Chapitre 790
Éditeur : Tseirp
De l’autre côté se trouvaient Ryo et Garwin.
Eux aussi commencèrent dans le calme…
Non. « Dans le calme » était-il vraiment la bonne expression ?
Ryo tenait Murasame en garde médiane, les pieds écartés l’un devant l’autre, comme à son habitude.
Garwin, lui aussi, était fidèle à ses habitudes : il se battait à mains nues, avec pour seules armes les gantelets et les jambières qu’il avait fait apparaître par magie.
(Qu’est-ce que je ressens ?)
Ils se comportaient tous deux comme d’ordinaire, et pourtant Garwin sentait que quelque chose clochait.
Il en connaissait la raison.
C’était Ryo, debout devant lui, l’épée dégainée.
S’il fermait les yeux, il perdait toute sensation de sa présence.
Il était à ce point imperceptible.
Imperceptible ?
Non, c’était impossible.
Garwin était un djinn, un Spellno.
Réduire sa présence au point de passer inaperçu à ses sens dépassait les capacités de n’importe quel humain.
Et pourtant, c’était bien ce qui se produisait.
Voilà pourquoi quelque chose lui semblait anormal.
Une anomalie née de l’impossible devenu réalité.
Garwin regarda de nouveau Ryo.
(Est-ce qu’il dort ?)
Il semblait avoir les yeux fermés… Non, en y regardant de plus près, ses paupières étaient légèrement entrouvertes.
Les yeux mi-clos.
Son regard ne semblait pas fixé sur Garwin.
On aurait dit qu’il ne le regardait pas, et pourtant…
(Non. Il voit tout de moi… C’est du moins ce que je ressens.)
Il n’y avait aucune explication logique à cela.
Mais Garwin le savait, avec une sorte de certitude.
La raison lui disait
qu’il devait prendre l’initiative.
Il le savait.
Il le savait, mais, au moment où il tenta d’avancer le pied, ses émotions le retinrent.
Pourquoi ?
Il était plus fort, plus rapide et, probablement, aussi habile que son adversaire.
Tant qu’il ne baissait pas sa garde, il n’avait aucune raison de perdre.
Bien sûr.
Il était un djinn, et Ryo un humain.
La différence entre eux était évidente.
Mais… ses pieds refusaient de bouger.
(La force ? La vitesse ? Ce n’est pas à cause d’un facteur aussi superficiel. Quelque chose au plus profond de moi, au plus profond de mes instincts, hurle que c’est dangereux.)
Une alarme retentissait avec fracas dans sa tête.
Elle lui criait que le danger était imminent.
Face à lui, ce magicien de l’attribut eau, bleu — ou peut-être transparent —, lui était étonnamment opposé.
Il expira sèchement, mais profondément, longuement et lentement.
Il reprit son calme.
Garwin avait lui aussi affronté de nombreux adversaires redoutables au cours de sa vie.
Naturellement, se retrouver face à un ennemi puissant faisait vaciller son cœur.
Il savait comment apaiser de force cet état d’esprit troublé… Bien sûr qu’il le savait.
Mais…
(L’alarme qui retentit dans mon esprit ne s’arrêtera pas. Malgré tout, je dois passer à l’action !)
Garwin s’élança à la vitesse de l’éclair.
Il lança une estocade, portée par cette vitesse.
Un éclair de lame !
Son flanc droit fut profondément entaillé.
Presque aussitôt, la plaie se mit à geler à partir de l’endroit où la lame l’avait ouvert.
« Quoi !? »
« Art secret de l’épée : Épée de givre. »
Garwin resta stupéfait, tandis que Ryo prenait un air satisfait.
Mais…
« <Évaporation>. »
Quand Garwin prononça l’incantation, la glace fondit en vapeur en un instant.
« La magie qui a vaporisé <Squall> tout à l’heure… »
« Tu gèles chaque fois que je te coupe, hein ? Quelle plaie. »
Ryo grimaça en voyant son « art secret de l’épée » contré, tandis que Garwin grimaçait lui aussi, conscient de la gêne que cela représentait.
Une nouvelle fois, Garwin s’élança à la vitesse de l’éclair.
Un uppercut qui jaillit comme s’il surgissait du sol.
