Chapitre 541
Chapitre 0508 Pourquoi sommes-nous dans une jungle ?
Traducteur : Jay_Forestieri
Éditeur : Tseirp
« Abel… pourquoi marchons-nous à travers une jungle… ou plutôt, une forêt tropicale dense ? »
« …Parce que le navire a coulé, évidemment. Nous n’avions pas le choix. »
Ryo et Abel se frayaient un chemin à travers l’épaisse jungle.
La raison, comme Abel l’avait souligné, était que leur navire avait sombré…
Les deux compagnons étaient partis de la Cité Autonome de Kwebasa, emplis de rêves et d’espoir. Ils voyageaient à bord d’un navire de guerre du Grand-Duché, mis à leur disposition par le duc Helb, le frère cadet du Grand-Duc du Grand-Duché d’Atinjo.
Le navire avait progressé vers le nord sans encombre, et l’équipage ne les avait aucunement maltraités.
Le voyage avait été paisible.
Le cinquième jour, le navire franchit la frontière nord du Grand-Duché d’Atinjo et poursuivit sa route vers le nord, le continent visible sur leur flanc gauche.
Mais alors, lors de la sixième nuit après leur départ de Kwebasa, le désastre frappa.
Ryo et Abel avaient dégusté un dîner étonnamment délicieux pour un navire de guerre — bien que moins raffiné que la cuisine de la chef Susie — et dormaient profondément quand cela arriva.
Soudain, le navire se mit à tanguer violemment de haut en bas.
On aurait dit un tremblement de terre, mais vertical.
Cependant, se trouvant sur un navire, il ne pouvait s’agir d’un séisme…
« Que se passe-t-il ?! »
Abel, allongé dans son hamac, bondit littéralement.
Ryo fit de même et utilisa immédiatement son <Sonar actif> pour scanner les environs.
Le résultat fut sans appel…
« Il y a un trou béant dans la cale… »
« Tu veux dire que le navire va couler ? »
« Laisse-moi essayer de colmater la brèche… »
Mais avant que Ryo ne puisse terminer d’incanter un sort, le navire fut secoué par une nouvelle secousse violente.
Puis vint le bruit désespérant du bois qui se fendait…
« La coque est brisée ! L’eau va bientôt atteindre ce niveau ! »
cria Ryo.
Ils se trouvaient sur le pont intermédiaire.
Le navire de guerre était imposant, mais même les grands navires finissent par sombrer quand leur heure est venue.
« Apparais ! Neil Andersen ! »
Alors que Ryo incantait, le fourreau de son couteau brilla d’une faible lueur alchimique, et le second navire de classe Rondo, le Neil Andersen, se matérialisa.
Bien qu’il mesurât dix mètres de long et fût assez imposant, le Neil Andersen paraissait minuscule sur l’immense pont intermédiaire.
Les deux hommes embarquèrent précipitamment à bord du Neil Andersen.
Presque simultanément, le navire de guerre se brisa en deux et fut englouti par la mer.
Le craquement du bois se poursuivit.
Il n’y eut aucun cri.
Tous ceux qui se trouvaient à bord, hormis eux deux, étaient des marins.
Lorsque le navire s’était brisé, la plupart avaient déjà sauté à la mer.
Rester près d’un navire en train de couler est dangereux.
Les marins nagèrent donc au loin, dans l’intention de s’agripper à des débris flottants.
Ou de gagner le rivage visible sur la gauche…
Mais après avoir sauté, ils comprirent.
La raison pour laquelle le navire avait coulé si soudainement.
Ils virent plusieurs « pattes » gigantesques surgir de la surface de l’eau…
« Des Krakens… »
Murmurèrent de nombreux marins.
Au même moment, plusieurs Krakens se dirigèrent vers le sud, sans prêter attention à ceux qui avaient été jetés à la mer.
Avaient-ils détruit le navire de guerre par pur divertissement… ?
Quoi qu’il en soit, même un navire de guerre n’avait aucune chance face à un groupe de Krakens.
Depuis le Neil Andersen, Ryo et Abel confirmèrent le départ des créatures.
« Encore ces choses ! »
« Il y en avait tellement… »
Ryo grommela avec amertume, et Abel répondit, soulagé qu’ils n’aient pas été attaqués.
Combattre un seul Kraken avec le Neil Andersen était envisageable, mais en affronter plusieurs était…
« En effet, combattre plusieurs Krakens à la fois dépasse mes capacités actuelles. »
concéda Ryo, reconnaissant son manque de puissance de feu.
« Mais un jour… je rassemblerai une force capable de vaincre des dizaines de Krakens ! »
« O-Ouais, bonne chance pour ça… »
Ryo déclara, levant le poing avec détermination, tandis qu’Abel l’encouragea, espérant secrètement garder ses distances le moment venu.
Par la suite, les deux occupants du Neil Andersen devinrent une équipe de secours improvisée.
Ils utilisèrent les bras manipulateurs du Neil Andersen pour ramener à terre les marins qui avaient été éjectés du navire du Grand-Duché ou qui avaient sauté d’eux-mêmes…
Ils remorquèrent également des débris de bois, des tonneaux et tout ce à quoi les marins s’accrochaient pour les mettre en sécurité…
Ils firent d’innombrables allers-retours entre le site du naufrage et le rivage.
Grâce à cela, les plus de 100 membres d’équipage furent tous sauvés.
Ryo et Abel furent chaleureusement remerciés par le capitaine du navire.
Cependant… le navire était perdu.
L’équipage décida d’attendre les secours sur le rivage.
