Chapitre 396
Mais la principale force du D.X. ne résidait ni dans ses effectifs ni dans la qualité de ses soldats.
Elle tenait à la présence d’Arthur… un demi-dieu dont la puissance était sans égale à son Rang. Et puis… c’était une calamité à affronter, même pour les Souverains, qui, selon les normes habituelles de ce monde, auraient dû être bien plus puissants que lui.
Et à présent… avec Diana en plus, cette puissance n’avait fait que s’amplifier.
Le parasite — et j’affirmais sans hésiter qu’il s’agissait d’un Divin à son apogée — possédait, même dans sa situation actuelle, la puissance d’un Souverain. Et pas de n’importe quel Souverain.
Qu’elle puisse tenir tête à Arthur et l’affronter tout en bridant ses forces, déjà limitées, ne faisait que prouver à quel point le parasite était compétent et redoutable.
Avec un demi-dieu hors norme et un véritable Dieu prêts à se battre pour moi… si j’avais encore peur de quelqu’un à ce stade, on n’aurait pu que me traiter d’idiot.
Ces deux-là suffisaient à tenir tête à n’importe quelle grande puissance. Mais cela ne voulait pas forcément dire que je devais les déployer.
Pourquoi faire la guerre avec mes propres forces, si je pouvais pousser mes ennemis à s’affronter entre eux ?
Économiser ses forces avant de porter le coup décisif, c’était ce que faisait un prédateur. Et puis… j’étais bien meilleur que les meilleurs prédateurs qui soient. Du moins, c’était ce que je pensais.
J’étais peut-être arrogant, mais…
Et alors ?
Le Duché était désormais comme en suspens et, avec les tensions qui imprégnaient l’atmosphère, la visite à la forge avait été reportée — ou peut-être même annulée.
Arnold était mort.
En tant que frère cadet du duc en fonction, sa mort ne pouvait être prise à la légère.
Et puis… les autorités avaient annoncé qu’il s’agissait d’une tentative d’assassinat visant Matthew Pierre. Mais à y regarder avec impartialité… personne ne connaissait la vérité.
Arnold avait peut-être décidé de son propre chef d’aller voir Matthew, ou bien ce dernier l’avait invité.
Et cela suffisait à bouleverser tout le récit des événements : les Levaith pouvaient prétendre que Matthew et les autorités dans leur ensemble avaient comploté pour tuer l’un des leurs.
Une telle accusation, portée par un duché de l’Empire Veltran, n’était pas quelque chose que les autorités ou le monde entier pouvaient ignorer.
L’opinion publique serait divisée, et les relations entre l’Empire et les autorités risquaient fort de se fissurer.
La suite pouvait prendre n’importe quelle tournure imprévue. Le moins que je puisse faire, c’était donc de m’assurer… que je tirerais mon épingle du jeu, quelle que soit l’issue.
Sur cette pensée, je me dirigeai vers ma… cible.
***
Foush !
Clac !
« Apprends à prévoir les attaques. Ne te bats pas seulement avec ton corps… sers-toi aussi de ta tête. »
Une fillette d’une dizaine d’années se tenait là, une épée de bois à la main, en se massant le sommet du crâne que son instructeur venait de frapper.
L’instructeur regarda Ashlyn d’un air impassible, sans la moindre émotion dans les yeux.
Le duc lui avait expressément demandé d’être aussi strict que possible afin qu’Ashlyn comprenne et découvre la dure réalité du monde, au lieu de rester une enfant gâtée des Levaith.
« Laissez-moi réessayer, monsieur ! »
Le coup sur la tête lui avait fait mal, mais il ne suffit pas à entamer le courage de la fillette, qui fixa son instructeur de ses grands yeux ronds.
La scène avait quelque chose de comique, mais l’instructeur n’en laissa rien paraître. Il reprit sa position, invitant Ashlyn à faire de même.
« Laissez la princesse se reposer. »
Avant que l’entraînement ne reprenne, une voix familière résonna dans la salle. Ashlyn se retourna, surprise.
« Mon oncle ?! »
Les yeux écarquillés, elle aperçut son oncle Arnold sur le seuil.
« Tu as faim ? »
Arnold leva le sac de nourriture qu’il avait apporté.
« Je… »
« Faisons une petite pause. »
L’instructeur croisa le regard d’Arnold et interrompit Ashlyn avant de baisser son épée.
Un bref silence s’installa. Ashlyn promena son regard de l’instructeur à son oncle, puis courut vers ce dernier.
Voyant la petite princesse se précipiter vers lui, Arnold ouvrit grand les bras pour l’accueillir dans une étreinte.
« Où étais-tu passé ?
— Hum ? Tu m’as manqué ? »
« Non. »
« … »
« Hé hé… si. »
En se jetant dans les bras de son oncle, Ashlyn gloussa et se détendit enfin après l’entraînement brutal qu’elle venait de subir.
À vrai dire, l’entraînement n’était pas si éprouvant. Mais pour une fillette de dix ans… ce n’était pas une partie de plaisir, même si elle faisait de son mieux pour s’y habituer.
« Je t’ai apporté tes friandises préférées… Promets-moi juste de ne rien dire à ton père. »
Après avoir mis fin à leur étreinte, Arnold prit le petit visage délicat d’Ashlyn entre ses mains et prononça ces mots avec un sourire radieux, sincère.
« Mais… »
« Tu ne diras rien. »
« Quand même, papa dit que mentir, c’est mal… »
« Ce n’est pas un mensonge s’il n’est pas au courant. »
« Euh… mais s’il me pose la question… »
« Très bien. Je les mangerai… »
« Non ! Je ne lui dirai rien. »
Ashlyn protesta en faisant la moue, puis prit la nourriture des mains de son oncle.
À distance, l’instructeur assista à la scène sans se donner la peine de la commenter.
Après tout, il n’osait rien dire à Ashlyn devant son oncle, qui la surprotégeait…
« Il t’a souvent frappée ? »
« Oui. »
Ashlyn l’admit sans détour. Elle tourna brièvement la tête vers l’instructeur, puis se remit à manger.
Et l’instructeur… ne tarda pas à sentir le poids d’un regard intense posé sur lui. Il avait suffisamment d’expérience pour l’ignorer…
« Je suis désolé. »
Mais présenter ses excuses n’avait rien de difficile.
En voyant son oncle et l’instructeur échanger en silence, Ashlyn se contenta de sourire, puis prit son oncle par le bras et l’entraîna hors de la pièce.
« Ashlyn, hé… »