Chapitre 788
Éditeur : Tseirp
Lorsque les deux hommes arrivèrent au sommet du rempart sud, le prince héritier Zorn et ceux qui semblaient être les commandants étaient déjà alignés, les yeux tournés vers l’extérieur de la ville.
Ils étaient bien plusieurs centaines, mais une silhouette familière se détachait parmi eux…
« Ceux qui cherchent la bagarre ne sont pas humains. »
« Cette silhouette me dit quelque chose, pas vrai ? »
« Oui. C’est Garwin le djinn et ses familiers. »
« On est bien sur le Continent des Ténèbres, non ? Qu’est-ce qu’ils font dans un endroit pareil ? »
« Tout comme nous avons été projetés dans l’archipel, ils ont peut-être atterri sur le Continent des Ténèbres. »
Ryo répondit à la question d’Abel par une supposition.
Si tous deux avaient été projetés dans l’archipel, c’était à cause d’une sorte de déchaînement de la puissance magique ou de la magie de Garwin.
De toute façon, il semblait que les djinns comme Garwin étaient capables de manipuler la gravité.
« La gravité est une déformation de l’espace », comme l’avait dit Einstein.
Si c’était le cas, il ne faisait aucun doute que gravité et espace étaient étroitement liés.
Ainsi, si la puissance magique ou la magie d’un djinn se déchaînait, l’espace pouvait se déformer et l’envoyer à grande distance… Ce n’était pas si difficile à imaginer.
« Un pauvre djinn projeté au loin par sa propre magie. »
« … Alors, le Royaume de Knightley s’est retrouvé mêlé aux événements qui se déroulent ici ? »
« Difficile de te contredire, présenté comme ça… »
Ryo répondit à Abel en fronçant les sourcils.
« Mais il n’y aurait pas eu de problème si Garwin n’avait pas attaqué l’Émirat de Bardael. Et s’il n’avait pas affronté le royaume, sa puissance magique ou sa magie ne serait pas devenue incontrôlable. Alors, je pense toujours que toute la responsabilité lui revient. »
« … Ouais. »
Cependant, leur cible n’avait pas l’intention de les laisser tranquilles.
Il les avait apparemment remarqués sur le rempart.
Pourtant, ils devaient se trouver à près de quatre cents mètres…
« Vous voilà, Ryo, Abel ! J’ai à vous parler ! »
Garwin cria.
Sa voix, bien trop puissante pour être humaine, leur parvint distinctement jusqu’au sommet du rempart.
« Vous faites erreur ! »
Ryo lui cria instinctivement en retour.
Sa voix n’était pas particulièrement forte, mais Garwin semblait avoir une excellente ouïe.
« Je sais parfaitement qui vous êtes ! »
« Impossible de le berner. »
« Évidemment. »
Abel secoua légèrement la tête en entendant le compte rendu de Ryo.
Pourtant, l’échange entre Ryo et Garwin sembla stupéfier les gens rassemblés sur le rempart.
Zorn, dont l’expression était particulièrement étonnée, leur adressa la parole.
« Pardonnez-moi de vous poser la question, Votre Excellence, duc Rondo, mais connaissez-vous cet envahisseur ? »
« Eh bien… »
Ryo hésita, cherchant quoi répondre, puis regarda Abel.
« Votre Altesse Zorn, il s’agit de Garwin le djinn, qui a autrefois semé le chaos dans notre Royaume de Knightley. »
« Un djinn ! »
Abel répondit, et Zorn en resta stupéfait.
« Un djinn… »
« Ceux des légendes ? »
« Celui qui, à lui seul, a transformé la moitié du continent en désert ? »
« Celui qui a cessé de tout détruire après avoir été convaincu par le sage Ndon, puis a disparu dans les profondeurs du continent ? »
« Mais il ne s’appelait pas Garwin, si ? »
« Quoi qu’il en soit, les humains ne peuvent pas vaincre un être pareil… »
Les gens sur le rempart échangèrent ces propos.
Le Continent des Ténèbres avait donc lui aussi des légendes au sujet des djinns.
« Votre Majesté a dit tout à l’heure qu’il avait “semé le chaos dans le royaume, lui aussi”. Ce djinn s’est-il déjà rendu dans les Pays centraux ? »
« Oui, Votre Altesse. Il y a un an, notre royaume a mobilisé toutes ses forces pour tenter de vaincre ce djinn, Garwin. Pour finir, la magie que Garwin a déchaînée est devenue incontrôlable, et le duc Rondo et moi avons été projetés dans l’archipel… Autrement dit, dans les Pays de l’Est. »
« Quoi… »
« Nous avons appris au même moment que le djinn et ses familiers avaient eux aussi disparu. Ils ont dû être envoyés ici, sur le Continent des Ténèbres. »
Abel expliqua la situation.
