Chapitre 31
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : HidingTurtle
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ Le Chevalier errant et le Château ambulant ◈
Chapitre 31 : Première campagne de pacification (2)
──────
Le jugement par le combat venait à peine de s’achever qu’il leur fallait déjà partir pacifier les bandits installés dans la forêt du nord.
Malgré les crises qui se succédaient, les dirigeants de la ville gardaient leur calme. Contrairement au jugement par le combat, ce problème pouvait se régler à coups d’argent.
« Une fois qu’on se sera occupés d’eux, tout rentrera dans l’ordre. »
« Dans l’ordre ? Ce sera encore mieux qu’avant. Pendant au moins les dix prochaines années, aucune racaille n’osera mépriser cette ville. »
« Il ne faut pas les prendre à la légère. Leurs rangs n’ont cessé de grossir et ils sont déjà plusieurs centaines. J’ai entendu dire que des déserteurs et des mercenaires en route pour Roman s’étaient laissé tenter et les avaient rejoints. »
Grand centre commercial au carrefour de plusieurs pays, Bonyard City avait toujours grouillé de bandits.
De temps à autre, un meneur charismatique en rassemblait un grand nombre. C’était le genre d’événement assez fréquent pour qu’on finisse par l’oublier, comme un séisme ou un typhon.
« On dit même qu’ils comptent des chevaliers bandits. »
Leur nombre était exceptionnellement élevé et des chevaliers bandits les avaient rejoints, pourtant personne ne semblait inquiet.
« Il n’y a pas de chevaliers ici ? »
« Au contraire, c’est une bonne chose. Ce sera le remède idéal pour ces chevaliers qui se plaignent sans cesse. »
Même après le départ de ceux qui étaient partis pour diverses raisons, il restait cinq chevaliers.
« Tous les chevaliers se sont déclarés prêts à participer à la pacification. »
« Bien sûr ! C’est l’occasion rêvée de gagner de l’argent et de se faire un nom. »
Les chevaliers restants brûlaient d’envie d’attirer l’attention d’un noble influent. Naturellement, ils ne laisseraient pas passer une pareille occasion.
« Il est bon de réunir autant de forces que possible, mais nous ne pouvons pas nous permettre d’augmenter encore les pertes. »
Quand le Premier Magistrat prit la parole, comme pour reprendre la discussion en main, chacun présenta les compagnies de mercenaires qu’il avait recrutées.
« J’ai obtenu cinq escouades de dix hommes de la Fraternité du Marteau. »
« La Compagnie de mercenaires de la Serre du Faucon arrivera également demain. »
Leur taille et leur qualité variaient, mais ils avaient suffisamment de forces pour vaincre un nombre égal de bandits.
« Quelles troupes le chef de la garde a-t-il réunies ? »
À la question du Premier Magistrat, tous se tournèrent vers Fannis.
S’il accumule encore des mérites, il deviendra gênant lors des prochaines élections.
Aux yeux de ceux qui convoitaient les hautes fonctions, Fannis devenait peu à peu un homme qu’il leur fallait tenir à l’œil.
« La Compagnie de mercenaires de la Main Noire. »
« La Main Noire ? Il y a des Elfes noirs en ville ? »
« Vous avez fait appel à ces sinistres salauds ? »
Contrairement aux mercenaires nains, accueillis partout à bras ouverts, les Elfes noirs divisaient les opinions en raison de leur cruauté et de leur férocité particulières.
La Compagnie de mercenaires de la Main Noire avait été formée par une tribu qui avait autrefois vécu de l’assassinat avant de renoncer à ce métier. Rien d’étonnant à ce qu’elle inspirât le malaise.
« Cela dit, leur talent est sans égal, n’est-ce pas ? Ils ne sont que vingt. Je compte leur confier des missions d’éclaireurs et de soutien. »
« Eh bien, ils sont parfaitement taillés pour ce genre de rôle. »
« Tant qu’on ne les envoie pas au front. »
Même ceux qui se méfiaient de Fannis se détendirent. Avec seulement vingt membres, ils ne pourraient pas s’illustrer de manière notable. Les dirigeants reprirent leur discussion sur la composition des forces mercenaires.
« Chef de la garde. »
Solin s’approcha et murmura quelque chose à l’oreille de Fannis.
L’expression de Fannis changea aussitôt. Après avoir pris congé, il quitta la salle de réunion. Il avait déjà fait ce qu’il était venu faire, inutile de s’attarder.
