« Il paraît que ta servante personnelle te maltraitait dans le dos de tout le monde. »
Sa voix était calme, mais quelque chose de lourd la pesait.
« Cette blessure à la main... C'est cette servante aussi qui te l'a faite, n'est-ce pas ? »
« Ah... »
Je baissai les yeux sur ma main enveloppée de tissu. Faute de mieux, je hochai silencieusement la tête. Mon grand-père ne parvenait pas à cacher sa colère. J'étais simplement déconcertée et surprise de le voir ainsi.
« ... C'est parce que moi, le chef de famille, j'étais absent. »
Réprimant ses émotions, Grand-père s'excusa de son ton habituel, calme et mesuré.
« Je veillerai à ce que tout le monde comprenne que rien de tel ne doit se reproduire. Toi, tu n'as qu'à te concentrer sur ta guérison. Compris ? »
Je ne pus répondre tout de suite et restai un moment silencieuse. Même si mon oncle m'empêchait de voir mon grand-père, j'avais toujours cru, au fond de moi, que Grand-père ne tenait simplement pas à m'avoir pour petite-fille. Après tout, pour quelqu'un qui plaçait la famille au-dessus de tout, je ne pouvais être qu'une épine dans le pied.
Ne te fais pas d'illusions.
Je réprimai de force la chaleur qui montait dans mon cœur.
S'il est en colère, c'est seulement parce que les règles absolues de la famille ont été violées.
Il était impossible que Grand-père s'inquiète réellement pour moi, la fille qui avait mené la famille dans cet état. Après plusieurs échecs dans mes vies passées, j'avais appris une leçon douloureuse : pour gagner la faveur de quelqu'un, on ne pouvait pas compter sur un espoir sans fondement. Il fallait prouver son utilité. Car au bout du compte, moi, la malade inutile, j'avais été abandonnée puis tuée. Dans cette vie, je ne ferais donc confiance à personne.
« Hum. »
Voyant que je gardais le silence, Grand-père s'éclaircit la gorge et ajouta :
« Maintenant que tu vas assez bien pour te réveiller et marcher, je suppose que je devrais prévenir le Jeune Patriarche. »
« ... Père ? »
« Oui. »
Mon cœur eut un sursaut douloureux. Chaque fois que je pensais à Père, mes sentiments s'embrouillaient. Nostalgie. Culpabilité. Tristesse. Et la peur qu'il finisse un jour par me haïr.
À la toute fin de ma vie précédente, Jeok Yeon-hu m'avait dit que Père s'était inquiété pour moi jusqu'au bout. Mais celui qui me l'avait dit n'était autre que Jeok Yeon-hu, l'homme qui avait ri en affirmant avoir tué mon père de ses propres mains, la personne en qui j'avais le moins confiance au monde. C'est pourquoi je ne pouvais pas croire tout à fait ses paroles. Peut-être avait-il menti pour me faire souffrir davantage, ou peut-être y avait-il une autre raison.
Quand mon expression s'assombrit, Grand-père parla avec fermeté.
« Plus que quiconque, le Jeune Patriarche doit être informé de ton état. »
Son ton était résolu, et pourtant, étrangement, j'eus l'impression que ses mots portaient un autre sens.
Tu n'es pas seule.
Mais même si Père apprend ce qu'il en est de moi... il ne répondra pas de toute façon.
Dans chacune de mes vies passées, j'avais envoyé d'innombrables lettres à Père. Mon oncle n'aimait pas cela, mais sans doute ne pouvait-il pas empêcher la fille de Père d'écrire : il faisait alors venir un messager sous mes yeux pour porter mes lettres.
« Je t'ai accordé ce que tu voulais, alors si, par hasard, le Jeune Patriarche revient un jour, tiens-toi tranquille comme une souris, comme tu le fais toujours. Compris ? »
Chaque fois que j'envoyais une lettre, il me faisait culpabiliser de l'avoir fait. Mais pas une seule fois je ne reçus de réponse.
« Tu vois ? Ne t'avais-je pas dit que ton père te trouve encombrante ? »
« S'il s'en préoccupe, c'est seulement parce que ne pas guérir sa fille unique nuirait à sa réputation de Jeune Patriarche. Tu n'es rien d'autre qu'un fardeau pour ton père. »
J'avais fini par croire les paroles de mon oncle : Père me trouvait pénible.
« Il paraît que si on croise le regard du Jeune Patriarche, il est capable de nous traîner droit dans l'au-delà ! »
« On dit qu'il s'excite à la vue du sang ! »
« C'est pour ça qu'il s'est porté volontaire pour partir sur le champ de bataille ! »
De plus, pendant les longues années où je n'avais pas vu Père, toutes sortes de rumeurs avaient couru sur lui, le présentant comme un homme extraordinaire et terrifiant. Père était donc, pour moi, quelqu'un qui me manquait profondément et dont j'avais pourtant du mal à m'approcher, quelqu'un qui me semblait impossiblement lointain.
Mais puisque c'est le souhait de Grand-père, je suppose que je n'ai pas d'autre choix que d'obéir.
Je baissai vivement la tête.
« ... Merci. »
Grand-père laissa échapper un léger soupir avant d'en venir lentement au fait.
