Chapitre 777
Chapitre 0735 — Vieilles connaissances
Traducteur : Jay_Forestieri
Éditeur : Tseirp
Le groupe débarqua à l’extrémité du port.
Ryo et Abel, accompagnés de Scotty et des vingt-cinq membres des Chevaliers royaux placés sous leurs ordres, débarquèrent.
L’équipage du Skidbladnir, ainsi que Zack et le reste des Chevaliers royaux, demeurèrent à bord.
Les cinq individus à l’allure d’aventuriers qui combattaient remarquèrent le groupe venu jusqu’au port.
Ils les avaient repérés, mais ils étaient toujours aux prises avec l’armée.
Enfin, ils mirent hors de combat le dernier soldat qui leur barrait la route.
« Ouf, ouf… »
« Ha… ha… »
Le combat avait beau avoir été à sens unique, ils s’étaient battus sans relâche.
Les aventuriers respiraient péniblement.
Parmi eux, seule une femme semblait parfaitement détendue.
Une femme aux cheveux bleu clair.
À la vue du groupe du Royaume qui avait débarqué, elle sourit.
Puis…
Elle s’avança lentement vers eux.
Comme si le temps lui-même s’était arrêté… comme si elle seule pouvait encore se mouvoir en ce monde…
Personne ne lui barra la route ni ne lui demanda qui elle était.
La femme aux cheveux bleu clair s’approcha de Ryo d’un pas léger et gracieux.
Elle s’arrêta… non pas devant Ryo, mais après avoir fait un pas de plus…
Entrant dans son espace personnel, elle posa doucement les deux mains sur ses joues.
Ryo fut surpris, mais ne parvint ni à parler ni à bouger.
La femme lui sourit avec douceur, les mains posées sur ses joues.
« Merci d’être venu. »
Sa voix résonna aux oreilles de Ryo, étonnamment légère et insouciante.
Abel réagit aussitôt.
« Ryo ! »
« Ah… »
À la voix d’Abel, Ryo reprit ses esprits.
À cet instant précis… la femme aux cheveux bleu clair recula comme si elle s’était téléportée.
Toujours souriante.
Abel se plaça devant Ryo.
Comme pour le protéger.
« Qui êtes-vous ? »
Abel lui demanda son identité.
Ryo avait beau être resté un instant interdit, Abel n’avait jamais vu personne s’approcher ainsi de lui sans qu’il oppose la moindre résistance.
Une personne capable d’une telle prouesse ne pouvait être ordinaire… et c’était précisément pour cela qu’il lui demandait qui elle était.
« Nous nous rencontrons pour la première fois, descendant de Richard. »
La femme aux cheveux bleu clair répondit en gardant son sourire.
« Kinme… »
Une voix appela la femme depuis l’arrière.
C’était celle de la femme aux cheveux roses, qui combattait encore quelques instants plus tôt.
« Kinme ? »
Abel pencha la tête.
Ryo fit de même en silence, mais… il avait l’impression de l’avoir déjà rencontrée quelque part.
Non, bien sûr, il savait l’avoir vue au Café Roemer, dans la cité sainte de Marlomar.
Ce n’était pas à cela qu’il pensait. C’était encore avant… quelque part…
Peut-être avait-elle remarqué la confusion sur le visage de Ryo.
Kinme porta l’index et le majeur de sa main droite à son œil.
Lorsqu’elle le toucha légèrement, une sorte de lentille de contact colorée, collée à la surface de son œil, se détacha.
En dessous apparurent des yeux dorés.
Ryo connaissait quelqu’un qui avait les yeux dorés.
Le djinn Merlin, le djinn Garwin… oui, tous deux étaient des djinns…
C’est alors qu’il se souvint.
« Au sud… »
Au moment où Ryo murmura ces mots, Kinme sourit et leva l’index de sa main gauche pour le poser délicatement sur ses lèvres.
Comme pour lui dire de ne rien ajouter.
Oui, c’était le djinn qui avait été scellé dans le sud du Royaume.
Le djinn que Ryo avait rencontré avec la « Salle 10 », Hugh McGrath et le groupe du Héros, et dont le sceau s’était trouvé brisé à cet instant même.
Le djinn que Ryo avait identifié comme maîtrisant l’« antigravité », à la façon dont elle s’était élevée dans les airs.
Le djinn qui, après avoir regardé Ryo avec douceur, s’était envolé vers l’ouest…
« Tu es venue sur le Continent des Ténèbres. »
« Merci de vous être souvenu de moi. »
Ryo parla à voix basse, presque dans un murmure, et le djinn Kinme lui répondit tout aussi doucement.
« Est-ce que tu t’appelles Kinme à cause de tes yeux dorés ? »
« Mon véritable nom est différent, mais j’espérais que celui-ci te parviendrait. »
Seuls Ryo et Abel pouvaient voir ces yeux dorés.
