Chapitre 244
Chapitre 0238 Raid
Traducteur : Jay_Forestieri
Éditeur : Tseirp
La pluie qui s'était abattue cet après-midi-là avait totalement cessé au moment où les étoiles firent leur apparition.
Par un concours de circonstances, et pour quelques raisons artificielles, les quatre membres de l'« Épée Pourpre » étaient réunis dans le bureau d'Abel, une occurrence rare.
La réunion finale des unités que chacun d'entre eux avait entraînées et organisées se tenait en ce moment même.
« Les troupes du comté frontalier de Rune et celles du marquis de Heinlein serviront de noyau à l'armée du Sud. »
Abel expliqua la situation à Warren, Rihya et Rin en leur montrant une carte du royaume.
« Ce qu'on appelle la Garde Royale sera dirigée par Phelps. Sa "Brigade Blanche" et les aventuriers de Rune. »
« Je n'ai jamais entendu parler d'un roi qui nomme des aventuriers comme garde personnelle, pourtant. »
« C'est assurément un exploit dont seul Abel est capable, c'est certain. »
L'explication d'Abel surprit aussi bien Rin que Rihya, mais elles en saisirent l'essentiel.
Phelps est le fils du marquis Alexis Heinlein et, simultanément, un aventurier de rang B dans la cité de Rune.
La « Brigade Blanche » qu'il dirige compte quarante membres, ce qui constitue en soi la taille d'un « bataillon », si ce n'est d'une « brigade ».
De plus, tous les aventuriers de Rune sont des connaissances d'Abel, et il leur confie sa vie.
La popularité d'Abel parmi eux est sans égale.
Et s'ils étaient absorbés par l'Empire, le « surplus d'or » qu'ils ont économisé et déposé à la guilde pourrait leur être confisqué.
En d'autres termes, ceux qui, par émotion comme par raison, souhaitent qu'Abel reprenne le contrôle du royaume sont les aventuriers.
« Le Maître de Guilde s'est occupé de la coordination tout du long en restant cloîtré à la guilde. Rin, comment se portent les forces magiques ? »
« Eh bien, elles sont très bien entraînées à la base. À noter qu'elles possèdent une quantité considérable de pouvoir magique, ce qui leur permet de tenir longtemps au combat. Assez pour lancer une tonne de sorts. Elles multiplient actuellement les simulations de combat et gagnent en expérience dans le combat antipersonnel. Elles sont donc prêtes à tout moment. »
Rin répondit à la question d'Abel tout en grignotant ses en-cas.
Les quatre compères avaient discuté tout le long en picorant au lieu de dîner, si bien qu'ils étaient assez affamés.
« Les Chevaliers sont même allés jusqu'à effectuer un exercice en dehors du château… ce qui signifie que nous sommes pratiquement prêts à partir. »
Organiser une armée prend plus de temps qu'on ne pourrait l'imaginer.
De plus, si l'on doit se charger d'une mission totalement différente et affronter un adversaire nouveau, il est naturel de vouloir être aussi compétent que possible avant d'entrer dans la bataille.
Sinon, seule la mort nous attend.
Et ces préparatifs furent rendus possibles grâce aux efforts de personnes dont les noms ne resteront pas dans l'histoire… ceux qui figurent dans les livres d'histoire ne sont pas les seuls à avoir travaillé dur.
Les quatre discutaient de ces choses-là.
Lorsqu'ils cessèrent de parler, Abel ressentit soudain un malaise.
Au début, il ne sut pas pourquoi.
Mais il comprit bien vite.
« C'est trop calme… »
En effet, c'était déjà la nuit.
Mais malgré cela, un bon nombre de personnes travaillaient dans le manoir, et des soldats patrouillaient sur le domaine.
Le manoir est habituellement rempli de bruits de conversations, de pas, et de tant d'autres sons dont on n'a généralement pas conscience.
À présent, ils n'entendaient rien de tout cela.
Ce qui était inhabituel.
Puis Abel sentit un regard et tourna les yeux vers la fenêtre donnant sur un grand balcon.
À l'extrémité du balcon, sur la rambarde, il vit quatre hommes.
Et l'homme au centre leva légèrement la main… avec un sourire intimidant sur le visage.
« Ils sont enfin là… »
Murmura Abel en saisissant son épée.
Les trois autres avaient sans doute deviné qui étaient ces quatre individus sur le balcon ; ils empoignèrent donc leurs armes et se dirigèrent vers le balcon avec Abel.
Le balcon extérieur du bureau était vaste. Aussi grand qu'une cour d'école.
Il était également relié au hall, et ce seul balcon était assez grand pour accueillir une réception.
En fait, c'était depuis ce balcon que le comte frontalier avait donné l'ordre aux chevaliers alignés dans la cour pour la cérémonie de départ.
Quatre hommes se tenaient côte à côte sur la rambarde de ce balcon spacieux.
Tous les quatre devaient avoir un peu plus de trente ans.
Un épéiste, un mage, un lancier, et un éclaireur archer.
