Chapitre 72
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Traducteur/éditeur : HidingTurtle
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◈ Le Chevalier errant et le Château ambulant ◈
Chapitre 72 : Premiers pas dans le Nord (4)
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Lorsqu’ils atteignirent une colline proche de la source, les éclaireurs qu’Eugene avait envoyés en avant les attendaient. Il n’y avait pas de meilleur endroit dans les environs pour se reposer.
Eugene porta la main à sa poitrine en signe de reconnaissance pour leurs efforts, puis leva la main droite.
« Halte ! Nous établissons le camp ici pour la nuit ! »
À son ordre lancé d’une voix grave, tous s’arrêtèrent aussitôt : non seulement l’armée d’Eugene, mais aussi celle du baron Yones.
*Sans la moindre hésitation…*
Les chevaliers de la maison Yones furent stupéfaits de voir leurs soldats obéir si naturellement à Eugene.
Les deux armées ressemblaient à deux colonies de fourmis voyageant côte à côte.
Et pourtant, les soldats de la maison Yones suivaient les ordres d’Eugene comme s’ils avaient remplacé les phéromones auxquelles ils s’étaient fiés toute leur vie.
Une seule bataille avait suffi. La puissance qu’Eugene y avait déployée, digne d’un dieu de la guerre, s’était emparée jusqu’à leur âme.
« Préparez-leur un logement là-bas. »
Les guerriers de la tribu dressèrent une grande tente à l’emplacement le plus agréable et en décorèrent l’intérieur de tapis aux motifs colorés.
« Je n’ai jamais rien vu de pareil. »
« C’est très différent du style de Roman, n’est-ce pas ? »
Les yeux brillants, le baron Yones entra dans la tente de style nomade.
Ils partagèrent quelques boissons dans une atmosphère détendue, et Eugene comprit pourquoi le baron l’avait accueilli avec tant de chaleur.
« Ouf… Dire que j’ai moi-même rompu un contrat de vassalité qui durait depuis si longtemps. »
« N’est-ce pas votre ancien suzerain qui a trahi le premier en rejoignant la Faction impériale ? Ne vous en voulez pas. »
Le chef de la maison Yones était mort subitement d’une maladie cardiaque. Le baron avait hérité du titre sans préavis, encore accablé par la situation, pour découvrir qu’il était cerné d’ennemis.
Pendant les funérailles, il avait fait proclamer son soutien à la Faction des Nobles et cherché un nouveau suzerain parmi les grands seigneurs.
C’est dans ce cadre qu’il s’était lancé dans cette expédition, avant de tomber dans une embuscade et de se retrouver au milieu d’un champ de bataille empestant le sang.
Alors qu’il pensait : « C’est la fin », on l’avait secouru. Il était tout naturel qu’un seigneur inexpérimenté se laisse submerger par ses émotions.
« On dit que Dieu prépare à la fois l’épreuve et le salut. Cela doit être vrai, puisqu’il vous a envoyé à moi. »
Un chevalier à peu près de son âge, sans attaches dans le Nord, qui s’était couvert d’une gloire immense en si peu de temps !
Le baron Yones éprouvait pour le seigneur qui lui faisait face autant de sympathie que d’admiration.
« Sir Eugene. J’ai entendu dire que des pirates s’étaient même emparés de châteaux. »
« J’ai entendu dire que certains secteurs en étaient infestés par plusieurs centaines, voire un millier. Ce n’est pas étonnant. »
Tous les seigneurs ne vivaient pas dans de solides châteaux de pierre. Certains châteaux de bois étaient si fragiles qu’ils méritaient à peine ce nom, et les engins de siège étaient inutiles.
Il suffisait d’amener quelques chevaux de guerre pour enfoncer la porte, ou d’incendier le château afin d’en déloger les occupants.
