Chapitre 67
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : HidingTurtle
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ Le Chevalier errant et le Château ambulant ◈
Chapitre 67 : Prophétie (6)
──────
Le chemin sur lequel le golem s’était rué semblait avoir été ravagé par une tempête. Heureusement, personne ne paraissait avoir été tué ou blessé.
C’est vraiment le festival des Elfes noirs.
Malgré le chaos soudain, tous s’étaient dispersés en empruntant les itinéraires les plus efficaces, sans se gêner les uns les autres. Ils se déplaçaient en parfait ordre, comme s’ils avaient répété maintes fois des exercices d’évacuation.
Personne ne se tenait la tête en s’effondrant, ni ne trébuchait en tentant de fuir.
« Comment calmer un golem en furie ? »
C’était l’adversaire le plus invraisemblable qu’Eugene eût jamais affronté. Le frapper avec une lame ne ferait qu’abîmer l’arme.
« Je ne m’y connais pas non plus en golems. »
« … ! »
« P-pourquoi tu me regardes comme ça ? »
« Je n’aurais jamais cru qu’il y aurait quelque chose que Varda ignore. »
« Je suis une mage de la forêt. Je connais aussi un peu d’autres domaines, mais je ne sais pas tout. »
« Compris. Homi ! Apporte-moi mes armes ! »
Homi se précipita vers le secteur de la Tribu de la Main Noire.
« Hop ! »
Elle prit appui sur un poteau de tente, bondit, agrippa le toit d’une main et se hissa dessus.
Elle fila ensuite en ligne droite par-dessus les toits. Chaque fois qu’elle perdait l’équilibre, sa longue queue épaisse basculait de l’autre côté pour la stabiliser.
J’en serais incapable.
Il fallait réunir une grande force, un corps léger, la souplesse d’une femme et une queue. Ces quatre atouts étaient indispensables pour réaliser de telles acrobaties.
« Tu comptes l’affronter ? »
« Je vais au moins essayer de gagner du temps. »
Lorsqu’un danger survenait pendant le festival, tous les guerriers à proximité étaient censés intervenir. Si Eugene, un chevalier, prenait la fuite, les gens auraient de quoi jaser.
Les guerriers de la Tribu de la Main Noire allaient eux aussi partir au combat, et il ne pouvait pas rester les bras croisés alors qu’il était leur invité. Il ne voulait pas les voir mourir ou être blessés.
Le golem cheval de guerre se retrouva face aux gardes du festival, qui avaient accouru sur les lieux. C’étaient des guerriers légèrement armés, chargés de patrouiller régulièrement dans le secteur.
« Ne vous approchez pas ! À moins de vouloir finir en purée ! »
« Appliquez la même tactique que contre les monstres de taille moyenne ! »
Aucun d’eux n’avait jamais affronté un adversaire pareil, mais ils réagirent avec calme. Il était solide, et un seul coup pouvait être mortel. Rien de différent des monstres de taille moyenne qu’ils avaient combattus par le passé.
« Les chamans de la tribu et les guerriers d’élite vont arriver ! »
Des flèches jaillirent de toutes parts, mais elles ne lui firent pas le moindre mal. Ce n’était pas qu’un bloc de pierre : fidèle à son apparence de cheval de guerre, il était recouvert d’une armure de fer.
Krrrreeek !
« Dispersez-vous ! »
Un simple coup qui frôlait sa cible suffisait à la rendre infirme, dans le meilleur des cas. Le plus souvent, il la tuait.
* * *
Tandis que les guerriers dispersés tentaient de l’encercler comme des fantassins, Eugene conduisit Varda en lieu sûr.
Fracas !
Le golem détruisait tout sur son passage en se jetant de tout son poids.
« Continuez à tirer ! Que ça marche ou non, l’important, c’est d’attirer son attention ! »
Ils se trouvaient dans un secteur périphérique, moins fréquenté. Si le golem le traversait pour foncer vers un endroit plus animé, le désastre était assuré.
« Voilà pourquoi il faudrait supprimer l’exposition d’objets magiques ! »
Un guerrier poussa ce cri.
La situation était plus dangereuse que tout ce qu’ils avaient connu jusque-là, mais des accidents incontrôlés s’étaient déjà produits. Si les objets exposés se trouvaient à la périphérie, ce n’était pas sans raison.
