Chapitre 14
Chapitre 14 : Auto-sabotage
Felix bougea à peine sur le côté quand la lame tournoyante fonça sur lui. Son tranchant rasa l’air à l’endroit où sa poitrine se trouvait une seconde plus tôt.
La lame ricocha contre la rambarde métallique dans un clang, puis retomba sans danger sur l’étage inférieur. Le bruit pulvérisa le calme fragile du balcon : un signal pour quiconque était dans les parages que quelque chose se passait ici.
Et voilà, notre discrétion vient de disparaître… Génial. On va encore devoir bouger, pensa Leo avec amertume, son regard se plantant vers l’origine de l’attaque.
Un léger frémissement au-dessus du balcon attira son attention. Puis un froissement de tissu, et le clic discret de bottes qui se posaient avec légèreté sur l’armature métallique au-dessus.
Felix, à l’inverse, s’agita dans tous les sens, serrant sa courte épée comme une bouée et tournant sur lui-même sans repère.
— C’était quoi, ça ?! couina-t-il, la voix résonnant bien trop fort, incapable de trouver l’ennemi.
— Là ! siffla Leo.
Mais son avertissement tomba à plat : Felix continua de tournoyer comme un imbécile aveugle.
— Le cochon ivre a esquivé, remarqua une voix de femme, calme et tranchante, teintée d’un amusement cruel.
Avant que Leo ne puisse réagir, deux silhouettes se laissèrent tomber des ombres, descendant depuis la terrasse et atterrissant sur le balcon avec une grâce inquiétante.
La première était un homme mince, aux traits durs, tordus en un sourire suffisant. Une chaîne lumineuse s’enroulait autour de son avant-bras, crépitant d’arcs électriques bleues qui bourdonnaient dans l’air.
À ses côtés se tenait une femme aux yeux rouges perçants, ses deux couteaux tournoyant sans effort entre ses doigts.
Les yeux de Leo se plissèrent. Il reconnaissait la précision dangereuse de ses gestes : chaque rotation de ses lames annonçait une intention mortelle. Et leur coordination ne laissait aucun doute : ils étaient des tueurs aguerris.
L’homme eut un petit sourire.
— Je m’appelle Kael. Voici ma sœur, Varra. Et selon la tradition du clan Felter, on se présente avant de tuer notre proie.
Le clan Felter ? pensa Leo. Le nom lui disait quelque chose… mais ses souvenirs restaient absents. Il dut chasser l’idée.
Felix, lui, tituba en avant avec un sourire animal.
— Et moi, je suis ton père, bredouilla-t-il. Mais tu peux m’appeler Papa pendant que je t’ouvre la gorge.
Le sourire de Kael se crispa une fraction de seconde. Puis, sans prévenir, il fouetta l’air avec sa chaîne lumineuse. Les maillons électrifiés sifflèrent, serpentant vers Felix comme un reptile vivant.
Les yeux de Leo s’écarquillèrent : la chaîne changea de trajectoire en plein mouvement, courbant de façon impossible vers la poitrine de Felix.
C’est quoi ce truc ? pensa Leo, le pouls accélérant. Cette arme défiait la logique : sa trajectoire était guidée par autre chose que la physique, et l’énergie électrique qu’elle dégageait n’avait rien de « normal ».
Mais Felix, malgré son état, oscilla juste assez pour éviter le coup. La chaîne frappa le sol à l’endroit où il se tenait, une seconde plus tôt.
— Wouah… stylé ! Tu peux me dire le nom de ta technique ? demanda Felix, sincèrement impressionné.
Kael renifla.
— Ça ? C’est une petite technique familiale : Serpent de Tonnerre. Et ce n’est pas un porc comme toi qui pourra jamais la maîtriser.
Avant que Felix ne réplique, Varra donna un coup de poignet. L’un de ses couteaux tournoyants fila droit vers Leo.
Par réflexe, Leo leva sa dague pour le bloquer — mais son souffle se coinça : la lame unique se divisa en trois en plein vol.
Chaque nouvelle lame courba sa trajectoire vers une partie différente de son corps. Leo dut se tordre maladroitement pour en éviter deux et dévier la troisième.
— Qu’est-ce que… marmonna-t-il, le cœur battant, tandis que les couteaux se plantaient dans le mur derrière lui.
Varra sourit, ses yeux rouges brillant de malveillance.
