha.
« Attends... attends une minute ! Misha Kreutzev. N'avais-tu pas supposé que Kamijou Touma n'était pas le coupable derrière Angel Fall avant de le protéger et d'extraire le poison de son corps ? »
Face aux questions de Kanzaki, Misha tourna les yeux vers elle et répondit.
« Ma première réponse : je suis venue ici pour empêcher Angel Fall. Je n'ai pas pu obtenir de réponse de ce garçon, alors je la lui demande maintenant. »
La scie toujours pressée contre sa gorge, Kamijou fixa le visage de Misha. Misha détourna à son tour son regard de celui de Kanzaki pour se concentrer sur le visage de Kamijou, comme si elle cherchait à lire dans ses yeux.
« Je répète ma première question : es-tu celui qui a lancé Angel Fall ? »
« ... Non. »
« Ma deuxième question : peux-tu le prouver ? »
Misha posa ce qui semblait être des questions préparées à l'avance. Peut-être s'attendait-elle à ce que Kamijou puisse mentir.
« Je n'ai aucune preuve, mais je ne comprends absolument rien à la magie. »
Misha pencha légèrement la tête sur le côté, exprimant apparemment le doute qui l'habitait.
Kanzaki soupira et déclara : « En tant que membre de Necessarius de l'Église anglicane, je peux expliquer cela. »
Puis, Kanzaki commença à expliquer à Misha que, puisque Kamijou n'avait aucune connaissance en magie, il ne pouvait pas être celui qui avait déclenché la Chute de l'Ange. De plus, si un esper utilisait la magie, le fardeau sur son corps serait trop lourd, or Kamijou ne semblait porter aucune blessure. Peut-être que Kamijou n'avait pas été affecté par la Chute de l'Ange grâce à la capacité du tueur d'illusions de sa main droite. Avec ce pouvoir, n'importe quel phénomène surnaturel pouvait être effacé d'un simple contact.
Misha resta attentive à chaque mot et hocha la tête à plusieurs reprises. Finalement, elle fixa Kamijou ; ou plus précisément, sa main droite. Peut-être que le tueur d'illusions avait éveillé sa curiosité.
« Valeurs, 40, 9, 30, 7. Total : 86. »
BOUM ! Une colonne d'eau jaillit du sol derrière Misha. Très probablement, une canalisation venait d'éclater.
« Réponds. Mem ' tet ' lamed ' zayin (Ô eau, prends la forme d'un serpent sacré et frappe comme une épée). »
Après que Misha eut prononcé ces mots, la colonne d'eau courba sa tête comme un serpent, puis, à l'instar d'une hydre mythique ou d'un dragon Yamata, elle se divisa en plusieurs serpents. Avant même que l'esprit de Kamijou ne puisse réaliser le danger, les serpents d'eau attaquèrent comme des lances.
TUMP TUMP TUMP ! L'une après l'autre, des colonnes d'eau continuèrent de jaillir du sol tout autour de Kamijou.
Et l'une de ces colonnes se dirigea droit vers le visage de Kamijou.
« WAH ! »
Kamijou utilisa frénétiquement sa main droite pour bloquer la colonne d'eau. Celle-ci, une fois interceptée, explosa comme un ballon rempli d'eau, projetant du liquide un peu partout. Pourtant, Kamijou semblait protégé par un bouclier invisible, car pas une seule goutte ne l'avait atteint.
Misha observa attentivement l'eau qui s'était répandue sur le sol.
« Bonne réponse. Le point de vue de l'Anglicane correspond au résultat de l'expérience que je viens de mener. Cette réponse suffit à lever les soupçons. Garçon, je te présente mes excuses pour t'avoir effrayé à cause d'une mauvaise réponse. »
« Au lieu de ça, tu m'as attaqué, tu t'en souviens ? Et qui, dans ce monde, ne regarde pas son interlocuteur dans les yeux quand il s'excuse ? »
« Ma troisième question : puisque tu n'es pas le coupable, qui a lancé Angel Fall ? C'est un fait que le phénomène est centré autour d'ici, as-tu une idée de qui pourrait en être l'auteur ? »
« Tu ne m'écoutes pas ! On dirait que tu ne te remets pas du tout en question ! »
Kamijou resta allongé sur le sol et contempla l'énorme trou qui s'y trouvait.