« Quelle maison a bien pu apporter cette chose ? »
« Bon sang ! Si elle n’est pas capable de la maîtriser, pourquoi infliger tout ça aux autres ? »
Tandis que les guerriers juraient à l’unisson, quelques personnes restaient là, le visage blême et les lèvres serrées. Le golem semblait avoir été apporté par leur maison.
« Il revient ! »
Rooon !
Un étal de fer s’envola très haut dans les airs, répandant des débris de poterie partout.
La force produite par le poids et la puissance du golem était colossale, mais ses mouvements étaient prévisibles.
Il n’était pas difficile de l’éviter, à condition de rester vigilant. C’était l’une des raisons pour lesquelles il n’y avait eu aucune victime.
« Varda, évacue, s’il te plaît. »
Leur adversaire était une création magique dépourvue de vie, et ils se trouvaient sur un chemin de terre où il était difficile de trouver ne serait-ce qu’un brin d’herbe. Dans ces conditions, une mage de la forêt ne pouvait rien faire.
« Que vas-tu faire sans arme ? »
« Je vais attendre Homi et lancer tout ce que je trouverai d’ici là. »
« Oh ! »
Varda s’apprêtait à l’en dissuader, mais quand Eugene ramassa une jarre de bronze aussi grosse que le torse d’un adulte, elle se surprit à acquiescer.
Il n’avait fait que ramasser une jarre, et pourtant, il lui inspirait plus confiance que tous les guerriers qui combattaient là-bas réunis.
« N’en fais pas trop. Quel que soit ton talent de chevalier, cette chose te tuera si elle te fonce dessus. »
« Il n’y a probablement pas un guerrier plus prudent que moi ici. Ne t’inquiète pas. »
« … »
Pendant un instant, Varda eut envie de le contredire, mais elle se ravisa sans rien dire. Ce n’était pas le moment de lui faire remarquer ça.
Elle courait bien, et vite. Ses excellents réflexes et son endurance permettaient de l’envoyer seule sans hésiter dans des situations pareilles.
« Humain, là-bas ! Éloigne-toi d’ici tout de suite ! »
Un des guerriers avertit Eugene alors qu’il s’approchait du champ de bataille.
Peut-être parce qu’ils étaient en plein festival, le guerrier se montra inhabituellement bienveillant pour un Elfe noir. D’ordinaire, ils auraient ignoré un humain insignifiant comme lui, qu’il vive ou qu’il meure.
« Je suis Eugene Mayer, chevalier invité par la Tribu de la Main Noire ! Je suis venu vous aider ! »
« Quoi ? Tu as perdu la tête ?! »
Les guerriers restèrent bouche bée en l’entendant annoncer qu’il allait se battre sans armure ni arme.
Mais leurs expressions ne tardèrent pas à changer.
Brrrr.
Les veines des bras d’Eugene saillirent, et le col de la jarre de bronze s’écrasa. Rassemblant toute sa force pour lancer son projectile, il le projeta vers l’arrière de la tête du golem, une cible particulièrement tentante.
Boum !
La jarre fila à une vitesse terrifiante et s’écrasa contre sa tête. Des étincelles jaillirent, et son énorme corps chancela.
« Aaah ! »
La jarre cabossée s’abattit dans un fracas de tonnerre au milieu des guerriers qui plongeaient pour l’éviter.
« Je vous fais grâce des excuses ! À vous de l’esquiver ! »
Eugene ramassa tout ce qui lui tombait sous la main et lui paraissait lourd, puis le lança.
Boum !
Le golem reçut un pilon en pleine poitrine. Il tournoya dans les airs à au moins trois rotations par seconde, et des fragments de son armure volèrent dans toutes les directions.
Krrrraaa !
« Cette chose souffre ? »
« Tu ne souffrirais pas si tu te prenais un truc pareil ? »
« Non, je veux dire… un golem peut-il vraiment ressentir la douleur… »
« Fermez-la et concentrez-vous sur le combat, bande d’idiots ! »
La conversation stupide des guerriers fut noyée par le bruit du mortier de pierre fendant l’air.
Le golem sembla craindre le rocher, plus gros que sa propre tête, et esquiva vivement sur le côté.
Crac !
Le mortier de pierre heurta un arbre derrière lui et brisa net un tronc aussi épais que le torse d’un adulte.
