Chapitre 41
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Traducteur/éditeur : HidingTurtle
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◈ Le Chevalier errant et le Château ambulant ◈
Chapitre 41 : Ce que signifie devenir commandant (4)
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Pour obtenir une chose, il fallait en abandonner une autre. En choisissant le camp de la Maison Morad, la Maison Duran était devenue son ennemie.
Les mercenaires n’avaient de toute façon aucune maison noble pour payer leur rançon. Eugene abattit sans distinction même ceux qui avaient jeté leurs armes et s’étaient rendus.
« Espèce de salaud ! J’ai dit que je me rendais… »
Un mercenaire qui tenta de reprendre son arme, emporté par la rage, fut taillé en pièces.
« Le butin attendra. Envoyez des éclaireurs devant et derrière nous, puis occupez-vous d’abord des gens de la Maison Morad. »
« Oui ! Gamdin et O’Connell, vers le sud ! Kevin et Smoke, vers le nord ! »
À l’ordre du capitaine des mercenaires, ses subordonnés se dispersèrent avec une coordination exemplaire.
Fiiiiit !
Au son clair du sifflet, les chevaux sans cavalier qui s’étaient égaillés et les ânes qui s’étaient serrés les uns contre les autres un peu plus loin pour se mettre à l’abri commencèrent à revenir un à un sur le champ de bataille.
Hiii !
Quelques chevaux plus craintifs s’arrêtèrent en chemin, effrayés par l’odeur de sang, si forte qu’elle en était écrasante.
Fiiiiit !
Pourtant, quand Homi les pressa d’avancer, ils renoncèrent bientôt à résister et s’approchèrent.
« Comment c’est possible ? »
Eugene mit pied à terre, admiratif devant le talent remarquable de son écuyère.
« V-vous êtes bien le chevalier Eugene ? »
Alors qu’il s’approchait des survivants, un vieux greffier parmi eux le reconnut.
« Comment l’avez-vous su ? »
« Lord Benjamin nous a beaucoup parlé de vous. Non seulement de vos prouesses martiales, mais aussi de la ruse avec laquelle vous avez endormi la méfiance de ces salauds de Duran avant de les éliminer. Ses éloges n’étaient pas exagérés. »
Les survivants de la Maison Morad, émus d’avoir été secourus contre toute attente, avaient les poignets ramenés dans le dos et serrés dans des menottes de fer.
« Messire, il faut trouver les clés. »
Un mercenaire accouru pour les examiner contempla les cadavres éparpillés autour d’eux.
« Combien de temps nous faudrait-il pour fouiller tous ces corps ? Écartez-vous. »
« Pardon ? »
Eugene posa un genou à terre et saisit les menottes de fer.
Crac !
Crriic !
Tous le regardèrent, stupéfaits, tandis que les menottes se déchiraient comme des branches pourries.
« C’était donc vrai : vous avez vaincu Volx à la seule force de vos bras. »
« Vous ne pouvez même pas être comparé à un être humain. »
Les émissaires marmonnèrent, incrédules.
Après avoir prodigué les premiers soins et remis un peu d’ordre, Eugene repartit en hâte. Il ignorait combien de troupes d’embuscade la Maison Duran avait mobilisées.
Ses hommes récupérèrent l’équipement des mercenaires ennemis, tandis que les armes, les armures et les chevaux des chevaliers et des écuyers revinrent à Eugene.
Ce butin n’a rien à voir avec ce que j’ai récupéré après avoir nettoyé le village des brigands. Devrais-je finalement m’en prendre aux nobles ?
Une fois sa part convertie en pièces, il pourrait employer les mercenaires bien plus longtemps.
« Attaquer ainsi lâchement, sans même déclarer la guerre… Ce sont des bêtes. »
Le vieux greffier parlait d’un air sombre.
« Je suis désolé. Si j’étais arrivé un peu plus tôt, peut-être que tout le monde aurait survécu. »
« Qui aurait pu prévoir une telle ignominie ? Vous êtes arrivé assez vite, messire Eugene. Je craignais surtout que les troubles sur la route ne vous aient causé des désagréments. »
« Il y a eu un petit incident. Des mercenaires pillaient un village de la Maison Morad, alors je me suis occupé d’eux en chemin. »
« Nous avons déjà contracté deux dettes envers vous avant même d’avoir pu vous accueillir comme il se doit. J’en ai honte. »
Au lieu de souhaiter la bienvenue au chevalier venu de loin, le greffier ne put que baisser encore la tête après avoir reçu son aide.