À cet instant, Misaka Imouto, qui ne comprenait absolument rien à la situation, ne put que trembler en s'adressant discrètement à Kamijou. Peut-être avait-elle enfin réussi à se calmer un peu.
« Puis-je... puis-je vous demander... quel genre de film à effets spéciaux êtes-vous en train de tourner ? Et... celui qui vient de s'échapper, n'était-ce pas Hino Jinsaku ? Êtes-vous des policiers infiltrés comme on en voit souvent à la télévision ? »
« Pour ta propre sécurité, je te suggère de ne pas te mêler de nos affaires. »
La question de Misaka Imouto fut balayée sans ménagement par Kanzaki.
Mais les mots de Misaka Imouto firent réaliser quelque chose à Kamijou.
« Attends... attends une seconde ! Ce type, c'est Hino Jinsaku pour toi ? »
« Qui d'autre ? Enfin bref, auprès de qui doit-on réclamer des dommages et intérêts ? Hino, la police ou la chaîne de télévision ? »
Sous le choc, Kamijou ne savait plus quoi dire.
Par exemple, au deuxième étage, il y avait Aogami Pierce vêtu d'un habit de nonne.
Pour tout le monde, ce type était Index, mais pour Kamijou, c'était Aogami Pierce.
C'était là toute la différence entre l'intérieur et l'apparence.
Mais pour Kamijou comme pour Misaka Imouto, il s'agissait toujours de Hino Jinsaku.
L'intérieur et l'apparence étaient identiques ? Cela signifiait que...
« Ce type... il n'a pas été remplacé ? »
Kamijou expliqua la situation aux magiciens, et tout le monde afficha une mine sombre.
« Ma quatrième question : est-ce celui qui vient de s'échapper ? »
Misha regarda dans la direction où Hino Jinsaku s'était enfui. Au moment où elle s'apprêtait à s'élancer, Kanzaki l'attrapa par l'épaule.
« Attends, puisque nous visons la même chose, pourquoi ne ferions-nous pas équipe ? »
« Ma cinquième question : quel avantage cela m'apporte-t-il ? »
« Laisse-moi te poser une question en retour. Es-tu spécialisée dans la traque des humains ? Ces outils que tu portes sont-ils les célèbres instruments d'interrogatoire de la tour de Londres ? Nous, les locaux, n'utilisons pas ce genre de choses ; une hache ordinaire vaut toujours mieux qu'une en or ou en argent. »
Kanzaki poursuivit.
« Vous autres, membres de l'Église orthodoxe russe, vous devriez être spécialisés dans l'exorcisme, non ? La traque des humains n'est pas votre point fort, alors que nous, de l'Église anglicane, sommes doués pour cela. Avec notre aide, ce ne serait pas une mauvaise affaire pour toi. »
« ... Bonne réponse. Merci pour ta proposition. »
Misha tendit sa petite main. Kanzaki fut surprise un instant avant de comprendre qu'elle voulait lui serrer la main, puis elle sourit en tendant la sienne pour sceller l'accord.
Tandis qu'elles discutaient, Kamijou, qui se tenait à côté d'elles, demanda : « Très bien, que fait-on maintenant ? On se lance à sa poursuite ? »
« Ton enthousiasme est louable, et j'aimerais vraiment que Tsuchimikado prenne exemple sur toi. Mais pour l'instant, ton travail est de récupérer. Pendant que tu te rétablis, le mieux est que nous te protégions. Nous ignorons ce que Hino manigance, et rien ne dit qu'il ne nous attaquera pas en pleine nuit pendant que tu dors. »
En entendant les paroles de Kanzaki, Misha déclara : « Ma sixième question : puisque la priorité des personnes nécessitant une protection est moindre, devrais-je partir seule à la chasse au suspect ? »
« Nous ne connaissons pas la force de l'ennemi, il n'est donc pas judicieux de disperser nos forces. Dans le pire des cas, il pourrait avoir obtenu le pouvoir d'un ange. »
Misha ne sembla pas satisfaite de cette réponse, mais elle ne dit rien de plus. Peut-être regrettait-elle déjà d'avoir accepté de collaborer.
