Chapitre 43
WeTried Translations
Traducteur/éditeur : HidingTurtle
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ Le Chevalier errant et le Château ambulant ◈
Chapitre 43 : Se mettre dans le rang (2)
──────
Une chambre luxueuse mise à disposition par le comte.
Clic.
Le visage tendu, Eugene ouvrit le coffre, et la lumière argentée qui s’y reflétait l’éblouit.
« C’est ça ! »
« Waouh ! »
Le garçon et la fille de la campagne restèrent bouche bée devant le tas de pièces d’argent.
Cling, cling !
Homi ramassa les pièces d’argent à pleines mains, puis les laissa retomber, emplissant la pièce d’un son délicieux.
« La Maison Morad possède l’une des mines d’or les plus productives du continent. Elle cultive aussi des vignes de grande qualité sur un vaste territoire. »
« Ils ont mis la main sur tout ce qui rapporte, que ça se mange ou non. »
« Sans le soutien de l’Empereur, la Maison Duran n’aurait jamais osé les défier aussi imprudemment. »
À part le coffre rempli d’argent, il y avait aussi une bourse contenant les pièces d’or que Roxanne avait envoyées en rançon pour les chevaliers.
« Avant, j’étais déjà content de gagner quelques pièces de cuivre en vendant des herbes et des peaux, et maintenant, j’ai tout ça. »
« À ton avis, pourquoi les chevaliers s’efforcent-ils tant d’attirer l’attention des nobles ? Le titre de chevalier victorieux est certes glorieux. Mais pour régner en chef, il faut plus d’argent que de gloire. »
« Ça devrait suffire à payer les mercenaires pendant plusieurs années. D’ici là, on pourra chercher d’autres moyens de gagner de l’argent. »
Le poids qui, depuis l’embauche des mercenaires, lui pesait sur la poitrine comme une indigestion s’évapora d’un coup.
« Tu as su te concilier les faveurs du comte, alors une occasion se présentera d’une façon ou d’une autre. Il n’a même pas laissé entendre qu’il pourrait t’accorder un fief ? »
Eugene ignorait encore de quel genre de fief il s’agirait, mais le comte avait sa dignité à préserver. Il lui donnerait au moins un village convenable.
Disposer d’un revenu régulier et d’un lieu où établir une base était primordial. Il lui fallait aussi un endroit où entreposer ses prises, comme le trophée du wendigo.
« Tu connais bien le comte Morad ? Il est très différent des gens que j’ai rencontrés jusqu’ici. »
« Si tu le trouves différent, c’est que le comte a pas mal de points communs avec toi. »
« Avec moi ? »
« Il sait tirer parti des traditions sans s’y laisser enfermer. Il choisit soigneusement les gens qu’il garde près de lui, mais pas ceux qu’il emploie. Et quand il le faut, il sait enfreindre les règles. »
« … C’est un compliment ou une insulte ? »
Eugene semblait perplexe.
« C’est mieux que l’un ou l’autre. Ça veut dire que tu es dangereux. »
« Alors je devrais me méfier encore davantage du comte Morad. Compris. »
Eugene hocha la tête. Il ne se considérait absolument pas comme quelqu’un de dangereux. Il pensait avoir une personnalité semblable à celle de Cressy, mort pendant la Guerre des Salles.
« … »
« … »
Homi et Varda ne purent que le regarder, incrédules.
« Quoi qu’il en soit, tu as noué une excellente relation. Le comte Morad peut se montrer impitoyable envers ses ennemis, mais il est généreux avec ses alliés. »
« Il faudra voir quel genre de travail il me demandera. Il ne peut pas simplement me donner un fief sans penser à ses vassaux. »
Aussi célèbre qu’il fût, Eugene restait un étranger venu d’ailleurs. Pour obtenir un fief, l’un des enjeux les plus importants, il devait accomplir des exploits indiscutables.
* * *
Lorsque la Maison Morad mobilisa ses forces et commença à patrouiller, la Maison Duran retira ses troupes pour le moment. Après la déclaration de guerre, l’atmosphère sembla s’apaiser.
« La Maison Morad n’est pas une famille que la Maison Duran oserait défier. »
Le fonctionnaire qui faisait visiter le château à Eugene parlait avec fierté.
« La guerre pourrait-elle se terminer par une trêve comme celle-ci ? »
« Les guerres qui s’éteignent ainsi sont fréquentes. Ils voulaient peut-être seulement prouver leur loyauté à l’Empereur et n’ont jamais eu l’intention de se battre sérieusement. »
« Le comte Morad me semble être du genre à toujours rendre la monnaie de sa pièce, avec les intérêts. »
« Vous l’avez parfaitement cerné. Si la Maison Duran souhaite une trêve, elle devra proposer quelque chose de conséquent. »
« Je ne comprends pas. »
La Maison Duran était peut-être cupide, mais elle n’était pas stupide. Elle n’aurait pas déclenché impulsivement une guerre contre la Maison Morad, connue comme la maîtresse de l’ouest de Roman.
