Chapitre 42
Chapitre 42 — Test génétique
(Académie militaire de Rodova — Salle du test de réflexes, récupération après l’épreuve)
Leo se sentait vidé depuis la fin du test de réflexes. Il respirait par à-coups, à la fois rapides et irréguliers, à genoux sur le sol froid de la salle. La sueur lui coulait dans le dos. Tout son corps tremblait à cause de l’effort. Ses muscles semblaient creux, comme si on lui avait aspiré la moindre parcelle de force.
Mais ce n’était pas la première fois.
Cette fatigue écrasante — cet épuisement total — commençait à devenir un schéma qui se répétait.
Il avait ressenti la même chose la première fois qu’il avait déclenché cette étrange capacité qui ralentissait le temps : au moment où l’effet s’était arrêté, son corps s’était effondré sous son propre poids, le laissant haleter comme un homme en train de se noyer.
Je ne peux pas me permettre ça en vrai combat, comprit Leo, les poings serrés contre le sol. Si je m’écroule après avoir abattu quelques ennemis, je suis fini.
Le sentiment d’urgence s’imprima en lui, brûlant.
Il devait maîtriser cette capacité, et vite.
Il devait apprendre à la contrôler, à la réguler : la déclencher quand il en avait besoin, et la contenir quand ce n’était pas nécessaire.
Parce que sinon…
Ce ne serait pas une arme.
Ce serait un handicap. Un handicap capable de l’entraîner dans de très gros ennuis.
— Skyshard !
Une voix le tira brusquement de ses pensées, au moment où la porte de la salle coulissa pour s’ouvrir.
L’assistante se précipita à l’intérieur. Son expression mélangeait l’inquiétude et une excitation impossible à dissimuler. Elle s’agenouilla près de lui.
— Tu as été incroyable ! souffla-t-elle, rayonnante.
— Tu viens de battre le record de l’université pour les premières années, dès le premier jour ! Je n’ai jamais vu une telle performance de toute ma vie… continua-t-elle, emportée par son enthousiasme.
Mais Leo écoutait à peine.
Son esprit était ailleurs. Il luttait pour rester conscient. Des taches noires clignotaient au bord de sa vision, s’élargissant et se rétractant comme de l’encre qui se répand dans l’eau.
— Oh… quelle idiote, tu dois être épuisé… Tiens, bois ça, insista l’assistante en lui glissant une petite fiole en verre dans la paume.
Leo regarda la fiole. Le liquide à l’intérieur brillait d’une faible teinte dorée. Il la fixa une fraction de seconde, puis décida de l’avaler d’un seul trait.
Le goût était vif, mais pas désagréable. Presque immédiatement, une chaleur lente se répandit dans ses veines — pas comme une décharge d’énergie soudaine, plutôt comme une pulsation régulière qui stabilisait son corps.
C’était une potion d’endurance — et de grande qualité.
Les potions d’endurance de faible qualité tiraient généralement sur le jaune, mais la nuance dorée de celle-ci indiquait l’usage d’herbes alchimiques supérieures.
Un objet réellement puissant, qui coûterait une petite fortune sur le marché.
Et tandis que Leo en buvait le contenu, la fatigue ne disparut pas complètement, mais le poids de plomb dans ses membres s’allégea presque aussitôt.
Ses muscles ne donnèrent plus l’impression d’être sur le point de lâcher. Sa vision redevint nette.
— Ça devrait t’aider un peu, approuva l’assistante, avant de se dépêcher de l’aider à se relever.
Leo la laissa faire, même si ses appuis restaient instables, tandis qu’elle le guidait vers un compartiment latéral où son uniforme avait été plié soigneusement.
— Voilà. Habille-toi, ordonna-t-elle.
Leo attrapa son uniforme, chassa les derniers restes de vertige, puis remit ses vêtements.
Son équilibre était encore imparfait, mais au moins, il pouvait se tenir debout sans s’écrouler.
Dès qu’il eut fini de s’habiller, l’assistante tapota sur sa tablette de données. Quelques instants plus tard, un drone d’escorte automatisé roula jusqu’à lui et afficha un écran de notification.
— On te transfère vers un autre bâtiment, l’informa-t-elle.
Leo fronça les sourcils.
