Chapitre 747
Chapitre 0705 : À la frontière VII
Traducteur : Jay_Forestieri
Éditeur : Tseirp
« Qu’est-ce que c’est que ce délire… »
« Pourquoi… »
Abel et Ryo étaient tous deux en proie à la confusion.
Bien entendu, ils n’étaient pas les seuls.
Les habitants de la forteresse qui discutaient de la proposition du marquis Nyusha, ainsi que ceux qui observaient la scène, le souffle court, dans l’attente de la réponse des deux hommes, étaient tout aussi déconcertés.
Ce revirement de situation était tout simplement impossible à assimiler.
« Hein ? »
« Maintenir l’indépendance ? »
« Pourquoi ? »
« A-t-il dit qu’il retirait sa proposition ? »
« … Une guerre totale ? »
Personne ne comprenait ce qui se passait.
Une seule personne ne changea pas d’expression.
Seul Don Le, vice-ministre chargé des Affaires étrangères pour le huitième district oriental et intermédiaire, garda un visage impassible.
Dix secondes plus tard.
« Je vois. Alors c’est ça. »
Abel murmura ces mots comme s’il les crachait.
« Hein ? Abel, tu as compris ? »
« Magie de l’attribut ténèbres. »
« Eh… ? »
Ryo resta sans voix face à la remarque d’Abel.
« Le marquis Nyusha a probablement eu des soupçons après la première réunion. C’est pourquoi il a exigé que cette rencontre se tienne sous les yeux de tous. »
« Si la magie de l’attribut ténèbres pousse les gens à agir de manière étrange, alors les spectateurs s’en rendraient compte… comme nous venons de le faire. »
« J’ai senti que quelque chose clochait dès le début. Le marquis Nyusha et le président Pisek semblaient tout à fait normaux. Et pourtant, lors de la première réunion, les deux parties ont soi-disant déclaré qu’elles ne voulaient plus jamais se revoir, n’est-ce pas ? Ce n’est pas normal. »
« La magie de l’attribut ténèbres… un sort appelé <Esclave>, n’est-ce pas ? Je comprends mieux comment le fait d’être contrôlé par une telle chose peut mener à ce genre de comportement. »
Abel et Ryo en avaient déjà fait l’expérience.
Après les troubles dans la capitale royale, alors qu’ils rentraient vers la Cité de Rune, ils avaient été soumis au sort <Esclave> par un prêtre utilisant la magie de l’attribut ténèbres.
Abel n’avait pas été affecté grâce au collier de récupération des altérations d’état qu’il portait en permanence, et Ryo grâce à sa constitution spéciale…
« Je comprends la raison maintenant, mais que fait-on ? »
« Il n’y a qu’une seule solution. Nous devons intervenir. »
« Hein ? »
Face à la proposition d’Abel, qui rappelait étrangement Ryo lui-même, ce dernier poussa un cri aigu et absurde.
« Ta constitution spéciale, Ryo… elle permet de ramener les gens à la raison s’ils ont été contrôlés par la magie de l’attribut ténèbres, n’est-ce pas ? »
« C’est vrai ! Je me souviens avoir soigné Hugh-san. »
Il avait autrefois libéré Hugh McGrath, qui avait été contrôlé par le sort <Esclave> utilisé par le comte vampire Haskill.
Cependant, le centre du terrain d’entraînement était l’endroit même où se tenait la réunion.
Il n’était pas certain qu’ils soient autorisés à s’en approcher d’eux-mêmes…
« On n’a pas le choix. Nous allons nous avancer et nous déclarer comme les nouveaux médiateurs. »
« Hein ? »
Ryo ne comprenait pas ce qu’Abel voulait dire.
« Les souvenirs de la période sous l’emprise de <Esclave> subsistent même après que le sort est rompu, n’est-ce pas ? »
« Hugh-san semblait être dans ce cas, oui. »
« Alors c’est parfait. Allons-y. »
« … Hein ? »
Ryo ne saisissait toujours pas le fond de sa pensée.
Pourtant, Abel prit les devants et sauta des gradins sur le terrain d’entraînement.
« Un épéiste qui charge tête baissée finit toujours par entraîner un magicien calme et posé. »
Tout en grommelant, Ryo sauta à son tour et suivit Abel.
Les gradins du terrain d’entraînement étaient en pleine effervescence.
Mais lorsqu’ils virent les deux silhouettes descendre des tribunes et marcher lentement vers le centre, le silence retomba sur l’assemblée.
Tout le monde dans la forteresse ne les connaissait pas, mais un bon nombre d’entre eux si.
Deux aventuriers qui, ces derniers jours, avaient entraîné les jeunes gardes.
Les jeunes gens recevant cet entraînement étaient ceux qui vivaient dans la forteresse avec leurs familles.
