Chapitre 274
Chapitre 0258 Le Trio
Traducteur : Jay_Forestieri
Éditeur : Tseirp
Le lendemain de l’opération.
« Comment te sens-tu ? »
Demanda Ryo en entrant dans la chambre d’Abel.
Il fit alors un geste rapide pour remonter ses lunettes.
Il était parfaitement fidèle au stéréotype du médecin à lunettes.
Ryo avait un bon nombre d’amis d’enfance et de camarades de classe qui avaient fait des études de médecine… bien que seuls quatre d’entre eux portassent des lunettes…
Eh bien, tout est une question d’impression. Oui, l’impression est ce qui compte.
« Oh, Ryo. Je me sens merveilleusement bien, c’est incroyable. Je ne me suis pas senti aussi bien depuis des mois… peut-être même plus. »
Le teint d’Abel s’était amélioré, il était méconnaissable par rapport à la veille.
Il semblait également avoir retrouvé l’appétit. Vive la magie.
Le problème avec le cancer, c’est que si les cellules cancéreuses sont elles-mêmes voraces, elles réduisent également l’appétit de l’hôte humain.
De plus, sur Terre, le processus de traitement entraînait souvent une perte d’appétit… soigner la maladie est extrêmement difficile.
« Tout ce que tu as à faire maintenant, c’est bien manger. Ne te presse pas, prends simplement ton temps pour reprendre des forces. »
C’était plutôt décent de la part de Ryo.
Il avait presque l’air d’un vrai médecin.
« Au fait, Abel… »
« Hm ? »
« Tu es enseveli sous la paperasse depuis que tu es devenu roi, n’est-ce pas ? »
« La formulation est un peu… eh bien, oui, je suppose. »
Ryo avait l’impression de n’avoir jamais vu Abel faire autre chose que signer des documents à chaque fois qu’il le croisait…
« Je n’arrive pas à imaginer que tu sois capable de signer quoi que ce soit dans ton état actuel, ou même il y a quelque temps, que s’est-il passé pendant tout ce temps… ? »
« Euh… ? »
Quand Ryo posa la question, Abel détourna le regard.
Il semblait éviter de croiser ses yeux.
Les gens agissent ainsi lorsqu’on leur fait remarquer quelque chose de gênant.
« Noah est encore très jeune, et je ne me souviens pas avoir jamais vu Rihya ensevelie sous des papiers… »
« Eh bien, hum, tu sais… j’ai demandé au Marquis Heinlein de prendre le relais pour moi… »
Après la libération du Royaume il y a trois ans, le Marquis Alexis Heinlein avait été placé au poste de Premier ministre par Abel.
Bien qu’Abel eût intensément approfondi ses connaissances nécessaires à un roi grâce aux exercices de formation improvisés de l’ancien prince héritier Cain, il était devenu roi du jour au lendemain alors qu’il était un aventurier actif.
Comme on pouvait s’y attendre, il n’était pas réaliste qu’il prenne les rênes du pays seul.
C’est pourquoi il demanda au père de son compagnon d’aventure Phelps, le Marquis Heinlein, un grand noble du sud qui avait joué un rôle de premier plan dans la libération du Royaume, de servir en tant que Premier ministre.
Le Marquis Heinlein était apparemment très réticent au début.
On comprend aisément pourquoi il était réticent… lorsqu’il découvrit qu’il allait pratiquement se noyer dans la paperasse.
« Mes condoléances, Marquis Heinlein… »
Dit Ryo, compatissant face à sa situation.
« En fait, Ryo, en tant que chef des nobles, c’est toi qui aurais dû assumer ce rôle… »
« Je refuse catégoriquement ! »
Ce fut une démonstration classique, sans la moindre hésitation.
Avant qu’Abel ne puisse ajouter quoi que ce soit, Ryo le coupa net.
« C’était rapide… »
Abel fut assez surpris par une telle célérité.
« Je n’ai accepté le titre de premier duc et de chef des nobles que parce qu’il s’agit d’une position honorifique ! »
« Avec tes connaissances, Ryo, tu serais le plus apte… »
« Je refuse catégoriquement ! »
Rembarré pour la seconde fois.
Ryo s’éclipsa alors de la chambre.
La chose la plus intelligente à faire dans une situation délicate est de battre en retraite.
Il y a beaucoup de cafés dans la capitale royale.
Parmi eux, le préféré de Ryo est le « Cafe de Chocolat, succursale de la Capitale Royale ».
C’est la branche principale du café de la Cité de Rune.
Ce qui le distingue des autres, c’est la qualité de ses gâteaux… il apprécie particulièrement le Mont-Blanc et le fraisier.
Inutile de préciser qu’il porte sa robe habituelle, donc au premier coup d’œil, il ressemble à un aventurier mage.
Ce qui empêche le personnel de se douter qu’il est un duc.
Cependant, comme il visite souvent l’établissement et qu’il vient seul, la plupart des employés le reconnaissent comme un client régulier.
Soit dit en passant, c’est une information privilégiée qu’il s’y soit offert un gâteau pour fêter la réussite de l’opération.
Pour une raison quelconque, Ryo est qualifié de « mignon » dans son dos… le fait qu’on ne dise jamais qu’il est « cool » reflète probablement sa personnalité…
Bien sûr, Ryo lui-même l’ignore.
