Chapitre 564
Volume 3, Partie 4, La Superpuissance
Chapitre 0529 La ville portuaire de Randa
Traducteur : Jay_Forestieri
Éditeur : Tseirp
Snus, vice-ministre des Affaires matrimoniales au ministère des Rites de Darwei, arborait une mine sombre depuis le matin.
« Quel échec cuisant ! »
Combien de fois avait-il déjà murmuré cette phrase ?
Le document qu’il tenait en main listait les noms de soixante-dix individus.
Il s’agissait de tous les membres de l’équipe d’escorte de la princesse.
Et, simultanément, de ceux qui se voyaient contraints d’abandonner leur poste.
« Soixante-dix gardes souffrant tous de maux d’estomac sévères en même temps… c’est du jamais vu… »
Tout en parlant, le vice-ministre Snus se prit littéralement la tête entre les mains.
Snus, âgé de 41 ans.
Il appartenait au ministère des Rites, qui gérait les cérémonies et les festivités. Dans sa jeunesse, il avait servi dans la Garde Impériale, le corps d’élite de l’empereur.
Même après son transfert au ministère des Rites, il dirigeait souvent des missions d’escorte pour des nobles et assurait le transport d’objets de valeur, comme c’était le cas ici.
Son physique impressionnant et ses cheveux noirs, soigneusement tirés en arrière et maintenus par une couronne, lui conféraient une allure digne. Cela lui avait même valu les éloges personnels de l’empereur. Il était considéré comme un talent prometteur au sein du ministère des Rites.
Et puis…
Cette fois, la mission consistait à escorter la femme qui deviendrait l’épouse officielle du Sixième Prince.
Le voyage servait également de tournée de présentation, avec de nombreux événements prévus dans les villes traversées.
Bien sûr, comme une grande partie du trajet se faisait par bateau, le calendrier prévoyait une certaine flexibilité en cas de retards dus aux conditions météorologiques.
Cependant, cela ne concernait que la seconde moitié du voyage.
La première étape, la ville portuaire de Randa — à seulement un jour de Jonjon, dans le Bosuntar — ne permettait pas une telle marge de manœuvre…
Lors de longs voyages, il était courant que certains membres tombent malades et doivent se retirer temporairement.
De telles situations étaient prévues.
Avec des plans pour qu’ils rejoignent le groupe plus tard.
Mais voir soixante-dix gardes se retirer simultanément dépassait totalement les prévisions.
Un coup à la porte annonça l’arrivée du secrétaire Bal.
« Votre Excellence, dix gardes supplémentaires ont… »
Bal s’interrompit, incapable de poursuivre.
Le désespoir de son supérieur était palpable.
« La princesse doit assister à un banquet aujourd’hui avec le gouverneur de Randa et les dignitaires locaux, n’est-ce pas ? »
« Oui. Elle y passe la nuit et doit quitter Randa demain matin. »
« Et les guérisseurs ? Leurs avis restent inchangés ? »
« Ils sont constants. Bien que la magie de soin atténue les symptômes, l’état s’aggrave dès que la magie est retirée. Ils ont confirmé qu’il ne s’agit pas d’un mal d’estomac naturel. »
Snus poussa un nouveau soupir profond à l’annonce de Bal.
C’était confirmé : il s’agissait soit d’un sabotage, soit d’un acte d’ingérence délibéré.
Ce qui signifiait que d’autres perturbations étaient probables.
« Quatre-vingts des cent gardes, disparus dès la première étape… »
Le dire à voix haute ne faisait que souligner la gravité de la situation.
Le voyage vers la capitale impériale, Hanlin, durait plus d’un mois avec des escales dans plusieurs villes.
Naturellement, ils auraient besoin de remplacer les gardes en cours de route.
Des renforts pouvaient être envoyés depuis le ministère des Rites, mais cela prendrait du temps.
Emprunter des soldats aux seigneurs ou gouverneurs locaux était hors de question.
Comme la plupart étaient alignés sur l’une des trois factions impériales… impossible de savoir ce qui pourrait arriver s’il se reposait sur de telles forces.
