Chapitre 35
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Traducteur/éditeur : HidingTurtle
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◈ Le Chevalier errant et le Château ambulant ◈
Chapitre 35 : Première campagne de soumission (6)
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La force de soumission se retrouva face à l’armée principale des bandits. Même les lieutenants furent pris au dépourvu : ils allaient devoir livrer une bataille rangée si tôt.
« Je n’arrive pas à croire qu’ils viennent nous affronter les premiers. »
« Ils savent que nous sommes venus en finir. S’ils ne peuvent pas nous éviter, ils préfèrent livrer une grande bataille plutôt que de se faire éliminer un par un. »
Leurs effectifs étaient similaires, mais leur qualité différait considérablement. En cas d’affrontement, la force de soumission l’emporterait sans trop de difficulté.
Le seul problème, c’était que les chevaliers invités, ainsi que Eugene, leur meilleur combattant, avaient quitté le gros des troupes. Le facteur décisif qui leur assurerait la victoire était loin d’ici.
Des hommes vêtus de peaux de bêtes sortirent un à un du camp des bandits.
« C’est votre dernier jour ! Votre sang et vos tripes fertiliseront cette forêt ! Je vous viderai le crâne et m’en servirai comme gobelet ! »
Un homme qui dépassait les autres d’une tête portait une peau d’ours et brandissait une hache. Derrière lui apparurent des dizaines de gaillards qui hurlèrent à leur tour.
« Ce sont les Tribus montagnardes de Gord ! »
« Ces salauds s’en sont mêlés, eux aussi ? »
« Voilà pourquoi les contrats dans le coin sont si pénibles. Tous les genres de salauds se retrouvent en face de nous. »
Des murmures tendus parcoururent les rangs des mercenaires aguerris. Même parmi les habitants de Gord, pourtant réputés pour leur grande taille, les tribus montagnardes étaient célèbres pour leur force naturelle.
Ces pillards semaient la terreur sur les routes qui longeaient les montagnes, puis s’enfuyaient dans les hauteurs et forçaient les troupes lancées à leur poursuite à mener une guérilla.
« Ils ne sont pas assez nombreux pour décider de l’issue du combat ! Nous gardons l’avantage, alors reprenez-vous et battez-vous ! Les chevaliers reviendront bientôt ! »
Les paroles du capitaine de la garde apaisèrent la force de soumission. Des chevaliers ! Rien ne donnait plus de courage aux soldats que d’apprendre qu’un chevalier venait leur prêter main-forte sur le champ de bataille.
« En avant ! »
Les deux camps levèrent leurs boucliers en rangs serrés, mais aucun ne semblait bien solide. Beaucoup portaient des boucliers trop petits pour protéger leur poitrine, tandis que d’autres n’avaient guère plus que des planches en bois.
« Argh ! »
Des hommes tombèrent les uns après les autres, se tenant aux endroits où les carreaux et les flèches les avaient frappés.
« Si vous êtes touchés au bras, tenez bon ! Seuls ceux qui sont blessés aux jambes ou au ventre peuvent se replier ! »
« Merde ! Je n’arrive plus à tenir mon bouclier ! »
« La ferme ! Si tu recules, je te vide les tripes ! »
Contrairement à la force de soumission, qui remplaçait aussitôt les blessés, les bandits n’avaient pas de système de ce genre. Tant qu’ils tenaient debout, ils étaient censés servir de boucliers humains.
« Urgh ! »
Un bandit qui tentait de se retirer en se tenant le bras transpercé par un carreau reçut une hache dans la poitrine, en guise d’exemple.
« Tenez vos positions ! La victoire sera nôtre ! »
Le bandit brandit sa hache ensanglantée et rugit, bien que personne ne sache sur quoi comptaient ses hommes.
Pourtant, la bataille penchait peu à peu en faveur de la force de soumission. Les boucliers étaient médiocres des deux côtés, mais les bandits tombaient en plus grand nombre.
Crac !
« Aaaah ! »
Une pierre écrasa le nez d’un bandit, qui s’effondra en poussant un cri atroce. Posté sur les hauteurs, la Compagnie de mercenaires Effondrée lançait des volées de pierres dévastatrices.
Crac !
Les boucliers rudimentaires, qui ressemblaient davantage à des dessous-de-plat, se fendirent au premier impact. La force de ces jets était terrifiante.