« En réalité, ils ont déjà obtenu ce qu’ils désiraient ardemment. »
« Quoi donc ? »
« Dans la déclaration de guerre, leur seigneur était désigné comme le comte Duran. »
Eugene comprit aussitôt.
« L’Empereur leur a accordé le titre de comte en échange de leur lutte contre la faction anti-impériale. »
« Exactement. Malgré leur puissance, ils supportaient depuis longtemps mal leur titre inférieur, car la famille impériale ne les appréciait pas. Ils devaient désirer le titre de comte au point d’accepter un accord de paix qui les désavantageait. »
« Mais l’Empereur se contenterait-il d’aussi peu ? »
Ils avaient semé le trouble ici et là, mais n’avaient rien accompli qui puisse être considéré comme un véritable coup porté à l’ennemi.
« S’ils avaient réussi à enlever lady Roxanne, l’histoire aurait été tout autre. Mais ça, c’est leur problème. »
« Elle était audacieuse et forte. Jamais elle ne serait tombée dans une embuscade aussi bâclée. »
Avec l’expérience qu’il accumulait, Eugene pouvait à peu près évaluer la force de quelqu’un sans avoir à l’affronter.
Roxanne était une chevalière redoutable, qui n’avait rien à envier à Karas. Vu son âge, elle était une chevalière exceptionnelle dont il valait la peine de suivre l’évolution.
« Vous me faites plaisir en disant cela. »
Même si elle n’était pas l’héritière, Roxanne était appréciée des vassaux pour ses talents de chevalière et ses qualités de meneuse.
« Vous avez dû recevoir des invitations de toutes parts, et pourtant, vous avez accepté celle de notre famille. Vous ne le regretterez pas. »
« Je le crois aussi. »
Même à voir les troupes qui allaient et venaient, Eugene pouvait mesurer les vastes réserves de la Maison Morad. Les soldats lourdement armés appartenant à la maison étaient plus nombreux que les mercenaires.
Les soldats privés équipés de matériel réglementaire ne pouvaient rivaliser avec les mercenaires en matière d’entraînement, de moral ou de loyauté.
Les autres nobles le savaient eux aussi. Simplement, ils n’avaient pas les moyens d’entretenir une armée permanente, dont le coût était énorme.
Je crois que j’ai choisi le bon camp.
Eugene se convainquit une fois de plus qu’il avait fait le bon choix.
Recevoir un fief ne ferait pas de lui un subordonné du comte. Leur relation ressemblerait plutôt à un contrat de mercenariat plus étroit.
* * *
Eugene et Varda furent invités à dîner chez le comte.
À leur arrivée au lieu de rendez-vous, un homme les accueillit. C’était Timothy, le fils aîné et héritier de la Maison Morad.
« Ravi de vous rencontrer. Mon oncle Benjamin m’a beaucoup parlé de vous. »
Comme Roxanne, Timothy était un bel homme aux cheveux noirs et bouclés.
Pourtant, il n’avait ni l’allure imposante de son père ni le regard acéré de sa sœur cadette. Plutôt que le fils aîné destiné à diriger la famille, il ressemblait davantage à l’amant secret que le fils aîné aurait gardé caché.
« C’est un plaisir de vous rencontrer. On dirait que lord Benjamin a parlé de moi à tout le monde en bien. Je devrais l’en remercier plus tard. »
« Mon oncle peut se montrer assez têtu, mais c’est un homme bien. »
« Voici Varda, la mage de la Forêt d’Émeraude. »
Varda, qui se tenait derrière Eugene, abaissa sa capuche et le salua.
« Ravie de vous rencontrer, lord Timothy. »
« Vous êtes aussi belle qu’on me l’avait dit ! Père aurait dû cesser de s’entêter avec sire Gopri et chercher plutôt à s’attacher les services d’une mage comme vous. »
« C’est un honneur d’être accueillie par l’héritier de l’illustre Maison Morad. »
Varda sourit avec grâce et s’assit à côté d’Eugene.
« Vous êtes déjà tous là ? »
Roxanne, le deuxième enfant de la famille, entra en s’éventant d’une main.
Elle portait des vêtements ordinaires et semblait venir de terminer son entraînement. Son haut blanc était taché de sueur en plusieurs endroits, qui avaient viré au gris.