L’esprit élémentaire qui se trouvait dans le golem se hérissa en observant Eugene avec méfiance. Il avait compris que le chevalier face à lui n’était pas une simple cible sur laquelle déchaîner sa colère, mais un adversaire extrêmement dangereux.
Tic !
Tic !
Des flèches frappèrent les joues, le museau et les articulations du golem.
« Continuez à tirer ! Aidez ce chevalier à trouver une ouverture ! »
Les guerriers de la tribu changèrent de stratégie. Ils créeraient des ouvertures pour le chevalier à la force monstrueuse, qui venait de surgir et allait désormais porter l’essentiel des attaques.
Krrrreeek !
Le golem se retourna, furieux, contre ces créatures faibles, qu’un simple frôlement réduirait en morceaux de chair, mais qui continuaient à le provoquer.
Fracas !
Profitant de sa distraction, Eugene lui lança un grand tonneau. Celui-ci éclata et une forte odeur d’alcool se répandit partout.
« Enflammez-le ! »
À son cri, les guerriers confectionnèrent à la hâte des flèches incendiaires de fortune à l’aide des braseros et des feux de camp, puis décochèrent leurs traits.
Fouuush !
Alors que les flammes engloutissaient le golem, Eugene entendit l’esprit élémentaire à l’intérieur pousser un cri paniqué.
Boum !
Il le frappa avec un autre tonneau, et une immense gerbe de feu s’éleva avec l’explosion.
Les guerriers acclamèrent le spectacle. Même des créatures réputées résistantes, comme les trolls et les Minotaures, auraient certainement péri sous un tel déluge.
Eugene fut le seul à garder son sang-froid.
Ce n’est pas vivant, alors je ne sais pas si ça marchera.
Le feu avait un pouvoir purificateur et, depuis des temps immémoriaux, on l’employait dans les combats contre les êtres maléfiques. Mais il s’agissait d’une création purement magique.
Si ça déclenche un incendie, ce sera ma faute, non ?
Il y avait mis le feu pour tenter quelque chose, mais maintenant que c’était fait, Eugene commençait à avoir des sueurs froides.
Bien que tout son corps fût en flammes, le golem ne semblait pas particulièrement incommodé.
« Ç-ça ne marche pas ? »
« Des braises s’envolent ! Bougez ! »
Les guerriers paniquèrent plutôt en voyant des débris enflammés jaillir du golem déchaîné.
Apparemment ravi de leur réaction, le golem redressa fièrement la tête.
Fouuush !
Homi arriva à cet instant précis.
Elle tenait Dernier Automne dans la main gauche et un fléau à long manche dans la droite.
« Lance-moi le fléau à long manche ! »
Comme il s’agissait d’un être magique, une épée forgée à l’Éther serait efficace, mais Eugene n’avait pas envie de frapper un bloc de pierre avec. Une seule ébréchure lui ferait mal au cœur.
Clang !
La solide barre de fer se posa dans sa main, tandis que la lourde boule de fer se balançait à son extrémité. Eugene sourit enfin.
* * *
« Un golem est en train de tout saccager ? »
« Le chevalier se bat sans arme. Il faut aller l’aider tout de suite ! »
La Tribu de la Main Noire fut en émoi à cette nouvelle.
Inviter un hôte et le laisser se faire tuer ou blesser était déjà assez grave, mais il ne s’agissait pas d’un hôte ordinaire.
« Pas besoin d’armure. Vous n’avez pas le temps de l’enfiler et, de toute façon, un seul coup vous tuerait sur-le-champ. Restez légers. »
Sur l’ordre de Rex, les guerriers se rassemblèrent, arcs et flèches d’argent à la main.
« Oubliez les arbalètes ! Elles ne serviront à rien contre un bloc de pierre ! »
Les mercenaires d’Eugene, le visage grave, s’armèrent eux aussi de lances plaquées d’argent qu’on leur avait prêtées.
Fidèles à leur réputation de tribu qui chassait les monstres au quotidien, ils étaient bien équipés pour affronter des êtres magiques.
« Je viens aussi ! »
Marbas rassembla à la hâte ses réactifs et se joignit à eux.
Le champ de bataille retentissait de grondements, si bien qu’ils n’eurent aucun mal à trouver Eugene sans qu’on les guide.
« Grands cieux ! »
Au loin, ils aperçurent un chevalier seul qui combattait un monstre gigantesque enveloppé de flammes.