« Désolé de vous interrompre. »
« Ce n’est rien. M’occuper de Sir Eugene est plus important qu’une réunion dont l’issue ne fait aucun doute. »
« Vous êtes resté plus longtemps que prévu. On dirait que la Dame de la Forêt vous a réservé un accueil chaleureux. »
« Il s’est bien entendu avec Sir Karas ; pourquoi en irait-il autrement avec une mage ? À partir de maintenant, informez-moi de tout ce qui la concerne, où que vous soyez et quelle que soit l’heure. »
« Compris. »
* * *
À la vue du groupe, les deux personnes parties à leur rencontre en restèrent bouche bée.
Ils étaient partis à deux et revenaient à trois, mais la troisième personne dépassait de loin tout ce qu’ils auraient pu imaginer.
La femme qui montait un cheval couleur ivoire dégageait une élégance naturelle. Des flots dorés de cheveux s’échappaient de la capuche qu’elle avait retirée et attiraient le regard de tous les passants.
« L-la Dame de la Forêt ! »
Le chevalier parti après avoir reçu une invitation était revenu avec une illustre invitée à laquelle personne ne s’attendait.
« Vous pouvez m’appeler Varda. Depuis que j’ai quitté la forêt, j’ai reçu tant de titres que je m’y perds. »
« Dans ce cas, je vous appellerai Dame Varda ! »
Fannis s’inclina profondément, honoré au-delà de toute mesure.
« Pourriez-vous préparer un logement pour Dame Varda ? »
« Bien sûr ! Ce serait un honneur. »
Clac ! Clac !
Fannis claqua des doigts dans son dos et les servantes qui attendaient accoururent.
« N’hésitez pas à nous faire savoir si vous avez besoin de quoi que ce soit. »
« Merci de votre sollicitude. »
Bien qu’elle fût capable de se débrouiller seule pour la plupart des choses, Varda était tout aussi à l’aise à se faire servir, comme on pouvait s’y attendre d’une mage.
Dès que Varda eut disparu, Fannis se précipita vers Eugene.
« Mais que s’est-il passé ? »
« Quand j’ai accepté son invitation et lui ai rendu visite, elle m’a dit qu’elle comptait mettre fin à sa vie retirée. Je me suis dit que c’était le destin, alors je l’ai amenée ici. »
« Vous avez l’art de rendre les choses compliquées aussi simples, Sir Eugene. »
Fannis rit, désemparé. Lui, son prédécesseur et les personnalités influentes de la ville avaient tenté d’innombrables fois de l’inviter, sans jamais y parvenir.
« Je me sens un peu gêné de vous dire cela après vous avoir demandé l’hospitalité, mais je ne peux pas garantir qu’elle combattra ni qu’elle aidera la ville. »
Varda faisait officiellement partie du groupe d’Eugene, mais elle était indépendante. Il ne pouvait pas lui donner d’ordres comme à Homi.
« Bien sûr. Sa présence en ville est déjà une bénédiction. Avec un peu de chance, nous recevrons peut-être un sort mineur, ou au moins quelques conseils. »
« Voilà qui me rassure. »
« C’est ainsi que les villes traitent les mages. »
De même que les chevaliers séjournaient comme hôtes d’honneur et recevaient l’hospitalité qui leur était due, les mages résidaient souvent dans les villes ou les demeures nobles de cette façon.
Contrairement aux chevaliers, qui ne pouvaient rendre l’hospitalité qu’en maniant l’épée, les mages avaient bien des façons de gagner leur subsistance. On les accueillait donc avec encore plus d’empressement.
« Une troupe de pacification partira bientôt vers le nord. La garde municipale en formera le noyau, aux côtés des mercenaires engagés par les membres du Grand Conseil et des chevaliers invités en ville. »
Fannis lui présenta également la Compagnie de mercenaires de la Main Noire, qu’il avait recrutée.
« Sir Eugene accepterait-il de participer lui aussi à la pacification ? »
« Bien sûr, c’est mon intention. »
Il avait déjà été payé pour le duel des Champions, mais plus il aurait d’argent, mieux ce serait. L’écart de forces entre les deux camps était si grand qu’il lui suffirait de les accompagner pour gagner le salaire d’une journée.
« Excellent ! Veuillez prendre le commandement de ma compagnie de mercenaires. »
« Vous êtes sûr ? Je suis un invité, pas un homme au service de la ville. »
À moins d’être un chevalier officiellement engagé par la ville, il était rare de confier le commandement à quelqu’un qui y séjournait en tant qu’invité.