Naturellement, ils rentraient chez eux et parlaient de cet entraînement.
On savait aussi que les deux hommes séjournaient à l’auberge « Sleeping Sand ».
On savait également qu’ils mangeaient au restaurant voisin, le « Dining Sand ».
Cela signifiait qu’ils avaient été remarqués par des personnes occupant des postes relativement élevés au sein de la forteresse.
Bien que cela ne fasse pas dix jours, Ryo et Abel étaient devenus connus des habitants.
Et maintenant, ces deux-là s’approchaient lentement.
Depuis les trois « sièges pour trois personnes » au centre, quelqu’un les interpella.
C’était le commandant militaire de la forteresse.
« Abel-dono ? Ryo-dono ? »
« Bonjour, Commandant Molga. En fait, nous avons une proposition. »
Abel sourit à Molga.
Lorsqu’ils furent arrivés près des neuf personnes, il se tourna vers Molga.
Ryo se tenait aux côtés d’Abel.
Maintenant qu’ils étaient si proches, la constitution spéciale de Ryo… le « facteur féerique » débordant… les ramènerait à la normale.
Cependant, d’après le cas de Hugh, ils savaient que cela prendrait un peu de temps.
Il semblait qu’Abel essayait de gagner ce temps.
« D’après ce que j’ai pu voir jusqu’ici, il semble que tout le monde soit assez confus. »
« Hum ? »
« Se pourrait-il que le médiateur ne soit tout simplement pas assez compétent ? »
« Hein ? »
« Hé, vous ! »
Abel prononça ces mots troublants avec le sourire, Molga inclina la tête d’incompréhension, et Don Le, le médiateur, lança un regard féroce.
« Se pourrait-il que le marquis Nyusha et le président Pisek aient crié parce que le médiateur manquait de poigne ? Il est impossible qu’une telle agitation se produise dans ce lieu de réunion solennel et sacré. Cela prouve à lui seul l’incompétence du médiateur. Si vous me le permettez, j’aimerais servir de médiateur. Qu’en dites-vous ? »
« Espèce d’insolent, que manigancez-vous ! »
Aux mots d’Abel, Don Le gronda à nouveau.
« Oh, j’ai omis de me présenter. Mon nom est… Molga-dono, vous savez qui je suis, n’est-ce pas ? »
« Oui… Abel-dono, n’est-ce pas ? »
« Oui. Et vous savez de quel pays je suis, n’est-ce pas ? »
« Oui… Abel-dono du Royaume de Knightley. »
« Oui. Je suis Abel Ier, Roi du Royaume de Knightley. »
« … Hein ? »
Incapable de saisir la véritable identité de l’homme souriant, Molga inclina la tête.
Mais trois secondes plus tard, il comprit.
« Abel… Votre Majesté ? Le Roi Aventurier ? Non, le Roi Héros ? »
Le corps de Molga tremblait.
Et c’était bien naturel.
Abel Ier, Roi du Royaume de Knightley, était un ancien aventurier de rang A et un héros qui avait dirigé la moitié du royaume, vaincu l’armée impériale et combattu durant la Guerre de Libération du Royaume.
Même s’il ne l’avait pas su, le simple fait d’avoir demandé un entraînement à une telle personne suffisait à le faire trembler…
Un murmure se propagea.
« Abel Ier ? »
« Du royaume ? »
« Le Roi Héros ? »
« La rumeur disait qu’il avait disparu… »
« On disait qu’il s’était volatilisé après avoir combattu le djinn ressuscité… »
« Pas possible… »
Personne n’éleva la voix.
Tout le monde chuchotait ou échangeait quelques mots avec son voisin.
Un murmure se répandit dans toutes les tribunes.
Et enfin, la stratégie d’Abel porta ses fruits.
L’essence de cette stratégie était de gagner du temps.
Du temps pour la guérison.
« Qu’est-ce qui se passe… ? »
Le président Pisek, ayant apparemment retrouvé ses esprits, murmura avec surprise.
« C’était donc bien la magie de l’attribut ténèbres. Mais pourquoi le sort s’est-il rompu ? »
Au même moment, le marquis Nyusha reprit également ses esprits et murmura, incapable de comprendre pourquoi il avait été libéré.
Don Le comprit que le plan visant à contrôler les deux hommes avec la magie de l’attribut ténèbres et à les pousser à un conflit total avait échoué.
Il ne savait pas pourquoi le sort avait été rompu.
Mais ce n’était plus ce qui importait.
Il restait une marge de manœuvre pour se rattraper.
« C’est ridicule ! »
Don Le rugit en se levant.
« Il est impossible que le Roi Abel se trouve dans un endroit pareil ! »
Même si son propre plan avait échoué, cela ne signifiait pas qu’il avait perdu.