« Roxanne ! Il est impoli de se présenter ainsi à un dîner organisé par Père. Tu dois préserver ta dignité de dame de la Maison Morad. »
« Je ferai plus attention la prochaine fois. »
Roxanne sourit et laissa la remarque lui passer par-dessus la tête. Sans façon, elle prit la serviette sur la table pour s’essuyer le cou et le décolleté. Une guerrière restait une guerrière.
« Tss ! »
Timothy n’ajouta rien. Il était évident qu’elle ne l’écouterait pas. L’hostilité dans le regard qu’il posa sur sa sœur cadette était difficile à croire entre des membres d’une même famille.
« Le comte arrive. »
À l’annonce du serviteur, tout le monde se leva pour lui présenter ses respects.
« Asseyez-vous. Et toi, Roxanne… »
Le comte prit place et posa sur sa fille aînée un regard glacial.
« Si tu comptes venir ici après l’entraînement, change au moins de vêtements. Ou porte une couleur où la sueur ne se voit pas. »
« Contrairement à mon frère, vous ne me dites pas d’arrêter de m’entraîner. »
« Chaque enfant a son utilité. Tu es née avec le talent et le tempérament nécessaires pour accomplir des choses que personne d’autre dans cette famille ne peut faire. Ce serait stupide de te brider sous prétexte que cela semble un peu inconvenant aux yeux des autres. »
« … »
Timothy écouta, l’air contrarié.
Roxanne était une guerrière bénie des dieux, supérieure à son frère aîné tant en maîtrise martiale qu’en leadership. Son sentiment d’infériorité était profond, d’autant que les chevaliers vassaux de la famille la soutenaient davantage que lui, l’héritier.
« Sire Eugene, Benjamin n’a malheureusement pas pu venir : il avait du travail à l’extérieur du château. »
« En temps de guerre, il accomplit à lui seul le travail de centaines de soldats. C’est regrettable, mais on n’y peut rien. »
« Vous auriez fait un bon fonctionnaire plutôt qu’un chevalier. »
Une fois tous les invités présents, les plats commencèrent à défiler. On servit quatre sortes de pains moelleux, dont des viennoiseries, ainsi que six sortes de confitures et de fromages à tartiner.
La jeune viande de cerf assaisonnée d’épices était si tendre qu’elle se défaisait au moindre contact du couteau. Les truites fraîchement pêchées dans l’étang artificiel du château et les oiseaux des montagnes rôtis puis mijotés dans leur sauce étaient eux aussi excellents.
« Saviez-vous que Benjamin possède un fief ? »
Le comte posa la question en regardant Eugene manger de bon appétit.
« Je l’ai appris par le fonctionnaire. Il possède un village dans le nord du territoire Morad. »
« C’est une région forestière appelée Richwood, et une rivière la longe, ce qui facilite le transport. Cette table a été fabriquée avec du bois provenant de là-bas. »
Contrairement à la coutume qui voulait que l’aîné hérite de tout, Benjamin possédait un fief bien qu’il fût le deuxième fils. Le comte actuel le lui avait accordé.
« Comme vous l’avez dit, sa langue peut remplacer des centaines de soldats. Pour qu’il puisse faire correctement son travail, ne lui faut-il pas des ressources et une base dont il puisse disposer librement ? Un fief, ce n’est pas trop lui demander. »
Roxanne hocha la tête comme si cela allait de soi, mais Timothy parut profondément contrarié. Cela signifiait que sa part d’héritage avait diminué.
« Il y a un problème au village de Richwood. Des prédateurs et des monstres qui devraient se trouver au cœur de la forêt sèment le chaos dans les environs. »
Varda, qui avait écouté en silence, prit la parole.
« L’écosystème de la forêt a été perturbé. Cela arrive lorsqu’un monstre féroce apparaît et détruit l’équilibre territorial établi. »
« C’est aussi ce qu’ont prédit mes vassaux. »
Même le comte Morad ne s’adressait pas à Varda de haut.
« C’est regrettable pour mon frère cadet, qui travaille sans relâche pour la famille. Avec la guerre, il aura encore moins de temps à consacrer à son fief. »
Eugene devina que c’était la raison pour laquelle on l’avait invité à dîner.
« Je voudrais vous demander de sauver le village. Quelle que soit la créature qui se cache dans cette forêt, un chevalier qui a vaincu un wendigo devrait pouvoir s’en charger sans difficulté. Accepterez-vous de mener la traque en mon nom, avec pleins pouvoirs ? »
« Comment pourrais-je refuser une demande du comte ? Je ferai ce que vous dites. »
C’est la première épreuve avant l’octroi d’un fief.