En souriant, Kinme remit sur son œil l’objet qui ressemblait à une lentille de contact colorée et qu’elle tenait au bout du doigt.
En un instant, ses yeux redevinrent noirs.
« Je t’ai reconnue tout de suite. Je ne pouvais pas me tromper sur ces “gouttelettes” qui débordent de toi. »
« Des gouttelettes ? Tu parles du “Facteur féerique” ? Tu peux les voir ? »
« Oui. Elles sont magnifiques. »
Kinme sourit plus radieusement que jamais.
« Je croyais que les djinns… Spellno ne pouvaient pas le voir. »
« Oh ? Tu connais un autre Spellno que moi ? »
« Oui. Merlin… et quelqu’un dont le nom commence par Gar et se termine par win. »
« Garwin, c’est un imbécile. Mais je suis étonnée que tu connaisses la “Robe cramoisie”. Aurais-tu combattu l’armée du Seigneur démon ? »
Le djinn Merlin avait toujours été aux côtés des Seigneurs démons successifs, en tant que stratège.
Il portait invariablement des vêtements rouges et un chapeau rouge…
« Non… il s’est passé beaucoup de choses. Il m’a même aidé. En fait, il était à bord du navire jusqu’à hier. »
« Eh bien… voilà qui est surprenant. Un jour, je devrais peut-être aller visiter son donjon avec notre groupe, pour une petite excursion. »
« Kinme, pourquoi es-tu avec ce groupe ? C’est bien celui qui est venu à la cérémonie d’intronisation du pape, il y a un an ? Je les ai vus au Café Roemer et je me souviens les avoir aidés ensuite dans la salle de réunion. Patrice, l’homme aux cheveux verts, et Guti, celle aux cheveux roses. »
À ces mots de Ryo, les yeux de Kinme s’écarquillèrent.
Elle semblait très surprise.
« J’ai entendu le récit après coup. C’est donc toi qui as aidé ces deux-là. Merci. »
« Non, c’était une simple coïncidence. »
Kinme sourit de nouveau avec gratitude, tandis que Ryo se sentait embarrassé.
À cet instant…
« Euh… Kinme ? »
« Hum ? »
« Désolée de t’interrompre en pleine conversation… »
C’était Guti, la femme aux cheveux roses, qui appelait Kinme depuis derrière.
« Oh, Guti, tu ne le reconnais pas ? »
« Pardon ? »
Kinme désigna Ryo.
« À la cérémonie d’intronisation du pape, il y a un an… »
« Oh ! C’est toi, celui du groupe qui nous a aidées à l’époque ! »
« Oui, ça faisait longtemps. »
« Merci beaucoup pour ce que tu as fait, à l’époque. »
Guti s’inclina profondément.
Trois personnes observaient la scène à distance, perplexes.
Patrice, l’homme aux cheveux verts, secoua plusieurs fois la tête puis se dirigea vers un coin du port.
Là, un homme d’âge mûr était assis par terre, tremblant.
Il portait des vêtements d’un luxe extrême.
Oui, des habits qui ressemblaient presque à ceux d’un roi.
Patrice sortit une lettre de ses vêtements et la tendit à l’homme.
« Votre Majesté, je vous remets par la présente cette lettre de Battuzon, émir de l’Émirat de Bardael. »
« … »
« Vous comprenez bien qu’il n’est pas possible de refuser une lettre officielle. »
« J-je comprends… Je l’accepte. »
Le roi prit la lettre que Patrice lui tendait.
Il l’avait acceptée, mais ne parvenait pas à se relever.
« Ils se battaient donc pour obliger le roi, qui refusait de recevoir la lettre officielle, à la prendre ? »
« C’est sûrement ça. »
« Ils ont encore moins de jugeote qu’Abel. »
« Ils sont encore plus brutaux que Ryo. »
En observant la scène, Ryo et Abel échangèrent ces mots à voix basse.
« Tout a commencé parce que Sa Majesté le roi de ce pays a refusé de recevoir la lettre officielle. »
Guti avait peut-être entendu leur conversation, car elle se mit à expliquer la situation à voix basse.
« Nous sommes simplement venus remettre cette lettre sur ordre officiel de Battuzon, émir de l’Émirat de Bardael. On ne nous a pas révélé son contenu, mais il semblerait qu’elle contienne des exigences assez sévères envers Vamos. Sa Majesté le roi en avait apparemment été informé à l’avance… et il a refusé de la recevoir… »
« Refuser de recevoir une lettre officielle… »
« Dans les Pays centraux, je n’ai jamais entendu parler d’une telle chose, sauf lorsque deux pays sont en guerre. Non, même en temps de guerre, ils la recevraient, non ? »
Ryo était stupéfait, et Abel haussa les épaules.