« Je suis venu aujourd'hui en partie pour voir comment tu allais, mais il y a aussi quelque chose que je souhaite te demander. »
Ses yeux verts me transpercèrent.
« La pilule que tu m'as donnée. Peux-tu faire autre chose en dehors de celle-là ? »
« Oui. »
Je répondis sans hésiter.
« Tu as acquis un tel savoir-faire rien qu'en lisant quelques livres, alitée ? »
À dire vrai, j'avais bien sûr fait plus que lire des livres. Mais je ne pouvais pas tout révéler.
« J'ai lu quelques livres... et j'ai aussi regardé mes frères quand ils étudiaient. »
J'ajoutai précipitamment :
« Quant à la pilule... je ne sais pas vraiment, j'ai juste senti que mélanger les ingrédients de cette façon fonctionnerait. »
On disait que, chez les Yakryeong, un tel talent n'apparaissait qu'une fois par génération. Celui qui le possédait pouvait reconnaître d'instinct les effets des ingrédients médicinaux sans avoir à les apprendre. Et j'avais décidé d'en tirer pleinement parti.
« ... »
Mon mensonge fut suivi d'un silence. Je levai nerveusement les yeux vers Grand-père. Il me fixa longtemps de ses yeux verts insondables avant de parler enfin.
« Je vois. Vraiment remarquable. »
C'était un compliment, et pourtant il y avait quelque chose d'étrangement ambigu dans sa façon de le dire.
« Alors, ta santé s'est-elle soudain améliorée parce que tu as fabriqué un remède et que tu l'as pris toi-même ? »
C'était la question que j'attendais, et j'avais déjà une réponse toute prête.
« ... Je ne sais pas. »
« Que veux-tu dire ? »
Grand-père haussa un sourcil.
« Grand Frère Do-pyeong m'a demandé de trier des plantes médicinales, alors j'ai goûté quelques restes. »
Je triturai nerveusement mes mains sous le regard de Grand-père. En vérité, j'avais une autre raison d'aborder ce sujet.
« Je ne sais pas si elles ont vraiment aidé. Mais comme je ne sais pas exactement ce qu'était chacune... »
« ... »
« J... j'ai pensé que si je pouvais étudier avec mes frères, je pourrais peut-être trouver de quels ingrédients médicinaux il s'agissait... »
Je relevai prudemment la tête.
« ... ?! »
Swoosh.
Contre toute attente, l'expression de Grand-père s'était glacée.
« Do-pyeong... t'a fait trier des ingrédients médicinaux ? »
Une question inattendue suivit.
Pourquoi continue-t-il à demander des détails aussi insignifiants ?
Sans comprendre, je lui dis prudemment la vérité.
« Oui. Grand Frère m'a donné l'occasion de toucher et de trier des ingrédients médicinaux. »
« Je vois. Et depuis combien de temps tries-tu des ingrédients médicinaux ? »
Comme le ferait normalement une enfant, je comptai en repliant mes petits doigts un à un.
« Un, deux... euh, trois ans. »
« Hah. Donc tu fais cela depuis le départ de ton père... »
Grand-père ne put finir sa phrase. Il se pressa plusieurs fois le front, plissé de rides. Puis, comme si quelque chose lui était soudain venu à l'esprit, il me saisit par les épaules.
« Attends. Tu dis que tu as réellement mangé des ingrédients médicinaux sans savoir ce qu'ils étaient ? »
Hochement, hochement.
Quand je me contentai de hocher la tête, les sourcils de Grand-père se froncèrent profondément.
« Petite écervelée ! Et si tu avais subi des effets secondaires ?! Je te croyais docile, mais tu as décidément un côté téméraire. »
« Pa... pardon, Grand-père... »
Je me recroquevillai sous sa réprimande soudaine et guettai nerveusement son expression. Puis, tout à coup, il tendit la main.
« Ta main. »
Perplexe, je posai ma main dans la sienne. Il prit soigneusement mon pouls, puis fit un nouveau geste.
« Approche. »
Je m'avançai prudemment à genoux jusqu'à me trouver juste devant lui.
« Ouvre la bouche et tire la langue. »
« Aaaah ? (Comme ça ?) »
« C'est cela. »
Grand-père examina l'intérieur de ma bouche et ma langue, puis écouta attentivement les bruits de mon ventre. Ce n'est qu'après cela qu'il hocha la tête, soulagé.
« Ton qi et ton sang sont encore un peu troublés, mais leur circulation est bien meilleure qu'avant. Ton état physique s'est nettement amélioré. Le Ciel a dû t'aider. »
En vérité, c'était parce qu'après neuf régressions, j'avais enfin trouvé un moyen d'améliorer mon état, même temporairement... Je me contentai de hocher la tête sans rien dire.
« Quoi qu'il en soit, c'est heureux. Dans cet état, tu devrais pouvoir augmenter un peu tes activités à l'extérieur. »
À l'instant où j'entendis Grand-père dire cela, une idée me traversa l'esprit.
Peut-être puis-je même demander cela.
« À ce propos, Grand-père. »
Je serrai mes deux mains contre ma poitrine et rassemblai tout mon courage.
« J'aimerais vous demander quelque chose. »