* * *
Les embuscades de la Maison Duran avaient eu lieu en de nombreux endroits. Elles n’avaient pas toutes réussi.
Certains assaillants, confiants dans leur supériorité numérique et l’effet de surprise, avaient foncé sur leurs adversaires, mais s’étaient fait repousser.
« Aaargh ! »
Le chevalier qui commandait les assaillants hurla.
Le chevalier avait été attaché à côté d’un carrosse décoré de fleurs et torturé. Les soldats Morad qui entouraient le prisonnier le foudroyaient du regard.
« Messire, vous pourriez arrêter d’aboyer ? »
« Vous n’êtes pas encore mort, si ? Imaginez comme vos larbins doivent vous envier, eux qui meurent un à un sous vos yeux. »
Derrière le chevalier, les mercenaires ennemis capturés se faisaient décapiter.
« Vous avez beaucoup souffert, ma dame. »
Une gouvernante d’âge mûr essuya le front d’une femme avec un mouchoir.
Elle s’appelait Roxanne et était le deuxième enfant de la Maison Morad. Elle rentrait d’une mission diplomatique dans un fief voisin, qu’elle avait accomplie pour préparer la guerre.
La belle robe que portait Roxanne avait été déchirée de partout et souillée du sang versé lors de l’embuscade des Duran.
« Ce n’est pas la peine de m’inspecter comme si vous vouliez me lécher jusqu’à ce que je sois propre. J’ai évité tous les points vitaux. Je préfère croiser le fer avec des gens qui veulent me tuer plutôt que de sourire gentiment et de jouer aux vingt questions devant ce seigneur sournois. »
« Ma dame ! Surveillez votre langage ! »
Roxanne sourit en faisant tournoyer l’épée qu’elle tenait. La gouvernante, qui l’examinait, semblait bouleversée.
« Oh, non ! Une peau si ravissante, couverte de blessures ! Ces salauds méritent d’être déchiquetés ! »
« Les hommes qui sont tombés sous mon épée ne trouveraient-ils pas cela injuste ? »
La gouvernante soupira devant ces blessures superficielles. Elle venait de Gord et, bien qu’elle eût longtemps servi la famille, ne s’était toujours pas habituée à la culture de Roman, où les hommes comme les femmes pouvaient devenir chevaliers.
« Dame Roxanne ! Celui-là est à l’agonie. Vous devriez lui porter le coup de grâce. »
« Quoi ? Vous lui avez déjà fait subir tout ça ? Allez-y doucement. »
« Hahaha ! Tout le monde s’est emporté à cause de l’insolence qu’il a eue envers vous. »
Les soldats avaient rendu la pareille au chevalier qui avait foncé sur eux en prétendant vouloir choyer leur dame : ils s’étaient mis à le choyer à leur tour.
« S-sale garce monstrueuse ! »
Le chevalier cria à Roxanne, dont la robe était rouge de sang.
Avant la bataille, Duran avait clairement l’avantage, tant par ses forces que par les circonstances. Si les mercenaires avaient pris des paris, tous sauf quelques amateurs de coups impossibles auraient misé sur eux.
Ils avaient été vaincus parce que Roxanne avait jailli du carrosse et s’était déchaînée comme une folle furieuse.
Boum !
« Ce chevalier a complètement perdu la tête ou quoi ? »
Le sourire du soldat s’effaça lorsqu’il frappa le chevalier de son poing, arrachant un gémissement de douleur au prisonnier.
« Hé, hé, à ce rythme, vous allez vraiment le tuer. »
« Le coup de grâce devrait revenir à notre dame. »
« Dame Roxanne ! Dépêchez-vous ! »
Roxanne tourna le dos aux soldats qui la pressaient et agita la main.
« Inutile. Occupez-vous de lui vous-mêmes. »
« Quoi ? Vraiment ? »
La Roxanne qu’ils connaissaient ne laissait jamais passer ceux qui frappaient les premiers ou l’insultaient. Or, ce chevalier avait fait les deux.
« Ce combat m’a complètement ruiné le maquillage ! »
« Dame Roxanne, vous êtes belle même sans maquillage ! »
« Je sais. Mais mon maquillage des yeux a coulé, alors j’ai l’air d’un clown. »
« Wahahahaha ! »
Tandis que ses hommes éclataient de rire, le chevalier cracha une écume sanglante et mourut. La nuit commençait alors à tomber.