— Pourquoi est-ce que je suis séparé du groupe d’évaluation ?
— Tu vas suivre ce drone jusqu’au bâtiment suivant, et tu seras le seul à le faire, répondit-elle, avec une pointe d’amusement dans la voix.
Son froncement de sourcils s’accentua.
— Et pourquoi ?
Les lèvres de l’assistante se relevèrent dans un sourire rusé.
— On t’a signalé pour un test génétique prioritaire, dit-elle en lui faisant un clin d’œil. Alors tu passes avant les autres.
La contrariété de Leo devint évidente.
Mais avant même qu’il puisse protester, l’assistante entra quelques commandes sur sa tablette et lança le drone.
Pousse.
Pousse.
Le drone heurta son dos, l’incitant à avancer. Leo soupira, puis se mit à marcher, parfaitement conscient qu’il n’avait pas d’autre choix que d’obéir aux ordres de l’académie.
À sa place, quelqu’un d’autre aurait sans doute été ravi d’être au centre de l’attention.
D’obtenir un traitement préférentiel.
Mais Leo n’était pas de ce genre-là.
À titre personnel, il détestait être mis à part : cela faisait voler en éclats son anonymat et le projetait en pleine lumière.
J’espère que peu de gens me verront escorté comme un cas prioritaire… pensa-t-il, tandis que le drone lui faisait prendre une série de couloirs et de virages, jusqu’à le conduire droit vers le département d’évaluation génétique.
(Académie militaire de Rodova — Département d’évaluation génétique, devant la salle n° 01)
Leo atteignit rapidement le département d’évaluation génétique. Et, malheureusement pour lui, dès qu’il entra dans la zone d’attente, il devint aussitôt un sujet de discussion : les élèves présents virent le drone au-dessus de lui et le classèrent immédiatement comme une menace sérieuse.
Presque aussitôt, des murmures parcoururent les cadets rassemblés. Les voix restaient basses, mais leur intérêt était évident.
— Attends… ce n’est pas le même drone d’escorte que celui qu’ils ont mis au-dessus de Su Yang ?
— C’est quoi ce délire ? Pourquoi il est seul ?
— Un drone d’escorte ? Sérieusement ?
— Merde… ce serait un jeune maître caché ?
Leo garda un visage neutre et ignora les regards, mais il entendait tout ce qui se disait autour de lui.
C’était exactement pour ça qu’il ne voulait pas d’attention inutile.
Il comptait rester discret, observer, comprendre, se déplacer à Rodova sans se faire remarquer au début. Mais maintenant ?
Maintenant, il entrait dans l’installation du test génétique comme un élève « à part », escorté personnellement par un drone de l’académie.
C’était un signe évident qu’il était différent. Qu’on lui accordait la priorité.
Et cela faisait de lui un sujet d’intérêt.
Des yeux suivirent chacun de ses pas tandis qu’il traversait l’installation, le scrutant avec tout ce que cela impliquait : curiosité, méfiance, suspicion.
Certains cadets chuchotaient en spéculant sur ses origines.
D’autres le regardaient comme un concurrent à écraser.
Et puis il y avait ces quelques-uns… ceux qui le voyaient déjà comme un futur ennemi.
Leo expira lentement, le regard droit devant lui.
Adieu la discrétion…
Il n’avait pas le choix : il devrait en gérer les conséquences.
Au minimum, il devait comprendre ce qu’était réellement cette évaluation génétique — et pourquoi on le faisait passer avant les autres.
— Skyshard, Leo…
Une voix masculine prononça son nom. Un homme longiligne aux lunettes épaisses s’approcha, une tablette de données solidement tenue dans la main.
— Le directeur vous a désigné comme sujet prioritaire. La salle de test génétique numéro un a été réservée pour évaluer votre potentiel… Veuillez me suivre, dit-il assez fort.
S’il restait le moindre doute sur le statut particulier de Leo, il venait de disparaître.
Parfait… exactement ce qu’il me fallait dès le premier jour ! pensa Leo, sarcastique, en levant les yeux au ciel, exaspéré.
Il sentit les regards hostiles se planter dans son dos.
Plus d’un candidat le fixait avec des yeux qui disaient clairement : J’espère que tu vas échouer lamentablement à ton test génétique.