* * *
Boum !
Le golem lancé à l’assaut reçut le fléau à long manche en plein cou. Sa tête partit dans la mauvaise direction et il s’écroula.
Il avait ignoré des dizaines de flèches décochées par de puissants arcs, comme si elles ne faisaient que le chatouiller.
Mais il ne pouvait rien contre la grande arme contondante qu’Eugene maniait à deux mains.
Boum !
Un autre coup s’abattit, et des morceaux d’armure brisée volèrent dans toutes les directions. Chaque fragment de métal était en feu, offrant un spectacle éblouissant.
Les gardes du festival n’étaient pas les seuls à en rester bouche bée : même la foule qui observait depuis des endroits relativement sûrs était sidérée.
Une bête de feu à la forme d’un cheval. Et face à elle, un chevalier qui tenait bon avec audace. Le spectacle était magnifique.
À proprement parler, il s’agissait d’un golem en flammes, mais rares étaient ceux qui connaissaient toute l’histoire.
Pourquoi ne s’enfuient-ils pas ?
Eugene commençait à s’inquiéter. Au lieu d’évacuer, les non-combattants étaient de plus en plus nombreux à se rassembler.
Eugene remarqua alors les chevilles et les tibias du golem. Ces parties fines, dépourvues d’armure, semblaient particulièrement vulnérables.
À bien y penser, les chevaux ont aussi la réputation d’avoir les jambes fragiles.
Le fléau à long manche, qui semblait viser le torse, changea brusquement de trajectoire et frappa plus bas.
Crac !
Un craquement retentit dans sa patte avant, et le golem vacilla lourdement.
Craac !
Avant qu’il ne puisse reprendre son équilibre, un autre coup s’abattit et lui brisa la patte avant.
Des acclamations fusèrent de toutes parts lorsque la créature, qui s’était déchaînée avec violence, tomba à genoux.
Les festivaliers s’étaient rapprochés en douce et criaient à présent. Certains buvaient même en l’encourageant.
Ils sont fous, ou quoi ?!
Cette race adorait regarder les combats, mais là, c’était trop.
Dans une ville humaine, les gens auraient hurlé et pris la fuite à la vue d’un seul hobgobelin. Qu’est-ce que c’était que cet endroit ?
« Cessez le tir ! »
Eugene commença à tourner autour du golem, et les guerriers de garde cessèrent eux aussi de tirer.
Furieux, le golem tenta de pivoter le haut du corps pour suivre Eugene, mais avec seulement trois pattes, il n’arrivait pas à le suivre.
Craac !
Le fléau à long manche lui brisa une patte arrière. Son lourd corps s’effondra sur le côté.
Eugene s’approcha de la créature qui se débattait au sol.
Krrrreeek !
Le golem le fusilla de ses yeux enflammés. Eugene fit tournoyer son fléau à long manche deux fois.
Boum ! Boum !
Sa tête oscilla violemment d’un côté puis de l’autre, comme giflée par la paume d’un dieu, et des éclats de pierre volèrent.
Boum !
Le golem fracassa son visage contre le sol. Son corps tressaillait encore : il n’était donc pas complètement détruit.
Boum ! Boum ! Boum ! Boum ! Boum ! Boum !
Eugene ne s’approcha pas à la légère. Il continua plutôt de frapper la tête du golem avec son fléau à long manche, afin de s’assurer qu’il était bien mort.
« Ouh… »
« On dirait qu’il est déjà mort. »
Les guerriers alentour chuchotaient entre eux, mais aucun n’osa s’avancer pour lui dire d’arrêter.
Au moment où la tête du golem fut complètement broyée, Eugene sentit l’esprit élémentaire en être expulsé dans un cri.
Alors qu’Eugene essuyait la sueur de son front, les guerriers de la Tribu de la Main Noire arrivèrent.
« Vous avez battu et détruit un golem de cette taille ? »
Marbas regarda tour à tour Eugene et le golem en flammes, l’air stupéfait.
Le fléau à long manche, cabossé, ne dégageait aucun pouvoir magique. Pour l’instant, du moins, ce n’était qu’une arme ordinaire.
« La pierre se brise quand on la frappe. »
« E-en effet. »
Le conjurateur se gratta l’arrière de la tête, tandis que le chevalier énonçait cette évidence.
Notes de bas de page :
Rejoignez notre Discord à l’adresse <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>