« Nous serons en retard, mais nous allons passer la nuit dans un village voisin. Abandonnez le carrosse. Il est trop endommagé pour servir. »
Roxanne s’approcha d’un cheval qui avait été dételé du carrosse.
Crriic ! Crriic !
Sans la moindre hésitation, elle déchira le bas de sa robe, dévoilant ses cuisses nues au-dessus des genoux. Pâles, mais bien musclées, elles étaient à la hauteur d’une chevalière.
« Ma daaaame ! »
La gouvernante s’exclama devant ce spectacle sauvage.
« Le carrosse est cassé. Impossible de monter à cheval avec une robe aussi longue et encombrante. »
Sans prêter attention à la gouvernante, Roxanne bondit lestement sur le cheval. Le jeune soldat qui tenait les rênes baissa son visage rougi.
« En route ! »
Au cri de Roxanne, les soldats qui avaient fini de prodiguer les premiers soins lui emboîtèrent le pas. Ils avaient gagné, mais la région restait dangereuse. Ils devaient atteindre le village avant la nuit.
* * *
« Nous arriverons bientôt au village. Les voyageurs et les caravanes marchandes y passent souvent, alors il est assez grand. On nous y accueillera bien. »
Les mercenaires d’Eugene se réjouirent des paroles du greffier.
Même après de longues années comme mercenaires, ils ne s’habituaient jamais à dormir dehors. Mieux valait se reposer dans un village que de rester allongé sur un sol dur, exposé à la rosée.
Il leur fallait aussi passer par le village pour convertir en argent le butin de leur victoire. Les prises étaient à la fois des biens et un fardeau. Plus vite ils s’en débarrasseraient, moins ils auraient à transporter et plus ils pourraient emporter de choses par la suite.
« On dirait que quelqu’un est arrivé avant nous. »
Aux mots d’Eugene, les mercenaires portèrent instinctivement la main à leurs armes. Le groupe qui les précédait n’était pas une caravane marchande, mais une troupe bien armée. Le greffier s’empressa de les retenir.
« Tout va bien. Ce sont des gens de la Maison Morad. »
« Vieux, tu as survécu ? J’avais peur que votre groupe ait été attaqué lui aussi. »
Une belle femme au regard farouche leur fit signe en les saluant.
« Voici dame Roxanne, le deuxième enfant de la Maison Morad. »
Après l’avoir présentée à Eugene, le greffier mit pied à terre et s’inclina.
« Nous avons subi une attaque déloyale des hommes de Duran. »
« Nous aussi. Mais… »
Roxanne plissa les yeux.
Tous ceux qui suivaient le greffier lui étaient inconnus. Elle avait supposé qu’ils avaient repoussé les assaillants sans subir de lourdes pertes, comme elle, mais cela ne semblait pas être le cas.
« La plupart de ceux qui étaient partis avec nous ont été tués, y compris messire Gauss. »
« Ah. C’était un homme de bien. »
Roxanne se gratta la tête avec irritation. Ses longs cheveux noirs, bouclés à l’excès, ondulèrent dans tous les sens.
« Messire Eugene, ici présent, a sauvé ceux d’entre nous qui restaient et a puni ces vauriens. »
« Eugene ? Eugene Mayer ? Le chevalier victorieux de Bonyard City ? »
« C’est bien lui. Il est non seulement chevalier victorieux, mais aussi celui qui a tué une bête magique. »
« Vous avez l’air plus jeune que moi, mais votre parcours est impressionnant. »
« Vous avez le même âge. Messire Eugene a atteint sa majorité cette année lui aussi. »
Roxanne l’observa avec curiosité, et Eugene s’avança, comprenant l’invitation.
« Je suis venu à l’invitation de la Maison Morad. Je suis Eugene Mayer. Je vous présente mes condoléances pour la mort injuste de vos fidèles gens. »
« Merci de les avoir vengés. Mais le sang des Morad et celui des Duran n’ont pas la même valeur. Cela ne peut pas s’arrêter là. »
L’expression de Roxanne n’était pas empreinte de tristesse, mais de combativité.
« Je suis soulagée, mais aussi déçue. Si vous étiez arrivé un peu plus tard, ces salauds de Duran seraient peut-être déjà venus ici. Je ne peux pas tuer des hommes qui sont déjà morts deux fois. »
Roxanne parla en serrant la poignée de l’épée à sa ceinture.
C’était le seul village des environs où ils pouvaient passer la nuit. À moins de vouloir dormir dehors, ils auraient forcément fini par venir ici.