« Les aventuriers seraient-ils une meilleure option ? »
« Votre Excellence ? »
« Peu importe… un rapport a déjà été envoyé au ministère des Rites pour demander des renforts. S’ils agissent rapidement, ils nous rejoindront à Boago City, où nous accosterons dans une semaine. Nous devons simplement tenir jusque-là. Heureusement, le camp de Bosuntar a fourni 200 gardes. Étant donné que la princesse a été impliquée dans un incident à l’intérieur de leurs frontières, ce nombre est compréhensible. Nous nous appuierons sur eux pour sa protection immédiate et utiliserons des aventuriers pour remplir des rôles… comme le transport des fournitures. »
Le vice-ministre Snus parla lentement, structurant ses pensées.
Cependant, le secrétaire Bal pencha la tête et objecta.
« Il n’y a aucun précédent pour l’embauche d’aventuriers afin de compléter la garde d’un noble. »
« Exactement. C’est pourquoi cela fonctionnera. »
« Quoi ? »
« Quiconque a orchestré cette ingérence suppose probablement que nous remplacerons les gardes par des soldats du gouverneur de Randa. C’est ce que suggère le précédent. Si j’étais à leur place, j’aurais infiltré des assassins parmi ces soldats à l’avance. »
« Ah, je vois. Vous proposez donc d’engager des aventuriers, ce à quoi le coupable ne s’attendrait pas. »
« Précisément. »
Les idées prirent rapidement forme dans l’esprit du vice-ministre Snus.
« Bal, contactez immédiatement la Guilde des Aventuriers locale. Publiez une demande pour quatre-vingts gardes pour le voyage vers la capitale impériale. Évitez de mentionner la princesse ou le ministère des Rites. Nous les informerons lors du briefing. Rassemblez-les tous aujourd’hui, afin que nous puissions partir comme prévu demain. »
« Compris. »
« J’informerai la princesse moi-même. »
« Je comprends la situation. Je vous laisse gérer. »
Après avoir terminé le banquet avec le gouverneur de Randa, la princesse Shio Fen répondit ainsi au rapport direct de Snus.
Le cadre était la résidence d’État à Randa.
Où la princesse restait stationnaire tandis que le gouverneur et les personnalités influentes lui rendaient visite, pour des raisons de sécurité.
Bien que les arrêts dans de nombreuses villes fussent censés servir de présentation cérémonielle, sa servante, Mifa, se demandait si les habitants auraient la chance de voir la princesse.
« Mon mariage semble impliquer toutes sortes de complications. »
Remarqua la princesse Shio Fen avec un rire, en chuchotant à Mifa à ses côtés.
« Shio-sama, ce n’est pas un sujet de plaisanterie… »
Répondit Mifa avec un froncement de sourcils.
« Je sais, mais que pouvons-nous faire ? Darwei a promis de fournir des remplaçants pour les quatre-vingts gardes. »
« Même ainsi, ils ont également demandé une réaffectation. Les gardes de Bosuntar seront désormais stationnés plus près de vous. Cela implique que les remplaçants pourraient ne pas être entièrement dignes de confiance. Nous devons être plus vigilants que jamais. »
« Tu t’inquiètes trop, Mifa… »
Ce soir-là, après que tous les banquets officiels de la princesse Shio Fen furent terminés.
« Votre Altesse, la réaffectation est terminée. »
Sur ces mots, Bizis remit deux documents à la princesse Shio Fen.
Bizis était la capitaine de la garde de la princesse du côté de Bosuntar.
Bizis était autrefois vice-capitaine de la Garde Royale de la Reine à Bosuntar.
Et une femme de 28 ans.
Ses longs cheveux, sombres mais scintillants d’un reflet bleu sous une certaine lumière, étaient attachés à l’arrière de sa tête. Mesurant 180 centimètres, elle était grande pour une femme, ce qui la rendait populaire auprès de tous.