Dans certaines régions, refuser de recevoir une lettre officielle adressée par un chef d’État à un autre était considéré comme l’une des pires insultes diplomatiques.
Apparemment, c’était la norme dans les Pays centraux.
« C’est presque sans précédent, même sur le Continent des Ténèbres. Pourtant, lorsque Son Excellence l’émir nous a ordonné de la remettre, il a clairement dit : “Faites en sorte qu’il l’accepte, quoi qu’il arrive. Peu importe les sacrifices nécessaires.” Alors, nous n’avons finalement eu d’autre choix que de nous battre… »
« Patrice avait hâte de s’y mettre. »
Guti secoua la tête en disant cela, et Kinme ajouta avec un sourire :
Après avoir remis la lettre, Patrice revint vers eux quatre.
« Guti, Kinme, qu’est-ce que vous faites ? »
Patrice s’adressa aux deux femmes qui étaient parties et n’étaient pas revenues.
« Patrice, regarde, voici la personne qui nous a aidées quand les Chevaliers du Temple ont failli nous attaquer pendant la cérémonie d’intronisation du pape. »
« La cérémonie d’intronisation du pape ? Ah ! Je m’en souviens. »
Patrice dit cela en regardant Ryo.
Puis il s’inclina aussi bas que possible.
« Merci beaucoup pour ce que tu as fait, à l’époque ! »
« Non, ce n’était pas grand-chose. »
Ryo esquissa un sourire gêné.
« Alors… qu’est-ce que tu fais sur cette île ? Tu venais des Pays centraux, non ? Attends, tu nous comprends alors qu’on parle la langue du Continent des Ténèbres ? »
« Oui, je l’ai étudiée. »
Ryo sourit avec embarras devant la perplexité de Patrice.
À côté de lui, Abel sourit.
Ryo avait appris la langue du Continent des Ténèbres avec une facilité déconcertante et la parlait désormais sans difficulté.
« Je suis un Aventurier du Royaume de Knightley, dans les Pays centraux. Je suis venu sur cette île pour le travail. »
Ryo répondit.
Et ce n’était pas un mensonge.
Il n’avait rien dit de faux.
Mais on ne pouvait pas dire pour autant qu’il avait donné suffisamment de détails.
Avant que Ryo ait pu ajouter quoi que ce soit, avant qu’Abel ait pu prendre la parole, quelqu’un d’autre intervint.
« Je te l’ai déjà dit, mais tu es un descendant de Richard, n’est-ce pas ? »
Kinme s’adressa à Abel.
« Si tu parles du roi Richard, qui était roi du Royaume de Knightley, alors oui. Pourquoi tu dis ça ? »
« À cause de cette épée, évidemment. C’est son “Ex”, n’est-ce pas ? Personne d’autre que Richard ne pouvait s’en servir, mais… elle s’est beaucoup attachée à toi. Tu as dû travailler dur. »
« Euh… oui… »
« Alors, les épées peuvent s’attacher aux gens. »
« Ne me demande pas. Je n’en sais rien. »
Ryo contempla avec admiration l’épée d’Abel… même si ce dernier n’avait pas de réponse à lui donner.
« Vous comptiez demander audience au roi de cette île de Vamos… ou plutôt, au roi du Royaume de Vamos. Mais, comme vous le voyez, ça risque d’être difficile. »
Kinme désigna le roi, toujours assis à la même place.
Même après avoir reçu la lettre de Patrice, il ne parvenait toujours pas à se relever.
Quant à son armée, aucun de ses membres ne pouvait non plus se tenir debout… ils avaient été complètement écrasés.
« Alors, allons prendre le thé quelque part. »
« Hein ? »
Ryo pencha la tête à la proposition de Kinme.
Abel fit de même en silence.
Les quatre compagnons de Kinme penchèrent également la tête.
« Le roi a subi un sacré choc. Je ne pense pas qu’il soit en état de tenir une conversation convenable. Autant lui laisser un peu de temps, non ? »
« …C’est possible. »
Abel acquiesça.
« Il y avait un café qui avait l’air sympathique sur la place du port, non ? Allons-y. »
Dès qu’elle eut dit cela, Kinme prit Ryo par le bras et se mit en marche.
« Euh… attends… » protesta Ryo en se laissant entraîner.
Abel les suivit.
Les Chevaliers royaux leur emboîtèrent le pas.
« Kinme est vraiment entreprenante, aujourd’hui. »
« C’est inhabituel. »
Guti, la femme aux cheveux roses, et Patrice, l’homme aux cheveux verts, haussèrent tous deux les épaules.
Les compagnons de Kinme suivirent le mouvement avec des sourires gênés.