Chapitre 775
Chapitre 0733 : La tempête
Traducteur : Jay_Forestieri
Éditeur : Tseirp
Le voyage vers l’ouest se déroulait sans encombre, malgré le combat amical entre Ryo et Zack qui avait eu lieu en chemin.
Jusqu’à ce qu’ils tombent dessus.
« Une tempête approche ! »
Le cri de la vigie fit parcourir une vague de tension dans le navire.
« Alors, ça devait bien finir par arriver… »
« Les monstres, ça se tient à distance, et on peut même retourner la situation contre les pirates, mais une tempête, c’est une autre affaire… »
Ryo et Abel firent tous deux la grimace.
Abel eut soudain une question et la posa à Ryo.
« Ce navire n’a aucun dispositif pour affronter les tempêtes ? »
« Non. »
Ryo répondit avec un air navré.
« Une tempête, c’est ce qu’il y a de pire pour un navire, non ? Et il n’y a vraiment rien à faire ? »
« C’est effectivement très gênant, mais on ne peut rien y faire. »
Ryo répondit en secouant légèrement la tête.
« L’énergie d’une tempête… enfin, sa puissance, je suppose. Ce n’est pas quelque chose que les hommes peuvent maîtriser. Tout ce qu’on peut faire, c’est prier pour qu’elle passe avant d’avoir causé trop de dégâts. Face à la fureur écrasante de la nature, les humains sont toujours impuissants. »
« Je vois. Mais j’aimerais mieux éviter que les voiles ou les mâts se brisent. »
Abel avait déjà essuyé des tempêtes en mer.
Deux fois, en fait.
C’était à cause de l’une d’elles qu’il avait échoué sur le rivage de la forêt de Rondo.
« Oui… tu as raison. »
Ryo réfléchit un instant.
Le Skidbladnir avait déjà affalé toutes ses voiles.
C’était ce que faisaient tous les navires à voile pour se préparer à une tempête.
Mais ils ne pouvaient rien faire pour les trois énormes mâts.
Pour un voilier pris dans une tempête, le plus terrifiant, c’était de chavirer.
Ensuite venait la casse des mâts.
Un mât qui se brisait au beau milieu d’une tempête risquait d’endommager l’équipement du navire en tombant.
Et même après le passage de la tempête, si le mât était brisé, impossible de hisser les voiles…
Que faire si un mât était endommagé ?
S’il était encore là, ou s’ils pouvaient le récupérer, ils le rattachaient… même si la réparation était peu élégante et que sa solidité en pâtissait, il fallait s’en contenter.
Puis, s’ils apercevaient une île ou une terre quelconque en chemin, ils y récupéraient du bois et taillaient eux-mêmes un nouveau mât…
La mer était décidément un monde impitoyable.
Comment éviter que cela arrive ? Existait-il un bon moyen ?
Ryo réfléchit.
Son regard se posa sur le vieil homme rouge et le cercueil.
« Un cercueil… le mettre dans une boîte… l’envelopper dans une boîte… Ah, peut-être… »
Une idée traversa soudain l’esprit de Ryo.
« Qu’y a-t-il, Ryo ? »
« Eh bien, si le but est seulement d’empêcher qu’il se brise… je crois que j’ai une idée. »
« Vraiment ?! »
Abel s’empara des paroles que Ryo venait de marmonner.
Ces derniers temps, c’était plutôt rare.
Abel le savait.
Il savait ce qui arrivait aux navires engloutis par les tempêtes.
Il l’avait vécu de ses propres yeux à bord du navire de contrebande.
Si seulement ils pouvaient éviter ça…
« Je vais en parler à la capitaine Paulina. »
« Je vois. Si c’est possible, j’aimerais beaucoup que tu le fasses. »
« Le roulis restera un problème, puisqu’il est causé par le mouvement de la surface de la mer… »
« Non, pouvoir éviter les dégâts nous serait déjà d’un grand secours. »
Après que Ryo lui eut expliqué son idée, Paulina réfléchit un instant, puis accepta sa proposition.
« Alors, c’est parti. Ice Wall Package. »
Lorsque Ryo prononça l’incantation, des murs de glace recouvrirent entièrement le Skidbladnir.
Le navire tout entier, qui faisait plus de cent mètres de long.
À cet instant précis, le vent violent qui balayait le pont s’arrêta.
« Oh… »
Paulina ne put retenir un cri de surprise.
Même pour une femme qui avait passé presque toute sa vie à bord de navires, c’était une première.
Elle n’était pas la seule.
Les membres d’équipage qui s’affairaient sur le pont pour préparer le navire à la tempête s’immobilisèrent eux aussi, stupéfaits.