À ces mots, les gens sur le rempart gardèrent le silence.
Peut-être n’arrivaient-ils pas à assimiler toutes ces informations : on leur disait que les deux hommes avaient été envoyés dans les Pays de l’Est, dont ils ne connaissaient que l’existence… tandis que l’autre avait été projeté jusqu’au Continent des Ténèbres.
Les gens sur le rempart étaient encore sous le choc, mais cela n’avait aucune importance pour ceux qui étaient venus les attaquer.
« Le chef de ce pays est ici. »
Sur ces mots de Garwin, le chef Battuzon de l’Émirat de Bardael fut amené tout à l’avant.
« Chef ! »
À sa vue, tous les regards sur le rempart convergèrent vers lui.
C’était bien le chef dont ils avaient appris la capture.
« Père… »
murmura Zorn.
Le chef Battuzon, qu’on avait amené à l’avant, n’était pas ligoté et ne semblait pas avoir été torturé.
« Nous le traitons avec le plus grand soin, comme un prisonnier de guerre. »
déclara Garwin.
« Votre Altesse. »
« Même s’ils nous demandent d’ouvrir les portes de la ville en échange du retour de mon père, nous ne pouvons pas accepter. »
« Oui… »
Zorn et son aide échangèrent ces quelques mots.
En effet, lorsqu’on amenait en première ligne un prisonnier de marque appartenant à la cible d’une attaque, c’était généralement pour s’en servir comme monnaie d’échange.
Dans les circonstances présentes, les demandes les plus probables étaient l’ouverture des portes de la ville ou la reddition.
Cependant, la décision du prince héritier Zorn était claire.
Plutôt que de sauver la vie de son père et chef, Battuzon, il protégerait la ville…
Avec tant d’habitants dans la ville, c’était en un sens le choix logique… mais il n’était pas facile à faire.
Ils le tortureraient probablement sous leurs yeux pour les pousser à accepter leurs exigences.
On pouvait dire que c’était précisément pour cela qu’ils le gardaient en vie.
Voilà ce que signifiait se servir de quelqu’un comme monnaie d’échange.
Et pourtant, après avoir pris tout cela en considération, Zorn avait fermement répondu à son aide :
« Nous ne pouvons pas accepter. »
Alors, le djinn Garwin reprit la parole.
« Je vous rendrai ce prisonnier tel quel. »
« Quoi ? »
Zorn le dévisagea, méfiant.
« Je n’ai qu’une seule exigence. Ryo, Abel, affrontez-nous. »
« … Hein ? »
Ryo laissa échapper un son stupéfait aux paroles de Garwin.
Abel garda le silence, le visage sombre.
Quant aux autres personnes sur le rempart… elles les regardaient, interdites.
Personne ne semblait encore comprendre ce que cela signifiait.
« Si vous vous battez, je vous le rendrai sans condition. Et si vous gagnez, je retirerai mon armée. »
La voix de Garwin résonna.
Le rempart fut aussitôt plongé dans l’agitation.
« Abel, c’est ce qu’il propose. »
« C’est bien ce qu’il a dit. »
Abel haussa les épaules aux paroles de Ryo.
« Votre Majesté, Votre Excellence, duc Rondo, pouvez-vous vaincre ce… djinn ? »
demanda Zorn, les yeux pleins d’espoir.
« Les djinns… du moins Garwin, celui-là, peuvent revenir à la vie même après avoir été complètement anéantis. »
« Quoi ? »
« Comment pourrions-nous “gagner” contre un adversaire pareil… ? »
Zorn était stupéfait, tandis que Ryo penchait la tête.
À côté de lui, Abel fronça lui aussi les sourcils avant de prendre la parole.
« Pour ses familiers aussi… si Garwin le décide, ils peuvent revenir autant de fois qu’il le veut, pas vrai ? »
« Ce combat était truqué dès le départ. »
Ryo secoua légèrement la tête.
Malgré tout, Ryo et Abel comprenaient qu’ils n’avaient apparemment pas d’autre choix que de se battre.
Ils avaient pris un otage « inestimable » : en pratique, ils assiégeaient la ville et le pays tout entier.