Bien qu’elle fît partie de l’escorte de la princesse, Bizis prévoyait de retourner à Bosuntar après avoir conduit la princesse Shio Fen en toute sécurité à la capitale impériale, Hanlin. Cette mission serait sa dernière au sein de la Garde Royale de la Reine.
Car son père avait décidé de prendre sa retraite et de lui transmettre le titre de comte Jujang.
À 18 ans, Bizis avait rejoint la Garde Royale de la Reine et y avait servi pendant une décennie.
Cette mission — escorter la troisième fille de la Reine, la princesse Shio Fen, pour ses fiançailles — était une demande directe de la Reine elle-même.
Typiquement, à Bosuntar, une princesse d’un tel rang envoyée à l’étranger pour un mariage serait escortée par la Garde Royale du Roi.
Cependant, en raison de certaines circonstances, cela n’était pas possible cette fois-ci.
Le chef de la Garde Royale du Roi, qui portait le titre d’« Épée de la Nation ».
Était Lord Vogue jusqu’à il y a quelques semaines.
Mais Lord Vogue, de tous les gens, avait été complice de l’attaque contre la princesse Shio Fen…
Il n’y avait aucun moyen pour la Reine de confier la sécurité de sa fille à une unité dirigée par quelqu’un issu d’une telle organisation !
D’ordinaire gracieuse, calme et désintéressée par les affaires politiques, la Reine refusa catégoriquement d’y consentir.
En guise de compromis, le Roi proposa de former une équipe d’escorte mixte dirigée par la Garde Royale de la Reine plutôt que celle du Roi.
La Garde Royale de la Reine ne comptait qu’environ 200 membres.
Bien que la Reine eût été prête à tous les envoyer, cela fut jugé impraticable.
Au lieu de cela, une unité d’escorte mixte fut formée : 30 membres de la Garde Royale de la Reine, dirigés par la vice-capitaine Bizis, et 170 de la Garde Royale du Roi.
Avec Bizis nommée capitaine.
La Reine insista pour équiper l’ensemble de l’escorte de 200 personnes avec des armures de cuir teintées en blanc pur.
Bien que composée de membres de deux organisations distinctes, ils devaient coopérer sans faille pour remplir leur devoir de protection de la princesse.
En même temps, une chaîne de commandement claire était essentielle.
La Reine elle-même conçut cette stratégie pour assurer leur unité et leur efficacité.
Jusqu’à présent, le plan avait réussi. Les 200 gardes avaient tissé des liens solides et travaillaient bien ensemble.
Bizis, en tant que capitaine de l’escorte, était soulagée par cette cohésion.
« Je comprends, Bizis. Merci pour vos efforts. »
Dit la princesse Shio Fen en examinant les documents.
Contrairement à beaucoup de membres de la famille royale et de hauts nobles, qui survolaient de tels documents ou ne les lisaient pas du tout.
La princesse Shio Fen les lut attentivement et posa des questions sur tout ce qui n’était pas clair.
Cette minutie plut à Bizis.
Et lui fit sentir que la princesse Shio Fen, tout comme la Reine, était quelqu’un pour qui il valait la peine de risquer sa vie.
« Votre Excellence, nous avons réussi à rassembler quatre-vingts personnes. »
« Bien joué, Bal. Cela signifie que nous pouvons partir demain matin. »
« Oui. Les aventuriers sont actuellement en train de dîner dans la deuxième salle à manger. »
Le corps de Snus trembla légèrement à cette nouvelle, bien qu’il se reprît rapidement.
« Espérons que nous n’aurons pas un autre incident de maux d’estomac… »
« Nous avons fait inspecter tout ce qu’ils mangent par un magicien, donc tout devrait bien se passer. »
« Je vois. »
Snus hocha la tête à plusieurs reprises, rassuré.
Dans la deuxième salle à manger, quatre-vingts aventuriers profitaient de la cuisine raffinée de la résidence.
Parmi eux se trouvaient un épéiste en cape noire et un magicien de l’attribut eau en robe — mais c’était un secret pour le moment.
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