« Je ne peux pas placer un grand chevalier sous les ordres d’une compagnie de mercenaires. C’est pour cela que j’ai recruté un petit groupe d’élite. »
Fannis s’inquiétait sincèrement de la mauvaise réputation de la Compagnie de mercenaires de la Main Noire.
Il lui fallait toutefois des hommes compétents, disponibles immédiatement et assez peu nombreux pour que le Premier Magistrat ne s’oppose pas à ce qu’Eugene les commande. La Compagnie de mercenaires de la Main Noire était la seule option.
« Compris. Je les mènerai de façon à contribuer efficacement à la troupe de pacification. »
Outre ses talents personnels au combat, Eugene avait reçu de Gopri une formation complète au commandement. Diriger une petite unité d’une vingtaine d’hommes ne lui poserait aucun problème.
« Voilà qui est vraiment rassurant. Avec vous parmi nous, la victoire est déjà acquise. »
« Au fait, la Compagnie de mercenaires de la Main Noire est bien composée d’Elfes noirs ? »
Gopri ne s’était guère intéressé aux compagnies de mercenaires qui apparaissaient et disparaissaient par dizaines, mais il avait enseigné à Eugene tout ce qu’il fallait savoir sur les assassins.
« Tu auras beau être fort, tu ne porteras pas ton armure toute la journée. Je refuse que mon disciple se fasse fendre l’entrejambe et meure en se soulageant dans une latrine plutôt que sur un champ de bataille. »
La Tribu de la Main Noire était réputée pour sa maîtrise des arts martiaux autant que pour ses techniques d’assassinat. Gopri l’ayant mentionnée à plusieurs reprises, Eugene la connaissait bien.
« Cela vous gênerait-il de les commander ? »
Fannis posa la question avec prudence.
Les chevaliers nobles considéraient les mercenaires comme de vulgaires outils jetables. Ceux-là étaient d’anciens assassins, le genre de personnes que les chevaliers méprisaient le plus. Même Eugene, pourtant généreux, aurait pu les trouver déplaisants.
« Je suis déçu, chef de la garde. Vous ne me connaissez pas encore assez ? »
« Bien sûr que si ! Je vous connais très bien ! »
Quand Eugene lui dit que cela lui était égal, Fannis baissa la tête.
Quel chevalier terrifiant.
Un homme auréolé d’honneur aurait déjà dû commencer à choisir soigneusement ses fréquentations. Pourtant, Eugene évaluait toujours les choses avec sang-froid, en fonction de leurs avantages.
« Les gens de Gord sont fiers d’être des guerriers polyvalents. Ils prétendent avoir autant de sang de marchand que de sang de guerrier. »
« Quand le comte Andar a proposé de tirer au sort, j’ai senti chez lui le marchand à plein nez. »
« Mais face à l’équilibre de Sir Eugene, ils ne font pas le poids. »
Le chevalier qui se tenait devant lui possédait aussi bien le courage d’un chevalier que le sang-froid d’un marchand.
« Je suis gêné, alors arrêtons là. Plus important, j’aimerais vous poser une question. Est-il vrai que la Compagnie de mercenaires de la Main Noire a poignardé un noble qui l’employait ? »
C’était une autre raison pour laquelle sa réputation était devenue si mauvaise.
« Il y avait des circonstances particulières. »
Fannis était sur le point de confier ces mercenaires à Eugene, et la sueur commençait à lui couler le long du visage.
« Quelles circonstances pourraient justifier qu’on poignarde un seigneur noble ? »
« Leur employeur ne les avait pas payés. »
Dans ce monde, les retards de salaire étaient monnaie courante. Qu’on gagne ou qu’on perde n’y changeait rien.
La pratique consistant à ne pas payer les salaires, puis à laisser les travailleurs se rattraper en pillant, était devenue aussi répandue que les pourboires sur Terre. Le patron payait trop peu, alors les employés comblaient la différence grâce aux pourboires des clients.
La Compagnie de mercenaires de la Main Noire, elle, poignardait ses employeurs dès qu’ils tardaient à la payer. Certains d’entre eux avaient même été des seigneurs nobles.
La maison concernée avait été anéantie au cours d’une guerre territoriale, aussi n’y eut-il aucune représaille. Mais la compagnie acquit une réputation infâme.
« Sous prétexte que leur salaire a été retardé, comment de vulgaires mercenaires osent-ils lever leurs armes contre les nobles qui les emploient ? »
Un tel comportement scandaleux était tout à fait inacceptable aux yeux de la noblesse, qui les condamna d’une seule voix.