Puis ils levèrent les yeux vers le ciel.
Ils comprirent. La tempête n’avait pas disparu.
Ils étaient plutôt enveloppés et protégés par une puissance immense.
« Cela devrait suffire, en effet. Cependant, Votre Grâce, pardonnez-moi cette question, mais combien de temps votre réserve de magie tiendra-t-elle ? »
« Ah… je me demande. Si je dois seulement maintenir l’<Ice Wall>, je pense pouvoir tenir deux ou trois jours. »
« Oh. »
« C’est impressionnant. »
Paulina, et Abel lui aussi, furent stupéfaits par la réponse de Ryo.
Même Abel, qui le connaissait depuis longtemps, n’aurait jamais imaginé une telle chose.
Oui, même s’il attribuait d’ordinaire presque tout à « c’est Ryo », maintenir un mur de glace de cette ampleur pendant trois jours, c’était…
« Tu es sûr que ça ira ? »
Il était si inquiet qu’il ne put s’empêcher de poser la question à Ryo une nouvelle fois.
« Tu me prends pour qui ? “L’imprudence, c’est Ryo.” Laisse-moi faire. »
« Je ne comprends pas vraiment, mais l’imprudence n’a rien d’une qualité. »
« Enfin, vraiment, ça ira tant que je n’ai qu’à le maintenir. L’<Ice Wall> n’est qu’une seule couche, après tout. »
Ryo le rassura.
Puis le Skidbladnir fut happé par la tempête.
Le Skidbladnir fut malmené par des vagues hautes comme des immeubles de plusieurs étages.
Dans les quartiers de la poupe, deux nobles au visage livide parlaient, le mal de mer les tenaillant.
« Tant que l’<Ice Wall> tient… le navire ne sera pas endommagé… et il ne coulera pas. »
« Rien que ça, c’est incroyable. Mais ce roulis est vraiment terrible… »
« Tant qu’on ne se met pas à flotter au-dessus de la surface de la mer… on ne peut rien contre le roulis… Flotter ? Avec Water Jet… théoriquement, on pourrait faire flotter le navire entier… mais il est peut-être un peu trop grand ? Je pourrais tenter le tout pour le tout… et si j’échoue, on tombe tous ensemble ? Comme on est en sécurité si tout le monde tombe ensemble… je devrais essayer ? »
« Ouais, évite. »
Abel refréna l’esprit d’aventure de Ryo pour des raisons de gestion des risques.
« Puisque le Golden Hind y est arrivé… je ne vois pas pourquoi le Skidbladnir n’y arriverait pas… »
« Celui-là a été conçu et construit pour voler dans le ciel… Il ne joue pas dans la même catégorie… »
« Bon sang… un jour, le Skidbladnir sera lui aussi transformé en clipper volant… »
« À supposer qu’il puisse parcourir plusieurs milliers de kilomètres… »
Le roulis violent leur donnant un terrible mal de mer, les paroles d’Abel et de Ryo se réduisirent à des bribes.
« Ah, au fait, Ryo. »
« Oui ? »
« Dis ce que tu viens de dire en langue du Continent des Ténèbres. »
« Hein… »
Une leçon de rattrapage improvisée en langue du Continent des Ténèbres.
« …గోల్డెన్ హింద్ దీన్ని చేయగలిగితే, స్కిజ్బ్లాజ్నిర్ దీన్ని ఎందుకు చేయలేకపోవడానికి కారణం లేదు»
« Oh, pas mal, pas mal. Puisque le Golden Hind en est capable, rien n’empêche le Skidbladnir d’y arriver. Bien, tes efforts portent leurs fruits. »
« Hé hé… quand je m’y mets sérieusement… c’est du gâteau. »
« Du gâteau ? Enfin, c’est bien de voir que tu progresses sans encombre en langue du Continent des Ténèbres. »
Abel fut satisfait de la prestation de Ryo.
Bien sûr, cela ne changeait rien au fait qu’ils étaient toujours au beau milieu d’une tempête.
Le Skidbladnir était protégé par l’<Ice Wall> qui recouvrait tout le navire, mais cela signifiait seulement qu’il ne serait ni endommagé ni renversé.
Le roulis était terrible.
Absolument terrible.
« La capitaine Paulina, qui est venue faire son rapport tout à l’heure… l’a dit aussi, non ? Même des marins expérimentés auraient le mal de mer avec un roulis pareil. »
« Si. Et pourtant… la capitaine elle-même n’avait pas du tout le mal de mer… »
« Des gens comme ça, ça existe vraiment, hein ? »
Ryo secoua légèrement la tête.
