Chapitre 498
Chapitre 0465 Le travail éreintant du duo
Traducteur : Jay_Forestieri
Éditeur : Tseirp
Le seul moment où ils eurent un peu de répit fut le jour de leur arrivée.
Dès le lendemain, les deux hommes furent plongés dans un emploi du temps éreintant.
Cela dit, ce n’était pas comme si on leur confiait des tâches particulièrement ardues, simplement ils n’avaient pas une minute pour flâner.
Leur mission consistait à protéger la princesse Iliaja.
La garde royale assumait naturellement cette responsabilité également, se chargeant des tâches les plus complexes, si bien que tout ce que le duo avait à faire était de se tenir à droite et à gauche derrière la princesse Iliaja.
Et de la suivre dans ses déplacements.
« C’est exactement comme ce que faisait Warren autrefois. »
Murmura Ryo, ce à quoi Abel répondit par un léger soupir.
Soit dit en passant, Warren était un ancien compagnon d’aventure d’Abel. C’était un porteur de bouclier émérite, surnommé « L’Inébranlable », et le fils du noble baron Harome, une famille connue pour avoir forgé les boucliers des rois à travers l’histoire.
Actuellement, Warren est le premier comte du comté de Carlisle, récemment établi, et sert de figure centrale dans la partie nord du Royaume de Knightley.
Lorsque Abel venait d’être couronné roi, Warren se tenait derrière lui lors des audiences pour le protéger.
Ryo comparait leur situation actuelle à cette époque.
Abel était grand, mais il n’était en rien un « géant » comme Warren.
Cependant, il n’en restait pas moins impressionnant.
Il portait désormais une tenue rappelant celle d’un capitaine de la garde royale, préparée spécialement pour lui et principalement blanche.
La princesse Iliaja arborant souvent des vêtements à dominante blanche, il semblait que ces habits avaient été conçus pour s’accorder à son style.
Quant à Ryo, sa robe habituelle étant blanche, il la portait telle quelle.
Puisqu’il s’agissait de la robe du Roi des Fées, elle ne se salissait jamais, et… il n’était apparemment pas gênant de la porter en permanence.
Le personnel travaillant à l’« Annexe Blanche », où résidait la princesse Iliaja, était au courant pour Ryo et Abel.
Surtout depuis que la princesse elle-même et son majordome en chef, Ronk, les avaient informés directement que les deux hommes étaient, en quelque sorte, les invités de la princesse, ils les traitaient avec un grand respect.
De plus, les gardes royaux leur témoignaient également de la déférence, le Seigneur Protecteur Kabui Somal les ayant prévenus que ces deux-là étaient de puissants alliés en qui la princesse Iliaja avait toute confiance.
Les gardes reconnaissaient particulièrement en Abel un homme hors du commun.
Et leurs interactions avec lui reflétaient leur compréhension de son rang élevé.
Ils s’adressaient à lui en l’appelant « Sir Abel ».
Soit dit en passant, ils appelaient aussi Ryo « Sir Ryo ».
Oui, soit dit en passant.
Ryo déplorait le manque de considération dont souffraient souvent les magiciens…
Actuellement, la princesse Iliaja assistait à une conférence sur les poisons.
Ryo et Abel écoutaient en sa compagnie.
Ces connaissances semblaient utiles pour leurs futurs voyages à travers le continent…
« La plupart des poisons mortels à action rapide ont un goût qui engourdit le bout de la langue ou une odeur intense. Donc, si vous le remarquez, recrachez immédiatement et éloignez-vous-en. »
Expliqua un guérisseur nommé Boiznan, un homme âgé.
Il avait les cheveux gris coupés court, portait des vêtements blancs rappelant une blouse de laboratoire, et des lunettes.
Oui, des lunettes.
Bien que Ryo eût vu des monocles dans les Nations centrales, il n’avait jamais vu de lunettes corrigeant les deux yeux.
Cependant, il semblait que les lunettes fussent courantes dans la région de l’Archipel.
Dans cette région, les guérisseurs s’occupaient de la guérison des blessures et des maladies.