« Voilà ! C’est vraiment rassurant de les avoir avec nous ! »
« Si tu ne veux pas finir idiot, tire-toi d’ici ! »
Encouragés, les hommes de la force de soumission poussèrent des cris de guerre.
Crac !
Crac !
À la différence des flèches et des carreaux, les grosses pierres faisaient voler de dangereuses échardes même lorsqu’elles frappaient les boucliers.
Boum !
« Argh ! »
Une pierre qui avait rebondi sur un bouclier frappa à la joue le bandit qui se tenait à côté.
Tous les mercenaires n’avaient pas les moyens de s’offrir un casque solide. Beaucoup de pauvres portaient des bonnets matelassés qui ressemblaient à des bonnets d’hiver, ce qui en faisait des proies faciles pour les frondeurs.
Sous les tirs concentrés de carreaux et de pierres, les bandits ralentirent leur avancée et leur formation se désorganisa.
« Unité de l’aile droite ! Attaquez ! »
Le capitaine de la garde ne laissa pas passer l’occasion. L’aile droite, composée de soldats d’élite, encercla en partie l’aile gauche ennemie qui s’était avancée, puis l’attaqua.
* * *
Eugene observa les hommes de Galia.
« Je vais prendre le commandement provisoire. Suivrez-vous mes ordres ? »
« Veuillez nous guider ! Sous votre commandement, nous soumettrons les bandits et vengerons Galia ! »
« Commencez par prodiguer les premiers soins aux blessés graves, puis cachez-les dans un endroit isolé. Nous n’avons pas le temps de les ramener au gros des troupes. »
« Bien compris. »
Comme on pouvait s’y attendre de gens qui avaient servi un chevalier et possédaient une grande expérience du combat, ils agirent en parfaite coordination.
Ils arrêtèrent les hémorragies de leurs camarades gravement blessés, immobilisèrent les os brisés, puis les cachèrent dans un endroit à l’écart. Ils recouvrirent soigneusement la cachette de branches feuillues pour la dissimuler.
« Je reviendrai, c’est promis. Restez silencieux. »
« Ne vous inquiétez pas. Même si on voulait faire des histoires, on n’en aurait pas la force. On restera allongés là comme des cadavres. Même si les bandits nous trouvent, ils ne nous distingueront pas des morts. »
« À ce soir. »
Après avoir échangé une brève plaisanterie et s’être serré la main, ils se séparèrent.
« Messire chevalier, nous sommes avec vous. »
Les vingt tirailleurs elfes noirs les rejoignirent à leur tour. Ils observèrent tour à tour Galia décapitée, le chevalier bandit au crâne écrasé et le fléau à long manche d’Eugene, puis hochèrent la tête comme s’ils avaient compris.
« À partir de maintenant, nous suivrons la route empruntée par les chevaliers. Nous ignorons quel ennemi pourrait nous attendre. Gardez donc la voie de retour libre. »
« Bien compris ! »
Contrairement à l’Écuyère de Galia, les serviteurs redoutaient de se diriger vers l’endroit d’où provenaient ces cris inconnus.
Mais ils ne pouvaient pas refuser après que l’écuyère leur eut confié le commandement. Et puis, avec ce chevalier à leurs côtés, ils avaient l’impression de pouvoir vaincre n’importe quel ennemi.
« Allons-y ! »
Eugene lança son cheval au galop et l’unité le suivit.
« Soyez prudent. Inscrire une magie de tatouage sur autrui et la rendre opérante est extrêmement difficile. Le mage doit être très doué. »
« Je ne compte pas foncer tête baissée et me battre à mort comme un papillon attiré par la flamme. Si les choses tournent mal, je serai le premier à crier : “Repli !” Alors, ne vous inquiétez pas. »
Varda fut soulagée de voir qu’Eugene avait compris si vite. Il était manifestement différent des autres chevaliers, qui s’enivraient de gloire et chargeaient sans réfléchir.
Les serviteurs qui avaient suivi Eugene jusqu’au grand camp restèrent bouche bée.
« Tout le monde… ils sont morts. »
Tous les serviteurs et les esclaves qui avaient ri et partagé les restes du banquet étaient morts. Les cadavres de bandits et de mercenaires étaient plus nombreux, mais ils ne retinrent pas leur attention.