« Dame Roxanne, nous avons tué tous les mercenaires, mais nous avons capturé les chevaliers vivants. »
« Quoi ? Vraiment ?! »
Le visage de Roxanne s’illumina de joie.
« J’ai pensé qu’ils feraient un beau cadeau à la Maison Morad, alors je les ai capturés. »
« Ahahahaha ! C’est le plus beau cadeau que j’aie jamais reçu. Je l’aime dix mille fois plus que ce nécessaire à broderie qui me donne des frissons rien qu’à le regarder. »
Au geste d’Eugene, les mercenaires traînèrent les deux chevaliers capturés devant eux.
Godrick avait le nez écrasé et plusieurs dents de devant cassées après avoir reçu un coup de poing au visage, mais ses jours n’étaient pas en danger. L’autre chevalier avait seulement le poignet brisé.
« Ils sont en meilleur état que je ne le pensais. On ne dirait même pas qu’ils ont été blessés à l’épée. »
« Ils ont tellement baissé leur garde que je n’ai même pas eu besoin de dégainer. De vrais minables. »
« Mmph ! Mmph ! »
« Mmmph ! »
Les chevaliers fixèrent Eugene de leurs yeux injectés de sang tandis qu’il parlait calmement, mais leurs bâillons leur emplissaient la bouche.
« Voyons un peu la tête de ces salauds. Les ordures de Duran qui ont tué messire Gauss et son fils. »
Roxanne dévisagea les chevaliers, les yeux flamboyants. Son regard acéré rappelait celui d’un prédateur félin, et les grains de beauté sous ses deux yeux lui donnaient un air encore plus imposant.
On aurait dit qu’elle pouvait trancher la gorge d’un homme de ses seuls ongles.
« Messire Eugene, me les céderez-vous ? Je vous paierai le double de la rançon habituelle. Je veux venger messire Gauss et son fils. Leur famille sert la Maison Morad depuis des générations. »
Il n’était pas nécessaire de vendre les prisonniers directement à leur famille. Même dans ce monde, il était courant de les revendre par l’intermédiaire de courtiers. Naturellement, cela faisait aussi monter le prix.
Enfin !
Le cœur d’Eugene s’emballa d’excitation. La rançon d’un noble était le moyen le plus sûr de mettre la main sur de l’argent, et voilà que, pour sa première fois, il bénéficiait d’un paiement doublé.
« Si je vous les cède, qu’en ferez-vous ? »
Il venait à peine de rencontrer Roxanne, mais son apparence et sa façon de parler suffisaient à révéler sa cruauté. Il pouvait aisément imaginer ce qui attendait les prisonniers.
« Mmph ! »
« Mmph ! Mmmph ! »
Les chevaliers Duran, qui jusque-là avaient fusillé Eugene du regard, affichaient maintenant une expression désespérée. Leurs yeux suppliaient : *Ne nous livrez pas !*
« Héhéhé. Vous êtes curieux ? »
Roxanne s’approcha, les mains croisées derrière le dos et trottinant à petits pas rapides, puis se hissa sur la pointe des pieds. Ses lèvres rouges murmurèrent près de l’oreille d’Eugene. Elle avait peut-être une température corporelle élevée, car son souffle contre son oreille était brûlant.
L’expression calme d’Eugene, tandis qu’il observait les prisonniers, se transforma peu à peu. Il n’en éprouva toutefois aucune pitié. Ils l’avaient bien mérité.
« Très bien. À partir de maintenant, ils appartiennent à dame Roxanne. »
« Mmph ! »
« Mmmph ! »
Les deux chevaliers hurlèrent désespérément, mais Homi comprit ce qu’on attendait d’elle et leur fourra des morceaux de tissu plus épais dans la bouche.
Roxanne sourit et fit signe aux mercenaires d’Eugene.
« Vous, les beaux garçons, là-bas. Vous avez dû vous attacher à ces prisonniers, même si ce n’était que pour un court moment. Dites-leur au revoir. Vous ne les reverrez jamais. »
« Merci ! »
Les mercenaires répondirent à voix haute.
« Vous avez de jolies têtes bien rondes. »
Flac !
« Adieu, messire ! »
Crac !
Avec un grand sourire, les mercenaires frappèrent chacun à leur tour les chevaliers agenouillés sur la tête en passant près d’eux. Quand auraient-ils encore l’occasion de flanquer une claque sur la tête d’un noble ?
Travailler sous les ordres d’Eugene avait bien des avantages. La nourriture était bonne, le travail sûr, le butin abondant et ils vivaient des expériences exceptionnelles comme celle-ci.
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