« On n’y peut rien. Je vais essayer de négocier. »
« Négocier ? »
Ryo marmonna, et Abel pencha la tête.
« Garwin, j’ai quelque chose à te dire ! »
Ryo projeta sa voix depuis le fond de son être.
Elle porta assez loin.
« Ryo ? Je t’écoute. »
Garwin l’encouragea à poursuivre.
« On ne peut pas vaincre un djinn. Même si on le découpe et qu’on l’anéantit, il se régénère, pas vrai ? C’est injuste. »
« Eh bien, même si tu le dis comme ça… »
Ryo lui fit remarquer, et Garwin haussa les épaules.
« Tu veux m’affronter, pas vrai ? Alors, il faut que les conditions soient équitables. »
« Toi… Ryo, tu comprends ce que tu dis ? Je peux attaquer la ville dès maintenant, tu sais. J’y renonce délibérément pour te proposer de m’affronter à la place. »
« Même si tu attaques la ville, ça ne me fera ni chaud ni froid. »
Bien sûr, c’était un mensonge.
En attendant le retour du chef, Ryo s’était rendu de nombreuses fois dans la ville.
Il s’était lié à beaucoup d’habitants… Impossible qu’il reste indifférent si la ville était attaquée.
Mais il s’agissait d’une négociation.
Il savait qu’il ne pouvait pas éviter le combat.
Dans ce cas, il lui fallait obtenir des conditions de victoire, même légèrement plus avantageuses.
Et si la négociation pouvait l’y aider, Ryo était prêt à mentir.
« Si tu veux m’affronter, alors les conditions doivent être équitables. »
« … D’accord. Si tu me tranches la tête, on considérera que tu as gagné. »
Ryo le répéta, et Garwin, les sourcils froncés, énonça sa condition.
« Ça ne suffit pas. Garwin, si tu perds, promets de ne pas attaquer l’Émirat de Bardael pendant les dix prochaines années. »
« Eh bien… ça me va, je suppose. »
« Tu ne reviendras pas sur ta parole ? »
« Non. »
« Très bien. Alors, j’accepte. »
Ryo hocha gravement la tête.
Les conditions étaient fixées.
« Ryo, ça va vraiment aller ? »
« C’est probablement tout ce qu’on peut obtenir de lui. On n’y peut rien. Et toi, Abel, ça te va ? »
« Mon adversaire sera un familier… sûrement Oranj. Je me débrouillerai avec cette épée. »
Sur ces mots, Abel frappa son épée bien-aimée.
Pendant la « Guerre des Djinns », Abel avait déjà vaincu Oranj.
« Une épée, hein. D’accord… »
murmura Ryo en tirant Murasame de son fourreau.
Puis il s’adressa à elle.
« Murasame, mon cher, comme lors de notre précédent affrontement contre Garwin, je te prie d’activer l’<Épée de givre>. »
À l’appel de Ryo, la garde de Murasame brilla faiblement l’espace d’un instant.
Ryo hocha la tête, satisfait.
Abel, lui, affichait une expression perplexe.
« … Qu’est-ce que c’était, à l’instant ? »
« Je lui ai demandé d’activer la technique secrète de l’épée, l’Épée de givre. »
« Une technique secrète de l’épée ? Tu le lui as demandé ? »
Abel ne comprenait pas ce qu’il voulait dire.
« C’est une sorte de capacité spéciale de Murasame. »
« Si tu demandes quelque chose à une épée, elle peut le faire ? »
« Oui. »
Ryo acquiesça à la question d’Abel.
Abel pencha la tête, encore et encore.
« Dans mon pays, on dit que les dieux habitent toutes choses. Alors, ce serait impossible que mon partenaire, Murasame, surtout une épée offerte par mon maître, n’ait pas une âme en elle. »
« E-euh… oui. »
Ryo l’affirma avec une assurance absolue, accablant Abel et le forçant à l’admettre.
Bien entendu, Abel lui-même avait une confiance totale en son épée bien-aimée.
Au combat, il lui confiait sa vie.
Si un épéiste ne faisait pas confiance à son épée, à qui pouvait-il donc se fier ?
Voilà pourquoi Abel comprenait ce que ressentait Ryo lorsqu’il faisait confiance à sa propre épée.
Ce n’était pas qu’il ne comprenait pas, mais…
« Il y a vraiment toutes sortes de choses étranges dans ce monde, hein ? »
Le murmure d’Abel n’atteignit pas Ryo.
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