« Ugh… »
Un gémissement s’éleva alors non loin de là.
« Robert ! »
L’Écuyère de Galia accourut et soutint le blessé.
Robert était l’Écuyer de Cain. Au banquet, il avait raconté avec force détails le combat acharné que Cain avait livré à un hobgobelin, ce qui lui avait valu de nombreux éloges.
« Un monstre… Il y avait un monstre. Mon seigneur… Les autres chevaliers aussi, cette chose… »
L’écuyer, grièvement blessé, parlait avec difficulté.
« Robert ! Peux-tu me dire de quel genre de monstre il s’agissait ? »
« Hum… N-noir… Méfiez-vous des cornes… »
Robert trembla en parlant, puis, peut-être parce que ses blessures s’étaient aggravées, vomit l’équivalent d’un bol de sang et mourut.
« Bon sang ! »
L’Écuyère de Galia avait le visage bouleversé. Elle avait l’impression que Robert était mort parce qu’elle l’avait forcé à parler.
« Vous n’avez pas tué Robert. Ses blessures étaient de toute façon mortelles, alors ne vous en voulez pas. »
« Merci, messire. »
Rassurée par Eugene, l’écuyère s’inclina.
« Nous avons trouvé les corps des chevaliers ! »
Un serviteur qui fouillait les alentours agita le bras. Deux cadavres gisaient là. Le visage de l’un des chevaliers était écrasé, et la poitrine de l’autre avait été déchiquetée.
« Cain est ici ! »
Un autre serviteur s’écria.
Un chevalier gisait mort, une main plaquée sur le ventre. Quelque chose avait transpercé sa cotte de mailles en un instant, laissant plusieurs grands trous dans le haut de son corps.
« Qu’est-ce qui a bien pu faire ça… »
L’Écuyère de Galia ferma les yeux grands ouverts de Cain.
« C’est de la magie sacrificielle. »
Varda, qui observait le camp, désigna un endroit. Des carcasses de bétail, de chevaux et de cerfs s’entassaient autour d’un lieu qui ressemblait à un autel.
« Qu’est-ce que c’est ? »
« Comme son nom l’indique, c’est une magie qui offre des êtres vivants en sacrifice pour obtenir quelque chose de l’Autre Monde. C’est sans doute l’œuvre de la personne qui a inscrit la magie de tatouage sur le chevalier hérétique. »
« Mon Dieu. »
Les serviteurs se signèrent et prièrent. Ils avaient cru attaquer un simple repaire de bandits, mais des êtres bien plus maléfiques rôdaient ici.
« Une bête magique créée par un rituel sacrificiel développe une pierre magique imprégnée de mystère. »
Tandis que tous étaient encore sous le choc, Varda s’approcha d’Eugene et lui murmura à l’oreille :
« C’est comme une perle, alors. »
« C’est comparable, mais sa valeur est sans commune mesure. Le plus important, c’est que même les spécimens ratés développent parfois des pierres magiques de moindre qualité. »
Elle indiqua du regard les carcasses d’animaux devant l’autel, en veillant à ce que seul Eugene le remarque.
« Si vous fouillez tout ça, vous devriez trouver quelque chose d’intéressant. »
« J’en parlerai plus tard au capitaine de la garde et je les réclamerai comme butin. »
Varda s’éloigna après lui avoir confié ce secret. La jeune fille qui avait témoigné sa compassion sans réserve avait disparu ; à sa place se tenait une mage capable de porter un jugement froid et rationnel.
« Ils ont offert bien plus d’une ou deux victimes. À votre avis, qu’est-ce que le mage en a tiré ? »
« Le résultat le plus courant est la création d’une bête magique. C’est une créature immonde, différente des monstres qui font partie de l’ordre naturel. »
« Alors, ce doit être elle qui a tué les chevaliers et poussé ces cris. »
Varda acquiesça.
« Une bête magique correctement créée peut écraser un chevalier ordinaire aussi facilement qu’une recrue. »
« Nous devons rejoindre le gros des troupes immédiatement. »
« Je vais nous ouvrir un raccourci avec ma magie. »
« Faites-le, je vous prie. »
Varda et Eugene en tête, tous quittèrent rapidement le camp.
La bête magique avait tué trois chevaliers. Si elle attaquait le gros des troupes, composé uniquement de mercenaires, le désastre serait immense.