Contrairement aux Nations centrales, où des figures religieuses comme les prêtres détenaient le monopole sur ces questions.
Peut-être était-ce pour cette raison que les forces religieuses étaient particulièrement faibles dans l’Archipel…
« Cependant, soyez particulièrement prudent avec ce poison appelé “Shrin”. »
Dit le guérisseur Boiznan en brandissant une petite fiole.
Elle contenait un liquide transparent comme de l’eau.
« Ce poison est totalement insipide et inodore. Une fois qu’il pénètre dans le corps, la paralysie et l’engourdissement s’installent. Et il est presque toujours fatal. »
« Presque ? »
Murmura la princesse Iliaja, d’une voix à peine audible. Boiznan hocha la tête une fois avant de poursuivre.
« En fait, le poison dont le Seigneur Protecteur Kabui Somal a été affligé était précisément ce poison Shrin. »
« Quoi… ? »
La princesse Iliaja, ainsi que Ryo et Abel, restèrent pétrifiés par le silence.
Ils se rappelèrent qu’il avait, disait-on, frôlé la mort pendant trois mois.
« Bien qu’il ait survécu par miracle, c’était presque inespéré. Normalement, on ne peut s’attendre à un tel miracle. Par conséquent, assurez-vous d’éviter toute ingestion. »
En entendant les mots de Boiznan, Ryo et Abel hochèrent la tête instinctivement.
« Oui, le poison Shrin est un poison mortel à action rapide, insipide et inodore, mais il existe un autre poison totalement insipide et inodore. Le poison Chirilkaril. »
Dit le guérisseur Boiznan en sortant une bouteille deux fois plus grande que celle contenant le poison Shrin.
« Le poison Chirilkaril, cependant, agit lentement et détruit progressivement le corps. Il est extrait des racines de la plante Chirilkaril, mais nécessite des techniques de raffinage avancées. Malgré cela, sa facilité d’utilisation en tant que poison totalement insipide et inodore le rend assez courant sur le continent. Même une seule goutte pénétrant dans le corps peut causer des souffrances prolongées. Le fonctionnement de divers organes internes se détériorera. Les effets spécifiques varient d’une personne à l’autre… Cependant, on dit qu’il faut plus de deux ans pour que le corps se rétablisse complètement après l’arrêt du poison, alors soyez prudents. »
En entendant les paroles de Boiznan, Ryo et Abel hochèrent légèrement la tête.
Lorsque la conférence sur les poisons prit fin, Ryo sembla avoir une idée.
Il se dirigea vers Boiznan.
« Excusez-moi, Maître Boiznan, mais pourriez-vous éventuellement me céder une petite quantité de ce poison Shrin ? »
« Sir Ryo, je ne peux pas faire cela. La manipulation de ce poison est strictement réglementée. Avez-vous une expérience en tête ? »
« Oui. Il y a quelque chose que j’aimerais tester… »
« Dans ce cas, puis-je vous suggérer d’utiliser plutôt le poison Jubi-Jubi ? Il a une odeur forte et un goût piquant sur la langue, il n’y a donc aucun risque de le manipuler par erreur. Malgré cela, il a les mêmes effets sur le corps que le poison Shrin. »
« Ah, je vois. Oui, cela fera l’affaire… »
Boiznan remit à Ryo une petite fiole de poison Jubi-Jubi.
Contrairement au poison Shrin, incolore et transparent, le poison Jubi-Jubi était rouge et d’un éclat inquiétant.
Exhalant une sensation de danger presque palpable, l’essence même du poison.
« Merci. »
Dit Ryo avec un sourire en prenant la fiole avant de retourner vers Abel.
« …Ryo, pourquoi as-tu pris du poison ? »
« J’ai quelque chose que je veux essayer. »
On raconte que plus tard, dans le pavillon, une expérience macabre fut menée sur le corps d’Abel, ou peut-être pas…
Cette nuit-là. Dans l’ancien bureau du Premier Seigneur Naval. Désormais bureau du Seigneur Protecteur.
