Chapitre 603
Snow avait imaginé bien des choses au sujet du Seigneur de la Lumière ; il n’avait jamais su quel genre d’entité Il était réellement. À présent, face à face avec Lui, Snow ne ressentait que de la confusion.
Ce n’était pas l’aura écrasante de l’homme, ni le fait qu’il fût l’être que beaucoup considéraient comme un dieu — bien que ce ne fût pas, à proprement parler, son véritable corps. Ce qui troublait le plus Snow, c’était cette étrange familiarité ; une proximité, un sentiment d’appartenance à cet homme qu’il n’avait pourtant jamais rencontré.
Il m’a appelé « Seigneur Vaisseau »... mais qu’est-ce que cela signifie ?
« Qui êtes-vous ? Quels liens nous unissent ? Vous êtes le Seigneur de la Lumière, n’est-ce pas ? »
L’homme fit un pas en avant.
« "Seigneur de la Lumière"... ce n’est pas mon nom, bien que ce soit le titre que les autres m’attribuent. »
Pas à pas, il réduisit la distance qui le séparait de Snow.
« Je me nomme Orsted, le second Seigneur de la Lumière de la race des Porteurs de Lumière. »
Le Seigneur de la Lumière prononça son nom, déclarant son existence et son identité.
Snow comprit immédiatement que celui qui se tenait devant lui était bien au-delà de sa portée : Orsted, Seigneur de la Lumière, second parmi les Sept Grandes Puissances. Un être capable de rivaliser avec les plus puissants des démons, porteur d’une force incommensurable.
Orsted s’arrêta lorsqu’il l’eut rejoint. Ils se tenaient face à face. Orsted était plus grand ; Snow dut renverser la tête pour croiser ces yeux dorés.
Snow ouvrit la bouche, cherchant ses mots, mais aucun ne vint. Il y avait trop de questions, trop d’inconnues ; il ne savait par où commencer, ni comment s’adresser à quelqu’un qui lui était si supérieur.
Orsted, semblait-il, n’avait pas besoin de ses paroles ; il était déjà conscient de tout ce qui tourmentait Snow Lionheart.
« Vous êtes venu chercher des réponses », dit Orsted en levant une main qui s’embrasa d’une lumière prodigieuse. « Le doute vous a rongé. Quelque part sur votre chemin, vous vous êtes égaré. Vous avez succombé face à des ennemis inférieurs à vous, et de défaite en défaite, vous avez perdu foi en vous-même. »
Il savait. Il avait observé.
Snow garda le silence un instant, puis se reprit. Il n’y avait rien à cacher à celui qui se tenait devant lui.
Il alla droit à la première question.
« Tout à l’heure, vous m’avez appelé "Seigneur Vaisseau". Ce n’est pas mon nom. Qu’entendiez-vous par là ? »
« Oh ? Préféreriez-vous que je vous appelle Snow Lionheart ? Je le peux, bien que vous devriez savoir que "Snow" n’est pas votre véritable nom, et que ce que je vous ai donné est une appellation plus exacte. »
La lumière se répandit dans l’espace tandis qu’Orsted parlait.
« Nous pourrions discuter pendant des heures ; les mots sont faciles. Mais il vaut mieux que vous voyiez la vérité de vos propres yeux plutôt que de l’entendre de la bouche d’un étranger. »
Son ton se fit plus dur. Son regard, soudain glacial, cloua Snow sur place.
« Avant de commencer, gravez ceci dans votre esprit : si vous voulez endurer ce que vous allez voir et survivre, tuez votre part humaine. Tuez cette chose naïve et fragile appelée Snow Lionheart, et laissez enfin naître le véritable seigneur. Votre temps est compté. »
Tuer l’humain, et laisser quelque chose d’autre prendre sa place.
C’était ce que le Seigneur de la Lumière lui ordonnait de faire, et Snow ne parvenait pas à saisir le sens de ses paroles.
« J’ai vécu toute ma vie en tant qu’humain. Né parmi les humains, j’ai vécu avec eux, combattu pour eux ; c’est la seule façon d’exister que je connaisse. Je ne comprends pas ce que vous me demandez. Je ne peux pas devenir quelque chose qui contredit ce que je suis. »
Snow Lionheart se considérait comme humain, rien de plus. Il était venu chercher des réponses, trouver une voie qui le rendrait assez fort pour rejeter sa faiblesse et ne plus jamais perdre, quel que fût l’adversaire. C’était la force qu’il recherchait, le genre de réponses qu’il espérait ; aussi les mots d’Orsted ne lui convenaient-ils guère.