« Qu’est-il arrivé aux familles des seigneurs dont les châteaux sont tombés ? »
« J’ai entendu dire qu’on les avait envoyées dans la capitale et dépouillées de leurs titres. »
« Alors leur vie de nobles est terminée. »
« Oui. L’Empereur est entouré d’une foule de gens qui lorgnent les postes vacants. Ils rêvent sans doute d’obtenir un petit fief et de vivre dans le luxe. »
C’était ainsi que la Faction impériale avait levé une armée bien au-delà de ses moyens financiers. Elle pouvait offrir des seigneuries à des gens brûlant d’ambition.
La tyrannie de l’Empereur, qui bafouait les droits séculaires des nobles, ne manquerait pas de rendre sa réputation encore plus infâme. Cela dit, s’il s’était soucié de ce genre de choses, il ne se serait jamais proclamé empereur.
* * *
Les villages qu’ils traversèrent après être entrés dans le fief du baron Est étaient en proie à la tension.
Les pirates n’étaient pas les seuls responsables. Plus d’un village avait été anéanti par des mercenaires déchaînés dans le chaos.
« Accueillez-nous, je vous en prie ! Nous ferons n’importe quel travail ! »
Des réfugiés qui avaient perdu leur foyer arrivaient de toutes les directions.
« Beau-père… »
« Papa ! Bouhouhou ! »
Dans certaines familles, des filles mariées dans les villages voisins revenaient avec leurs époux, tous deux vêtus comme des mendiants.
Dans ces conditions, Haind et les mercenaires s’attiraient des regards méfiants lorsqu’ils entraient dans les villages pour acheter des provisions.
« Le chef du village a voulu nous offrir un tribut, alors j’ai refusé. »
« Bien. Inutile de laisser une mauvaise impression de nous au baron Est. »
Certains villages, craignant que l’armée devant eux ne se transforme en bande de brigands, tentèrent de leur remettre les objets de valeur qu’ils avaient rassemblés.
« Messire chevalier, puisque nous sommes venus en renfort, la coutume nous autoriserait à accepter une offrande de cette valeur. »
Rex avait l’air déçu. Puisqu’il ne pouvait pas les piller, il aurait au moins voulu recevoir leur tribut.
« De toute façon, ça ne représente pas grand-chose. »
« Ce n’est pas une question de montant. Il y a quelque chose d’exaltant à obtenir des choses des gens, non ? »
Contrairement à Eugene, qui avait les réflexes d’un sédentaire, Rex appartenait à un peuple nomade. Pour lui, soutirer quelque chose aux autres était le meilleur des divertissements.
S’ils lui en voulaient, il n’avait qu’à partir ailleurs.
« Ils ont déjà l’air assez misérables. Je ne veux pas leur prendre encore davantage. »
La situation alentour était si sombre que la plupart des villageois avaient le visage émacié.
« Nous ne les reverrons plus une fois partis. »
« Mais eux, ils se souviendront de nous. »
« … »
Rex ravala de toutes ses forces les mots : « J’imagine que vous ne vous souvenez pas des dizaines de pirates dont vous avez fracassé le crâne, messire chevalier ? »
« Après une nuit de sommeil, on oublie les hommes qui meurent en pillant les gens. Mais difficile d’oublier des enfants qui pleurent en tenant des bols vides. »
« Euh… Je n’ai rien dit. »
Rex fut décontenancé qu’Eugene ait deviné ses pensées, mais il en fut aussi ravi.
Lire dans ses subordonnés faisait partie des qualités d’un chef. Cela lui permettait de déjouer les manigances de l’ennemi et d’éviter les trahisons de ses alliés.
« Parfois, on dirait un mercenaire, messire chevalier, et parfois un prêtre. »
« C’est un compliment ? »
« Bien sûr. Ça veut dire que vous savez prendre le masque du bien ou du mal quand il le faut. »
*Ça ressemble plutôt à une insulte…*
À cet instant, les éclaireurs partis loin en avant revinrent avec un rapport. Il n’y avait aucun pirate dans les environs.
« Je devrais remercier Bruce. »
« Exactement. Il nous a rassemblé toute la vermine et le butin avec tant de soin. »
Rex regarda le chevalier de l’Empereur, étroitement ligoté et chargé sur une charrette, comme s’il admirait Bruce.
