Chapitre 399
« Hé, mademoiselle, écoutez-moi, voulez-vous ? Cette fille est une amie proche, et comme elle vient d’arriver à l’académie, elle ne connaît pas grand-chose à l’établissement. Vous ne pourriez pas… »
« Révéler des informations personnelles sur les élèves est contraire au règlement de l’académie, peu importe qui les demande. »
L’employée me jeta un long regard, puis se remit au travail.
Son attitude m’agaçait, mais, sachant qu’il était inutile de discuter avec elle, je m’éloignai.
Avant que je quitte le duché de Levaith, un messager de Syma était arrivé. C’est alors que j’avais appris que Sophie était à l’académie depuis un jour.
Pourtant, même après l’avoir cherchée, je ne parvins pas à retrouver la jeune fille.
Elle devait assister aux cours dès le lendemain, mais il fallait d’abord que je la présente au directeur et qu’il approuve son admission…
Attends.
J’étais déjà arrivé à l’académie et le directeur ne m’avait toujours pas convoqué. De plus, l’employée avait tenté de protéger l’identité de Sophie, ce qui signifiait qu’elle avait déjà été officiellement admise.
Alors… avait-elle rencontré le directeur ?
Cette idée ne me plaisait guère.
Ah…
Je sortis mon appareil et envoyai rapidement un message à Diana pour lui demander de me retrouver.
À part le dortoir des filles, où Sophie pouvait-elle bien loger ?
« Tout va bien ? »
Hein ?
Une voix féminine m’interpella derrière moi et je me retournai.
Une jeune fille aux cheveux blancs comme neige et aux yeux tout aussi immaculés se tenait devant moi, le visage parfaitement impassible.
La question aurait pu sembler empreinte d’inquiétude, mais, à en juger par le ton de sa voix, elle n’avait rien de chaleureux.
« Pourquoi ça n’irait pas ? »
La jeune fille qui se tenait devant moi n’était autre que Yennifer Alistair, la seconde princesse de la Maison Alistair, celle dont Ana m’avait parlé.
Mais pourquoi me posait-elle une telle question…
« Tu avais l’air troublé. »
Hein ?
Vraiment ?
J’avais dû m’agiter un peu en songeant aux questions que le directeur avait pu poser à Sophie.
Comme il ne m’avait envoyé aucun message, j’espérais seulement que le lien entre Sophie et Arthur n’avait pas été découvert.
J’avais confiance en l’appareil d’Alfred pour dissimuler la Signature de mana de Sophie, mais malgré tout… face à quelqu’un comme le directeur, je ne pouvais m’empêcher d’éprouver un malaise.
« C’est ça, pour toi, avoir l’air troublé ? »
Je désignai mon visage et lui posai la question d’un ton amusé.
J’étais peut-être un peu agité, mais ça ne voulait pas dire que j’étais troublé.
« Non. »
Hein ?
Je ne pus m’empêcher de fixer la princesse Alistair. Sa réponse était un peu… hors programme, pour moi.
« Alors… pourquoi tu as surgi devant moi comme ça ? »
J’avais prévu d’entretenir de bons rapports avec elle, mais la situation de Sophie me préoccupait déjà et je n’avais pas envie de plaisanter.
Yennifer haussa les épaules et se mit à marcher devant moi.
« Logiquement… j’étais derrière toi, et c’est toi qui t’es retourné pour me regarder. Alors, ce ne serait pas plutôt toi qui as surgi devant moi ? »
« … »
Ah…
« Si tu as fini, alors… va-t’en. »
J’en avais assez de cette comédie.
Après avoir jeté un dernier regard à Yennifer, je me retournai et me dirigeai vers le dortoir des filles…
« Qu’est-ce qu’il y a ? »
Je m’arrêtai et tournai légèrement la tête vers Yennifer, qui me suivait.
Ma voix était calme, mais une pointe de menace s’y dissimulait. Je l’avais voulue ainsi, pour lui faire comprendre la gravité de sa situation.
« Tu dis que tout va bien, mais je n’en ai pas l’impression. »
Ah… cette fille…
« Hé… »
« Tu cherches Sophie ? »
« … »
Je plissai les yeux, mais avant que je puisse répondre, Yennifer fit un pas vers moi.
« Elle m’a demandé de l’accompagner au marché, alors… j’allais au dortoir. »
Yennifer haussa les épaules, puis reprit sa marche devant moi.
« Si tu veux… tu peux venir avec nous. »
J’avais imaginé Sophie plutôt introvertie. Qu’elle demande à Yennifer de l’accompagner au marché juste après son arrivée à l’académie me paraissait donc un peu improbable.
Je pouvais m’être trompé dans mon analyse, mais pas à ce point.
« C’est toi qui es allée la voir la première ? »
« Hein ? »
« Je ne pense pas qu’elle t’aurait demandé quoi que ce soit de son plein gré. »
Yennifer haussa de nouveau les épaules. Elle sortit un instant son appareil et l’observa un peu, puis le remit dans sa poche.
« Tu me prends pour une criminelle que tu peux interroger ? »
Fwoosh !
« Dis-moi… comment as-tu su que je cherchais Sophie ? »
En un clin d’œil, je comblai la distance qui nous séparait et me plantai devant Yennifer, la main près de son abdomen.
« Ne joue pas avec moi, ma chère… ça ne tournera pas à ton avantage. »
« … »
« Crois-moi… je ne mens jamais. »
Bon… ça, au moins, c’était un mensonge.
Je n’avais aucune envie de me montrer hostile envers la princesse Alistair, mais, pour une raison ou une autre, sa simple présence avait commencé à m’irriter.
Seul le directeur aurait dû connaître la nature de ma relation avec Sophie — ou du moins celle que je lui avais décrite. Alors, pourquoi Yennifer était-elle au courant ?
« Sophie me l’a dit… C’est évident, non ? Sinon, comment aurais-je pu le savoir ? »
Yennifer me dévisageait comme si l’idiot, c’était moi.
Et…
Ah…
Peut-être que, pour une fois, je l’étais.
Mon analyse de Sophie se fondait sur ce que j’avais pu observer d’elle pendant le peu de temps que nous avions passé ensemble.
Il était tout à fait possible qu’elle soit bavarde…
« Elle cherchait quelqu’un quand j’allais entrer dans le dortoir. C’est là que je lui ai demandé ce qu’elle faisait. »
Yennifer parla en écartant ma main de son abdomen.
Admettons.
« Elle est dans le dortoir, c’est ça ? »
« Oui… »
« Allons-y, alors. »
Inutile de m’inquiéter.
Je n’avais qu’à demander à Sophie ce qui s’était passé depuis son arrivée à l’académie.
Le directeur… il était censé être mon tuteur, pas un maître que je devais craindre à tout prix.
Ah…
Était-ce une sorte de prudence tapie dans mon subconscient qui me faisait réagir de manière aussi… pitoyable ?
Contre toute attente, Yennifer ne protesta pas et se dirigea vers le dortoir.
Peut-être que ma réaction lui était tout simplement indifférente, ou bien… qu’elle savait suffisamment bien contenir ses véritables émotions pour n’afficher que les expressions qui, à son avis, étaient… les plus stratégiques dans l’immédiat.
Pour ma part, je penchais pour la seconde hypothèse.
Cette fille… après notre bref échange, je ne pouvais m’empêcher de la trouver un peu plus intéressante que prévu.
« Quelle est votre relation, à tous les deux ? »