« Votre Excellence, nous avons terminé la consolidation des informations. »
« Ah, Narun, bien joué. »
Narun, l’aide de camp de Kabui Somal, apparut avec une pile de rapports.
Après s’être séparés dans la Principauté de Komakyuta, Narun avait recueilli des informations tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays et venait tout juste de revenir.
« Comme prévu… le Grand-Duché prend des mesures audacieuses. »
« Oui. Les cinq navires de guerre qui ont attaqué le groupe de Son Altesse en mer étaient des navires d’assaut à longue portée de classe Bunna, provenant du Grand-Duché d’Atinjo. »
« Puisqu’ils ont pénétré dans les eaux territoriales de la Principauté pour mener l’attaque… J’ai imaginé que cela ne pouvait être qu’eux, et il semble que j’aie eu raison. »
Le Grand-Duché d’Atinjo était une puissance majeure sur le continent.
Ils attisaient la guerre civile dans la Fédération de Ghegish-Lu, à la pointe sud du continent, et tentaient maintenant d’étendre leur influence dans la région de l’Archipel.
Plus notable encore, la première princesse héritière Raina, mère de l’héritier du Prince héritier, le prince Jolt, rival de la princesse Iliaja, est la nièce du Grand-Duc d’Atinjo.
Il serait trop optimiste de penser que les mouvements de la princesse héritière Raina et du Grand-Duché ne sont pas liés.
Kabui Somal, qui parcourait rapidement plusieurs rapports, s’arrêta soudainement.
Il relut alors l’un d’eux, plus lentement cette fois.
« Du poison Chirilkaril a été détecté dans les restes de Sa Majesté… ? »
« Oui. Il semble qu’il ait été ingéré il y a plus d’un an, mais le poison Chirilkaril persiste dans le corps et continue de causer des dommages. C’est peut-être pour cela que le rétablissement de Sa Majesté après l’accident fut médiocre, entraînant une détérioration de sa santé et même une perte de vision… »
« Mais… tout ce que Sa Majesté consommait était minutieusement testé pour détecter le poison. Ce n’étaient pas des inspections faites à la légère non plus… »
« Oui, exactement. Si nous pouvions déterminer le moment exact où le poison est entré dans son corps, nous pourrions peut-être retracer comment il a été administré… mais tout ce que nous savons, c’est que cela remonte à plus d’un an. »
Kabui Somal fronça les sourcils, et Narun secoua légèrement la tête.
« L’enquête a clairement révélé l’implication du Prince héritier dans l’accident. Mais… »
Le murmure de Kabui Somal était audible pour Narun.
Il envisageait probablement la possibilité que le poison fût également lié.
Après un moment de silence, Narun prit la parole.
« Votre Excellence, c’est tout ce qu’il y a concernant le poison Chirilkaril, mais il y a quelque chose à signaler concernant le poison Shrin. »
« Hmm ? Ah, pardon. Qu’en est-il du poison Shrin ? »
« Le seul poison Shrin dans la capitale est celui que le guérisseur Maître Boiznan possède. »
« Ouais. Hmm ? D’accord ? »
Kabui Somal fronça de nouveau les sourcils.
Il semblait y avoir d’autres nouvelles désagréables.
« Oui. Il y a environ quatre mois, des traces d’une petite quantité introduite dans la capitale ont été relevées. »
« Il y a quatre mois… juste avant que je sois empoisonné ? »
Kabui Somal eut un rire amer.
Il s’était effondré à un moment où il ne pouvait absolument pas se le permettre et avait dû abandonner nombre de ses projets.
Pire encore, pendant son incapacité, des sacrifices inutiles furent faits parmi les troupes entourant la princesse.
Même maintenant, il regrettait encore sa stupidité.
« Il a été introduit en contrebande parmi d’autres marchandises sur un navire en provenance du Grand-Duché. »
« …Et sa destination, laissez-moi deviner ? »
« Oui… le palais du Prince héritier. »
« Incroyable… »
Kabui Somal semblait avoir anticipé cela dans une certaine mesure.
Sa réaction ne fut pas de la surprise, mais plutôt de la résignation. Il avait espéré que ses soupçons fussent infondés.
