Chapitre 400
Yennifer posa la question avec le plus grand naturel, comme s’il allait de soi qu’elle la lui pose.
« Sophie… est une amie proche. »
Je mentis sans ciller.
J’avais répété cette phrase un bon moment, si bien qu’elle me vint facilement, sans sonner forcée le moins du monde.
« Hum ? Vraiment ? Quand je lui ai parlé, je n’ai pas eu l’impression qu’elle te considérait comme un ami. »
Yennifer tourna légèrement la tête vers moi sans ralentir.
Ses sourcils étaient haussés, trahissant clairement ses soupçons quant à ma relation avec Sophie, mais…
« Je ne vois pas pourquoi je devrais te convaincre de notre… amitié. »
Je veux dire… ça aurait dû être évident. Pourtant, l’autorité avec laquelle Yennifer continuait à me poser des questions était celle d’une personne proche de moi, qui avait tous les droits de m’interroger sur ma vie et sur les relations que j’entretenais avec mes proches.
« C’est juste. »
Hum ?
Ces mots ne m’appartenaient pas, mais les entendre prononcés sur le même ton que moi me parut un peu… injuste. Je n’étais toutefois pas assez mesquin pour le lui faire remarquer.
« Pourquoi as-tu choisi le Comité de discipline ? »
Changer de sujet me semblait raisonnable ; je fis donc de même.
Yennifer ne répondit pas tout de suite. Elle leva les yeux vers le ciel bleu qui s’étendait au-dessus de nous, puis reporta son attention sur le sol.
« Et toi, pourquoi l’as-tu choisi ? »
Au lieu d’une réponse, je reçus une question, ce qui ne me surprit pas.
En fait, je m’étais attendu à ce que Yennifer réagisse ainsi.
« J’ai choisi Ashlyn et, eh bien… il se trouve qu’elle faisait partie du Comité de discipline. »
« … »
Hum ?
Le regard que Yennifer venait de me lancer était un peu différent de ce à quoi je m’attendais.
Ma réponse l’avait-elle impressionnée ou rebutée ?
À bien y réfléchir, elle n’avait aucune raison d’être rebutée…
« Tu sors avec elle ? »
« Hum ? »
« Mademoiselle Ashlyn Levaith… tu sors avec elle ? »
Je ne pus m’empêcher de m’arrêter pour lancer un long regard à Yennifer.
« Tes paroles donnaient cette impression. Pas besoin d’en faire tout un drame… Allons-y. »
Mon regard suivit sa silhouette tandis qu’elle s’éloignait avec sa grâce habituelle, sans faire le moindre effort pour me regarder.
Est-ce que c’était moi qui en faisais tout un drame ?
Je ne le pensais pas.
Et je ne savais pas pourquoi, mais j’avais l’impression que cette fille… Yennifer avait répété tous ses répliques avant de venir ici.
Pourquoi ses paroles me transperçaient-elles ainsi, sans raison ?
Ah…
J’en faisais peut-être tout un drame.
Je fermai les yeux et pris de profondes inspirations pour retrouver mon calme, tout en faisant circuler le mana dans mon corps afin d’en chasser les derniers effets de l’anxiété qui m’avait gagné plus tôt.
Pourquoi le chemin qui menait à la rencontre de la fille d’Arthur était-il semé d’autant d’embûches ?
***
Sophie attendait quelqu’un près de l’entrée du dortoir des filles.
Plus précisément, une fille du nom de Yennifer Alistair, dont Sophie avait appris par la suite qu’elle était la seconde princesse de la Maison Alistair.
À son arrivée à l’académie, Yennifer avait été la première à venir à sa rencontre. À l’époque, Sophie n’avait personne pour la guider ; elle avait donc fini par discuter avec la princesse alistairienne.
Kael était censé être présent le jour de son admission, mais comme elle était arrivée en avance, il ne se trouvait pas à l’académie.
C’était par l’intermédiaire du directeur que Sophie avait appris que l’académie devait se rendre dans le duché de Levaith. Mais à cause des nouvelles récentes, cette visite avait été annulée en cours de route, et les élèves étaient donc rentrés plus tôt.
Sophie était simplement heureuse qu’au moins quelqu’un puisse l’aider à prendre ses marques à l’académie.
Yennifer… la jeune fille lui avait paru un peu froide, mais sincère dans ses paroles.
Malgré les protestations répétées de Sophie, son père lui avait demandé d’écouter Kael pendant ses études à l’académie ; elle n’avait donc eu d’autre choix que d’obéir.
Ce n’était pas qu’elle avait peur de son père, mais plutôt… qu’elle ne voulait pas qu’il s’inquiète pour elle.
Le fait qu’il l’ait guérie de sa maladie l’avait poussé à prêter allégeance à une organisation appelée D.X., dont Kael semblait être un membre haut placé, supérieur même à Arthur dans la hiérarchie.
Au début, Sophie avait cru que son père s’était mis au service de Kael, car chaque fois qu’ils se voyaient, Arthur se montrait toujours soumis envers lui.
Mais après avoir été guérie, elle en avait appris davantage sur l’organisation pour laquelle son père travaillait, ainsi que sur celui qui la dirigeait.
X… C’était devant cette personne qu’Arthur s’était agenouillé, et Kael servait lui aussi le même homme.
Elle n’avait pas réussi à en apprendre davantage sur X : ni son père ni les membres de la même organisation qui venaient lui rendre visite de temps à autre ne lui avaient expliqué quoi que ce soit au sujet du chef de D.X.
Mais d’après tout ce que Sophie avait entendu jusque-là, elle en était arrivée à une conclusion définitive : quel que soit cet X… il était bien plus puissant et supérieur à son père.
Elle aurait pourtant dû s’y attendre, puisque X était censé diriger une organisation aussi gigantesque. Sophie avait malgré tout du mal à croire qu’il existât quelqu’un de plus fort que son père… quelqu’un qu’elle avait toujours cru invincible.
Sa vision du monde limitait son analyse, car elle n’avait jamais reçu d’enseignement officiel sur les niveaux de cultivation dans ce monde.
Venir à l’académie serait le premier pas vers une véritable existence, après tout ce temps passé dans un véritable trou noir.
« La voilà. »
Une voix calme interrompit les pensées de Sophie. Quand elle leva la tête pour en repérer la source, elle vit Yennifer s’avancer vers elle…
« Kael ? »