Aujourd’hui encore, en chemin pour s’échapper du château royal, il s’était arrêté à la bibliothèque du château pour emprunter un livre sur l’alchimie avant de venir dans ce magasin.
Il commanda son duo préféré, un Mont-Blanc et un café Kona, et en prit une bouchée.
« Mmm, cette texture moelleuse, légère et indescriptible… »
Il murmura des mots qui semblaient décrire la saveur en bouche.
Il semblerait que le voir manger ses pâtisseries de manière si délicieuse le rende populaire, y compris auprès des chefs pâtissiers.
Ils disent que l’observer les motive à donner le meilleur d’eux-mêmes la fois suivante.
Le sentiment humain est si difficile à comprendre…
Puis, après avoir terminé son gâteau, il ouvrit le livre qu’il avait emprunté et commença à lire en sirotant son café.
L’une des particularités du « Cafe de Chocolat, succursale de la Capitale Royale » est que le café est servi dans une carafe.
L’avantage préféré de Ryo était qu’il pouvait en tirer environ trois tasses.
« Honnêtement, échapper aux griffes d’Abel et avoir une carafe entière de café pour changer, c’est le bonheur… »
Il marmonna également cela, mais personne ne l’entendit.
Lorsque Ryo eut fini de verser la dernière goutte de café de la carafe dans sa tasse, le tumulte commença.
« Hé, tu te fous de moi ! »
Il entendit la voix provenant d’une table plus grande, deux rangées plus loin.
« Comment ça, vous n’avez plus de Mont-Blanc ! »
(Eh bien… le Mont-Blanc est effectivement délicieux. Je comprends pourquoi on aurait envie de hurler si l’on venait de si loin pour en manger et qu’il n’y en avait plus !)
Ryo hocha la tête avec placidité, un air triomphant sur le visage, car il venait tout juste de déguster le sien.
Tout en pensant qu’il n’était pas acceptable d’être aussi bruyant et agaçant pour les autres, Ryo pouvait comprendre ce que ressentait ce trio de jeunes aventuriers.
Et il éprouvait un peu de sympathie pour eux.
La sympathie est gratuite, après tout.
Mais les mots suivants qu’ils prononcèrent furent…
« Je suis un aventurier de rang C, pour info ! Et je vais hériter d’un duché dans le futur ! Je peux faire ce que je veux dans un endroit comme celui-ci ! »
Ryo manqua de recracher sa gorgée de café.
Pourquoi dire une chose pareille simplement parce qu’ils ne pouvaient pas avoir de Mont-Blanc ?
Est-ce que dire cela résoudrait le problème ?
Et en premier lieu, c’est… tellement pathétique…
Le tumulte dut être entendu jusqu’à l’intérieur.
Un homme calme d’une cinquantaine d’années, qui semblait être le gérant, sortit et commença à gérer la situation.
Cependant, cela ne se passa pas comme les jeunes aventuriers l’espéraient… étant donné que les Mont-Blanc étaient épuisés et qu’il n’y en avait évidemment plus.
L’un des aventuriers compatissait avec son compagnon agité… mais l’autre restait silencieux.
Celui qui se taisait ne disait rien, son expression et sa manière d’observer les choses étaient calmes.
À en juger par sa tenue, c’était probablement un prêtre.
Les deux autres commencèrent à vociférer et, comme on pouvait s’y attendre, les clients autour d’eux commencèrent à froncer les sourcils.
« Quoi ! Vous avez un problème avec ça ou quoi ? »
Naturellement, c’était le genre de mots que les personnes concernées commençaient à lancer… aux clients décents qui les regardaient avec méfiance.
Et quand cela arrive, cela commence à gêner le magasin.
« Monsieur, vous dérangez les autres clients. »
« La ferme ! »
Dit le jeune aventurier, en faisant un pas vers le gérant.
Glissade.
« Euh… »
Soudain, il manqua de glisser et de tomber… mais le prêtre le rattrapa.
« Ooh… »
Marmonna Ryo, impressionné.
Les réflexes du prêtre étaient plutôt bons.
L’image que Ryo a des « prêtres » ressemble à celle d’Etho de la « Chambre 10 »… et il ne peut pas dire qu’il ait de bons réflexes, même pour être poli.
Bien sûr, cela ne diminue en rien les points forts d’Etho… mais d’un autre côté, il n’est pas exactement athlétique…
Mais ce prêtre, lui, avait réagi.
« Tu n’es donc pas devenu un rang C à un si jeune âge par pure chance. »
Ryo murmura et hocha légèrement la tête.
Naturellement, c’était Ryo qui avait essayé de faire tomber leur compagnon en générant une <Piste de Glace> sous ses pieds.
« Bon sang. Assez de ces conneries ! On s’en va ! »
Sur ce, le trio de jeunes aventuriers de rang C quitta le magasin.
Inutile de dire que tout le monde fut soulagé, clients comme personnel.
Seul Ryo, cependant, était quelque peu abattu.
Par la fenêtre, il pouvait voir les trois hommes s’éloigner.
(<Piste de Glace>)
Deux d’entre eux tombèrent de manière spectaculaire.
Le seul qui évita la chute… fut le prêtre en question.
« Comme je le pensais, ce prêtre a de bons réflexes. »
Mais cela ne s’arrêta pas là.
Le prêtre ne se contenta pas d’éviter la chute, il regarda également autour de lui.
Il ne pensait pas que cette chute était un accident.
Mais bien sûr, il ne trouva rien de suspect…
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