S’ils pouvaient encore travailler comme mercenaires, c’était uniquement grâce à leurs talents exceptionnels. Quant aux villes libres, elles avaient tendance à se soucier peu de ce genre d’affaires.
« On reconnaît peut-être leurs compétences, mais ils restent des barbares. Les salaires peuvent être versés en retard quand les circonstances sont mauvaises ; comment ont-ils osé lever leurs armes contre des seigneurs nobles ? Tss, tss. Je vous prie de m’excuser de vous avoir confié de tels individus. Je n’avais pas le choix. »
Inquiet de la réaction d’Eugene, un noble, Fannis insulta les mercenaires qu’il avait lui-même recrutés.
« Si vous privez de leur solde des gens qui risquent leur vie pour vous, il est naturel qu’ils vous poignardent. Ils ont l’air d’avoir du caractère. J’ai hâte de les rencontrer. »
« ??? »
Fannis resta perplexe devant les yeux d’Eugene, qui brillaient d’intérêt. Ce chevalier trouvait toujours de nouvelles façons de le surprendre en bien.
* * *
« Votre séjour s’est-il bien passé ? »
« J’ai eu l’impression d’être entourée de plusieurs Grace, mais bien plus remuantes. Les servantes ont voulu s’occuper du moindre détail. »
Dans un soupir, Varda désigna sa tête.
Au lieu de la chevelure lisse et bien peignée typique des elfes, ses cheveux étaient tressés en une coiffure élaborée. Quatre servantes s’y étaient appliquées avec le plus grand soin.
« Elles doivent être ravies qu’une mage réputée de la forêt séjourne ici. »
« Je ne crois pas qu’elles se soient beaucoup intéressées au fait que je sois mage. »
Les doigts délicats de Varda déplacèrent son cavalier et prirent le fou d’Eugene. Ils jouaient aux échecs.
Un pion à la main, Eugene envisagea plusieurs coups avant de le remettre à sa place. C’était contraire aux règles, mais Varda le lui pardonna avec indulgence.
Gopri n’avait enseigné à Eugene que les règles des échecs, dans le cadre de son instruction générale, tandis que Varda y jouait avec Grace depuis l’enfance.
Son intelligence aiguisée ne faisait qu’aggraver l’écart. Eugene se faisait écraser. Il était sûr de lui avec une épée et un bouclier, mais terriblement maladroit lorsqu’il s’agissait de déplacer des pièces sur un plateau.
« Vous apprenez vite. Vous maîtriserez bientôt les échecs, vous aussi. Vous êtes doué pour tout le reste ; une fois ce jeu appris, il ne vous manquera plus rien. »
Varda semblait déterminée à faire d’Eugene un chevalier complet, plutôt qu’un chevalier à quatre-vingt-dix-neuf pour cent.
« J’ai perdu. »
Mis échec et mat, Eugene reconnut sa défaite en renversant son roi. Varda fixa un instant l’échiquier, puis prit la parole.
« Je vous accompagnerai pendant la pacification. »
« La présence d’une mage parmi nous serait plus que bienvenue. Mais qu’est-ce qui vous a décidée à… »
« Ne dit-on pas que celui qui ne travaille pas ne doit pas manger ? Je n’ai pas l’intention de vous ralentir. Je vous serai certainement utile. »
C’était une bonne nouvelle, mais elle donna aussi matière à s’inquiéter à Eugene.
Les elfes et les Elfes noirs ne s’entendent pas ?
Il était certain d’avoir entendu quelque chose de ce genre. Bien sûr, les mercenaires recrutés n’oseraient pas causer de problèmes.
« Et encore une chose. »
« Oui ? »
Varda redressa le roi tombé d’Eugene.
« À partir de maintenant, quand vous jouerez aux échecs avec moi, ne renversez pas votre roi même si vous perdez. Il suffit de dire que vous avez perdu. »
« C’est la manière correcte de reconnaître un échec et mat. »
« Je ne veux pas voir ça. Votre roi doit toujours rester droit et fier. »
« … Compris. »
Les leçons de Gopri avaient été strictes, mais celles de Varda avaient quelque chose d’étrangement troublant.
Sa première guerre, avec des armes, des lames et des arcs ! Le champ de bataille serait d’une tout autre ampleur que les duels et les petites escarmouches.
Il serait toutefois soutenu par une mage de talent et des mercenaires d’élite. Ayant décidé de vivre en chevalier, Eugene ne pouvait que se fier à sa force et aller de l’avant.
Notes :
Rejoignez notre Discord à l’adresse <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>