Grâce à Bruce, qui avait rassemblé les pirates avec tant d’application, ils les avaient éliminés d’un seul coup et pouvaient continuer leur avancée sans livrer une autre bataille.
* * *
« Bienvenue, nobles voisins ! »
Le baron Est accourut dès que les renforts atteignirent le château.
Quelques jours plus tôt, le baron Est avait observé depuis les remparts une importante bande de pirates se dirigeant vers l’ouest.
Le baron Est avait tremblé de peur ; il fut donc ému de voir arriver les seigneurs venus l’aider, plus rapidement et en plus grand nombre qu’il ne l’avait espéré.
« Vous avez éliminé jusqu’au dernier de ces chiens galeux ?! »
Les yeux du baron Est se remplirent même de larmes lorsqu’il apprit que les pirates avaient été anéantis.
« D’ordinaire, traquer ceux qui s’étaient dispersés dans toute la région aurait été un vrai casse-tête. Nous devons remercier le baron Yones de les avoir retenus. »
« Euh… eh bien… »
Le baron Yones esquissa un sourire gêné devant les éloges en demi-teinte d’Eugene. Il avait été la cible et avait échappé de peu à la mort.
Si Eugene n’était pas arrivé à temps, c’est Yones, et non Bruce, qu’on aurait ligoté serré et chargé sur une charrette.
« Veuillez vous occuper des blessés. »
« Bien sûr ! Après tout, ce sont des héros venus secourir notre fief ! »
Le baron Est tapa sur la poitrine du baron Yones, qui s’inclinait. Tous les hommes tués ou blessés lors de la bataille étaient venus avec Yones.
« Je veillerai à ce que le duc Ismar apprenne votre noblesse d’âme. Vous, là ! Vous prenez des notes ? »
« Oui, monseigneur ! »
Derrière le baron Est, un scribe s’affairait avec sa plume.
L’histoire était simple : les seigneurs voisins avaient répondu à un appel à l’aide et vaincu les pirates.
La situation n’avait beau rien avoir de compliqué, la plume du scribe ne semblait pas près de s’arrêter.
*Le baron Est sait mettre les formes.*
Le baron Est jouait une sorte de rôle.
C’était un art qui permettait de plaire aux autres sans dépenser un sou, mais les nobles y étaient étonnamment mauvais. Même le plus petit seigneur gouvernait ses terres avec une autorité que les rois auraient pu lui envier.
« Le duc Ismar a toujours bien traité ses vassaux. La guerre civile l’a simplement privé des moyens d’agir. Bientôt, le duc réglera les problèmes qui l’entourent et rétablira la situation dans le Nord. »
Le baron Est restait d’une loyauté inébranlable envers le duc Ismar. Il ne semblait pas lui en vouloir de ne pas l’avoir secouru dans une situation aussi dangereuse.
Autrement dit, le duc Ismar avait gouverné ses vassaux avec beaucoup de bonté.
Poing serré.
Le baron Yones referma la main. Il semblait déterminé à attirer cette fois l’attention du duc et à devenir l’un de ses vassaux.
* * *
Le baron Est ouvrit les entrepôts et donna un grand festin.
« J’ai préparé un banquet pour ces illustres héros. »
Les nobles étaient du genre à organiser des festins même en temps de guerre.
La menace des pirates n’avait pas entièrement disparu, mais la destruction de leur principale force dans la région suffisait amplement à justifier les réjouissances.
Les dignitaires du château mangeaient et buvaient à profusion, soulagés de ne plus craindre les menaces extérieures, tandis que les invités célébraient leur victoire.
« Je veux entendre comment vous avez vaincu ces chevaliers de Gord qui ressemblent à des ours mangeurs d’hommes. »
« Allons donc ! Nous parlerons du duel judiciaire plus tard. Racontez-nous d’abord comment vous avez tué la bête magique ! La plus belle histoire d’un chevalier, c’est la chasse aux monstres, non ? »
La coupe d’Eugene ne restait jamais vide bien longtemps.