Peu importait qu’il s’agît du défunt prince héritier, de la princesse héritière ou de quiconque d’autre… le palais du Prince héritier était un lieu problématique.
Le Prince héritier était certes l’un des fils du roi, mais il était totalement différent des autres princes et princesses.
Premièrement, le Prince héritier possédait son propre territoire.
Il devait apprendre à gouverner avant de devenir roi.
Et, bien sûr, il disposait de sa propre force militaire.
Sans connaissance du commandement militaire, il serait en difficulté lorsqu’il deviendrait enfin roi…
Le Prince héritier était essentiellement un roi à petite échelle.
Ce n’était pas déraisonnable.
Chacun de ces aspects avait ses propres raisons logiques.
Cependant, lui permettre d’avoir sa propre force militaire était discutable…
Kabui Somal conseillait au roi de s’y opposer depuis son époque de Premier Seigneur Naval.
« C’est la tradition. »
Bien que le roi eût écouté une grande partie des conseils de Kabui Somal, il n’avait pas bougé sur ce point.
Naturellement, les efforts de Kabui Somal pour réduire la puissance militaire du Prince héritier firent de lui un ennemi clair aux yeux du palais du Prince héritier.
Il avait dû faire face à divers degrés de harcèlement de leur part depuis lors.
La majeure partie de la Marine Royale avait prêté allégeance absolue à Kabui Somal.
Un résultat de son palmarès écrasant.
Les critères selon lesquels les soldats jugent leurs commandants sont remarquablement simples.
Vont-ils gagner et les ramener sains et saufs à la maison ?
Peu importe à quel point un commandant peut sembler éloquent ou courageux, il ne sert à rien s’il perd.
Après tout, la vie des soldats est en jeu.
À cet égard, Kabui Somal était irréprochable.
Non seulement au sein du royaume, mais aussi dans les nations voisines, il était renommé comme l’« Amiral Invincible ».
Il traitait chaque membre d’équipage et chaque soldat de manière égale, quel que fût son rang.
C’est pourquoi, bien que le palais du Prince héritier méprisât Kabui Somal, ils ne s’opposèrent jamais ouvertement à lui.
Surtout pas devant le roi.
Une fois qu’une personne devient Prince héritier, même le roi ne peut facilement lui retirer son titre.
Cependant, le pouvoir de le faire appartient uniquement au roi.
Pour cette raison, tant le Prince héritier que la princesse héritière se comportaient avec une obéissance extrême en présence du roi.
Le roi semblait comprendre la nature rusée du Prince héritier.
Pourtant, il espérait encore… qu’à travers l’expérience et la croissance, le Prince héritier développerait des traits plus positifs.
C’est pourquoi il permit au Prince héritier de maintenir sa propre force militaire, croyant que cela lui servirait d’expérience précieuse.
Mais ensuite…
Le roi fut impliqué dans un accident et tomba plus tard malade.
Il ne serait pas exagéré de dire qu’à partir de ce moment, tout commença à mal tourner.
Kabui Somal laissa échapper un léger soupir.
« Il reste quatre jours avant le couronnement de Son Altesse. Étant donné que les nobles de diverses régions commenceront à arriver dans la capitale demain après-midi… toute action audacieuse se produira probablement ce soir ou demain matin. »
« Oui. Et quant à la protection de Son Altesse… »
« Elle sera en sécurité la nuit. Avec la permission de Son Altesse, Sir Ryo a encastré toute sa chambre à coucher dans un mur de glace. »
« P-pour toute la nuit ? »
« Ouais. C’est incroyable, n’est-ce pas ? »
Kabui Somal eut un sourire ironique tandis que son aide, Narun, exprimait sa surprise.
Un tel exploit dépassait le cadre de toute magie qu’ils connaissaient.
« Le fait que Sir Ryo et Sir Abel aient choisi de s’allier à nous est un témoignage de la force cachée de Son Altesse. »
« Je comprends ce que vous voulez dire. »
« Maintenant… que se passera-t-il demain… ? »
Personne ne put répondre à la question murmurée de Kabui Somal.
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