Cependant, Kanzaki l'ignora et poursuivit : « D'abord, nous devons discuter du plan avec Kreutzev, et ensuite, nous devons réparer les dégâts. Une fois que ce sera fait, nous assurerons ta sécurité... Tsuchimikado, pourquoi as-tu l'air si réticent ? »
Les paroles de Kanzaki donnèrent à Kamijou l'impression que quelque chose clochait.
Parce que si c'était le cas, ils ne pourraient pas dormir. Pour que Kamijou puisse dormir, ils devaient travailler dur, ce que Kamijou ne pouvait accepter. Même s'il était blessé, c'était parce qu'il n'avait pas fait assez attention, il n'avait donc aucune excuse.
Bien qu'il pensât ainsi, Kamijou ne dit rien, car sa gorge était sèche et douloureuse, comme si elle brûlait.
À cet instant, Kanzaki regarda Kamijou avec une tendresse inhabituelle, ce qui contrastait totalement avec son expression habituelle.
« Nous discuterons des détails avec Kreutzev, et je t'en parlerai plus tard. Pour l'instant, tu as vraiment besoin de te reposer. Si nous laissons des civils ordinaires se faire blesser, ce serait vraiment honteux de notre part. »
« Ouais. Comme ce serait triste si un civil ordinaire mourait pendant que l'expert survit ? »
Tsuchimikado dit cela sur un ton rarement aussi mélancolique.
Peut-être que ces gens avaient le sentiment d'avoir leurs propres responsabilités. Kamijou soupira.
(Hm ? Re... retourner dans ma chambre ?)
Kamijou sentit soudain que quelque chose n'allait pas.
« Ah... AHHHHHHHHHHHH ! BON SANG ! INDEX ! »
Une idée traversa soudain l'esprit de Kamijou, et il bondit sur ses pieds, contrairement à ce que l'on attendrait d'un blessé.
Laissant derrière lui les personnes sans voix, Kamijou monta les escaliers quatre à quatre vers le deuxième étage.
La rampe de l'escalier portait des inscriptions mystérieuses gravées au couteau, mais dès que la main droite de Kamijou s'y agrippa, il crut entendre un bruit de verre brisé. Peut-être que le sort de « zone vide » venait d'être détruit, mais Kamijou n'avait absolument pas le temps de s'en soucier.
Il ne se dirigeait ni vers sa chambre, ni vers celle de Mikoto.
Kamijou tira violemment sur la porte de la chambre de Kamijou Touya. Même si elle était verrouillée, il était bien décidé à la forcer.
BAM ! Dans un fracas impressionnant, la porte céda. Les lumières étaient éteintes et deux futons étaient étendus sur le sol.
Kamijou Touya était sur le point d'attaquer Index, qui dormait dans l'un des futons.
Bien sûr, pour Touya, la personne devant lui était sa femme Shiina, il ne ressentait donc aucune culpabilité.
Mais pour Kamijou, son père de presque 35 ans était en train d'agresser une Index qui devait avoir moins de 14 ans. Cette scène ne pouvait même pas être qualifiée d'étrange ; c'était un véritable cauchemar.
« ARRÊTE, ARRÊTE, ARRÊTE, ARRÊTE, ARRÊTE ! RESTE OÙ TU ES ! »
Kamijou fit totalement abstraction des vertiges causés par le poison qui persistait en lui et se jeta entre les deux futons.
Touya resta sous le choc.
Quant à Index, qui jouait le rôle de sa mère, elle dormait toujours profondément malgré tout ce chahut.
« ... (T-Touma ! Comment peux-tu débarquer à un moment aussi gênant ?!) »
« TAIS-TOI, TAIS-TOI, TAIS-TOI ! ON DORT ENSEMBLE, TOUS LES TROIS ! COUP MORTEL, BATAILLE DE LA RELATION PARENT-ENFANT ! »
C'est ainsi que la bataille de minuit commença.
Les soins prodigués par Kanzaki aux blessés ne furent d'aucune utilité, car Kamijou Touma fut incapable de fermer l'œil de toute la nuit.
Notes
1. ↑ Le Bakumatsu désigne la fin du shogunat Tokugawa, période durant laquelle existait l'unité d'élite du Shinsengumi.