* * *
Le capitaine de la garde observa les rangs des bandits se disloquer lentement et sourit, satisfait.
« Bien. À ce rythme, nous allons gagner. »
Les bandits tenaient bon malgré le recul, confiants en quelque chose, mais l’obstination seule ne permettait pas de gagner une bataille.
« Ils sont là ! Le mage est arrivé ! »
« Nous avons gagné ! »
Des acclamations jaillirent du camp ennemi, et le moral des bandits grimpa brusquement.
« Un mage ? »
« Des bandits comme eux ont engagé un mage ? »
La présence inattendue d’un mage déstabilisa les capitaines mercenaires. À cet instant, une ombre immense s’abattit sur un mercenaire d’élite qui combattait sur l’aile droite.
Crac !
Un mercenaire de la force de soumission vit son camarade, qui combattait à ses côtés, s’écraser soudain au sol.
Un monstre se tenait au-dessus du cadavre, dont le sang bouillonnait, et baissa les yeux vers le mercenaire. Il avait une tête de bête cornue et des membres aussi épais que le torse d’un homme adulte.
Fff !
Son souffle brûlant, qui s’échappait de ses naseaux, balaya le visage du mercenaire. Il était répugnant, moins semblable au souffle d’un être vivant qu’à la vapeur des enfers.
Grrrr !
Ses yeux écarlates fixèrent le mercenaire. Quinze années d’expérience s’évanouirent en un instant et ses jambes se dérobèrent sous lui.
« Hic. »
Alors que le mercenaire s’effondrait, un sabot massif fondit sur son visage.
Boum !
Un autre cadavre traversa le champ de bataille. Ce ne fut qu’alors que la force de soumission comprit ce qui venait de se passer.
Un monstre à tête de cerf, une fois et demie plus grand qu’un humain, avait surgi. Sa fourrure noire le recouvrait de la tête aux pieds, et ses bois épais étaient longs comme de courtes lances.
« Q-Qu’est-ce que c’est ? C’est quoi, ce truc ?! »
« On n’était pas censés soumettre des bandits ? »
Les mercenaires de la force de soumission sombrèrent dans le chaos.
« Un m-monstre… »
« N’ayez pas peur, bande d’idiots ! Il ne nous fera pas de mal ! C’est un monstre, mais c’est notre monstre ! »
Les bandits étaient tout aussi terrifiés, mais luttaient désespérément contre leur peur.
« Vous voilà. »
Le chef des bandits s’inclina respectueusement devant un mage vêtu d’une robe noire.
« J’ai été retardé parce que je devais m’occuper des chevaliers. Même à l’agonie, ils se sont accrochés avec acharnement. »
« Comme on pouvait s’y attendre, vous êtes incroyable. Il y avait tout de même pas mal de chevaliers. »
Le mage hérétique et le monstre venu des enfers. L’arme secrète des bandits venait d’entrer dans la bataille.
« Wendigo. Voici les impies qui font obstacle à notre foi. Déchire-les et piétine les ennemis qui se dressent devant toi. Décore tes bois de leurs entrailles. »
À l’ordre du mage, le Wendigo rugit.
Kouaaaah !
La force de soumission sentit la chair de poule lui hérisser le corps. Ce hurlement perça l’expérience, l’entraînement et les armures pour atteindre leurs instincts de mammifères et les déchirer.
Hiiii !
Un lieutenant fut même désarçonné lorsque sa monture, paniquée, se cabra.
Eugene et ses subordonnés, qui s’étaient eux aussi rapprochés du gros des troupes, entendirent le rugissement du Wendigo.
« Messire chevalier ! C’est ce que nous avons entendu ! »
Malgré le cri presque paniqué du serviteur, Eugene resta calme. Même les Elfes noirs semblaient tendus, mais ses instincts ne lui signalaient pas de danger imminent.
Quel que soit ce monstre, je peux l’affronter.
Tout comme les prédateurs évaluaient la force de leurs rivaux à l’odeur de leur urine, Eugene percevait quelque chose dans le rugissement du monstre.
L’instinct d’un guerrier né et une intuition qui se forgeait à mesure qu’il accumulait de l’expérience au combat. Tous deux lui soufflaient qu’il n’avait pas besoin de battre en retraite.
Notes :
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