« Votre défunt père était un excellent seigneur. À son repos éternel ! »
« Le duc Ismar comprendra aussi votre sincérité. Nous témoignerons de votre honneur, baron. »
Assis plus loin, le baron Yones aussi voyait sa coupe constamment remplie de vin.
Chez les nobles, même lorsqu’on leur rendait visite sans raison particulière, la coutume voulait qu’on mange et boive comme des affamés.
Quand les invités étaient venus en renfort et avaient remporté une grande victoire, il n’y avait pas lieu de s’en priver.
Cette nuit-là, celle qui reçut le plus de coupes ne fut ni Eugene ni Yones, mais Varda.
Sa renommée de mage était connue dans tout Roman.
« Je ne m’attendais pas à trouver ici la célèbre mage de la Forêt d’Émeraude. »
Glou.
« Sir Eugene a vraiment de la chance d’avoir à ses côtés une personne aussi sage pour le conseiller ! Ha ha ha ! »
Encore une coupe.
« Noble dame de la forêt, j’ai passé tout ce banquet à chercher des mots pour décrire votre éclat. Mais à présent que je me tiens devant vous, tous ces mots me semblent vains. Vous êtes belle. Je ne vois pas comment vous décrire autrement. »
Encore et encore, on lui remplit sa coupe.
Varda, qui retirait rarement sa capuche, était le plus beau spectacle du banquet.
Ses cheveux semblaient filés dans de l’or fondu, et ses yeux dorés faisaient pâlir toutes les bougies coûteuses de la salle.
« Voilà donc pourquoi vous gardez toujours votre capuche, même lors des banquets ordinaires. »
« Je n’aime pas beaucoup boire. »
Assise à côté d’Eugene, Varda exhalait un riche parfum de vin doux.
Lors d’un banquet noble, refuser de boire revenait à insulter la dignité de l’hôte. Mieux valait boire jusqu’à s’écrouler.
De plus, une beauté qu’ils ne reverraient peut-être jamais de leur vie buvait sans montrer le moindre signe d’ivresse. Ils étaient comblés au-delà de toute mesure.
« Vous tenez remarquablement bien l’alcool. Je crois que vous avez autant bu que moi, et pourtant vous n’êtes pas du tout affectée. »
« Les Elfes résistent bien aux maladies et aux poisons. »
Elle avait un pouvoir détoxifiant exceptionnel, mais cela ne signifiait pas qu’elle pouvait boire davantage.
« Ils exagèrent quand même. Vous êtes déjà allée deux fois aux latrines et ils continuent à vous offrir du vin. »
« …C’est vous qui allez trop loin. On ne parle pas des latrines devant une dame. »
Malgré tout ce qu’elle avait bu, le visage pâle de Varda rougit légèrement, surtout aux oreilles.
« Le vin a l’air correct. Même ceux qui sont difficiles le boivent sans rechigner. »
Eugene désigna les guerriers de la tribu. Rex essayait de faire boire Haind davantage.
« Il n’est pas aussi bon que l’alcool traditionnel de ma famille, mais il se laisse boire. Vous devriez en goûter aussi. »
« J’ai dit que ça allait. »
« Allez, juste une coupe. »
Chez les Elfes noirs, dont le quotidien était fait de pillages et d’errance, le sens des affaires comptait autant que les talents martiaux.
Haind était pragmatique, comme il convenait à quelqu’un issu d’une famille de marchands, et excellait dans le commerce et la logistique. Les Elfes noirs appréciaient un chevalier aussi rare.
Glou, glou.
« Ah ! »
« Ha ha ha ! Cet écuyer vous bat à plate couture ! »
« Écuyère ! Acceptez donc une coupe de mon alcool ! »
« Voilà une vraie chevalière ! Pourquoi ne deviendriez-vous pas l’écuyère, Haind ? »
Les guerriers de la tribu applaudirent tandis que Homi vidait sa coupe d’un trait avant de la tendre de nouveau.
Selon son rang, elle n’était qu’une écuyère, mais personne dans le camp d’Eugene n’osait la traiter à la légère.