C'étaient les « Cinq Dragons », l'un des deux seuls groupes de rang A du Royaume.
Alors qu'Abel et les autres sortaient sur le balcon, San, le chef et épéiste, prit la parole.
« Oh, Dieu merci. On commençait à se sentir seuls, à croire qu'on allait rester ici un moment sans se faire remarquer. »
Des mots si condescendants et provocateurs… mais c'était un homme dont la force justifiait l'arrogance.
« Vous devez être San des "Cinq Dragons". »
« Hé, je ne vais pas te demander de m'appeler "seigneur", mais appelle-moi au moins Sir San. Je suis quand même ton aîné en tant qu'aventurier de rang A, pour ce que ça vaut ? »
Répondit San aux paroles d'Abel, feignant d'être vexé.
« Je n'ai aucun respect pour les traîtres. »
« On dirait que le roi aventurier est un homme dur. »
Abel parla, et Connor, le lancier, répliqua par une boutade.
Les Cinq Dragons étaient appuyés contre la rambarde, et San était assis avec agilité sur celle-ci, mais ils restaient totalement sur leurs gardes.
Abel songeait à les abattre d'un seul coup s'ils venaient à baisser leur garde, mais il n'y avait aucune chance que cela arrive.
« Cela semble idiot de vous demander ça dans cette situation, mais je suppose que je devrais le faire pour la forme. Vous êtes là pour me tuer, n'est-ce pas ? »
Demanda Abel en regardant San.
« Je suppose qu'il est inutile de le cacher. C'est exact. Si nous te tuons, Abel, l'aventurier de rang A et roi autoproclamé, nous recevrons, nous quatre, deux milliards de florins. Alors, cela te dérangerait-il de nous offrir ta tête ? »
Sans aucune malveillance, et sans montrer le moindre signe de remords, San confirma les dires d'Abel.
« Deux milliards, hein… quelle aubaine. »
« Non, non, non, en quoi est-ce une aubaine ? »
Abel murmura, et Connor, le lancier, intervint.
« Même avec des contrats de rang A, on ne touche pas une telle somme. »
Connor haussa les épaules, les bras ouverts, exprimant l'improbabilité de la chose.
« Maintenant, comme je suis sûr que le sage Roi Abel et ses amis comprennent qu'après tout ce temps, personne ne viendra, n'est-ce pas ? Je peux vous assurer que vous ne verrez pas de renforts de sitôt. »
« Tsk. »
Dit San, et Abel claqua légèrement de la langue.
Abel avait effectivement parlé longuement car il espérait secrètement que quelqu'un remarquerait l'agitation et viendrait à son secours.
Mais en même temps, il est vrai qu'il est difficile de croire que ces aventuriers de rang A commettraient une telle négligence.
« Qu'avez-vous fait aux gens dans le manoir ? »
« Oh, ne t'inquiète pas pour eux. Ils font juste un sommeil très profond. J'aurais pu les tuer, mais le seul prix est ta tête, Abel. Sympa, non ? »
« Vous avez endormi tout le monde dans le manoir ? »
Abel était sincèrement surpris.
Ils ont peut-être utilisé des drogues, mais il devait y avoir plus d'une centaine de personnes. Ce n'est certainement pas un exploit facile…
« Je les ai tous endormis. »
Dit Calvin, l'éclaireur archer, qui n'avait pas prononcé un mot jusqu'alors.
« C'est un éclaireur de rang A, tu sais ? Quand il s'agit de ce genre de choses, c'est un monstre. »
Dit San, avec une pointe de fierté.
En fait, peu d'éclaireurs dans l'histoire des aventuriers ont atteint le rang A.
Le fait que l'autre groupe de rang A, l'« Épée Pourpre », n'ait pas d'éclaireur… en disait long à ce sujet.
Néanmoins, quand Abel entendit les mots « je les ai tous endormis », il fut soulagé.
Car c'était une bien meilleure nouvelle que « je les ai tous tués ».
« Très bien alors, je pense qu'il est temps de mettre fin à cet échange d'informations, tu ne crois pas ? Donc, Abel, nous allons réclamer ta vie maintenant. »
Dit San en descendant de la rambarde.
« Je n'ai qu'une seule question. Qu'est-il arrivé à votre cinquième membre, le prêtre Henning ? »
Abel posa la question qui le taraudait depuis que le rapport sur les Cinq Dragons lui était parvenu.
« Ça… ne te regarde pas. »
San prononça ces mots avec une expression vide… mais Abel y décela une pointe de tristesse et de regret.
Les groupes ont des circonstances différentes… dans lesquelles les autres ne devraient pas s'immiscer.
« Je vois, toutes mes excuses. »
Même si les aventuriers de rang A devant lui sont ceux qui, pour une raison ou une autre, ont dévié du droit chemin, il y a certaines questions que l'on ne doit pas poser.
La question d'Abel était de cet ordre.
Alors Abel s'excusa en toute franchise.
Ainsi se leva le rideau sur la bataille entre les « Cinq Dragons » et l'« Épée Pourpre », les deux seuls groupes de rang A du Royaume.
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