Chapitre 779
Chapitre 0737 Les Pays de l’Est et la Fédération des Pays de l’Ouest
Traducteur : Jay_Forestieri
Éditeur : Tseirp
Après avoir quitté l’île de Vamos, le Skidbladnir mit le cap droit à l’ouest, en direction du continent des Ténèbres.
« Les “Pays de l’Est” du Continent des Ténèbres, c’est le nom d’un pays ? »
Comme à son habitude, Ryo posa la question depuis le pont du Skidbladnir.
« À l’origine, non. Mais de nos jours, c’est devenu de fait le nom d’un pays, au sens d’un État confédéral. L’Émirat de Bardael se trouve en son centre. »
« Et à l’ouest, ce sont les Pays de l’Ouest ? »
« Cette région est officiellement devenue un État fédéral appelé Fédération des Pays de l’Ouest. »
« Les “Pays de l’Est” et la “Fédération des Pays de l’Ouest” ? C’est compliqué. »
Abel répondit avec la précision d’un roi, tandis que Ryo grimaçait en secouant la tête.
« Si tu t’occupes de diplomatie ou d’affaires étrangères, il faut connaître le nom officiel du pays. Mais sinon, les Pays de l’Est et les Pays de l’Ouest, ça suffit, non ? Depuis qu’ils se sont séparés il y a plus d’un siècle, je crois que c’est ainsi que tout le monde les appelle. »
« Je vois. C’est plus facile à comprendre comme ça. »
Ryo se rangea à l’avis d’Abel.
Le plus facile à comprendre, c’était le mieux.
De toute façon, les noms des pays avaient tendance à changer assez souvent…
« Le Royaume de Knightley, lui, porte ce nom depuis très longtemps, pas vrai ? »
« Oui. Depuis sa fondation par le roi Ashton, le nom n’a jamais changé. »
« Le roi Ashton, le roi Richard le Restaurateur, et maintenant Abel… »
« Quoi ? »
« Ça ne doit pas être facile, d’être comparé à de si grands rois. »
« Non, c’est ridicule de me comparer à ces deux-là. »
Pour une raison inconnue, Ryo croisa les bras et livra son jugement avec gravité, tandis qu’Abel grimaçait, manifestement mécontent.
« Quand on devient roi d’un pays aussi ancien, il faut devenir un roi qui surpasse tous ceux qui l’ont précédé ! Je pensais que tu avais peut-être cet état d’esprit. »
« Pas du tout. »
« Si c’est ce que souhaite Abel, je ne rechignerai pas à l’aider en faisant passer mon privilège d’un gâteau par mois à un gâteau par semaine… »
« Exactement. Je n’ai pas besoin de ton aide, alors je ne rétablis pas ton privilège. »
« Bon sang… Récupérer un privilège une fois perdu, c’est difficile. »
Le visage de Ryo exprimait une profonde détresse.
Oui, sur le pont du Skidbladnir, la paix régnait comme toujours.
Tandis qu’ils parlaient de choses et d’autres, la capitaine Paulina s’approcha.
« Votre Majesté, la ville portuaire de Borne, dans l’Émirat de Bardael, devrait apparaître à l’horizon d’ici moins d’une heure. »
« Borne ? Si je me souviens bien, c’est l’une des plus grandes villes portuaires de l’Émirat. »
« Oui. C’est même l’une des cinq plus grandes de l’ensemble des Pays de l’Est. C’est pourquoi tout navire dépassant une certaine taille est systématiquement soumis à une inspection à bord. »
« Vu la taille du Skidbladnir, c’est inévitable. »
« Oui. Un patrouilleur viendra à notre rencontre. »
« Entendu. Comme je l’ai dit sur l’île de Vamos, s’ils doivent vérifier mon identité, qu’ils contrôlent ma plaque ou fassent ce qui leur semble nécessaire. Je vous laisse tout gérer, capitaine. »
« Merci. »
Après le départ de la capitaine Paulina, Ryo posa une question à Abel.
« Abel, tu en sais pas mal sur le Continent des Ténèbres, en fait. »
« Ah bon ? »
« Pour commencer, tu parles même la langue du Continent des Ténèbres. »
« Je l’ai apprise au château royal. C’était aussi une matière obligatoire à l’Académie royale. »
Une éducation d’élite.