C’était le résultat de ses talents remarquables au combat, de son instinct exceptionnel d’éclaireuse et de sa place auprès d’Eugene, dont elle était la plus proche compagne.
Varda observa la scène avec satisfaction, puis se raidit en entendant des pas approcher.
« Vous êtes comme une fleur née de toute la beauté de la forêt. Permettez-moi de vous offrir une coupe. »
Tout le monde était agréablement ivre, et leurs compliments étaient devenus insupportablement sirupeux.
Les yeux dorés de Varda clignèrent de fatigue lorsqu’on lui remplit une nouvelle coupe à ras bord.
« Laissez-moi faire. »
Sans attirer l’attention, Eugene échangea sa coupe à moitié vide contre celle de Varda.
« Je vous remercie de cette attention, mais vous n’avez pas besoin d’aller aussi loin. »
Elle le dit, mais elle lui en était reconnaissante. Quelle que fût son ivresse, l’odeur de l’alcool commençait à lui donner la nausée.
« C’est ce qu’on appelle être un chevalier noir. »
« Un chevalier noir ? »
« Cela consiste à protéger une dame en danger lors d’un banquet en buvant à sa place, plutôt qu’en dégainant son épée. »
Varda se couvrit la bouche et rit avec élégance.
« Quelle coutume intéressante. Vous avez toujours de nouvelles histoires à raconter. »
Le chevalier devant elle lui servait sans cesse d’étranges récits, qu’il s’agisse de coutumes insolites comme celle-ci, de fables édifiantes ou même de légendes embarrassantes et salaces sur les dieux.
« Ce n’est rien comparé aux conseils et au dévouement dont vous avez fait preuve à mon égard, Varda. »
« Non. Notre relation est suffisamment réciproque, alors ne dites pas cela. »
C’était une époque où les divertissements étaient rares. Les récits et les philosophies singulières d’Eugene avaient toujours fasciné et amusé Varda.
« Le peu de temps que j’ai passé avec vous m’a apporté plus de joie que toutes ces années où j’ai erré seul dans Roman. »
« Vous avez l’air un peu ivre. »
« …Peut-être. »
Eugene sourit lui-même en parlant, apparemment sans s’en rendre compte.
Pendant qu’Eugene s’éloignait quelques instants de sa place, plusieurs personnes interrogèrent Varda sur ses projets d’avenir.
Ils voulaient savoir si elle comptait rencontrer le seigneur qu’ils servaient. Le baron Est était du nombre.
Glou.
« Le duc Ismar a souvent fait l’éloge de la mage de la Forêt d’Émeraude. »
Le baron Est prit la parole en versant respectueusement du vin dans la coupe de Varda.
« C’est un honneur. »
« Quand votre contrat avec Sir Eugene prendra fin, envisageriez-vous de rencontrer le duc Ismar ? »
Contrairement aux chevaliers, les mages n’avaient pas de suzerain. Ils n’avaient que des protecteurs, et plus un mage était doué, plus cela était vrai.
Un chevalier dont le domaine se limitait à un village ne pouvait pas garder longtemps auprès de lui la mage de la Forêt d’Émeraude.
Le baron Est se réjouissait déjà à l’idée d’offrir un si beau cadeau au duc Ismar.
« Je vous remercie d’y avoir pensé, mais j’ignore moi-même quand je quitterai Sir Eugene. »
« Quoi ? Qu’entendez-vous par là… ? »
« Il n’existe aucun contrat d’or entre lui et moi. J’ignore quand s’achèvera cet étrange voyage que nous faisons ensemble. Je n’ai pas encore mal aux pieds. »
Varda vida légèrement sa coupe et sourit.
« Merci pour le vin. Il va bientôt revenir. »
Varda effleura l’une de ses longues oreilles elfiques pâles. Le doux parfum de son haleine et son sourire éblouissant auraient suffi à envoûter n’importe qui.
Pourtant, son attitude ne laissait aucun doute : le baron Est devait partir.
Le baron Est n’osa pas demander ce qu’elle voulait dire. Bien qu’il fût l’hôte du banquet, il s’inclina profondément et se retira.
Notes de bas de page :
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