Un revers du poing gauche, un crochet du droit…
Ryo esquiva, encore et encore, chacune des attaques de Garwin.
Puis il porta un coup.
« Aïe… <Évaporation>. »
Garwin arrêta le gel et recula d’un grand pas pour mettre de la distance entre eux.
Les attaques de Garwin ne pouvaient atteindre Ryo.
Mais Ryo, lui, touchait Garwin à chaque fois.
La raison était claire.
À cet instant, Ryo disparut du champ de vision de Garwin.
Garwin recevait des coups venus de ses angles morts.
« Que se passe-t-il ? »
Garwin ne comprenait pas comment une telle chose était possible.
Ryo reprit sa garde médiane habituelle, puis baissa de nouveau les paupières à demi.
Comment Ryo avait-il pu disparaître ?
Ryo et Garwin s’étaient déjà affrontés une fois.
Grâce à cela, Ryo connaissait les habitudes de Garwin.
Quelles habitudes, au juste ?
Il savait où Garwin regardait « à cet instant » au cours d’un combat.
En se déplaçant de manière à éviter ces points… Ryo semblait disparaître du champ de vision de Garwin.
Par exemple, l’endroit où Garwin regardait lorsqu’il lançait un direct du droit après un jab du gauche.
Ou encore, celui où se posait son regard au moment précis où il amorçait un coup de pied circulaire du droit.
Et ainsi de suite.
Ryo avait combattu Garwin vers la fin de la Guerre des Djinns.
Voilà pourquoi il le savait.
Quel que soit le domaine, une grande capacité d’apprentissage est un atout.
Une chose vécue une fois… ou dont on se souvenait avoir été témoin… Une situation qu’on avait anticipée, en réfléchissant à la manière de la résoudre…
Être capable de réfléchir par soi-même est d’une importance capitale.
Un an s’était écoulé depuis lors, et Ryo était désormais en mesure de combattre en position de force.
Ni par la force, ni par la vitesse, peut-être même pas par la technique… Ryo renversait tous les désavantages grâce à sa capacité d’apprentissage.
Peut-être était-ce là une démonstration de la façon dont on devait combattre un adversaire supérieur… ou de ce que l’on pouvait devenir à l’avenir.
Cela dit, ils se trouvaient sur un champ de bataille.
Un lieu où les facteurs susceptibles de bouleverser la situation abondaient…
Pendant ce temps, Abel.
Celui qu’il affrontait était Oranj.
Oui, ils étaient toujours les seuls à se battre tous les deux.
Rien n’avait changé, et pourtant…
À quelque distance de là, deux familiers observaient le combat en silence.
L’un avait une forme féminine, l’autre une forme masculine.
Bien sûr, ils n’avaient aucune intention d’intervenir, et rien ne laissait penser qu’ils le feraient, mais… leur présence tracassait Abel.
« Ces deux familiers, ce sont les Quatre Généraux ou je ne sais quoi, pas vrai ? »
Comme la question le taraudait, Abel la posa à Oranj tandis que leurs épées continuaient de s’entrechoquer.
« Ouais, c’est ça. Ne t’en fais pas. Ils n’interviendront pas. »
« Je le sais. J’ai beaucoup de respect pour ta fierté d’épéiste. À vrai dire, je la trouve admirable. »
« O-ouais. »
Oranj fut surpris de recevoir les louanges d’Abel, son adversaire.
Pour ce qui était de l’épée, Abel ne faisait aucune distinction entre les gens.
« Alors, ça rend leur attitude encore plus étrange. Pourquoi observent-ils notre combat depuis tout ce temps ? »
« Je ne sais pas. Garwin-sama a dû leur en donner l’ordre… »
« Ils ne regardaient pas quand le combat a commencé. »
« Ouais. À ce moment-là, ils observaient le combat de Garwin-sama. »
Oranj ne semblait pas comprendre non plus.
Bien sûr, cela n’avait rien à voir avec leur combat.
Ce n’était pas comme si le fait d’être observés les rendait si nerveux qu’ils ne pouvaient plus donner le meilleur d’eux-mêmes… Ce n’était pas ce genre de situation.
Et pourtant, Abel ne pouvait s’empêcher de se poser la question.
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