Espérant être récupérés par l’un des navires de guerre en patrouille du Grand-Duché, qui passaient censément tous les quelques jours.
Mais Ryo et Abel ne pouvaient se permettre d’en faire autant.
Exiger un nouveau navire sous prétexte de leur accord avec le duc Helb était une option… mais cela ne leur convenait pas.
Ni Abel ni Ryo n’aimaient l’idée d’exploiter leur arrangement de la sorte.
Finalement, les deux aventuriers au grand cœur décidèrent de poursuivre leur voyage vers le nord à pied.
Ils avaient envisagé d’utiliser le Neil Andersen pour emprunter la route sous-marine vers le nord, mais…
« Je n’ai toujours… pas de plan solide pour vaincre une nuée de Krakens… »
admit Ryo avec amertume, ce qu’Abel approuva.
En effet, combattre une horde de Krakens sous l’eau ne laisserait aucune chance de fuite.
Ainsi, les deux hommes entamèrent leur périple à travers la jungle dense.
Oui, une véritable jungle.
Épaisse, avec des arbres envahissants et un sol accidenté sous leurs pieds.
Un lieu imprévisible et terrifiant… où nul ne savait quelles créatures pouvaient attaquer.
« On dit qu’il y a une paire d’aventuriers insensés — un épéiste et un magicien — qui bravent une telle jungle seuls. »
« Ouais, si cette description est exacte, ils vont passer un sale quart d’heure. »
fit remarquer Ryo, ce à quoi Abel répondit en acquiesçant, sous condition.
Sous condition, bien sûr.
« Si ce n’était pour cet environnement merveilleux où nous sommes entourés de murs de glace et marchons sur un chemin gelé, nous permettant d’avancer tout droit… »
En effet, ils marchaient le long d’un <Ice Bahn> sous la protection d’un <Ice Wall>.
Ils n’avaient pas besoin de couper des arbres pour progresser, ne craignaient ni les serpents ni les araignées descendant des cimes, ni les sangsues ou les tiques s’agrippant à leurs pieds…
« Eh bien, je pense que si l’on possède le pouvoir, on doit l’utiliser. Ai-je tort ? »
Alors que Ryo disait cela, il créa un tunnel de glace devant eux.
Tout comme lorsqu’il s’était infiltré dans l’ambassade du Grand-Duché d’Atinjo dans la Cité Libre, l’<Ice Wall> s’étendit vers l’avant et se divisa sur les côtés, créant un chemin dégagé pour eux deux.
Cela provoqua, bien entendu, un léger déboisement.
« Tu n’as pas tort. C’est merveilleux. Continue comme ça. »
dit Abel en hochant la tête.
« Mes excuses aux arbres de la jungle. C’est à cause des ordres d’Abel que je suis contraint de détruire la forêt à mesure que nous avançons. Si tu dois blâmer quelqu’un, blâme Abel… »
« Hé… »
Ryo rejeta toute la responsabilité sur Abel.
« D’ailleurs, n’y a-t-il pas une créature terrifiante dans cette forêt ? Comment s’appelait-elle déjà ? Ce monstre gris sans visage… si quelqu’un doit être attaqué, ce devrait être toi… »
« Un monstre sans visage ? Oh, le Shadow Stalker ? »
« Oui, ça ! Le Shadow Stalker ! »
Ryo en avait déjà combattu un lors de son voyage avec la délégation vers les Nations centrales.
« Penses-tu qu’ils existent aussi dans les Nations de l’Est ? »
« Qui sait ? Tu devrais probablement mieux le savoir que moi, compte tenu de ton passé d’aventurier de rang A. »
« Les Shadow Stalkers ne sont pas des créatures très bien documentées, pour être honnête. »
répondit Abel en secouant légèrement la tête.
« Et pourtant, tu me fais détruire la forêt… ? »
« Hé, je ne t’ai jamais demandé de faire ça. »
« Comment peux-tu dire ça ? Très bien, que dirais-tu de marcher sans l’<Ice Wall> pendant un moment ? »
« Euh, non, ce serait gênant… »
Une fois que les gens s’habituent au confort, ils ont du mal à y renoncer.
« Mais Abel, quand tu étais actif avec l’"Épée Cramoisie" et que tu devais traverser des jungles, tu le faisais probablement à l’ancienne, non ? Sans assistance magique ? »
« Ouais. »
Abel hocha la tête, mais s’interrompit à mi-chemin.
« Abel ? »
« E-Eh bien… pour être honnête… même si nous marchions principalement de manière normale… »
« Quoi ? »
« Il y a eu cette fois où Rin a utilisé une <lame d’air> pour couper à travers les arbres et dégager un chemin… »
« … »
« Et une autre fois, Warren, suivant les ordres de Rin, a chargé avec son bouclier levé pour déblayer le passage… »
« … »
« Ce n’est pas ma faute. »
Abel se dédouana finalement de toute responsabilité.
« Abel… qui était le chef de l’"Épée Cramoisie" déjà ? »
« …Moi. »
« Abel… qui penses-tu devrait ultimement assumer la responsabilité de tels actes de déforestation ? »
« …Moi ? »
« Abel… tu as fait de mauvaises choses, n’est-ce pas ? »
« …J’avais tort. »
confessa Abel.
Cela dit, l’ampleur actuelle de la déforestation qu’ils provoquaient était minime.
« Je suis sûr que les Shadow Stalkers ne seront pas trop en colère pour quelque chose comme ça. »
« …Ouais, probablement. »
Et ainsi, les deux compagnons poursuivirent leur voyage vers le nord à travers la jungle.
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