Eugene accepta sans hésiter. Avec un homme comme le comte, demander une compensation sur-le-champ n’aurait fait que diminuer sa valeur à ses yeux.
« Merci. Benjamin sera le plus heureux de tous d’apprendre que vous vous portez volontaire. »
Le comte semblait froid, mais il tenait véritablement à son frère cadet.
« Je vous aiderai, moi aussi. »
« Comment pourrais-je refuser l’aide d’une mage de renom ? »
Lorsque Varda proposa son aide, le comte hocha la tête avec satisfaction. C’était pour cela qu’il l’avait invitée à dîner, après tout.
La forêt de Richwood était immense, et retrouver un monstre précis en son sein serait extrêmement difficile. En temps normal, il aurait fallu mobiliser une grande troupe, mais la guerre ne le permettait pas.
Avec une mage maîtrisant la magie de la forêt à leurs côtés, la situation serait différente.
« Pè-, non, comte ! »
Timothy fut le seul à manifester son mécontentement.
« Ne serait-ce pas une insulte que de confier une tâche aussi insignifiante à un chevalier honorable comme sire Eugene ? »
« … »
Timothy avait parlé avec entrain, mais le regard glacial du comte le réduisit au silence. On aurait dit que toutes les idées qu’il avait préparées s’étaient évaporées.
« Pourquoi vous êtes-vous arrêté ? Deviendrez-vous un seigneur qui se tait dès que l’autre partie hausse le ton au cours d’une négociation ? »
Roxanne avait baissé la tête. À ses épaules qui tremblaient, on devinait qu’elle se retenait de rire.
« La guerre de Duran contre nous a commencé. Si le chevalier victorieux charge sous la bannière de la Maison Morad, l’ennemi s’effondrera comme des feuilles dans le vent d’automne. Peut-on faire meilleur usage de lui ? »
Usage de lui.
Peut-être parce qu’il était troublé, Timothy employa même une expression insultante.
« La Maison Morad a des fondations solides. Nous pouvons donner une leçon à la Maison Duran sans l’aide d’un invité. »
« À voir les choses, ils n’ont même pas l’intention de se battre sérieusement. Ils ont frappé les premiers, puis se sont enfuis. »
Les paroles du comte et de sa fille firent se crisper le visage de Timothy.
En secret, il s’était réjoui de la menace qui planait sur Richwood. Si le fief subissait des dégâts, il aurait, une fois la famille héritée, un prétexte pour tenir Benjamin responsable de sa mauvaise gestion et le lui confisquer.
« Je suis soulagée que vous y alliez. J’avais de la peine pour mon oncle, qui s’inquiétait pour son fief alors qu’il croule déjà sous le travail. »
Roxanne parla tout en portant à sa bouche un morceau de viande piqué sur la pointe de son couteau.
Elle n’utilisait pas de fourchette. Elle tenait un couteau dans chaque main. Un comportement indigne d’une noble dame, mais qui lui allait à la perfection.
Seul Timothy, exclu de cette conversation chaleureuse en famille, picorait son repas d’un air maussade.
Quand les choses tournent ainsi, il arrive souvent que le fils aîné dépasse les bornes et provoque des ennuis.
Oppressé sans raison apparente, Eugene avala une gorgée d’eau. Ce n’est qu’alors qu’il comprit à quel point ses journées à Bonyard City avaient été agréables, passées en compagnie de Fannis.
* * *
Deux jours plus tard, des renforts partirent pour le village de Richwood, au nord. Avec Eugene, ses subordonnés directs et les mercenaires envoyés par la Maison Morad, ils étaient près d’une centaine.
Parfait. Ils fournissent des troupes et prennent aussi en charge notre solde.
La Maison Morad avait accepté de payer les salaires et les frais des mercenaires d’Eugene. La perspective de n’avoir aucun frais fixes suffisait à lui donner envie de fredonner.
Alors qu’il contemplait, le cœur léger, l’horizon qui s’étendait au nord, il eut l’impression que sa poitrine s’était grande ouverte.
« Vous avez l’air heureux. L’idée d’obtenir un fief vous réjouit à ce point ? »
« Il est trop tôt pour penser à un fief. D’abord, je dois accomplir des exploits qui le méritent. »
Même s’il obtenait un fief, Eugene comptait nommer un représentant et continuer à parcourir le monde.
« Je souriais simplement parce que j’aime voyager. »
Que ce fût pour acquérir de l’expérience ou gagner de l’argent, il préférait une vie d’errance à une existence sédentaire. Un jour, lorsque son corps et son esprit seraient las, il voudrait peut-être s’installer quelque part, mais pas encore.
Notes de bas de page :
Rejoignez notre Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>