Mais s’il n’éliminait pas la personne devant lui, il ne pourrait plus jamais reprendre l’avantage.
« Si vous prétendez être le Roi Abel, alors prouvez-le ! »
Alors que Don Le disait cela, l’un des médiateurs de l’Union s’avança, tendant la main pour saisir Abel.
« Reculez, espèce d’impertinent ! »
Une voix résonna, perçant l’atmosphère.
Elle venait du magicien en robe.
« Le corps de Sa Majesté n’est pas quelque chose que vous êtes autorisés à toucher ! »
C’était la voix du « Duc Rondo », et non celle du Ryo habituel.
Elle portait une pression écrasante.
En un instant, elle fit comprendre à tous les présents qu’il ne s’agissait pas d’une personne ordinaire.
« Pour qui vous prenez-vous, à demander à Sa Majesté de prouver son identité ? Comprenez-vous seulement que vous êtes sur le point de provoquer un incident diplomatique ! »
« Eh… »
« Je demande si l’Union est prête à entrer en guerre avec le Royaume de Knightley ! »
Ryo le déclara sans détour.
À commencer par Don Le, aucun des membres de l’Union ne put dire un mot.
Pas plus que les habitants de la forteresse observant depuis les gradins.
Un silence complet.
Après un moment, Ryo changea de ton et reprit la parole.
« Néanmoins, il serait difficile de laisser le rôle de médiateur à des personnes que personne ne connaît. Pour les habitants de la forteresse, c’est une réunion très importante. Je vais donc prouver mon identité. Je suis Ryo Mihara, Duc Rondo, premier duc du Royaume de Knightley. »
Les paroles de Ryo se propagèrent lentement parmi les habitants de la forteresse également.
« Le premier duc du royaume… »
« Ça veut dire… celui-là ? »
« Celui dont on dit qu’il surpasse le Mage de la fournaise explosive de l’Empire… »
« Le Duc d’Argent… »
« Aussi connu sous le nom d’Icefall… »
Ryo retira la plaque de preuve d’identité qu’il portait autour du cou.
Celui qui s’avança immédiatement fut Molga, le chef des gardes.
Recevant la plaque avec révérence, il l’inséra dans le panneau de vérification des gardes.
« Confirmé. Sans aucun doute, il s’agit du premier duc du Royaume de Knightley, le Duc Rondo. »
« Ooh ! »
Molga montra ensuite le panneau de vérification aux médiateurs de l’Union.
« Pas possible… »
Les mots échappèrent aux lèvres de Don Le.
Sans même jeter un regard à Don Le, qui était à genoux, Abel tourna son visage vers les deux représentants.
« Marquis Nyusha, Président Pisek, je suis Abel Ier, Roi du Royaume de Knightley. »
« Votre Majesté ! »
À l’introduction d’Abel, tous les membres du camp du marquis et tous ceux du camp de la forteresse s’agenouillèrent sur un genou et s’inclinèrent.
C’était véritablement la majesté d’un roi.
Une présence écrasante prouvant que la vérification d’identité était inutile.
« Je comprends que cette région est profondément liée à l’Union. Mais parce que ces liens sont si profonds, il semble qu’elle ne puisse être neutre. Je n’ai pas l’intention de forcer le royaume à s’y immiscer. Je souhaite simplement, en tant que nouveau médiateur, observer le déroulement des choses depuis une position juste et impartiale. Qu’en dites-vous ? Pourriez-vous accéder à cette unique requête égoïste de ma part ? »
C’était la proposition du Roi Abel.
Oui, une proposition.
Rien qu’une proposition.
Et pourtant, après avoir reçu une telle requête de la part de quelqu’un doté d’une telle présence, qui aurait pu refuser ?
« J’accepte la médiation de Votre Majesté. »
« Avec plaisir, Votre Majesté. »
Le marquis Nyusha et le président Pisek acceptèrent tous deux.
Après cela, lors de la réunion :
Il n’y eut pas la moindre dispute sur le contenu.
Seulement…
« Puisqu’il s’agit d’un district autonome, que diriez-vous de l’appeler une ville libre ? »
Une telle proposition fut faite par un magicien de l’attribut eau, proche conseiller du Roi Abel.
Bien sûr, cette personne était elle aussi un héros à part entière, tout aussi célèbre que le Roi Abel lui-même…
« La proposition du Duc Rondo est excellente. »
« Alors qu’il en soit ainsi : la Ville Libre de Zaarash. »
Le marquis Nyusha et le président Pisek acceptèrent tous deux.
« Au nom d’Abel Ier, Roi du Royaume de Knightley, je l’approuve. »
Cet événement serait plus tard appelé, par les générations futures, le « Verdict du Roi Abel ».
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