Orsted le transperça du regard, comprenant tout, et il ne sembla nullement agacé par la réponse de Snow.
« Très bien, il n’est nul besoin de précipiter ce qui est inévitable. Vous êtes libre de choisir comme bon vous semble... mais seulement après avoir appris la vérité. »
Sans prévenir, Orsted courba l’espace lui-même, libérant une vaste onde de lumière qui changea tout.
Snow sentit sa conscience projetée au loin sous cette puissance ; en quelques secondes, il perdit connaissance et s’effondra, son esprit sombrant dans un rêve.
Un rêve étrange et long...
Un rêve qui lui dévoila un récit qu’aucun humain ne pourrait saisir, une histoire que le temps lui-même avait oubliée... une histoire qui se déroulait bien loin de la terre où il avait vécu toute sa vie.
L’histoire de l’être le plus pur et le plus immaculé de ce monde, une entité bénie destinée à accomplir des merveilles. Et c’est ce qu’il fit.
...
...
...
Le cosmos est immensément vaste, rempli de secrets et d’histoires sans fin, trop nombreuses pour qu’un seul esprit puisse les appréhender.
Mais parmi les recoins de l’univers, à l’un de ses points les plus brillants et les plus radieux, se trouvait un monde colossal qui rayonnait tel un soleil, illuminant l’espace alentour. On l’appelait Duskreach.
Ses habitants étaient les plus purs de toutes les créatures : une grande race connue sous le nom de Porteurs de Lumière.
Ils étaient un phare protégeant le monde des horreurs des ténèbres.
Les Porteurs de Lumière existaient depuis une ère oubliée, comptés parmi les cinq plus grandes races de toute la création, et la majeure partie de l’univers les connaissait.
Ils étaient l’opposé naturel des démons : alors que cette race immonde apportait la mort et la ruine, les Porteurs de Lumière apportaient la bénédiction et la vie.
Les Porteurs de Lumière étaient toujours les premiers à monter au front contre les démons ; le conflit entre les deux était inévitable, car chacun était l’ennemi naturel de l’autre.
Parmi les Porteurs de Lumière se trouvaient des champions si grands que chacun aurait pu écrire sa propre légende. C’étaient eux qui portaient le fardeau de la guerre et gagnaient la gloire pour leur peuple.
Ces champions recevaient un titre unique : les Vaisseaux.
Ils étaient des vaisseaux de lumière qui maniaient une forme différente de pouvoir sacré. Contrairement au pouvoir utilisé par les autres Porteurs de Lumière, ou même par les saints, leur pouvoir n’était pas destiné à guérir, mais à détruire.
Une force sublime et sainte dont le seul but était de purifier les démons, de les défaire.
Puis, un jour, les Porteurs de Lumière furent témoins d’un phénomène jamais vu dans toute leur histoire. Un événement sans égal, un tournant qui changea leur destin, ainsi que celui de centaines d’autres races.
Ce jour-là, un nouveau Vaisseau naquit.
Plus fort que tous ceux qui l’avaient précédé, plus pur que tous les autres : parfait.
Si parfait qu’il fut considéré comme le sommet de son espèce, leur être le plus pur et le plus puissant, une existence noble telle qu’il n’en avait jamais été engendrée, et qu’il n’en naîtrait jamais plus.
Le jour de sa naissance, les cieux brillèrent d’une lumière différente, et une Présence descendit... un être dont l’existence seule était dite rivaliser avec le soleil lui-même.
Il vint bénir et assister à la naissance de ce nouveau Vaisseau, le plus pur de tous. Tous les Porteurs de Lumière, et chaque Vaisseau parmi eux, se rassemblèrent pour le contempler.
Ce fut un événement si grandiose que le Grand Être des Porteurs de Lumière descendit en personne.
Les Grands Êtres sont des entités qui dépassent l’entendement ; chaque race possède le sien, et beaucoup passent des dizaines de milliers d’années sans même savoir qu’il existe. Mais le Grand Être des Porteurs de Lumière était différent : proche de son peuple, il traitait directement avec eux.
Son nom était Présence Solaire ; on disait qu’il était le soleil même qui illuminait Duskreach, la source de tout pouvoir sacré.
Cet auguste être descendit pour bénir un nouveau-né et lui conféra un nom.
« Son nom », déclara la Présence, « est Vaisseau Pur. »
Il deviendrait le premier Seigneur de la Lumière, classé autrefois Premier parmi les Sept Grandes Puissances, un être dont l’ère marqua l’âge d’or des Porteurs de Lumière.
C’était le début de l’histoire du roi qui ne fut jamais.