En effet, Paulina n’avait pas le mal de mer.
Même lorsqu’elle avait fait son rapport à Abel, elle avait écarté les pieds un peu plus que d’habitude, mais il lui suffisait de déplacer son poids pour atténuer les effets du roulis, sans jamais perdre l’équilibre ni rien de la sorte…
« C’est peut-être… un entraînement à déplacer son centre de gravité, comme en ont besoin les épéistes. »
« Ouais, le fait que tu aies pensé à ça… prouve que tu es un malade du combat, Ryo. »
Bien sûr, même pendant une tempête, le navire n’était pas constamment secoué avec la même violence.
Il y avait des moments où le roulis était intense, et d’autres où il se faisait moins brutal.
Mais même avec ces mouvements plus légers, aucun des deux ne pouvait se tenir debout.
La tempête dura sept jours et sept nuits.
Pendant tout ce temps, le navire continua d’être emporté.
Comme s’il était guidé par quelque chose.
Enfin, la tempête passa et les deux hommes sortirent sur le pont.
« Je ne savais pas que la lumière du soleil pouvait être aussi merveilleuse. »
« Ouais, quelle galère. »
Si l’on retranscrivait mot pour mot les propos de Ryo et d’Abel, ils ressembleraient à cela, et l’on pourrait croire qu’ils n’avaient pas changé depuis avant la tempête.
Mais en réalité… ils avaient maigri.
« Avec un roulis pareil, j’imagine… »
« Ça faisait longtemps qu’on n’avait pas dû se contenter de pain, de viande séchée et d’eau. »
Même le chef Kobatch, malgré tout son talent, n’avait pas pu cuisiner sur un navire ballotté par la tempête.
Le djinn et le cercueil s’approchèrent d’eux.
« Je suis impressionné, Ryo. »
« Hein ? Monsieur Cercueil… non, monsieur Regna ? »
« Ta réserve de magie est remarquable. Continuer à fournir de la magie et à maintenir un mur de glace pendant sept jours, malgré ta condition humaine, est vraiment impressionnant. »
« En effet. Digne du favori du Roi des fées. »
« Ah, vous êtes trop aimables. »
Le cercueil Regna et le djinn Merlin le félicitèrent, et Ryo rougit.
Mais ils n’en avaient pas fini.
« Tu es bien plus compétent que ce Spellno, là-bas. »
« Cercueil insolent, sors de ta boîte. Je vais t’apprendre à la fermer. »
« Intéressant. Vas-y, si tu en es capable. »
« Non, je vous en prie, pas ça. Vous allez briser le navire. »
Merlin et Regna échangèrent des piques, tandis que Ryo, raisonnable, s’interposait.
Abel secoua la tête en silence.
Ce jour-là, le dîner marquant leur premier repas depuis sept jours fut, naturellement, du karaage.
« Comme on pouvait s’y attendre de la part du chef Kobatch. »
« Ouais, pas vrai ? »
Ryo et Abel approuvèrent le choix du plat et savourèrent ce délicieux repas comme ils l’espéraient.
Bien sûr, sur le pont, les chevaliers du Royaume et les membres d’équipage se régalaient eux aussi de poulet frit.
Au milieu d’eux, ils aperçurent des gens qui observaient les étoiles à l’aide d’instruments et consignaient leurs observations sur les cartes marines étalées sur une table.
Au centre de tout cela se trouvait le premier officier Rochea.
Un peu plus loin, la capitaine Paulina était également présente. Elle recevait les rapports de Rochea au fur et à mesure ; les deux hommes décidèrent donc d’aller lui poser la question.
« Capitaine, vous calculez notre position, n’est-ce pas ? »
« Oui, Votre Majesté. La tempête nous a fait dévier de notre route sur une assez grande distance. »
« À votre expression, je devine qu’il est possible que nous nous soyons encore éloignés des Pays de l’Ouest ? »
Abel avait décelé le moindre changement dans l’expression de Paulina.
« D’ici peu… »
Au moment où Paulina s’apprêtait à poursuivre, le navigateur Rochea s’approcha.
« Roi Abel, capitaine, j’ai déterminé notre position. »
« Très bien. Où sommes-nous ? »
« Au large du Continent des Ténèbres. »
« Je vois. »
« Hein… »
Paulina avait anticipé la réponse de Rochea, mais Abel et Ryo restèrent sans voix.
« Si nous continuons vers l’ouest à cette allure, nous apercevrons demain matin l’île de Vamos, au nord-est du Continent des Ténèbres. »
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