Chapitre 318
Chapitre 0302 Le page
Traducteur : Jay_Forestieri
Éditeur : Tseirp
Le lendemain de la réunion des trois grands.
La mission des Nations Centrales quitta le Royaume de Sufuoh, le dernier des pays du corridor.
Bien qu’ils eussent progressé dans l’ordre suivant : Empire, Union, puis Royaume, les délégations ne s’éloignèrent pas trop les unes des autres.
Naturellement, Ryo et les six autres se trouvaient à la traîne de toute la mission.
« Si le Royaume de Sufuoh devait nous attaquer et exiger que nous rendions la nourriture qu’ils nous ont offerte, nous serions les premiers à subir le choc de leur assaut. »
« Ryo… cesse de dire des choses aussi sinistres. »
Ryo marmonna ces mots, et Niels répondit en fronçant les sourcils.
« Ne t’en fais pas. J’ai déjà un plan en tête. »
« …Pourquoi ai-je l’impression que je ne veux même pas l’entendre ? »
Ryo se bombait le torse, débordant de confiance, tandis que Niels, qui avait un mauvais pressentiment, clamait qu’il ne voulait rien savoir…
« Nous pourrions gagner assez de temps pour nous échapper si nous leur offrions le corps massif de Niels ! »
« Je savais que tu dirais une chose pareille ! »
Comme à l’accoutumée, l’arrière-garde était paisible.
La délégation impériale ouvrait la marche.
Ils se reposaient actuellement sur le site de leur première halte de la journée.
Le chef de la délégation, l’Empereur Rupert, était entouré de nombreuses personnes.
Le comte Hans Kirchhoff, qui l’avait suivi depuis qu’il était Empereur, se tenait à ses côtés en tant que bras droit, accompagné de ses gardes personnels et de ses cuisiniers, tous des gens d’une grande excellence.
Beaucoup d’entre eux n’étaient pas désagréables à regarder non plus.
Sans être des beautés éclatantes, ils possédaient tous une allure unique, propre à ceux qui sont fiers de leur travail et confiants en leurs capacités.
C’était le cas de la plupart d’entre eux.
Cependant, un page d’une trentaine d’années affichait une expression et une attitude constamment nerveuses.
Au sein de la délégation impériale, les pages étaient naturellement responsables des soins personnels de l’ancien Empereur Rupert.
Bien qu’il ne s’agît pas d’une position de pouvoir, même les courtisans ne dédaigneraient pas un page assigné à un Empereur ou à un ancien Empereur.
Après tout, ils étaient les serviteurs les plus proches du souverain et de ses prédécesseurs.
C’est pourquoi beaucoup de pages tiraient une grande fierté de leur travail.
En fait, ils étaient plutôt bien rémunérés, ce qui en faisait un poste convoité au sein du château impérial.
Même dans la délégation impériale, les neuf pages de l’ancien Empereur Rupert étaient fiers de leur tâche et l’accomplissaient avec le sourire… à l’exception d’un seul, un page d’une trentaine d’années nommé Hague.
« Hague, le comte Kirchhoff souhaite te voir. Immédiatement. »
« Oui, j’y vais. »
Le page d’une trentaine d’années, appelé Hague, reçut les instructions du chef des pages, laissa le dressage des assiettes à un autre et se rendit à la tente du comte Kirchhoff.
« Bon sang, pourquoi est-ce moi, parmi tous les autres, qui dois faire ça… »
Marmonna Hague.
Contrairement aux huit autres pages, il n’était pas fier de ce travail.
Au contraire, il le détestait.
En premier lieu, il occupait un poste différent avant de rejoindre la délégation.
Bien que ce travail fût exigeant, Hague en tirait une grande fierté.
C’était une fonction que lui seul pouvait accomplir dans tout l’Empire, voire dans toutes les Nations Centrales, grâce à ses capacités uniques, et il était fier de soutenir l’ensemble de l’armée impériale.
Les seules tentes montées durant cette courte pause étaient celles de l’ancien Empereur Rupert et du comte Hans Kirchhoff.
« Excusez-moi. »
Les pages étaient autorisés à entrer dans la tente sans décliner leur identité.
À l’intérieur, le comte Hans Kirchhoff rédigeait quelques documents.
« Oh, Hague, j’allais te demander de m’aider à envoyer cette lettre. Un instant. »
Dit Hans en terminant rapidement la lettre avant de la sceller.
Puis, il la tendit à Hague et demanda :
« Alors, comment cela se passe-t-il ? T’es-tu habitué au travail ? »
« Oui, plus ou moins… »
« Ne te surmène pas trop. »
C’était probablement beaucoup de considération de la part d’un comte envers un simple page.
« Oui, merci. »
Hague s’inclina respectueusement, prit la lettre et quitta la tente.
« Oh, Hans, tu arrives au bon moment ! »
Le comte Hans Kirchhoff entra dans la tente de l’ancien Empereur Rupert, qui lui fit immédiatement signe d’approcher.
« Que désirez-vous de moi ? »
Une tasse de café fut placée devant Rupert.