« Pourtant, les Pays centraux et le Continent des Ténèbres n’ont pas de relations directes, si ? »
« Non. »
« Alors pourquoi l’apprendre ? »
« J’ai appris ça en étudiant l’histoire de la famille royale, mais il paraît qu’autrefois… il y a plusieurs centaines d’années, il y avait des échanges. »
« Quoi ? Non, mais c’est incroyablement loin. Comment ils ont fait pour… »
« Je suis certain qu’ils n’ont pas emprunté la voie maritime. Ils ont donc dû passer par la terre. Ils ont probablement traversé les Pays de l’Ouest avant de rejoindre le Continent des Ténèbres par bateau. »
Une route commerciale qui avait périclité avec le temps.
Ryo pensa à la route de la soie, sur Terre.
Il était difficile de maintenir des routes commerciales assez longues pour traverser plusieurs aires culturelles.
Si des troubles politiques, une guerre ou la destruction d’un pays ou d’une ville survenait quelque part le long du trajet, la route se retrouvait coupée.
« Et maintenant, on essaie de la faire renaître. »
« Oui. Par la mer plutôt que par la terre. »
Ryo et Abel contemplèrent l’horizon, profondément émus.
Au bout d’un moment, deux navires apparurent au loin, venant de la terre ferme.
« Stoppez ! Nous sommes des patrouilleurs de l’Émirat de Bardael. Soumettez-vous à l’inspection de notre navire. » (Note du traducteur : mettre un navire à la cape est une manœuvre de navigation qui permet de le maintenir sur place ou de ralentir considérablement en équilibrant les forces opposées des voiles et du gouvernail.)
Sa voix portait jusqu’au pont du Skidbladnir.
« Il crie vraiment très fort. »
« C’est le métier qui veut ça, je suppose. »
« Ils devraient lui fabriquer un outil d’Alchimie pour amplifier sa voix… »
En entendant la remarque plutôt cruelle d’Abel, Ryo eut pitié de l’homme et de ses conditions de travail, qui devaient être pénibles, puis secoua légèrement la tête.
« S’ils fabriquaient un outil d’Alchimie comme ça, l’homme qui crie perdrait son travail, non ? »
« Ils pourraient lui confier une tâche plus humaine… »
« Enfin… ça doit lui abîmer la gorge. »
Aucun travail n’était facile… C’était peut-être ce que cela signifiait.
Le Skidbladnir obéit à l’ordre des patrouilleurs et s’immobilisa.
L’un des deux patrouilleurs s’approcha du navire, et cinq fonctionnaires montèrent à bord.
« Je suis Nau, capitaine de la troisième unité de patrouille de l’Émirat de Bardael. »
« Merci d’effectuer cette inspection. Je suis Paulina, capitaine du Skidbladnir, navire du Royaume de Knightley. »
Ils se présentèrent l’un à l’autre.
Comme le capitaine était avant tout responsable du navire, ce fut Paulina qui se présenta.
Elle remit ensuite les documents au capitaine Nau.
« Un certificat d’équipage, donc. Je vais le vérifier. »
Nau prononça ces mots et se mit à l’examiner d’un geste exercé.
Pendant ce temps, les quatre hommes qui l’avaient accompagné jetèrent des coups d’œil autour du pont.
Ils ne se déplaçaient pas.
Ils ne savaient toujours pas de quel genre de navire il s’agissait ni qui se trouvait à bord.
Même s’ils procédaient à une inspection, ils ne pouvaient pas ignorer le protocole et se promener dans un navire dont ils savaient déjà qu’il appartenait à un autre pays.
« D’après le certificat d’équipage, les cinquante membres d’équipage sont citoyens du Duché de Goslon, tandis que les quatre-vingts personnes à bord sont citoyennes du Royaume de Knightley… Mais le Royaume de Knightley ne se trouve pas dans les Pays de l’Ouest, n’est-ce pas ? »
« Non. Il se trouve dans les Pays centraux. »
« Les Pays centraux ? Ce sont… les nations situées très à l’est des Pays de l’Ouest, n’est-ce pas ? Pourquoi un navire appartenant à un tel pays se trouve-t-il au large de notre continent ? »
« Le Royaume de Knightley coopère actuellement avec la Théocratie de Van De Vie pour ouvrir une route maritime entre les Pays de l’Ouest et les Pays centraux. Ce navire est l’un des bâtiments chargés de l’explorer. Nous devions rejoindre les Pays de l’Ouest depuis les Pays centraux, mais une tempête nous a surpris en chemin et nous a déportés jusqu’ici. La personne responsable a donc décidé de faire escale dans les États côtiers du Continent des Ténèbres avant de poursuivre vers les Pays de l’Ouest. »
« Faire le tour du Continent des Ténèbres ? Dans quel but ? »
« Préparer de futures négociations commerciales. »
« Hmm. »
Paulina avait répondu à la perfection, mais le capitaine Nau inclina la tête.
À vrai dire, il ne semblait pas avoir compris.