— Impressionné ? Mes couteaux trouvent toujours leur cible… d’une manière ou d’une autre.
La poitrine de Leo se serra. Ce n’étaient pas des armes ordinaires : elles étaient imprégnées de quelque chose qui dépassait la simple fabrication. Ses adversaires n’étaient pas seulement doués… ils avaient des capacités qui défiaient la logique, et cela le déstabilisait.
Kael frappa encore. La chaîne claqua dans un crépitement de foudre. Felix recula en trébuchant, l’évitant d’un cheveu, mais la violence du coup arracha des morceaux de béton de la rambarde, projetés vers lui.
SMACK
Un éclat frappa la joue de Felix, traçant une fine ligne de sang qui descendit le long de son visage. Felix eut l’air sincèrement perdu, comme s’il ne comprenait même pas ce qui venait de le toucher.
Pendant ce temps, de l’autre côté du balcon, Varra fondit sur Leo. Ses deux lames devinrent un flou mortel. Elle taillait, piquait, enchaînait avec une précision chirurgicale, forçant Leo à reculer et à parer.
Au début, Leo se sentit confiant. Il tenta de repousser ses attaques du mieux possible, persuadé que l’effet de ralentissement allait finir par se déclencher.
Mais au bout de quinze secondes de combat… rien.
Son « pouvoir » ne venait pas.
La panique lui serra la gorge.
Pourquoi ça ne marche pas ? pensa-t-il, à bout, la respiration courte. Cette clarté étrange, cette sensation que le temps ralentissait… avait disparu.
Ses mouvements lui semblaient lourds. Ses réactions, à peine suffisantes pour suivre le rythme. Varra le pressait sans relâche.
— Qu’est-ce qu’il y a, gamin ? railla Varra. Tu perds tes nerfs ?
Leo serra les dents et para une nouvelle rafale. Chaque impact lui secouait les bras. La fatigue du précédent combat pesait sur lui, et il sentit, seconde après seconde, qu’il ralentissait.
Putain… à ce rythme, je crève dans la minute si rien ne change. Mon corps n’a pas récupéré. Je force trop. La tension est énorme, pensa-t-il, lucide sur l’horreur de sa position.
Pendant ce temps, Felix se baissa sous une autre attaque de chaîne et fonça en avant avec une audace d’ivrogne. C’était un mouvement suicidaire : la moindre erreur, et c’était la mort. Mais, par chance… son timing était parfait.
SMACK
Le pommeau de son épée s’écrasa dans les côtes de Kael, et le cours du combat bascula.
Kael chancela, son sourire remplacé par une grimace.
— Tu vas le payer, cracha-t-il en ramenant sa chaîne pour frapper à nouveau.
Felix ne lui en laissa pas le temps.
Dans un rugissement alcoolisé, il planta le pommeau dans le ventre de Kael, lui coupant la respiration, puis lui trancha net le flanc.
Le sang jaillit. Kael tomba à genoux… et le pire arriva : la coupure était si profonde que ses entrailles commencèrent à sortir, éventré avec une brutalité insoutenable.
— KAEL ! hurla Varra.
Elle perdit son sang-froid. Elle se tourna vers son frère, et ce simple instant offrit à Leo l’ouverture dont il avait désespérément besoin.
D’un geste de survie, Leo lança sa dague vers sa taille — là où était attaché son cristal de téléportation. Sa lame frappa juste.
CRUNCH
Le cristal éclata.
Une lumière aveuglante engloutit Varra : la magie de téléportation s’activa.
— Non ! cria-t-elle, sa voix s’éteignant tandis que son corps se dissolvait en particules scintillantes.
Peu après, le cristal de Kael s’illumina à son tour, prêt à l’arracher au combat. Mais, malheureusement… pas avant que Felix ne lui tranche la gorge.
Kael disparut dans un flash, mais il était déjà condamné. De l’autre côté, on ne retrouverait probablement qu’un cadavre — laissant ici des traînées de sang et l’odeur écœurante des entrailles répandues sur le balcon.
Felix sourit, essuya sa lame, puis leva la tête vers le ciel.
— C’EST QUI TON PAPA, MAINTENANT ?! hurla-t-il.
Son cri alerta encore plus d’ennemis sur leur position. Leo eut toutes les peines du monde à ravaler sa rage.
Felix, ivre, était autant un atout qu’un boulet — et Leo n’avait aucune idée de comment le gérer.