« Hans, voilà… Je me disais qu’il me semblait avoir goûté des grains bien meilleurs que ceux-ci. »
« Vraiment… ? »
Hans pencha la tête.
Il n’avait entendu parler d’aucun remplacement des grains de café.
« Goûte donc. »
Dit Rupert en offrant la tasse à Hans.
« Dans ce cas, veuillez m’excuser. »
Hans prit une gorgée.
Puis il pencha la tête à son tour.
« C’est le même, Votre Majesté. »
« Quoi !? »
Rupert en prit une gorgée précipitée.
Et pencha également la tête.
« Je vois ? Je pensais qu’il avait meilleur goût autrefois… »
« Le processus de préparation, lui aussi, n’a probablement pas changé d’un iota. »
Hans jeta un coup d’œil au page qui se tenait à ses côtés.
Le visage du page était trempé de sueur…
Il pensait probablement que s’il s’avérait qu’il avait servi un mauvais café, il pourrait être sévèrement puni, voire pire.
Rupert sembla s’en être aperçu également…
« Oh, je ne dis pas que tu as raté la préparation ou quoi que ce soit. Tu peux donc te rassurer, tu ne seras pas puni. Tu peux y aller pour le moment. »
En entendant les mots de Rupert, le page se calma visiblement et quitta la tente.
« Votre Majesté, je crains que ce ne soit à cause de ce café que vous avez bu hier soir… »
« Celui-là, hein… »
Hans fit remarquer que cela pouvait être lié au café consommé lors de la réunion des trois grands.
« Il était assurément exquis… Donc, vous dites que c’est parce que celui-ci était tout simplement exceptionnel. J’aimerais vraiment en avoir. »
Hans gloussa aux paroles de Rupert.
« Je suis certain que nous pourrions nous en procurer dans l’Empire, mais je crains que ce soit difficile ici. »
« Hmm… »
« Alors, pourquoi ne pas le prendre par la force ? Au premier duc du Royaume. »
Demanda Hans avec un regard malicieux.
« Surtout pas, merci. Je ne veux pas devenir la risée de l’Empire pour avoir tenté de voler quelques grains de café et m’être fait retourner la situation contre moi. »
Répondit Rupert en fronçant les sourcils.
Bien qu’il en eût envie, ce n’était pas non plus une obsession.
« Oh, c’est vrai. Laissons le café de côté. Hans, je suppose que tu avais quelque chose à discuter avec moi en venant ici ? »
« Votre perspicacité est toujours aussi aiguisée, Sire. »
À cet égard, il était bel et bien l’homme qui avait régné sur l’Empire pendant de nombreuses années.
Ses facultés d’observation étaient l’un des piliers de sa sagesse.
« Il s’agit du baron Hagen Venda. »
« Hmm. »
« J’estime que les actions de Sa Majesté Helmut sont imprudentes… Même pour marquer les esprits, inclure un précieux mage de l’espace-temps dans la délégation est tout simplement trop… »
Hague, le page, était le baron Hagen Venda.
Et le baron Hagen Venda faisait partie de la délégation en tant que page assigné à l’ancien Empereur, sur ordre de l’actuel Empereur, Helmut VIII.
« Eh bien, inutile de faire des histoires. Je ne sais pas si c’était l’idée d’Helmut ou celle de son entourage, mais… je n’ai aucun mot à dire là-dessus. »
Déclara clairement l’ancien Empereur Rupert.
« Oui. Je vous demande pardon. »
Le comte Hans Kirchhoff s’excusa immédiatement.
Depuis qu’il avait abdiqué du trône impérial, Rupert avait systématiquement refusé de se mêler de l’administration de son fils, Helmut VIII.
La seule exception fut d’accepter d’être nommé à la tête de la délégation.
« Hagen a un fils. Il doit avoir 14 ans cette année, je crois. Il a probablement pensé que, même s’il arrivait quelque chose à Hagen, son fils manifesterait la magie de l’espace-temps. »
« Oui. »
Hans acquiesça aux paroles de Rupert.
Mais alors, avec un léger sourire, Rupert poursuivit.
« Mais nous savons tous deux que rien n’est garanti. Peut-être y a-t-il une raison suffisamment importante pour prendre un tel risque en envoyant cette délégation vers l’ouest. »
« Quelque chose que nous ignorons… »
« Oui. Alors, qu’est-ce que cela pourrait bien être… Cela m’intrigue. »
À toute époque et dans tout pays, le centre de la politique était un lieu où se rassemblaient les avides et les égoïstes.
Cependant, même ceux qui s’étaient retirés de la vie politique ne menaient pas une existence paisible et tranquille.
Une fois impliqué dans la politique, celle-ci vous suivait jusqu’à votre lit de mort.
Pour le meilleur ou pour le pire.
Dans le cas de Rupert, cependant… il semblait avoir volontairement renoncé à une vie paisible…
Pensa Hans en soupirant intérieurement.
(Une vie paisible ne sied pas à Sa Majesté Rupert…)
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