Depuis le pont, Nau observa le navire autour de lui.
« Je vois parfois des navires du Duché de Goslon, mais c’est la première fois que j’en vois un d’une telle taille. Ils ont la technologie navale nécessaire pour en construire un pareil ? »
« Non. Ce navire a été construit en République de Mafalda. »
« En République ? Non, les navires construits en République ne sont exploités que par des compagnies marchandes républicaines ou par le gouvernement républicain, non ? Je me souviens qu’il existe une loi en ce sens. »
« C’est exact. Ce navire… est devenu un navire du Royaume de Knightley, dans les Pays centraux, grâce à plusieurs procédures exceptionnelles. »
répondit Paulina.
À ces mots, le capitaine de patrouille pencha de nouveau la tête.
« Un navire construit en République de Mafalda, exploité par des marins du Duché de Goslon et immatriculé dans les Pays centraux ? Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? »
« Ça devrait vous permettre de comprendre, non ? Ce navire est important et touche aux intérêts de plusieurs pays. À son bord se trouve Sa Majesté le roi Abel Premier du Royaume de Knightley, une grande puissance des Pays centraux. »
« Ça n’a aucun sens. »
Le capitaine de patrouille grimaça.
Quelqu’un l’interpella alors derrière lui.
On aurait dit l’un de ses subordonnés.
« Capitaine, le roi Abel du Royaume de Knightley, ce ne serait pas celui dont parle cette chanson ? Vous savez, celle qui fait parler d’elle en ce moment… »
« Quelle chanson ? »
« “La Capitale royale est tombée. Elle est tombée aux mains du frère du roi et de l’Empire. Les lamentations du peuple couvrent le ciel du Royaume”… celle-là. »
« Ah, celle-là. Celle que les ménestrels chantent ces derniers temps… »
« Il y figure. “Un nouveau roi naît dans le Royaume. Il se nomme le roi Abel. Il s’élèvera dans la ville frontalière.” »
Paulina avait dû entendre la conversation des deux hommes,
car elle intervint.
« Oui, c’est bien lui. »
« Hé, hé, hé… »
À peine le capitaine Nau eut-il prononcé ces mots que, dans son champ de vision, il vit un homme s’avancer depuis l’intérieur du navire, accompagné d’un homme en robe.
Ses vêtements n’avaient rien de voyant.
Pourtant, à la différence de l’équipage et des chevaliers, on voyait tout de suite qu’ils étaient bien taillés et de grande qualité… tout en permettant de se mouvoir facilement.
Oui, il portait le genre de vêtements qu’un seigneur de la région aurait pu mettre au quotidien.
Quand Nau leva les yeux de ses vêtements et vit son visage, il faillit s’agenouiller par réflexe.
Mais il parvint à se retenir par la seule force de sa volonté.
Il n’avait besoin que d’un regard pour comprendre.
Cet homme était exceptionnel.
S’il devait mettre cette impression en mots, il parlerait de majesté.
L’homme ne dégageait aucun air hostile.
Mais ce n’était pas non plus quelqu’un avec qui l’on pouvait se montrer familier.
Il avançait pas à pas.
Et à chaque pas, Nau avait envie de reculer.
L’homme ne lui voulait aucun mal, pourtant, plus il s’approchait, plus Nau avait l’impression d’être écrasé.
Puis…
« Merci de vous acquitter de votre devoir, capitaine Nau. »
« Oui, Votre Majesté. »
Aux paroles de l’homme, Nau inclina la tête.
Il ne fut pas le seul à baisser la tête.
Les quatre subordonnés derrière lui en firent autant.
L’un d’eux faillit mettre un genou à terre par réflexe, puis se redressa précipitamment.
« Comme la capitaine Paulina vous l’a expliqué, je suis Abel, roi du Royaume de Knightley. Je suis venu préparer de futurs traités commerciaux avec le Continent des Ténèbres. Nous autoriserez-vous à débarquer dans votre pays ? »
« O-oui… ah, oui, Votre Majesté… Je-je n’ai pas le pouvoir de prendre cette décision… »
« Qui l’a ? »
« Le se-seigneur de Borne, Borne-sama, je crois… »
« Hmm. J’ai entendu dire que Borne était l’une des principales villes portuaires des Pays de l’Est. »
« Oui… C’est le deuxième port le plus important de notre Émirat, après sa capitale… »
« Je vois. Pourriez-vous alors nous y conduire ? »
« …Entendu. »
En à peine une dizaine de secondes de conversation, le haut du corps du capitaine Nau fut trempé de sueur.
Le Skidbladnir fit donc escale à Borne, une ville portuaire de l’Émirat de Bardael.