Chapitre 218
« Je ne suis peut-être pas capable de combattre comme les autres ou de mener nos troupes au combat, mais... je me soucie du bien-être de notre Maison tout autant que vous tous. »
Irtuk prononça ces mots d'une voix calme, et pourtant, l'émotion qui transparaissait dans sa déclaration était indéniable.
« S'opposer à Syma serait la pire décision que nous puissions prendre à l'heure actuelle. Il serait dans notre intérêt de coopérer avec eux de manière pacifique... »
« Donc, ce que vous suggérez, c'est que nous devrions courber l'échine devant eux et mendier leur clémence ? »
Le jeune elfe interrompit Irtuk une fois de plus, les yeux brûlants d'une intention meurtrière.
« Je n'ai jamais dit cela. Je souhaite simplement que la guilde soit prudente plutôt que de devoir le regretter. »
À ces mots d'Irtuk, l'expression de nombreux membres présents dans la salle changea.
Personne n'appréciait la façon dont Irtuk remettait en question leur puissance. C'était comme si leur défaite était déjà gravée dans le marbre dès l'instant où ils avaient décidé d'agir contre Syma.
Pourtant... même si aucun des cadres présents ne voulait l'admettre, au plus profond de leur cœur, personne ne souhaitait faire un choix qui pourrait s'avérer désastreux pour la guilde et pour la Maison Elor dans son ensemble.
Mais...
La fierté était une chose qui ne s'accordait guère avec la logique.
« Monseigneur, je reste d'avis que nous devrions accepter l'accord avec les banques et assurer la domination de notre guilde sur le marché. »
Le vieillard frêle s'inclina en direction du chef, les yeux baissés, ne voulant en aucun cas manquer de respect au sang royal.
Bien qu'insulter Irtuk, malgré son sang royal, fût une tout autre affaire.
« Je suis d'accord. »
« Moi de même. »
« Tous ceux qui sont en faveur de cette proposition, veuillez lever la main. »
L'assistant, voyant que le chef ne répondait pas, choisit d'opter pour la forme de vote la plus simple.
Un par un, presque toutes les mains se levèrent en faveur de la proposition, à l'exception d'Irtuk, qui affichait un air inquiet.
« Constatant que la majorité est en faveur de la proposition, nous acceptons par la présente l'accord avec les banques et nous procéderons au plan visant à assurer la domination totale des Alchimistes d'Eloran sur le marché mondial. »
Tous avaient le sourire aux lèvres, la meilleure décision ayant été entérinée selon leurs propres avis.
« Merci à tous d'avoir pris sur votre temps précieux pour assister à cette réunion. »
Alors que l'assistant inclinait légèrement la tête par formalité, les cadres firent de même avant de se lever de leurs sièges et de se diriger vers la sortie.
Irtuk resta assis un moment avant de soupirer de regret.
Il avait fait de son mieux, mais au bout du compte, un raté comme lui ne pouvait pas accomplir grand-chose.
Se levant à son tour, alors qu'Irtuk s'apprêtait à partir, un simple tapotement sur la table le fit s'arrêter net. Il tourna la tête pour regarder en direction du seigneur, qui avait désormais les yeux ouverts.
« Asseyez-vous. »
À l'ordre du seigneur, Irtuk s'inclina docilement avant de reprendre sa place.
Un long silence s'installa tandis que le seigneur observait Irtuk sans prononcer un seul mot.
Eh bien... il n'était pas exactement le seigneur de la Maison Elor, mais il était tout de même désigné comme tel.
La raison était simple.
Xavier Elor était le frère jumeau de l'actuel seigneur de la Maison Elor.
Bien qu'il possédât les mêmes capacités que son frère, Xavier avait volontairement renoncé à la lutte pour le trône et avait décidé de diriger les Alchimistes d'Eloran au nom de la Maison.
Son dévouement envers son frère jumeau, couplé à son amour profond pour la Maison, lui avait valu le respect et la révérence de tous, y compris de l'actuel seigneur.
C'est pourquoi les elfes traitaient Xavier comme leur souverain actuel et le désignaient ainsi comme le seigneur.
« Quel est votre avis sur Syma ? »
Le silence fut rompu par une question qui prit Irtuk au dépourvu.
Il avait supposé que le seigneur allait le réprimander pour son manque de clairvoyance durant la réunion et pour avoir suggéré quelque chose qui pourrait ternir la dignité de la Maison.
Pourtant, Irtuk ne paniqua pas et réfléchit soigneusement à la question.
« Syma... leurs racines sont bien plus profondes qu'ils ne le laissent paraître. »
Irtuk ne développa aucune théorie farfelue et ne révéla aucun secret caché dont lui seul aurait eu connaissance.
Il se contenta de dire ce que n'importe qui doté d'un peu de jugeote pouvait facilement déduire.
Il choisit néanmoins de donner l'explication la plus simple concernant Syma.
Xavier continua de fixer Irtuk, ses pensées impénétrables.
« Attendez les résultats du plan proposé par les banques. Une fois les résultats connus, vous serez chargé de négocier un accord avec Syma. Je vous donne l'autorité nécessaire pour mener ces négociations et en définir les termes comme bon vous semble. »
Après un long silence, Xavier prononça sa plus longue phrase de la journée.
Irtuk assimila chacun de ses mots avec attention, ses yeux s'écarquillant à mesure que le sens de la déclaration lui parvenait.
« Monseigneur... »
« Vous pouvez y aller. »
À l'ordre de Xavier, Irtuk ne prolongea pas sa présence dans la pièce ; il se leva de sa chaise, inclina la tête et quitta la salle.
Clic.
Alors qu'Irtuk sortait, l'assistant regarda le seigneur avec hésitation.
« Parlez. »
Ayant obtenu la permission, l'assistant mit de l'ordre dans ses pensées.
« Monseigneur... pensez-vous que notre plan va échouer ? »
L'assistant ne comprenait pas pourquoi le plan échouerait, Syma n'étant qu'une nouvelle guilde qui avait, par on ne sait quel moyen, réussi à accumuler des richesses.
Ils ne pouvaient sûrement pas tenir tête à la puissance combinée des trois plus grandes banques et d'une guilde comme les Alchimistes d'Eloran, qui dominait le marché de l'alchimie depuis des siècles, voire plus.
« Tout dépend de ce que vous entendez par succès. »
Xavier répondit par des mots qui dépassaient l'entendement de l'assistant, ou du moins, le pauvre homme aurait besoin de plus de temps pour interpréter le sens caché de la déclaration du seigneur.
Ayant dit ce qu'il avait à dire, Xavier ferma les yeux une fois de plus et son corps disparut de la pièce, ne laissant aucune trace derrière lui.